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toyens et pour les hommes en général, je vous exhorte à ne pas écouter ce premier mouvement et à ne pas vous désinté- | resser de votre première patrie. J'approuve fort les tentatives que vous avez faites pour faire connoître les choses sous leur : vrai point de vue et j'espère que vous aurez un peu imposé ! silence à la passion et que le sang froid et la simplicité auront ajouté encore à la force de ce que vous aurés dit. Il n'est pas ' difficile de trouver la raison pourquoi vous et moi avons été en bute à certaines attaques, il falloit combattre notre influence ; et affaiblir l'effet de ce que nous pourrions dire. 1
« J'ai demandé au C° Jean la Gundelia, mais il est tellement occupé de ses semis qu'il m'a renvoyé à un autre moment, je ; ne négligerois rien pour vos commissions pour- les maisons | Beaumont et Delessert.
« Croyés que je serois toujours charmé de vous donner des marques de mon sincère attachement.
« Paris le 20 floréal. »
Annexe XXV
Calandrini père à Gosse adjoint à la Mairie.^
{2g brumaire an g.)
« Je serois flatté Monsieur que vos liaisons avec Buonaparte vous engage à concourir à un moyen de faire bonifier notre Hôpital de quelqu'une des dépouilles sacrées de l'Italie.
« Cet établissement a souffert d'une manière bien onéreuse par le traité qui joint actuellement notre situation à la Position de la France et lors que je considère le seul article qui soustrait la jouissance de nos fortifications tant intérieures qu'extérieures, — jouissance, plutôt propriété acquise par un échange
1 Voir p. 425.
d'anciens domaines patrimoniaux attribués de tems immémoriaux au soulagement des Pauvres.
« Sur ce seul objet, ce ne seroit qu'une bien faible compensation que la rétribution des voyageurs. Ah que j'aimerois pouvoir lire au dessus du tableau le mot'HXiqui désigne le Dieu je suis sous son attribut de la Miséricorde.
« Au dessous, l'expression de la reconnoissance envers Buonaparte premier Consul de la République françoise. Hommage qui existeroit à toujours, ce qui seroit un des beaux monuments à sa mémoire surnaturelle.
« Obligés moi Monsieur, d'accueillir favorablement ce dernier vœu à ma Patrie et d'y mettre l'intérêt le plus empressé à
sa réussite.
« Fraternité et considération
« le vieux Calandrini.
«. N.B. Le revenu actuel des fortifications de Genève tant intérieures qu'extérieures, ramparts, fossés, plantations excédoient quatre mille francs de France. »
Annexe XXVI
Marc-Aug. Pictet à Gosse, au sujet de sa nomination au Tribunat. ^
« Samedi 20 mars 1802.
« Quand je n'aurois retiré mon cher Monsieur de ma nomination au Tribunat que la satisfaction de recevoir de mes concitoyens des témoignages d'affection tel que celui que vous venez de me donner j'aurois atteint le but de mes travaux icibas. Je suis tellement éloigné de toute espèce d'autre ambition et je partage si bien vos justes réflexions dans cette circonstance qu'à la nouvelle de ma nomination mon premier mouvement fut de refuser; on objecta autour de moi, et finalement,
1 Voir p. 426.
très souffrant que j'étois d'une ophtalmie et incapable de balancer avec maturité le pour et le contre de la chose, je rassemblai un petit conseil de parens et d'amis qui discutèrent à fond la question en ma présence et celle de ma femme ; et leur avis unanime fut que je ne devois pas refuser; mais il y a loin de là à l'idée de quitter Genève et des fonctions auxquelles je suis attaché de cœur. Je me borne à demander un congé d'un an à l'Académie, qui me remplacera pendant cet intervalle, et un congé préalable de trois mois pour rétablir ici ma santé avant de partir. Reposez vous en pour le reste aux liens de famille, d'amitié etc. qui me retiennent ici. Mon désir constant sera de revenir le plutôt possible et je soumettrai la question de mon retour quand il en sera tems, aux mêmes amis qui ont décidé mon départ.
