‹ Un Genevois d'autrefoisChapitre 45 sur 56 · J. HUBER · texte numérisé non relu

J. HUBER

Du même au même, au sujet des Abeilles [i8oq ?']^

« Mon cher Gosse.

« On me parla l'autre jour de la manière dont les habitants de Chamouny prennent le miel de leurs abeilles sans les tuer. Si ce qu'on m'a dit est vrai, leur méthode pourroit être adoptée ailleurs et devroit sans doute être préférée à l'abominable moyen du soufre dans les lieux où on est assez barbare et assez fou pour y avoir recours. Il ne vous sera peut-être pas difficile de prendre des informations exactes sur un point qui m'intéresse très particulièrement et surtout pour le bien que je veux aux pauvres abeilles. Voici le fait qu'il s'agit de vérifier.

« On assure que les habitants de Chamouny tuoient autrefois leurs abeilles pour s'emparer impunément de tous leurs produits ; mais que depuis quelques années seulement ils ont essayé de prendre tout le miel et toute la cire de chaque ruche lorsque la récolte est finie pour les abeilles de ces Vallées après avoir dépouillé les ruches complètement, ils y font rentrer les abeilles et les y renferment jusqu'au retour de la belle saison, mais pour que les prisonnières ne meurent pas de faim pendant leur long hiver, ils les nourrissent au biberon, le bout du tuyau qui en fait l'office pénètre dans la ruche par une ouverture de sa voûte, l'extrémité inférieure du tube est fermée par une toile d'un tissu assez serré pour que l'aliment probablement liquide ne passe que goutte à goutte et n'inonde pas les abeilles. On ne m'a pas bien expliqué la composition du sirop alimentaire des abeilles. Vous me feriez plaisir mon cher Gosse de demander à vos amis de Chamouny bien des détails sur tout cela.

« Donnent-ils le sirop en grande dose à la fois aux prisonnières ? Ou bien le leur distribueroient-ils par rations journalières ce qui je crois conviendroit infiniment mieux. Cette méthode auroit l'avantage de ne mettre dans le commerce que du miel et de la cire de 6 mois le miel nouveau étant beaucoup meilleur et plus agréable que celui qui a vieilli dans les rayons

1 Voir p. 455.

et je pense que la cire neuve est aussi beaucoup plus facile à blanchir que celle qui a séjourné lontemps dans la ruche et qui a été noircie par le temps et les émanations des abeilles. Je ne vois qu'un inconvénient à cette pratique, c'est que les abeilles ne doivent jamais essaimer. La reine recommence sa ponte au mois de Janvier, tous les œufs qu'elle pond sont perdus puisqu'elle n'a point alors d'alvéole où elle puisse les déposer et lors même que les abeilles prisonnières pourroient en construire à la faveur des matières sucrées dont leur sirop doit être composé, elles ne pourroient nourrir les larves sorties des œufs dans ces nouveaux alvéoles puisqu'elles n'auroient point de pollen dans leur prison et que la saison où on leur rend la liberté dans ces vallées et qui favoriseroit la récolte du pollen est sûrement très avancée. Il ne naîtra donc de jeunes abeilles dans les ruches de Chamouny que dans le mois d'avril, on peut être seulement au commencement de mai. Mais comme la vie de l'abeille ouvrière n'est que d'un an ce dont je crois m'être assuré le premier, la population des ruches à Chamouny ne sera jamais très forte et sûrement point assez pour que les abeilles soient dans le cas de jeter ou d'envoyer des colonies que nous appelons des essaims. Voilà ce que je conjecture, j'aimerois mieux savoir ce qui est, et vous serois obligé si vous pouvez me faire avoir sur tout ces faits des notions positives et d'après lesquelles on puisse raisonner avec connaissance de cause. »

Annexe XXX

Jacques Balmat à H.- A. Gosse ^

Gosse transmit les questions d'Huber à Jacques Balmat, le guide de de Saussure, avec lequel il était en relations amicales, et qui lui avait précédemment fourni des renseignements sur Chamonnix, demandés par le préfet, M. de Barante, en i8o3.

1 Voir p. 455.

Nous transcrivons pour les apiculteurs et les philologues les réponses du Chamognard, l'orthographe en est curieuse.

« Chamonyx

première question

« ils et vrai que L'on tue beaucoup d'abellie à Chamonyx, L'on tue premièremant celle que L'on vois que la noriture ne serat pas suffisante, cet à dire ous Lon juge qui n'auront pas de quois santrettenir pandand L'hiver quelle périront tous de mesme au printans,

« 2ment ]'on tue aussit les ruche qui sont grasse par Exet ous l'ont vois que Le produi peux an a cheter deus, pour hiverner une ruche dans nostre pey il lui faux aumoin huit Livre de miel au pois de jenéve.

