‹ Un Gouvernement Arabe à Damas Le Congrès SyrienChapitre 24 sur 41 · OC UE · texte numérisé non relu

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Le samedi 6 mars, bien que les représentants de Beyrouth, la plupart de ceux de la zone Ouest et de la Palestine, ne fussent pas encore arrivés à Damas, le Congrès syrien se réunit sous la présidence d’Abdul Rahman el Youssef; et en présence de l’Emir Fayçal. de l’'Emir Zeid, du Chérif Jemil, de Riza Pacha Rikabi et de tous les hauts fonctionnaires militaires et civils du Gouvernement chérifien, fut donnée lecture d’un discours de Fayçal, longue profession de foi nationaliste, tant était grand le désir de l’Emir de dissiper les craintes qu’avaient causées aux extrémistes ses tractations avec les Puissances alliées. L'Emir ne va pas cependant jusqu’à s’insurger contre l’Entente; il s'attache à démontrer que la nation syrienne en proclamant son indépendance ne fait qu’user d’un droit qui lui a été reconnu par les Alliés; il rappelle les paroles prononcées par le président Wilsonle 4 juillet 1918, à Mount-Vernon : « Le règlement de toute question concernant soit les territoires, soit la souveraineté nationale, soit les accords économiques ou les relations politiques doit être conclu sur la base de la libre acceptation de ce règlement par le peuple immédiatement intéressé, et non sur la base de l'intérêt matériel ou de l’avantage de toute autre nation ou de tout, autre peuple qui pourrait désirer un règlement différent, en vue de sa propre influence extérieure ou de son hégémonie ». L'Emir rappelle également les promesses faites par l’Angleterre et la France de favoriser

la création d'Etats arabes indépendants.

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Les Arabes n’ont-ils pas conquis sur les champs de bataille, aux côtés des Alliés, le droit de vivre libres?

Fayçal proteste de sa fidélité à la cause des Alliés: il esE tout disposé à entretenir avec les nations eivilisées des relations d'amitié cordiale et sincère: pourvu que l'indépendance politique de la nation syrienne demeure complète. Sa politique sera une politique de paix «basée sur la confiance réciproque, une politique conforme aux intérêts de notre nation et à l’intérêt de la paix universelle ».

Fayçal s’attarde à donner des assurances à FAngleterre et à la France; il éprouve une grande gêne à dire aux membres du Congrès ce qu'il attend d’eux : « J'ai tenu à vous convoquer une seconde fois, pour que vous vous prononciez sur le sort de la Syrie, selon les vœux des populations qui vous ont jugés dignes de les représenter en des jours aussi difficiles ».

Il semble ne vouloir pas influencer les délégués, mais leur laisser toute liberté d’agir dans la limite des mandats qu'ils ont reçus de leurs électeurs. « L'Eutope vous surveille de près », ces quelques mots et son obstination à ne pas laisser apparaître ses ambitions personnelles suffisent à trahir le souci de l’Enmuir de faire accroire au Conseil suprême que les décisions du Congrès syrien seront l’expression, non de la volonté d’un homme, mais d’un mouvement national librement né du désir de tout un peuple. D'où le laco-

nisme de l'Emir quand il parle des attributions du

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Congrès : « Notre nouvel Etat, assis sur le patriotisme de ses enfants, doit d’abord décider sous quel régime il entend vivre; il doit ensuite rédiger une Constitution qui fixe à chacun de nous, à celui qui ordonne et à celui qui est ordonné, ses droits el ses devoirs. »

Cheikh Kamel! el Quassab vint ensuite lire, au nom du «Comité de la Défense Nationale » et de la Nation, un manifeste quiestlecomplément si indispensable du discours de l’Emir que l’on ne peut avoir de doute sur son caractère officieux ; il doit être tenu pour le programme politique du Gouvernement chérifien.

