LUI
Annexe XXI
Lettre du syndic Butin à H.- A. Gosse à Paris. ^
« Genève, le lo avï"il.
« J'ai reçu mon cher ami les lettres que vous m'avez addressées. J'en ai lu une du même lieu écrite par un médecin [Coindet?] qui coïncide avec les vôtres sur un fait essentiel. Je vous remercie du soin que vous mettez à me donner de vos nouvelles. J'en sens tout le prix.
« La tournure que prend l'affaire est telle que j'en crains les suites. Les longueurs qui sous un certain rapport pourraient être favorables, nous nuiront j'en ai grand peur. Voici pourquoi : Dans le lieu où la puissance existe, d'oii les ordres émanent, on est silencieux, on ne répond pas, on ne répondra peut être point, on ne fera peut être même faire aucune insinuation instructive. Au contraire dans le lieu de la scène on presse, on sollicite de finir promptement. Si on cède à ces sollicitations rien n'est plus beau que le sort qui [nous] est destiné ; si on traîne en longueur tout est perdu et on aura l'âge de fer.
« Je vais entrer dans quelques détails. On est informé par des lettres que les notes remises aux Pentandriques ou à l'un d'eux ont été renvoyées au bureau corrélatif; n'est-ce point là les avoir condamnées à la nullité? Sortiront-elles jamais de ce bureau pour produire quelque effet ? D'un autre côté Divos a dit qu'on n'aura point de réponse ni directement ni indirectement ; qu'il est seulement possible qu'on dise à M... quelques mots de bienveillance pour lui et ses commettants. Enfin l'on sçait par une lettre que le Pentandrique R [Rewbell] le veut absolument; qu'il le désire autant qu'il a désiré la destruction des oligarques B [Bernois]. Au milieu de tous les nuages est-il quelque point lumineux qui éclaire et indir
1 Voir page 408.
que une route à suivre ? On n'a aucun fait instructif, et on est ainsi jette dans la plus cruelle incertitude ?
« L'esprit public me paraît toujours bon; mais si les citoyens sont sans espérance, comme la résistance est impossible, ils se résigneront et appelles dans une telle situation à voter, ils seront entraînés par la crainte à adopter un parti que leur cœur repousse. Si en prenant le parti contraire, ils avaient la persuasion que ce seroit sans inconvénient, sans danger, s'ils pouvoient être assurés que les Dunamiques n'en seraient pas offensés, étant parfaitement libres ils voteraient pour la conservation d'un bien auquel ils tiennent fortement par une habitude ancienne et un sentiment naturel.
« D'après cette position cruelle vous comprenez qu'il est difficile de donner une impulsion. Si Divos ne pressoit pas, on pourrait attendre quelques informations utiles, mais il presse vivement; il a donné aujourd'hui jusqu'à jeudi au soir ; il est vrai qu'il l'a fait dans une conversation particulière avec des membres du Comité ; mais ce qu'il a voulu qu'on soumit à l'assemblée générale, je veux dire à la Commission extraordinaire c'est cette proposition : quel terme elle veut fixer au delà duquel les négociations entamées à Paris seront par elle regardées comme terminées. La commission en a délibéré hier, et lui a fait répondre qu'ayant fait faire par notre M. des démarches à Paris, son devoir envers ses concitoyens et son respect pour le Dir. Ex. lui imposaient l'obligation d'attendre le résultat de ces démarches. Divos a été mécontent de cette réponse et a demandé que les députés auprès de lui en fissent rapport à la Commission. On a délibéré de nouveau sur cette question aujourd'hui : après une discussion longue et approfondie on a été trois fois aux voix par mains levées, assis et levé et l'appel nominal, et on n'a rien décidé. L'assemblée a été partagée sur la question de la fixation d'un terme, et s'est ajournée à demain matin.
« Depuis quelques jours on parle de troupes venant à Genève de Suisse. Ce qui paraît certain c'est que 7 à 800 hommes sont en route pour venir à Versoix, que le bruit qui court à ce sujet est qu'ils doivent former la garnison de Genève ; que les uns disent qu'ils entreront tout de suite et les autres après la
réunion. Il est probable que Divos les a fait venir dans ce dernier but et pour presser davantage. Il a usé de ses pouvoirs qui le lui permettent; et cette circonstance est fâcheuse car il n'est guères possible que ces 800 hommes restent longtems dans les environs. On nous pressera donc de plus en plus.
