‹ Un grand ministre de la marine, ColbertChapitre 6 sur 15 · TV^*T · texte numérisé non relu

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grand (1). » Un « sculpteur architecque en la marine, n l'auteur du Milon de Crotone, et, pour tout dire, Pugeten prit texte pour présenter un devis où les services se déroulaient en une grandiose perspective autour d'un pavillon central à coupole et d'un bassin à flot. L'approbation unanime des intendants de la province, des galères et du port ne désarma point les critiques de l'ingénieur de Clerville contre « tant de colifichets qui ne répondoient absolument pas à la majesté d'un ouvrage destiné à la guerre (2). »

(1) Golbert à Clerville. 4 octobre 1669 (le D' Gustave Lambert, Histoire de Toulon. Toulon, 1899, in-8% t. m, p. 423).

(2) Projets de construction de l'arsenal par Puyet. 1670-1671 (Archives i\at., Maritie 8^9, fol. 269, 280, 314; BMl, fol. 17, 64, 120, 183, 202; — u Dessein de la ville de Toulon et partie de son arsenal, » par Pl'get, 1676 (Archives du Service hydrographique. Portefeuille 76, 0, 12. — Philippe AuQuiER, Pierre Puget, Paris, 1904, in.8% p. 63).

Au rejet des plans de Puget, la perspective perdit peut-être : mais le port y gagna d'être repris en mains par Vauban.

... Un archéologue parisien qui visita Toulon en 1630 comparait « le port artificiel, » — par opposition au « port naturel » de la rade, — à « un théâtre dont le môle représente la scène. » C'était Tantique clos des galères avec chemin de ronde et chaîne de clôture (1). Dans un vaste périmètre à l'ouest de la ville, le grand ingénieur ménagea une nouvelle darse pour cent vaisseaux (2) : au Las et à l'Eygoutier, il creusa des lits qui écar-

(1) Les Confessions de Jean- Jacqîies Bov en ard^ parisien, suivies de son voyage à Rome eti 1630. Paris, 1881, in-8», p. 192.

(2) A la suite d'un incendie qui dévora en avril 1677 une partie de Tarsenal. Celui-ci datait du temps de l'intendant Arnoul, envoyé par Richelieu à Toulon (D.-M.-J. Henhy, Mémoire sur l'étal, primitif de la ville de Toulon et de son port. Toulon, 1850, in-8% p. 41).

LES AUSEiNAUX DE VAUBAN 223

talent de la rade leurs eaux limoneuses; une jetée au parapet crénelé couvrait le front de mer, dont les ouvrages avancés étaient le fort de l'Éguillète, la Grande et la Petite Tour. Et l'arsenal s'éleva majestueux. De « la plus belle pièce de l'univers, " — le mot est de Vauban, — on admire encore la Corderie longue de deux cents toises, le Magasin général « d'où il y a mille choses à tirer, » un chantier d'une « ample étendue, » /l'hôpital de Saint-Mandrier. . . (1) bref, tous ces grands ouvrages sortis du fond de la mer ou de la vase des marais que l'histoire métallique immortalisa : Toloni portiis et navale.

Marseille était à l'unisson : à l'arsenal commencé sous Louis XII par l'ingénieur

(1) Une forme fut également exécutée pour la construction et le cadoub des vaisseaux. Et Vauban dressa un u plan de la manière dont cette forme devait être assujettie dans l'endroit où elle serait coulée à fond ». 1680 (Lettres de Colbert, t. iri,-2' p . p ISi: n. N, Tram;. 22799, fol. 38).

milanais u Juhan Antoni (1), » on avait substitué un nouveau parc de galères que Louis XIV avait fait installer au Plan Fourmiguier (2). Devant l'œuvre accomplie, un voyageur extasié ne savait qu'admirer! « le Parc Royal, bastiment magnifique » au dôme surmonté d'une grande fleur de lys; « l'arcenal peint en bleu, semé de lys jaunes, aux râteliers remplis de piques, de mousquets et de certains boucliers à l'antique dont on orne les poupes des galères; les grandes galeries où deux ou trois cens ouvriers de l'un et de l'autre sexe travaillent incessamment à faire le linge et les habits des matelots; » les cales couvertes où se construisent les bâtiments, qu'un jeu d'écluses met à flot aussitôt

(1) A. RuFFi, Histoire de la vitte de Marseille, 2« éd. Marseille, 1696, in-folio, t. II, p. 300.