«Salut au noble Syrien, réuni au milieu des tempéêtes de la politique pour dire la volonté de la Nation, aujourd’hui, comme il l’avait exprimée auparavant. la Nation est sûre que sa volonté sera respectée. Les membres de ce Congrès sont venus de toutes les contrées syriennes pour représenter la Syrie. Le Congrès dira donc la volonté nationale définitive. La Nation veut obtenir son droit naturel à la vie et son droit à se ‘gouverner elle-même. En affirmant cette volonté, le Congrès obtiendra la con fiance de la Nation et la représentera véritablement.

La Nation veut que le Congrès proclame l’mdépendance complète de la Syrie et qu'il en supporte la responsabilité jusqu’au jour où il aura été remplacé par une autre Assemblée élue.

La Nation attend du Congrès, au cas où il procla-

merait l’Emir, roi de Syrie, qu'il le proclame roi

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constitutionnel, selon les idées démocratiques, pour qu'il s'inspire dans tous ses actes des principes du Gouvernement représentatif, selon la parole d'Allah : « Inspirez-vous de leurs conseils ».

La Nation attend du Congrès l'élaboration d’une Constitution basée sur les principes d’un Etat monarchique parlementaire, démocratique, décentralisé, pour la Syrie entière, dans ses limites naturelles. La Nation veut aussi que le Congrès se proclame l’Assemblée constituante, appuyée sur la volonté nationale. »

Et Cheikh Kamel el Quassab proféra cette menace que Fayçal n'avait osée :

« Voici que la Nation prépare ses valeureux enfants à la protection de la Patrie, de même qu'elle a préparé les membres de ce noble Congrès à être les gardiens de l’indépendance... Que le Congrès se montre donc énergique et qu’il sache qu’une Nation voulant vivre une vie honorable ne dédaigne pas, pour la vivre, d'aller au devant d’une mort honorable... »

Une commission de 9 membres prépara le projet de réponse au discours de l’Emir Fayçal.

Le dimanche 7 mars 1920, le Congrès syrien, en une longue séance qui fut présidée par Hachem Bey Atassi! et dura jusqu’au lendemain matin, discuta

1. Hachem bey Atassi venait de succéder à Abdul Rahman el Youssef à la présidence du Congrès. Murent élus; vice-président Merii

Pacha Mallah, et Président suppléant : Youssef bey Hakim. 1] fallait ménager toutes le susceptibilités,

cé projet et approuva à l’unanimité un texte qui résume les arguments que, depuis des mois, les partis nationalistes, les membres du Gouvernement, Fayçal lui-même ne cessaient d’invoquer en faveur de l’indépendance absolue de la Syrie dans ses limites naturelles. Mais de ces considérations générales si souvent. exposées, le Congrès « qui représente complètement la nation arabo-syrienne dans ses trois zones intérieures, côtières e& palestinienne » prétend tirer des conclusions qui doivent être la loi de demain.

Au nom de la nation, il instaure un régime nouveau conforme aux vœux des populations syriennes; il abat les barrières dressées par les Alliés pour des besoins militaires ; aucun argument de droit ne peut être opposé aux décisions prises par un peuple dont tous les efforts tendent à réaliser son unité et à affirmer son indépendence. Le Congrès nie aux Puissances le droit qu’elles s’arrogent de maintenir les pays syriens dans un état de division qui nuit à leur développement économique et compromet leur unité politique.

Les Syriens, unis dans un même idéal, dans une même pensée, veulent vivre sous une seule et même loi: l’Angieterre et la France ne peuvent s'opposer à | ce mouvement d'émancipation sans renier les principes au nom desquels elles ont fait la guerre et dicté la paix à leurs vaincus.

Voilà, très brièvement résumée, la thèse soutenue

par le Congrès syrien pour légitimer ses décisions,

La présence des forces alliées en Palestine et dans la région côtière dévait limiter à la zone Est l’action de cette « Assemblée Nationale »,issue d'élections douteuses et qui ne représentait qu'une minorité aux tendances xénophobes. |

Malgré son impuissance à faire exécuter ses décisions en zones Sud et Ouest, le Congrès syrien prononça la dissolution des Gouvernements d’occupation et prociama l'indépendance de la Syrie « dans ses limites naturelies y compris la Palestine, indépendance complète sans qu'aucun doute puisse subsister à ce sujet. »

Aux Gouvernements militaires sera substitué un Gouvernement civil, représentatif, responsable devant le Congrès.