« Divos ne cesse de dire que M. n'aura point de réponse; qu'il en est sûr; qu'il est inutile de renvoyer; et qu'il est très convenable de se décider promptement et d'une manière afffirmative.
« Il ne faut pas oublier qu'il a intrigué; que des individus se sont laissés séduire, qu'il y a Grenus et ses adhérens. Quoique les séducteurs et les séduits ne soient pas nombreux, cependant il ne faut pas ne tenir aucun compte de cette circonstance à cause des incidens qu'on peut employer comme dernier moyen.
« Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que notre cher M... Vous aurez une lettre à l'addresse du citoven Maréchal. »
Annexe XXII
Adresse de Gosse aux membres du Directoire. *
« Citoyens Directeurs !
« La vérité qui pénètre si difficilement jusqu'aux pieds des Rois trouve, d'après mon expérience, un accès facile auprès des Chefs de la République française, j'ose donc espérer, Citoyens Directeurs que vous ne dédaignerez pas mes efforts pour vous la faire connoître aujourd'hui.
« Des Lettres et des journaux ont publié que les Genevois avoient demandé et même consommé leur réunion à la Grande Nation. Eh bien, Citoyens Directeurs, ces Lettres et ces jour-
1 D'après la copie conservée dans ses papiers. Voir p. 412.
naux ont présenté ce qui vient de se passer à Genève d'an-e manière très inexacte.
« Les Genevois ont été sollicités de demander leur réunion et le bruit s'est répandu en même tems que s'ils ne le faisoient pas de bon gré le général Brunhe avoit l'ordre de les y contraindre par la force.
« De telles circonstances pouvoient exiger des résolutions promptes et décisives, incompatibles avet; nos formes ordinaires ; il étoit d'ailleurs à. craindre que dans un premier moment les Genevois ne se comportassent pas tous avec la prudence et la résignation que leur position rendoit nécessaire ; on a cherché à prévenir ces inconvéniens et c'est dans ce but qu'on a proposé et créé une commission extraordinaire avec le pouvoir de prendre et d'exécuter définitivement toutes les résolutions qu'elle estimera nécessaires au salut des Citoy^ens.
« La volonté ou le désir d'une réunion ne se trouve en aucune manière exprimé ni dans cet arrêté ni dans aucun acte quelconque, à moi connu, de la part des Genevois. La connoissance que j'ai de leur façon de penser et les lettres authentiques que j'ai reçues de plusieurs d'entre eux me prouvent au contraire que malgré leur respect, leur admiration et leur attachement pour la Grande Nation, ils préféreroient leur indépendance à l'honneur d'y être réuni, puisque cette réunion entraîneroit leur anéantissement comme Nation, leur mort politique.
«La Commission extraordinaire a manifesté ces mêmes dispositions ; dès ses premières séances elle a arrêté d'offrir au gouvernement français tous les avantages qu'il pourroit désirer, sous la seule réserve de l'indépendance politique.
« Si malgré ces offres qui présentent à la Grande Nation des avantages plus réels qu'une réunion, le Directoire exécutif persistait cependant à la regarder comme nécessaire, mes Concitoyens n'opposeroient sans doute aucune résistance à l'exécution de ses plans.
« Persuadé que vous daignerez prendre en considération le vœu du Peuple genevois librement émis, je viens vous demander instamment Citoyens Directeurs de suspendre les
mesures que vous auriez pu prendre d*après un exposé qui auroit présenté des dispositions différentes de celles qui sont en effet et d'attendre qu'elles soient authentiquement reconnues avant que de prononcer définitivement sur son sort.
« Salut et profond respect aux Dignes Chefs de la Grande Nation.
« Paris le 8 germinal an 5.
« Henri-Albert Gosse.
« Citoyen de Genève. »
Annexe XXIII
Le syndic Butin à Gosse. *
« Je vous envoyé mon cher Gosse, un exposé historique des
faits. Je l'ai pris sur le registre de la commission. Les dates
sont exactes et rien n'y est enfîé. Je désire au moins que vous
le transmettiez comme vous voudrez à Lep. J'écrirai à Micheli
ce soir. Je serai chez moi à 7 hres.