« Quoique mon œil soit beaucoup mieux, on ne me permet encore que de dicter, et c'est ma fille qui est mon secrétaire.
« Agréez l'assurance de mon entier dévouement
« Caroline Pictet pr mon père.
« P. S. Je me fais une fête de me retrouver jeudi chez vous avec nos amis communs. »
Annexe XXVII
Relation deH.-A. Gosse au préfet, M. d'Eynnar,sur le dernier voyage de Dolomieu en Savoie. *
« Citoyen Préfet
« Je vais vous faire part puisque vous le désirez, des derniers momens que j'ai eu le bonheur de passer dans la compagnie de notre immortel ami le Citoyen Dolomieu.
« Le i6 vendémiaire ce savant distingué vint chez moi examiner le Minotaure que je possède et là je pris la résolution
1 Voir p. 438.
de l'accompagner dans le voyage qu'il se proposait de faire à Annecy, Département du Mont-Blanc, pour examiner une mine de charbon de pierre qui est exploitée dans son voisinage.
« Le 23 vendémiaire, à 9 heures du matin nous partîmes dans mon char à banc accompagnés du citoyen Gruner inspecteur des mines de l'Helvétie, Neergaard riche danois et Jurine lils, élève en chirurgie. Arrivés sur le Mont de Sion, à 3 heures de Genève nous y examinâmes les dépôts caillouteux qui indiquent le passage ancien du Rhône. Nous trouvâmes vers le village de Cruseilles quelques débris d'un grès martial ochreux, mine pauvre qui paroit avoir été exploitée autrefois sur le Mont Saléve.
« Divers granits, grés et pouddingues, répandus le long de notre chemin parurent attirer l'attention de notre géologue.
« Nous arrivâmes à Annecy à la nuit et nous y fûmes reçus avec mille témoignages d'intérêt par le citoyen Colomb notaire un des associés de la mine que nous allions visiter, et son intéressante famille.
« Le lendemain 24 vendémiaire après diner, malgré une pluie abondante nous nous décidâmes à partir pour aller voir la mine de charbon de pierre située dans la montagne d'Entreverne à 4 heures sud est d'Annecy,
« Nous arrivâmes après 3 heures de marche à la maison d'entrepôt de la mine située à l'extrémité du lac. Là, pour passer agréablement notre temps nous nous réunîmes dans une cuisine auprès d'un bon feu. J'interrogeois le citoyen Dolomieu sur les divers événemens de sa vie, depuis l'instant que je l'avois quitté avant son départ pour l'Egypte jusqu'à son retour à Paris. Ce bon et complaisant ami répondit à toutes mes questions avec la douceur et la patience dont il est doué. Entre les diverses choses intéressantes dont il me fit part je vous citerai, Citoyen Préfet, les suivantes :
« Browli dans son histoire naturelle d'Espagne fait mention d'une culture singulière qu'on y fait dans certaines contrées. Le cit. Dolomieu qui avoit parcouru ces contrées me dit avoir fait les mêmes observations et avoir vu récolter du nitrate de potasse dans des champs qui une année auparavant avoient aussi rapporté du bled abondamment. Ces mêmes champs.
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l'année suivante, nouvellement fumés dévoient produire une ! nouvelle récolte de bled. Il me dit de plus que cette même culture avoit lieu à Malte.