« 3ment pour quant à Les vuidér toute on le fais aussit mais ce Làs ne réussit que raremant vu que l'on et tros portée pour son ijer le ray, on y fais que tros tars, elle ne peuve pas ce repourvoirs de rien pour Lhivers elle périsse tous de mesme au printans quois que l'on Essaye de leur donner a manger, le meilleur manger après le miel se du très bon vin rouge et des tranche de pin blanc dans une assiette ny mettre du vin que seullemant il puisse tranper le pin et que les abellie ne s'e nin nonde pas non plut et avec cellas vous pouvée Les nourir un grand travers de tans, L'on met pour cellàs côme vous Lavée dejat obsservee L'on fais un troux au sommet de la ruche ou elle puisse passer et sortir dessut et l'on couvre par dessut d'un Ecueelle de bois ous d'un plat bien creux par dessut et ne leur Laisser poin de clartté par ce que elle sanvon pui, et quant il yat des grande quantitée d'abellie on leur an donne aussit, an dedans dans une assiette par ce que celle du font ne save pas passer an dessut et meure tous de mesme, et on leur donne de cette nourriture sitô que l'on vois que le pin ne plut humide. Les a Bellie qui von manger au dessut de la ruche elle passe par le petit trous on met leur manger comme se serois dans un couvercle de tabatière à costée du trous laissan le trous tous jour libre pour quelle puisse passer et mètre pui l'écuelle qu'il sois bien plus grande quelle laisse une distance autour du couvercle pour y passer

Le pin on le change tous Les sinq at sis jour si tos que L'on vois quelle commance à let brisser.

« ^ment pour La diarée Lorsquond naperssois quelle l'on, Ion pran une plaque de fer de Lépesseur d'une lamme de coutaux que Ton fai chàufér au feux quelle sois bien chaude mais pas rouge puis on lève la ruche et Lon vuide du bon vinaigre sur se fer que la fumé monte bien par dedans la ruche, en prenant garde que Les abellie ne fuye pas il faut Etre bien Lestte pour faire cete oppération. »

Annexe XXXI ^

Fragments d'une lettre de Mar^ari Pencati, naturaliste \ italien, à H. -A. Gosse, sur un cours de Cupier, donné à Paris

en 1804.^ ;

« Paris 20 floréal an i3.

.... « Cuvier nous donna à l'Athénée un cours qu'il nomma ,

de Géologie, mais que j'appellerois plus volontiers à'anatomie !

comparée appliquée à la Géologie. Personne, je crois [ne] con- ' noit mieux que ce grand homme l'ostéologie de toutes les

classes d'animaux à vertèbres; personne ne pourroit en faire ;

un emploi plus heureux dans la déterminaison des mamifères, ;

des reptiles, des oiseaux, des poissons fossiles ; et de cette 1

déterminaison on n'en pouvoit guère tirer des conséquences ' plus légitimes, plus importantes, plus générales. C'est la seule partie peut être de la géologie dans laquelle on peut écrire

sans copier les Genevois, où du moins sans se servir de leurs ^ matériaux.

« Ce n'est pas sans étonnement (sachant d'ailleurs qu'il n'est point très dévot) que je l'ai entendu vouloir faire servir tous

ses corollaires à prouver l'opinion de Dolomieu, de Saussure j

et des deux Deluc sur la nouveauté de nos continents actuels. |

Le Saint homme, ne leur assigne pas même 10 mille ans. Le i

nouvel ouvrage des êtres organisés y est mis en ridicule |

1 Voir p. 456. i

comme il mérite; la formation des différents organes parles habitudes y est plaisantée... Et (quelque ménagement que mérite l'aimable et savant matérialiste qui en est l'auteur) un

CUVIER PEUT PRENDRE LX LIBERTÉ DE PLAISANTER QUAND IL s'aGIT

d'animaux.

« Il paroit de bonne foi, et il faut avouer que c'est une perte désespérante pour les atées qui étoient fiers d'avance de ce que déduiroit le grand Cuvier d'après sa zoologie, et d'après sa géologie zoologique. Calculant sur sa prévention ancienne, ils avoient déjà annoncé, comme siennes des opinions qui ne lui appartiennent guère. On peut vraiment dire que c'est un adversaire qu'ils ont là... et s'il est tel, c'en est un qui est bien redoutable et qui vaut bien un Gall.

« Pour décider s'il est, ou s'il n'est pas de bonne foi, je vous ajouterai que, ayant ouvert son cours quand le Pape venoit d'arriver, et nous ayant exposé dans l'ouverture son opinion tout a fait Moysienne, j'ai cru d'abord que ce n'étoit qu'un chapeau cardinalice que le bon dévot guettoit ; cette conjecture n'étoit pas extravagante dans une ville où tous sont flatteurs, et dans un temps dans lequel tout le monde change d'état. Si un zoologiste du Muséum fut élu grand chancelier de la légion, pourquoi n'en feroit-on pas un autre Cardinal ?