(2) A Guilbert « pour les plans et dessain de la darse » de Marseille. 1670 (Bibl. du Service hydrographique, ms. 3 (84), t. II).

achevés ; la citadelle, bastie et fortifiée à la moderne (1). » Telle était bien la caractéristique des ouvrages conçus par Golbert et Vauban : Tous nos « six principaux ports et arcenaux, Toulon, Marseille, Rochefort, Brest, Le Havre et Dunkerque, » étaient < à la moderne (2). »

(1) Relation d'un voyage fait en Provence contenant les antiquitéz les plus curieuses de chaque ville, par M.'L. M. D. P. [de Préchac]. Paris, 1683, in-12% 2« p., p. 92.

(2) Archives Nat., Marine B*26, foi. 76 v".

Novateur puissant dans le domaine administratif et militaire, Colbert substitue à l'empirisme des pilotes la science des ingénieurs et des astronomes. Les cartes à point carré, graduées en longitudes et latitudes, évincèrent les cartes de distance établies sur un canevas de roses des vents (1). L'hydrographie remplaçait la loxodromie de la navigation à l'estime.

La loxodromie, « la course oblique »

du navire qui suit d'un endroit à un autre le rhumb tracé sur la carte, en coupant

^1) Guillaume de Glos, hydrographe et professeur en histiodromie à Honfleur, Manuel des pilotes. Honfleur, 1678, in-8% p. 59.

SOUS le même angle tous les méridiens, était un procède commode pour de faibles trajets, mais fautif pour de longs parcours, sa spirale étant moins courte que la courbe du grand cercle. L'hydrograpbie, elle, nécessitait des catculs. Faire le point, c'est déterminer, par Tintersection de la longitude avec la latitude, le point où l'on se trouve. Prendre hauteur, et par suite trouver la latitude, n'était point malaisé : nos marins n'avaient que le choix entre les instruments, depuis l'astrolabe médiéval, le modeste bâton de Jacob, le quadrant et le quartier, jusqu'à Topulente hémisphère marine pourvue d'horizon, équinoxial, arc de déclinaison et demi -cercle d'altitude (1).

Mais la longitude? Hélas! elle restait

(1) Cf. rHémisphère marine dessinée dans les « Premières Œuvres de Jacques de Vaulx, pillote en la marine n : B. N., Franc. 150, fol. 22 : et reproduite dans mon tome II, p. 52.

pour les astronomes un problème, pour les navigateurs un cauchemar. Améric Vespuce en perdait le sommeil; l'astronome Ruy Falero s'abandonnait, en désespoir de cause, aux inspirations de son démon familier qui se montra bon diable, puisque son traité servit à guider Magellan. Mais « Dieu n'avait pas permis à l'homme Tusage de la longitude (1), »

«crivait Champlain après des essais qu'un ' professeur en la divine mathématique ^ persiflait sans pitié : « Je voudrois bien savoir quelle certitude peut avoir le sieur de Champlain qu'une longitude observée par la mécométrie à la Nouvelle France sera véritable. Aura-t-il point trouvé en Canada quelque Ptolomée manuscrit

(ly Je renvoie, pour plus amples références, à un de mCs articles : Ch. de La Roncière, Origines (lu service liydrogra/j/tif/uc de, la marine. Paris, 1016, in-H" : extrait du Bulltlin de fa section (le géographie.

qui contienne les longitudes d'iceluy pays? (1) »

« L'avorton » que le professeur en la divine mathématique Dounot de Bar-le- Duc eût voulu « estouffer au lieu de sa naissance, » la Mécométrie de l'aymant, avait la vie rude. Il survécut. C'était un procédé empirique qui consistait à déterminer la longitude par les variations de l'aiguille aimantée, supposées constantes avec les méridiens. Après Colomb, Cabot etPigafetta, un de nos anciens colons de la France Antarctique (2) , Toussaint de Bessard avait posé en principe que le « vray

(1) Dounot de Bar-le-Duc, Confulatîon de l'invention des longitudes et de la Mécométrie de l'aymant. Paris, 1611, in-^", p. 42.

