SCÈNE XII
Les Mêmes, G1RAUD.
BONNICHON
Camuzot, Lucile, Théodore, ne me livrez pas!
CAMUZOT.
Tu es donc poursuivi?
BONNICHON
Comme un cerf... les gendarmes, la population... Je n'avais pas fait cinquante pas, que j'entends crier : Arrêtez ! arrêtez ! Vous sentez que, là-dessus, je cours, je fais des zigs-zags, je reviens sur mes pas...
CAMUZOT.
Et tu leur échappes ?
Grâce à la longueur de mes locomotives.
THÉODORE , à part.
Moi , qui le croyais bien loin !
CAMUZOT.
Mais celte fuite, ce déguisement? Expliquemoi donc.
BONNICHON , sans l'écouter.
Et mon vautour, mon canniballe, il n'est plus là... je respire.
CAMUZOT.
Oui, respire, mon ami, respire... D'abord, ton Corse a disparu... Il paraît qu'il est appréhendé... C'est le juge qui vient de me l'assurer tout à l'heure.
BONNICHON
Le juge ?.. Mais , c'est lui !
CAMUZOT.
Oui, c'est lui qui me l'a dit.
BONNICHON
C'est lui qui est le Corse... c'est mon bourreau !
CAMUZOT.
Tu confonds, tu confonds... Le juge est ton ami... La preuve, c'est qu'il est lié avec ton futur beau-frère... le prétendu en question... Il est arrivé...
Giraud est ici?
THÉODORE
Comment dites -vous, Giraud? le prétendu de votre sœur... Giraud!.. Adolphe Giraud !
BONNICHON
Le neveu de mon ami Giraud , de Marseille.
THÉODORE , à part.
Ah ! je comprends tout ! Pauvre ami ! C'est moi qui suis cause...
CAMUZOT.
Il demande à te voir, à se présenter...
BONNICHON
Mais qu'il vienne... je lui tends les bras... Ce sera un défenseur.
" Lucllr, Camutot, Théodore, Bonnielioii.
LE GARÇON DE BUREAU , annonçant.
M. Adolphe Giraud !
BONNICHON, allant au-devant de lui.
Ah! mon cher beau-frère!..
(Il se jette dans ses bras sans le regarder.)
CAMUZOT.
Comment! le juge, c'est Giraud!
BONNICHON, reconnaissant Giraud et s'efforçant de se dégager de ses bras.
Lui'., toujours lui !.. (Il lui échappe.) Mais, Satan que tu es... tu me poursuivras donc partout, comme un requin?.. Eh bien! tiens, voilà ma poitrine!.. Bois mon sang, bois-le... quand tu en auras assez, tu me le diras !..
CAMUZOT.
Il a le délire... la tète n'y est plus.
GIRAUD
En vérité, M. Bonnichon, je me serais donné moins de peine pour vous trouver, si j'avais pu m'attendre à un pareil accueil; mais, d'après la lettre de mon oncle, j'espérais, au contraire...
BONNICHON
La lettre de votre oncle!
GIRAUD
La voici! (H la lui donne.)
BONNICHON , la parcourant.
C'est vrai !.. sa^ignature... Vous seriez... Giraud ne m'avait pas dit qu'il tirât ses neveux de la Corse... Si je l'avais su...
GIRAUD
Tenez , monsieur Bonnichon , n'entrons pas dans des détails qui, en ce moment, compromettraient plus d'une personne... Croyez-moi, oublions ce qui s'est passé, donnez-moi votre sœur, et je deviens votre ami à la vie, à la mort.
BONNICHON
Vous, dans ma famille! (A part.) Un assassin !
THÉODORE , à part.
Soyons généreux! (Bas, à Bonnichon.) Prenez garde , patron , si vous la lui refusez... (li fait un mouvement de haut en bas pour figurer un coup de poignard.)
BONNICHON, suivant le mouvement des yeux.
Je suis flambé, c'est évident!
GIRAUD
Allons, tendez-moi la main... Soyons pareils; un mariage termine bien des choses!
BONNICHON, à part.
Pauvre sœur! Je la sacrifie pour me sauver! Je suis d'un égoïsme révoltant!
GIRALD.
Je vois dans vos yeux que vous consentez. BONNICHON , bas , à Giraud, qu'il prend à part.
Jurez-moi, du moins, de ne jamais la poignarder... sans la prévenir quinze jours d'avance!
GIRAUD
J'en fais le serment !
'<&' 'Luciie, Camuiot, Giraud Tlivodore , Bonulchon.
BONMCBOK. «
Je vous sais gré de cette concession... Elle est à vous !