« Tout à vous. B. »
« Le Résident dès le principe a été pressé de finir. Il a usé pour cela de toutes sortes de moyens ; exposition d'avantages brillants mais chimériques ; menaces, hostilités et cernement. Cependant la Commission qui sentait ses devoirs ne voulait pas aller trop vite dans une affaire si grave, si importante. Avant d'aborder la question de la réunion, elle a examiné s'il n'y avait pas lieu de proposer une autre base d'arrangement, de là les deux notes qui ont été successivement remises.
« Le Résident les ayant repoussées, la Commission a dû attendre quelque chose des communications que pourrait faire notre ministre à Paris. Pour cela il lui falait un certain délai, et elle n'imaginait pas qu'elle fût dans le cas de le
1 Voir p. 417.
demander. Mais le Résident étant devenu plus pressant, on lui répondit que dès que le résultat des démarches de Micheli serait connu on s'expliquerait ultérieurement avec lui. Cette réponse lui déplut ; il dit qu'on l'amusait, que la réunion était décidée par le Directoire et qu'elle ne pouvait s'opérer que de deux manières ou par le vœu spontané des Genevois ou par conquête. Les députés qui avaient été envoyés auprès de lui firent leur rapport à la Commission le 12 d'avril. Elle prit alors le parti de fixer un terme et elle lui fit déclarer par des députés que si le mercredi suivant (18 d'avr.) à minuit elle n'avait point de réponse de Paris, elle s'occuperait sans délai de l'objet des communications par lui faites. Le i3 les députés rapportèrent que le Résident avait accepté le terme proposé et qu'il exigeait comme condition sine qua non que le Souverain serait consulté sur une prolongation des pouvoirs de la Commission qui devaient expirer le jeudi 19. La Commission arrêta sur le champ de convoquer le Souverain et de communiquer cet arrêté au Résident. En sorte qu'il y eu engagement bien positif de part et d'autre sur le terme.
« L'après-midi du i3 la Commission fut encore assemblée. Les Députés, chargés de communiquer au Résident ce qui s'était fait le matin rapportèrent que la communication faite, le Résident leur avait porté plainte sur un imprimé que l'on avait répandu dans la Ville et qui contenait des expressions offensantes pour lui ; il ajouta qu'on l'attribuait au cit. Bérenger et qu'il espérait qu'on lui rendrait justice sur ce grief. On lui fit répondre sur ce nouvel objet qu'il n'était pas de la compétence de la Commission de se mêler du pouvoir judiciaire ; que la marche ordinaire devait être suivie et qu'enfin le gouvernement s'occupait de mesures de police pour qu'il ne se répandît pas des brochures peu convenables dans les circonstances.
« Le samedi 14, la Commission ne fut pas assemblée. On fut occupé de la distribution du programme pour le Souverain qui devait être assemblé le lendemain à 10 heures du matin.
« Nous apprîmes que le Résident avait délivré à ses partisans des cartes de passage pour aller dans les Mandemens en solliciter les habitans à venir voter pour la prorogation de la
Commission. Le soir le Résident fU répandre dans la ville une note concernant la brochure attribuée au cit. Bérenger et de prétendus agitateurs. Il l'envoya au Conseil au moment où elle parut dans le public.
« Dans la journée on avait fait quelques démarches pour apaiser le Résident relativement au cit. Bérenger, mais inutilement. Cependant ceux qui lui en avaient parlé avaient observé qu'il jouait un rôle et qu'il n'y avait rien de sérieux dans ses discours ni dans sa grande colère.
« Le (i5) dimanche matin on fit des tentatives nouvelles et infructueuses. Le Souverain assemblé à lo heures fut calme, rien dans la matinée n'en troubla les opérations. Il y eut 3 182 votans.
« Le matin un petit corps de troupes [françoises] qui avait deux pièces de canon emprunta le passage par la ville.
« A II heures il vint des rapports dont les uns alarmaient et les autres tranquillisaient. D'un côté on disait qu'il devait venir des troupes à Genève, de l'autre on disait qu'il y avait quelque mouvement dans le pays de Vaud et que des troupes devaient passer par Genève pour s'y rendre.
« Mais après-midi au moment où l'on dinait, arrivèrent des troupes par les trois portes et les citoyens virent bientôt qu'elles devaient rester dans leur ville. Ces troupes se distribuèrent dans la ville au pas de charge. Elles étaient entrées tambour battant mèche allumée. Il y avait infanterie, cavalerie et artillerie.