(2) « Par l'espace de dix ans que j'ay demeuré continuellement en la terre de FAmérique souz le tropique du Capricorne au lieu nommé le Cap de Frie et rivière de Janvière » (V Aigle- Compas de T. DE Bessard, d^Atige en Normandie^ avec son usage. Paris, 1572, in-4;°).

méridien » passait par l'île de Fer, que là « l'aiguille était dressée Nord et Sud, à l'heure de midy. » Partout ailleurs, elle oscillait vers l'est ou l'ouest. « En tastant à la main ses variations (1), » on pouvait dresser une table de leurs concordances avec les longitudes. Un cadet de Languedoc, Guillaume de Nautonnier de Castelfranc, dans sa Mécographie de ieymant (2) et sa Mécométrie de ieyniant (3), voulait en faire la base d'une réforme de la cartographie.

Cette thèse avait pour champions les meilleurs navigateurs du XYIl" siècle, depuis le cosmographe major de Portugal Manoel de Figueiredo (4) et le célèbre navigateur anglais John Davis, jusqu'aux

(J) Dialogue de la Longitude Est-Ouest, de T. de Bessard... Kouon, 1574, in-4», p. 36, 61.

(2) Venez, 16(^2, in-fol.

(3) Venes, 1603, in-fol..

(à) Hidrographia, exame de pilotas Lisboa. 1625, in-4".

plus « habiles pilotes hollandois de la carrière des Indes Orientales : " l'un d'eux prétendait que, dans la longue course du Gap à Batavia, on dérivait de deux cents lieues quand on ne corrigeait pas l'estime « par les observations de la déclinaison de l'ayman (1)^ »

C'est à cette correction que s'employait le pilote dieppois Jean Le Telier durant un voyage aux Indes Orientales (2) . Car la détermination « des longitudes parla déclinaison de l'aymant » était de dogme pour l'école d'hydrographie de Dieppe (3) . Et il n'y avait de traditions hydrographiques

(1) Discours sur l'art de la navi(;ation, dans Thévenot, Recueil de voyages ^VoiVis^ 1681, in-8", p. 28.

(2) Voyage aux Indes Orientalles, par Jean Le Telier, natif de Dieppe, réduict par luy en tables pour enseigner à trouver par la variation de l'aymant la longitude. Dieppe, 1631, in-4".

(3) Guillaume Le Vasseur, « Traicté de géodrograpbie, ou art de naviguer » (B. N., Franc. 19112, fol. 41).

que là. De même qu'autrefois l'entretien du feu sacré était un sacerdoce, de même des prêti*es s'y transmettaient religieusement le flambeau de la science nautique. Commencée avec Tabbé Desceliers, la tradition s'était continuée avec un autre prêtre d'Arqués, G. Breton, auteur d'une carte des Indes Orientales (l), avec l'abbé Prescot, avec Jean Gauderon, « un très bonneste bomme de prestre et l'un des plus savants en la théorie de l'art de la marine, » mort victime de son dévouement à la science (2), et enfin avec l'abbé Guillaume Denis.

( I ) Carte signée G. B . , appartenant à M . H . Yates Thompson, qui Tcxposa en 1895 au Congrès de {{«'ographie de Londres.

(2y Desmarquets, Mémoires chronologiques pour servir à t histoire de Dieppe et à celle de la navigation française. Paris, 1785, in- 12, t. Il, p. 7. Gauderon se noya le 2 novembre 1655 en faisant route pour Madagascar. — Sur la réfection de nos cartes marines du Ponant, tentée par Cauderon, cf. mon article Origines du service hydrographique

Des variations du compas pour fixer la longitude, le « très docte (1) » Guillaume Denis fit le thème de rai^t de naviguer (2) . Et le pis est que son titre de maître d'hydrographie et de pilote-examinateur à Dieppe, conféré par Colhert (3), donnait à

de la marine f p. 9. Nanti de ses cartes gravées sur cuivre, son frère, Gauderon le Cadet, s'établit à la Rochelle. En 1669, un bâtiment du roi, la Dieppoise, était mis à sa disposition pour lui permettre de « dresser des cartes marines en grands points des côtes de Bretagne, Normandie et Picardie » (A. Jal, t. I, p. 568).