« Zimmermann a décrit la source de la Molfetta. Le cit. \ Dolomieu qui en avoit visité le local m'assura qu'il y avoit
trouvé abondamment du nitrate de potasse et de la terre cal- ;
Caire. Il m'apprit que le tabac d'Espagne étoit un composé ',
fait avec du tabac ordinaire Nicotiana tabaccum L. mis en j
poudre subtile après une fermentation suffisante pour lui '
donner une couleur brune ; que cette poudre brune de tabac i
étoit mêlée ensuite avec un oxyde de fer, produit par le feu j
très atténué, de couleur rouge vif, que cet oxyde de fer appelé j
dans le pays terra almagra se retiroit à quelque distance du '
village d'Almagaron prés de Cartagène. Il est défendu me dit-il \
d'en sortir du royaume d'Espagne. ]
« Il croyoit que le sel marin peut être tenu en dissolution <
dans l'air atmosphérique même à une très grande distance de I
la mer. Il en citoit pour preuve qu'il en avoit trouvé contre '
les parois d'une galerie dans le centre de la grande pyramide i
d'Egypte. Il ne lui parut pas qu'il y eut dans ce local d'autre |
cause de la présence de ce sel que la précipitation de l'air |
atmosphérique. !
« Il m'assura que le lac de Natron dont le cit. Bertholet a \
donné une description, étoit submergé une partie de l'année \
par les eaux de la mer ; que le sel marin qui y étoit déposé j
paroissoit s'y décomposer spontanément en soude. \
« Enfin nous nous entretînmes de la manière dont on retiroit
en Egypte le sel ammoniac et il m'apprit qu'il étoit préparé i non seulement avec la fiente des chameaux, mais avec celle
des divers autres animaux que l'on mêle avec de l'argile et >
qu'on fait dessécher au soleil contre les parois extérieures des <
maisons. Ces matières desséchées étoient brûlées ensuite dans ,
de vastes cheminées et la suie qui en provenoit étoit rassem- :
blée pour être exposée à une sublimation dans de grandes j
bouteilles rondes placées sur des galères. |
« Je voudrois. Citoyen Préfet pouvoir me rappeler dans ce |
moment de mille choses toutes plus intéressantes les unes I
que les autres que cet excellent et savant homme nous raconta | de ses voyages à Malte, en Espagne et en Egypte. Ses obser-
valions me parurent dirigées toujours vers l'instruction et l'utilité publique.
« Comme il n'y avoit point de lit pour nous tous coucher dans ce bâtiment isolé, le citoyen Dolomieu ne voulut absolument pas se séparer de nous et être mieux couché, et il se décida à être placé avec nous sur un tas de foin. La nuit se passa à babiller et à rire sur mille plaisanteries qui se présentoient à notre imagination.
« Le lendemain matin 25 vendém. nous nous dirigeâmes vers la montagne d'Lntreverne. Nous y fûmes accompagnés par les citoyens Colomb père et fils et quatre autres associés de la mine. Nous montâmes cette montagne par un superbe chemin jusqu'à la hauteur de 200 toises du niveau du lac. (Ce chemin coûte 80 mille livres à la Société de la mine et 20 mille au gouvernement.) Une pluie continuelle nous empêcha de faire toutes les observations que nous nous étions proposées. Cependant nous remarquâmes que jusqu'au % de cette montagne il y avoit des couches plus ou moins épaisses de i à 2 pieds d'une pierre calcaire, grise, argileuse qui se décomposoit à l'air ; que le V3 supérieur étoit composé de couche de même épaisseur d'une pierre calcaire blanche très dense sans apparence de pétrifications, que toutes ces couches étoient inclinées du nord au sud depuis i5 à yS*» ; que Tinclinaison étoit plus grande à mesure que les couches s'élevoient ; qu'enfin elles devenoient presque perpendiculaires. Notre maître en géologie nous fit observer que ce même arrangement des couches avoient lieu dans un sens opposé à l'autre fianc de la montagne et que le centre de réunion de ces couches étoit rempli par la mine de charbon que nous allions examiner.