Les tendances particularistes de certaines régions seront prises en considération; c’est ainsi que, dans le cadre de la Syrie Unie, ie Liban conservera son autonomie administrative, à condition que cette province «se tienne à l’écart detouteinfluence étrangère». Mais le Congrès repousse les prétentions des Sionistes de faire de la Palestine un foyer national pour les Juifs.

Le Congrès décida enfin que le lundi 18 joumada IT 1338 (8 mars 1920) l’Emir Fayçal monterait sur le trône de Syrie sous le nom de Fayçal Ier.

Au jour du couronnement, Fayçal, général allié

devenu roi deSyrie,approuva les décisions du Congrès :

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« Je prends Dieu à témoin et l'assistance que je serai un roi constitutionnel et juste » et il embrassa chacun des membres du Congrès syrien, ce qui était le signe de la cession du pouvoir, « moubayaa ».

Le royaume de Syrie, réduit aux limites de la zone Est, fit aussitôt l’essai du régime parlementaire.

Le Gouvernement militaire fut dissous. L’Emir Zeid ayant « présenté aux marches du trône royal » la démission du Medjless AI Moudirine ou Conseil des Directeurs, le roi Fayçal chargea Riza Pacha el Rikabi de former le « ministère » arabo-syrien ?, dont un des premiers actes? fut la notification aux Alliés des décisions prises par le Congrès syrien. Le ton de la note esb modéré el essaie d’être persuasif; la création de trois gouvernements militaires a mis la Syrie dans une situation critique; la mauvaise utilisation de ses revenus, la dispersion des efforts n’ont pas permis au pays de relever les ruines causées par la guerre; dans la vaine attente des promesses qui lui furent faites à

plusieurs reprises par les Alliés, le peuple prit peur

1. Voici la composition du premier ministère fayçalien, Président du Conseil : Ali Riza ar Rikabi; Président du Conseil d'Etat : Ala Oud Dine ad Douroubi; Intérieur : Rida As Solh; Affaires étrangères : Said al Houssaini; Guerre : Abdoul Hamid al Galtagji; Commerce et agriculture : Youssef el Hakim ; Justice : Jalal oud Dine; Finances: Farès al Khoury; Instruction publique : Sati al Ousser.

2. Le Ministère décida le 17 mai 1920 (29 chaban 1338), de reconstituer le Conseil d'Etat sur ses bases anciennes. Le Conseil d'Etat se compose de ? sections, chacune d'elles composée d’un Président et de trois membres. Une section pour les affaires administratives et une section financière,

et des troubles d’un caractère politique ont éclaté en plusieurs régions. La classe cultivée, pour enrayer le mal, a provoqué la réunion du Congrès syrien. Cette Assemblée n’a vu d'autre remède à la situation que la proclamation de l'indépendance complète de la Syrie et l'élévation de l'Emir Fayçal à la royauté.

C’est à la suite de ces événements que le signataire de la Note aux Alliés, Riza Pacha Rikabi, a formé un ministère dont le programme de gouvernement, approuvé par le roi, doit donner toute satisfaction aux Alliés :

1° Protection et consolidation de l’indépendance syrienne ;

20 Maintien de l’ordre; égalité de tous devant la jusbice, sans aucune distinction de races ou de religions ; protection des droits des minorités; protection des personnes et des biens des ressortissants des puissances étrangères ;

