‹ Un grand criminelChapitre 40 sur 54 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

(Deux gendarmes font asseoir Bounichon et restent *®" de le détruire et qui est sorti de son Ile à cet derrière lui. Camuzot et Lucile viennent s'asseoir près du bureau , au premier plan ; Théodore est à droite , du cùté de Bonnichon.)

GIRAUD, d'un ton emphatique.

Messieurs, à cette époque d'anarchie morale, où des forfaits inconnus jusqu'alors jettent l'épouvante au sein... de ta Gazette des Tribunaux... La société éprouve un besoin, que disje? elle en éprouve deux !.. celui de comprimer les mauvaises passions qui la débordent... et celui de rassurer les honnêtes gens, s'il en reste. bonnichon à part.

Est-il bavard !

CAMUZOT, à sa fille.

Comme il parle bien ! Il dit tout ce que je pense.

GIIUUD.

Messieurs, un grand crime a été commis... Le sieur Bonnichon , homme de mœurs douces et d'un commerce agréable...

bonnichon, se levant.

Commerce de costumes.

LE GENDARME, le faisant asseoir, et d'une voix grêle.

Silence!

GIRAID.

Le sieur Bonnichon a été enlevé à l'affection de ses concitoyens... Qui a commis le aime? Quel est l'auteur de cet attentat?

camuzot, désignant Bonnichon.

Le voilà!.. C'est lui!

GIRAUD

Portons un flambeau impartial dans cette ténébreuse machination... Songez que vos témoignages seront pesés par la justice, et qu'une tête d'homme est placée dans l'autre plateau de la balance. (Il s'assied.)

BONNICHON , à part.

C'est ma tête qui est dans le plateau !

GIRAID , appelant.

Premier témoin... M11' Lucile Camuzot.

CAMrzOT.

Va, ma fille! et ne t'embrouille pas!

(Lucile va se placer entre Bonnichon et Giraud , en face du bureau.)

GIRAUD

Mademoiselle, reconnaissez- vous l'inculpé?

LUCILE

Oui , Monsieur... C'est lui que j'ai vu descendre par la fenêtre de M. Bonnichon.

GIRAUD

Prévenu, qu'avez-vous à répondre?

BONNICHON , se levant, et après avoir fait mine de vouloir parler.

Je me renferme dans un silence obstiné.

GIRAUD, appelant.

M. Camuzot!

CAMUZOT.

Présent ! Il remplace Lucile , qui va s'asseoir.)

GIBAUD.

Avez-vous appris que feu Bonnichon eût des ennemis dans la ville?

< WIU7.0T.

Dans la ville, non!... M.iis un extérieur... une haine de famille... un Corse qui avait jin

effet... Le voilà, l'infâme!... Ah! le brigand! (Il saute à la gorge de Bonnichon.) BONNICHON.

A la garde ! à la garde! Je demande un supplément de gendarmes pour me protéger.

(Les gendarmes les séparent.)

GIRAUD

Témoin, ce mouvement vous honore, mais il tst déplacé.

BONNICHON

Très déplacé !

GIRAID.

Vous prétendez que le prévenu est Corse?... Sur quels indices fondez-vous cette opinion ?

CAMUZOT.

Quels indices? D'abord, son poignard qui est écrit dans cette langue... et je n'ai plus aucun doute depuis que le corps de Bonnichon a été retrouvé.

BONNICHON , à part.

On a retrouvé mon corps !

CAMUZOT.

Ce scélérat l'a mutilé... Sa tête n'a plus de ligure... sa figure n'a plus de visage... son visage... Il n'y a qu'un Corse qui ait pu se porter à de pareilles voies de fait.

BONNICHON , riant.

Oh ! oh ! oh !

CAMUZOT.

11 rit l'infâme!., il rit!...

THÉODORE, à part.

Au fait! c'est drôle!

CAMUZOT.

Mais, tu es donc endurci dans le crime ?.. Ah ! brigand ! (Il lui saute de nouveau à la gorge.)

BONNICHON

Encore!... Si on n'est pas en sûreté ici, j'aime mieux m'en aller... (Il va pour sortir.) LE GENDARME , le retenant et le faisant rasseoir.

Silence !

THÉODORE , à part.

Pauvre patron ! comme on le ballotte !

GIRAUD

Témoin, vous connaissiez feu Bonnichon?

CAMUZOT.

Beaucoup !

GIRAUD

Était-ce un méchant homme?

CAMUZOT.

Lui!... méchant!... il était trop bête pour ça !.. .

BOXMCIION, se levant.

Je demande la parole pour un fait personnel ?

Page 1