« Mais je vous jure que je suis revenu parfaitement de ce soupçon et que je le crois sincère hors des plaisanteries, car il nous a conduits pas à pas sans que je puisse m'apercevoir de sophismes. A la vérité il nous a dit des choses évidemment fausses quand il a voulu descendre plus bas que la petite croûte à fossiles. Il ne s'y connoit rien là dedans, il se fit un monde dans son cabinet il se bâtit des chaînes et pour nous faire entendre de quelle façon sont placées celles qui sont de calcaire primitif il arriva à nous citer comme exemple le Mont Perdu ou Piranèse qui est tout a fait coquillier comme géologue n'ignore. Mais tout cela ne fait rien à sa conclusion sur les continents actuels qui en est indépendante ; car c'est seulement des monuments existants dans les Montagnes à fossiles, dans les MoqjLagnes dans la connoissance desquelles il est grand homme, c'est uniquement de ceux-ci qu'il la déduit.

« J'ai pris des notes pendant tout le cours ; je les conserve précieusement car ce sont des faits de la plus grande importance

que l'on n'a pas encore publiés nulle part qui y sont consignés. Je crois de vous faire plaisir en vous en envoyant copie pour vous et pour la Société. A cet effet je les ai donnés à un copiste, car étant une affaire de 52 pages in-folio, il m'est impossible de les copier moi-même. Il me les rendra avant mon départ de Paris et j'aurois l'honneur de vous les adresser. Ce ne sont que des gens du monde qui suivirent ce cours à l'Athénée, les géologues s'y seroient abonnés exprès s'ils l'avoient cru aussi intéressant qu'il l'a été, mais ils en rioient d'abord. A cette heure on me demande de toutes parts mes notes, mais il ne me reste pas le temps de contenter tout le

monde...

«Joseph Marzari Pencati»

[de Vicence].

Annexe XXXII l

Refrains de Pierre Penard, l'aveugle de Mornex, composés \ à l'occasion de la naissance du roi de Rome. *

« A M. Gosse. ;

« Français consolons-nous i

Assurément le Ciel nous aime :

Français consolons-nous Jouissons du bonheur suprême.

« A la joie qu'on s'abandonne I

En voyant dans la personne ;

De notre Empereur vivant ]

Le tableau de cet enfant. 1

« Chère et aimable impératrice '

Vous avez fait un beau fils ; Nous prions tous le Seigneur Qu'il soit né pour notre bonheur.

1 Voir p. 487. ,^

« L'Empereur qui est risible Disait que c'était une fille.

La garde qui est si brave A crié : C'est un roi aimable.

« Si vous ne voulez pas le croire Descendez, vous le verrez vous-même.

Monsieur l'Empereur est descendu Pour remercier sa dame à coup sûr.

« Quand on a su la naissance De ce beau roi en France, L'on s'est bien diverti Jusqu'à Mornex aussi.

« La bonne ville de Genève Et le préfet qui la gouverne, A vitement recommandé Que tout fut illuminé.

«. C'est quelque chose d'admirable Que la troupe sous les armes.

Ils vont sur les remparts Pour saluer le fils de Bonaparte.

« Les canonniers aussi s'empressent

Avec la main à la mèche

D'aller tirer le canon

A l'honneur de ce beau garçon.

« Le Préfet depuis la Treille Pouvait voir à merveille Que l'hermitage de Monnetier Etait tout illuminé.

« L'on fit des feux de joie A l'honneur du nouveau roi.

Des boîtes l'on tirait Ne pouvant faire mieux.

« Notre maire qui est brave Y fit porter une table.

Avec un tonneau de bon vin, Pour s'amuser du soir au matin.

« Qui a composé ces vers C'est un aveugle mal à son aise,.

Demandant à la croisée du chemin L'aumône à tous les humains.

« Partout quand il passe des dames Et des messieurs qui les accompagnent S'ils lui font la charité Ils sont aussitôt remerciés.

« Ceux qui ne voudront pas le croire Qu'ils parlent à M. Gosse l'apothicaire, Qui en faisant son chemin Lui donne soir et matin.

« C'est l'aveugle qui l'a dicté Celui qui l'écrit peut dire la vérité C'est des vers qu'il veut présenter A M. Gosse tout le premier. »

Annexe XXXIII

« Chanson composée et chantée par M. le professeur Boissier le 7. 8. i8i5, au dîner que les membres des Sociétés de Physique et d'histoire naturelle et des Naturalistes donnèrent aux savants Suisses invités pour former le noyau d'une Société helvétique des sciences. ^

« Amis qui sommes réunis

Par les goûts, l'origine et l'estime.

Que nos efforts soient unis

Vers le grand but qui nous anime.

Etudions le Créateur

Dans sa petite créature

Partout bonté, force, grandeur

Nous rendrons grâce à la Nature.

1 Voir p. 518. Les vers sont cités comme ils furent relevés par Gosse.

« Emules et jamais rivaux

Ne cherchons que vérités sûres.

Rassemblons dans tous nos travaux

Plus de faits que de conjectures.

Ayons toujours devant les yeux

Haller, Bonnet et de Saussure,

Nous saurons nous montrer comme eux

Les vrais amis de la Nature.

« Que les coalisés jaloux Reprennent aux Français leurs captures.

Qu'ils emballent dans leur courroux Et les marbres et les peintures !

Heureux au bord du Lac Léman, Nous ne craindrons point leur injure.

Nous garderons notre Mont-Blanc Rendons-en grâce à la Nature. »

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