30 Entretien des relations amicales entre la Syrie et les autres nations.

49 Développement des ressources naturelles du pays;

50 Aide aux Alliés pour le maintien de la paix générale dans le Levant. |

L'Emir Fayçal, de son côté, pour atténuer la mauvaise impression produite en Europe par la manifes-

tation du 8 mars, écrivait au général Gouraud !: «La

1, Lettre du 16 mars 1920,

nabion, le Congrès et le Gouvernement syrien recevront avec satisfaction les conseils de leurs nobles alliés et osent espérer obtenir leur généreux concours pour le progrès matériel eb moral du pays, dans Îles limites de son indépendance et de son unité géographique et nationale », et à la même époque, à une question posée par un journaliste français, il répondait : « Mon intention est d’établir en Syrie un gouvernement constitutionnel, mais je-n’ignore pas que le pays n’est pas mûr, du moins en certaines contrées, pour le fonctionnement d’un tel régime. Il nous faudra donc des conseils, l’aide d’une collaboration technique dans les divers services. C’est à la France que nous les demanderons, heureux si une telle association pouvait contribuer à la prospérité des deux pays. Vous pouvez, de votre côté, tout me demander, excepté une seule chose : c’est une entrave ou un affaiblissement à l'indépendance que nous venons de proclamer ‘et qui demeure intangible ».

Les Gouvernements français e& britannique refusèrent de reconnaître la validité des décisions du Congrès de Damas et firent savoir au Gouvernement de Fayçal qu'ils ne toléreraient pas l’ingérente des autorités chérifiennes dans les zones soumises à leur administration !.

Aux protestations de ces gouvernements se joignirent celles, plus véhét:entes, des habitants du Liban.

1. Déclaration de M. Lloyd Georges à la Chambre de Communes 8 mars 1920).

Réunis le 22 mars 1920, à Baabda, autour du Conseil administratif, des Présidents de Municipalités, des Cheikhs élus des villages dela montagne, les représentants des villes el territoires du Liban, en leur nom et au nom de lous leurs « frères d'Egypte, de France et des deux Amériques » s’élevèrent contre «l'acte d’usurpation », tenté sur leurs droits et à l’unanimité , déclarèrent « nulles ef non avenues toutes les déclarations faites à Damas en ce qui concerne le Grand Liban.»

Aïnsi donc, l’Emir Fayçal, avec la complicité d’un Congrès, « ramassis d’usurpateurs », s’ébaib taillé un royaume que les Alliés dans leur indécision allaient tolérer malgré les émouvantes protestations de tous les représentants des minorités religieuses de Syrie qui ne croyaient pas aux promesses de Fayçal et savaient, pour avoir connu la tyrannie jeune-turque, que dans un Etat musulman les «infidèles », s'ils veulent éviter la colère des dominateurs, doivent accepter de vivre en l’état d’infériorité qui leur est imposé par le Coran.

Le Congrès syrien,dans ses premières réunions, vota un certain nombre de niotions d’ordre politique; il décida que, dans toute la Syrie, l’invocation dans les Mosquées serait faite au nom du roi Fayçal Ier et c'est à son-invibation que le Gouvernement notifia à la Conférence de la Paix et aux Gouvernements. alliés les décisions qu’il avait prises dans sa séance

du 8 mars.

Dans le domaine de la politique intérieure, les initiatives du Congrès se heurlèrent au veto catégorique de Fayçal; des représentants ayant proposé l’élaboration de nouvelles lois el demandé que des modifications fussent apportées dans divers services du Gouvernement, Fay ai adressa au Congrès une note officielle par laquelle il interdisait des «innovations de ce genre » et prescrivait l'application des lois ottomanes jusqu’à nouvel ordre et le maintien des fonctionnaires dans leurs emplois.

Quelles seront donc les attributions de cette Assemblée représentative à qui un roi constitutionnel interdit toute ingérence dans les affaires de l'Etat ?

La déclaration ministérielle lue le 27 mars 1920 au Congrès nous apporte quelques renseignements à ce sujet. Le Gouvernement s’ingénie à rendre légère la tuteile du Congrès : « Votre administration intérieure restera ce qu’elle est, en attendant la promulgation de la loi fondamentale de l'Etat... le gouvernement prie donc votre honorable Conseil de commencer dès maintenant la discussion de cette loi...»

Le Congrès se mit aussitôt à son œuvre constitutionnelle. Bien que la tension croissante des relations du Gouvernement de Damas avec les autorités alliées eut obligé le Congrès à consacrer de nombreuses séances à l'examen des problèmes de politique étrangère et provoqué la chute du ministère Rikabi, une

Constitution fut élaborée en trois mois,

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