« Effectivement dans 3 galeries que je parcourus, j'observai une couche charbonneuse presque perpendiculaire de 4 pieds d'épaisseur dont la qualité varioit de la circonférence au centre. Le charbon du centre, dit de première qualité, me parut n'avoir qu'une couche de 4 pouces d'épaisseur. Ce charbon produit une belle flamme et beaucoup de chaleur mais étoit sulfureux ; il ne peut être employé à souder le fer. Le sol du côté sud étoit calcaire, celui du nord était formé d'un grès argileux verdâtre très dur ; ce grès n'avoit pas une épaisseur bien considérable; nous trouvâmes dans diverses couches de
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la mine à charbon des débris de coquillages. Les galeriesi furent trouvées par leur horizontalité presque impraticables;! les eaux n'y avoient nul écoulement et les ouvriers étoienti sans cesse obligés d'y marcher.
« Les citoyens Dolomieu et Gruner qui ne jugeoient pas, cette mine comme étant d'un bien grand rapport ni d'un suc-; ces bien assuré proposèrent les améliorations suivantes,; c'étoit de faire un percement légèrement incliné et pratiqué! dans le penchant de la montagne jusqu'au filon à 80 toises; au dessous de la partie supérieure des galeries actuellement; percées et d'établir ensuite un puits perpendiculaire qui seroit: dirigé dans la mine même de la partie supérieure à l'inférieure.' Ce seroit par le puits qu'on descendroit dans la mine et ceseroit aussi par la galerie inférieure qu'on la feroit sortir jus-' qu'au chemin pratiqué, les eaux et les courants d'air néces-^ saires auroient par ce moyen leur libre cours. ',
« Après avoir fait nos observations autant que l'abondancei de la pluie nous le permettoit nous nous réunîmes pour faire, un repas vraiment de mineurs. Nous étions tous plus oU: moins couverts de charbon et de saletés, la plupart très mouil-! lés. L'appétit qui ne nous avoit point abandonné nous fit! trouver excellens nos mets rustiques dressés dans un mauvais! taudis où nous fûmes obligés de nous passer d'assiette, de. serviettes et de fourchettes. Cependant on avoit fait frire tant] bien que mal de Tassez mauvais poisson qu'on avoit pris le, matin dans le lac. La nappe qui par le besoin que nous en; avions ne nous parut pas extrêmement sale servit pour tout.- De l'excellent vin qui nous fut servi abondamment nous fit oublier dans l'épanchement de l'amitié tous les petits désagré-; mens que nous venions d'éprouver et nous redescendîmes.' gaiement à la maison d'entrepôt d"où nous nous transportâmes, le soir même à Annecy. 1
« Le lendemain 26 vendémiaire, j'eus le chagrin de me sépa-J rer de notre célèbre compagnon de voyage et du citoyen Neergaard qui se dirigeaient vers Chambéry pour de là sej rendre à Grenoble. 1
« Pendant toute cette promenade le cit. Dolomieu développai toutes les connoissances d'un profond géologue, sa mémoire qui ne lui laissoit pas oublier une seule observation, l'avoit;
servi très utilement à former une théorie à lui et des principes géologiques qui j'espère ne seront pas perdus pour le monde savant. La modestie accompagnoit toutes ses discussions. Un caractère de véracité, de bonté, de douceur, de gaieté, d'amabilité donnoit du charme à tout ce qu'il faisoit et à tout ce qu'il disoit.
« Zélé ami, excellent citoyen, coopérateur des premières sociétés savantes, il a rempli le premier rôle.
« Le voyage intéressant que vous avez fait Citoyen Préfet avec cet homme doit vous avoir fait mieux juger que moi de toutes ces qualités. Il ne nous reste donc qu'à répandre nos larmes sur sa tombe et à chercher à imiter les vertus qu'il a présentées aux hommes pendant tout le cours de sa vie.
« Veuillez agréer Citoyen Préfet les vœux que je fais pour votre retour au milieu de nous en parfaite santé. Veuillez présenter mon hommage respectueux à notre premier Consul. »
Brouillon daté du 1 8 frimaire, an lo [8 déc. 1802).
Annexe XXVIII