CABINET 0[ LECTURE
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raine ancienne e
E.Desbois&Fils
Rue Huquene.70- BORDEAUX
ches qui recouvraient l'ouverture et qui formèrent ainsi une trappe parfaitement mobile et facile à soulever, depuis l'intérieur du pavillon et depuis l'intérieur du souterrain.
Ceci fait, les trois hommes redescendirent dans les salles basses.
L'escalier de pierre qui terminait le couloir fut remis en état.
On édifia une espèce de banc circulaire, avec les décombres résultant de la démolition des portes murées.
On répara soigneusement l'escalier qui conduisait au boudoir.
Enfin le carré long, coupé dans le beau
parquet mosaïque, devint une trappe semblable à celle du pavillon.
— Voilà qui ne va pas mal, — dit André, après avoir donné le dernier coup de rabot et de lime , et en regardant son ouvrage d'un air satisfait, — - mais....
Il s'interrompit.
— Mais, quoi? — demanda l'intendant.
— Il faut enlever entièrement le tapis de cette pièce et ne pas le replacer, ou bien tout ce que nous avons fait, et rien, ce sera absolument la même chose.
— Pourquoi donc?
— Parce que ce tapis, si on le recloue, masquera la trappe, et que, par consé-
quent, on ne pourra plus la soulever... L'intendant sourit.
— Et, vous ne voyez pas un moyen d'obvier à cet inconvénient? — demanda-t-il.
— Ma foi non. — Il y aurait bien la ressource d'entailler le tapis dans toute la largeur de l'ouverture, mais, quelques précautions que l'on puisse prendre, ce serait parfaitement visible, et ce n'est pas ce qu'il faut ici...
— Non, en vérité.
— Alors, nous enlevons le tapis?
— Gardez vous-en bien !
— Vous avez donc un expédient, vous?
— Pardieu !
— Ali ! par exemple, je suis curieux de voir ça!...
L'intendant tira de la poche de son habit une dixaine de petits tubes creux, en cuivre , d'un pouce de long, et autant de gros clous sans pointe , de la même Iongueur que les tubes.
— Et c'est dans ces petits outils là qu'est votre expédient? — demanda André d'un air incrédule.
— Mon Dieu, oui.
-Ah!., ai)!..
Et cette exclamation dubitative fut accompagnée, de la part de l'ouvrier, d'un
mouvement d'épaules très -significatif.
— Rabattez le tapis, — fit l'intendant, — comme si vous alliez le reclouer.
— Voilà qui est fait.
— Maintenant, soulevez-en un peu les bords et enfoncez dans le plancher ces tubes de cuivre, à un pied et demi les uns des autres.
André et François s'acquittèrent de cette besogne.
— Tendez le tapis , — reprit l'intendant, — et, au-dessus de chacun des tubes, faites dans le tissu un petit trou avec la pointe de votre compas... —Bien. — Prenez ces clous et introduisez-les dans les tubes en
traversant le tapis. — C'est fini. — Qu'en dites-vous?
— Ma foi, — répliqua André, — je dis que vous aviez raison, et que je n'aurais jamais pensé à cela!...
L'intendant venait tout simplement d'inventer le système de posage des tapis si usité aujourd'hui dans toutes les maisons où l'on veut souvent donner à danser.
Grâce à ce système, il faut trois minutes pour enlever le tapis d'un salon, et autant
pour le remettre.
— Voici le salaire convenu , — reprit l'intendant en mettant vingt-cinq louis dans la main d'André, — reposez-vous, — achevez ces pâtés et ces jambons, et videz ces bouteilles. — Cette nuit je vous reconduirai moi-même à Paris.
Les deux ouvriers s'attablèrent et firent si bien honneur aux flacons, qu'un peu avant onze heures du soir ils étaient gris comme des gardes françaises et s'endormaient sur les fauteuils dorés dont la moelleuse élasticité invitait au sommeil.
L'intendant réveilla les dormeurs,
— Voici vos masques, — leur dit-il, — mettez-les, je vous prie, nous partons»
André et son compagnon obéirent, sans se rendre parfaitement compte de ce qu'ils faisaient.
Gomme la nuit précédente, l'intendant les prit par la main, les fit sortir de l'hôtel
et les conduisit à travers le jardin jusqu'à la porte dérobée qu'il ouvrit.
La voiture attendait dans la rue.
Tous trois montèrent dans le mystérieux carosse qui partit au grand trop de ses deux chevaux.
Avant le second tour de roue , les ouvriers s'étaient rendormis.
Au bout de deux heures de marche, la voiture s'arrêta.
André et François se réveillèrent en sursaut.
— Otez vos masques, — fit l'intendant, — descendez, mes amis, et retournez chez vous.
— Où sommes nous?
— Vous le verrez,
La portière s'ouvrit.
Les ouvriers sautèrenfassez lourdement sur le pavé.
Les chevaux tournèrent bride à l'instant même et prirent le galop.
André regarda autour de lui.
La lune se mirait, brillante, dans les eaux tranquilles de la Seine, à peu près à cet endroit où s'élève aujourd'hui le Palais- Bourbon.
Le carrosse avait déjà disparu.
Machinalement André mit sa main sur la poche de son gilet.
Les vingt-cinq louis y étaient toujours.
—Tant d'argent pourvingt-quatre heures de travail!... — murmura l'ouvrier dont l'ivresse se dissipait au grand air. — C'est drôle, tout de même!... dis-donc, François...
-Quoi?
— Est-ce que tu la crois, toi, cette histoire d'un amoureux, d'une belle dame et d'un mari?..
— Ma foi, oui...
— Eh bien! toute réflexion faite, (u as tort...