«On eut soin de faire d'abord environner la Maison de Ville par de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie. Une troupe de hussards le sabre nud à la main était en face de la Maison de Ville.
« Cependant le Syndic, qui présidait l'assemblée souveraine et qui avait appris l'entrée des troupes françaises, leva la séance avant que l'opération eut été terminée ; le déchiffrement restait à faire, mais arrivé en Conseil, considérant comme important de connaître le vœu des citoyens, on l'invita à se rendre à S* Pierre pour y procéder au déchiffrement, ce qui fut exécuté. La Commission fut prorogée à la pluralité de 2204 suffr. contre 960, il y eut 18 billets nuls.
« Au moment où les troupes eurent pris possession de la place, le Résident envoya la fameuse Note au Conseil. Les syndics arrêtèrent provisoirement de faire fermer les deux clubs et de saisir leurs papiers. Deux magistrats de police furent chargés d'exécuter cet arrêté. Les cercles fermés, on le communiqua au Résident; (il avait pris un ton élevé). Il s'était appuyé de soldats. On l'informa aussi du résultat de l'opération du Souverain.
« Ces préliminaires remplis on songea à convoquer la Commission extraordinaire. Elle le fut à 3 heures au son de la. cloche. Pendant qu'elle délibérait le Résident fit demander le Syndic de la Garde qui se rendit sur le champ chez lui et qui y trouva le général Guerre. Là le Résident l'informa officiellement qu'il y avait dans la ville 1600 h. de troupes, qu'il fallait pourvoir à ce qu'ils eussent des logemens chez les citoyens. Le Syndic observa qu'il était impossible de loger les soldats chez les particuliers la plupart artistes et logés étroitement, la plupart dans un état difficile. Il obtint qu'à l'exception des officiers les soldats seraient logés dans la caserne.
« La Commission délibérait néanmoins sur la grande question, mais elle était cernée. A 5 heures elle vota, non à l'unanimité, mais à la pluralité la réunion et chargea son Comité de traiter pour les conditions. Cet arrêté fut communiqué au Résident qui accueillit favorablement les députés. Ce ne fut qu'après cette communication qu'on fit cesser le cernement et retirer les hussards qui occupaient la place de la Maison de Ville.
« Il est facile de voir que tout est marqué dans cette affaire au coin de la perfidie et de la violence. Tout est nul. Le Rési-dent avait accordé un terme, il l'a rompu. II a obtenu un vote de réunion par la voye des armes et de la force. Il a interrompu le Conseil général par l'entrée des troupes. Il a forcé la Commission à prononcer sur une question qui ne pouvait être de sa compétence.
« Si on peut porter ces vérités au pied du Directoire, on obtiendra non la restitution du bien précieux que le Résident nous a enlevé d'une manière si atroce et si infâme, mais des conditions assez avantageuses pour conserver notre ville dans un état passable.
« Je terminerai par dire que mardi ou mercredi on fit demander au Résident s'il désiroit qu'on suivit au procès entamé sur la brochure attribuée à Bérenger et qu'il répondit de manière à faire croire que ce n'avait été qu'un prétexte : si le Conseil, dit-il, désire que le procès tombe, j'y consens avec plaisir.
« Observez que dans la brochure de B. il n'y a rien d'offensant pour le Résident ; l'auteur a exposé les faits et sa façon de voir. Il avait le droit de le faire. Il pouvait énoncer son désir de rester indépendant. Il pouvait rappeler des faits constants et qui sont de notoriété publique. ■»
Cet exposé, écrit le 22 avril 1798, est tel que le donne Butin. Qosse y a fait avant de l'envoyer au Directeur LaRéveillère Lépeaux, quelques petites corrections et suppressions.
Annexe XXIV
Lettres de Micheli à Gosse. '^
« Paris 3o may 1 1 Prairial an 6.
« Il y a quatre courriers, mon cher Gosse que je comptois répondre à votre bonne lettre du j6 et toujours des affaires qui me sont survenues ne m'ont pas permis d'exécuter ce projet, de peur que demain je n'éprouve encore de nouveaux obstacles je prends la résolution de ne pas me coucher que je n'aye fermé cette lettre.
« Au reste si je ne vous ai point écrit directement je n'en ai pas moins chargé mes correspondants de vous donner de mes nouvelles et particulièrement Butin qui vous aura dit de plus que le Ministre de la Marine avoit très gracieusement accueilli la demande que je lui avois faite en votre nom. Quant au Gundelia je n'ai pas non plus négligé d'en rafraîchir la mémoire au Citoyen Jean Thouin mais trouvant difficilement
1 Voir p. 420.
des moyens de vous la faire parvenir sans danger dans cette saison j'attends une occasion favorable pour cela. Je vais tous les jours au Jardin des Plantes pour me distraire et je me suis mis à faire un peu de chymie pratique ce que je trouve fort intéressant. Cette science apprend à connoitre les choses sous des faces nouvelles.
« Vous avez su quelle étoit ma façon de penser sur ce qui faisoit le sujet de votre lettre, autant la chose auroit pu être avantageuse étant faite convenablement et à temps, autant elle pouvoit avoir d'inconvénient à une époque tardive. Je remets à vous expliquer tout cela au moment ou j'aurai le plaisir de vous voir, et vous avez pu en apprendre assez làdessus de mes autres correspondants et savoir d'eux qu'une idée analogue à la vôtre avoit été exécutée et peut être même d'une manière plus avantageuse et plus utile.
« J'ai bien reçu vos trois autres billet ou lettres outre celle du i6, ne soyés donc pas inquiet de ce quelles ne me seroient pas parvenues.
« Je connois assez les hommes, mon cher Pharmacien, pour ne point m'étonner des intrigues et des métamorphoses dont vous êtes témoin, au reste je répugne beaucoup à croire que nous ayons eu des traîtres proprement dits parmi nos compatriotes, la peur explique suffisamment la conduite qui a été tenue, dans des circonstances ou la fermeté et le sang froid eussent été si nécessaires.
« Votre retour que vous m'annonciez comme prochain me fait regarder comme peu obligatoire la commission que vous me donnés pour vous faire parvenir un compte de port de lettres. Celles qui regardent les feuilles sur Genève que l'on vous a dit de distribuer à Paris me paroit pouvoir encore moins être exécutée, excepté les journaux qui on dit un mot de mon affaire je ne sache pas que l'on ait distribué aucune brochure qui y fut relative.
« Je tâcherai de faire encore quelque bien à mes concitoyens avant que de quitter ce pays, ils m'ont cependant privé d'une grande satisfaction, en m'ôtant les moyens de les servir dans des occasions plus importantes, vous auriés partagé avec moi le mérite de la chose, je ne m'en ferai pas moins un devoir de
vanter votre patriotisme et d'apprécier votre dévouement, c'est vous dire mon cher Gosse combien vous avez de droits à mon estime et à mon attachement.
«. PS. J'ai eu l'occasion de parler de vous à quelques-unes de vos connoissances qui m'ont demandé de vos nouvelles. Je ne dois pas oublier dans ce nombre les Gauthier et les Delessert. •»
« J'aurois désiré répondre plutôt, mon cher Gosse, a votre bonne lettre du 27 avril et au petit billet qui l'avoit précédé, si mes affaires m'ont empêché de suivre à ce désir comme je l'aurois voulu, je n'ai du moins pas négligé de prier mes correspondants de vous en exprimer mes regrets et de vous donner de mes nouvelles. Je juge à merveilles des sentiments que vous avés dû éprouver à votre arrivée en voyant que l'intérêt personnel et même l'intérêt du moment l'avoit si fort emporté sur le patriotisme, la crainte de dangers imaginaires ou qu'il étoit du moins très possible d'éviter ont subjuguer tous les esprits et au lieu de donner créance aux avis salutaires, on s'est livré sans résistance à toutes les impulsions de ceux qui vouloient nous anéantir. On a été frappé d'aveuglement, je dirois presque d'un aveuglement presque volontaire, car on se défendoit des traits de lumière qui auroient pu éclairer. Je ne suis point surpris d'avoir été exposé à quelques reproches par des imbéciles ou des malveillants, de la part surtout de ceux qui avoient intérêt à rejeter sur moi la coulpe de ce qui étoit leur fait, quelque peu fondés que pussent être de pareils reproches, je suis très reconnoissant mon cher Gosse de la manière généreuse et énergique dont vous avés pris ma défense, je n'attendois pas moins de votre amitié pour moi et de votre attachement pour la vérité. D'ailleurs il étoit impossible que l'on put se former à Genève la moindre idée de la carte de ce pays, quoique les choses dont vous avés été témoin vous ayent inspiré de l'éloignement pour nos conci-