(1) Lettre de Barbara. Dieppe, 29 novembre 1665 (B. N., Mélanges Colbert 133, fol. 721).

(2) VArt de naviger, perfectionné par la connaissance de la variation de t aimant, ou le traité de la variation de l'aiguille aimantc^e. Dieppe, 1668, in-8».

(3) Le 18 mars 1666 (David Asseline, Les Antiquùéz et chroniques de la ville de Dieppe. Dieppe, 1874, in-8% t. II, p. 321). — «. L'ouverture de son escolle publique » et gratuite eut lieu en septembre 1665 (Depping, Correspondance administrative sons le règne de Louis XIV, t. IV, p. 558).

l'enseignement une investiture officielle et à son cours un tel succès que le malheureux abbé, aux prises avec plus de deux cents élèves « dont la pliispart avaient la teste dure comme la pierre, » avait recours à un corsaire pour les surveiller (1). De là sortirent nombre de ces maîtres d'hydrographie que le grand ministre essaimait à Toulon, Bayonne, Brest, le Havre, Rouen, et jusque dans la Nouvelle-France (2), et

(l)Ch. Bréard, Un corsaire normand. Mémoires de Jean Doublet de Honjleur. Paris, 1880, in-S", p. 33 : extrait de la Revue historique.

(2) François Gaulette, natif du Polet, à Toulon, Voutremer, élève de Denis, à Bayonne, Le Gordier au Havre, Berthelot, pilote ponantais, à Marseille, G. Coubard à Brest, Jean-Baptiste Franquelin à Québec (D. Neuville, les Etablissements scientijifjues de l'ancienne marine. 1. Ecoles d'iiydroyrapliie ^ ingénieurs de la marine au X VU' siècle Paris, 1882, in-8% p. 52, etc.). — Coubard est Fauteur d'un Ahréfjé de pilotage pour servir aux conférences (Cliydrograpliie que le Roi fait tenir pour ses officiers de marine. Brest, 1685, in-12.

qui étaient tenus de faire jusqu'à deux leçons par jour (1).

Contre les errements de l'école dieppoise, s'éleva l'enseignement des Jésuites, du Père Fournier d'abord (2), du Père Claude-François Milliet de Châles ensuite (3). Avec l'autorité que lui conférait la qualité de professeur royal d'hydrogra phie à Marseille et sous l'inspiration des

(1) Lettres de Golbert, t. III, 2« p., p. 192.

(2) Hydrographie, éd. de 1667, p. 473.

(3) VArt de naviguer démontré par principes. Paris, 1677/ — Les principes généraux de géographie. Paris, 1677, in-S''. — Cursus mathema- «iCM^.Lyon, 1674. — De nombreux jésuites, notamment le père Polla en 1672 (Archives iVat., i\/arme 6^14, fol. 36), professaient l'hydrographie. En dehors de Marseille, ils avaient la plupart des chaires bretonnes, celles de Nantes et de Rennes créées en 1671 et en 1673. Saint-Malo avait son collège de marine depuis 1660 (H. Bourde de La RoGERiE, Origine et organisation des sièges d^ amirauté établis en Bretagne, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. XXIX, p. 148. — Depping, t. IV, p. 558, note).

méthodes anglaises, le Père Milliet de Châles faisait valoir cette raison péremptoire contre les concordances entre les méridiens et les variations de la boussole : u La déclinaison est changeante et différente en plusieurs endroits du même méridien. » C'est ce qu'avait démontré en 1635 un professeur de Gresham Collège, Henry Gellibrand (1), et que corrobora, à la fin du XVII* siècle, le célèbre astronome anglais Halley à la suite d'une longue croisière dans r Atlantique. On chercha autre chose, c Demander son chemin... à la lune, " au moyen de tables donnant l'heure de ses occultations pour le méridien initial, était la solution proposée par plusieurs bons esprits, depuis Améric Vespuce jusqu'au

(1) .1 Discourse mal hematical on tlie variation of the mayneticat Needle. — Sur les prog^rès de rhydrofjiapliie anjjlaise à cette date, cf. F. Mah- ODET, Une histoire de la navifjation (1550-1750), traduite des « Eléments de navigation >> de RoHEnsoN (1780). Pari», 1918, in-8".

Récollet Duliris, qui disait au temps de Golbert : « Le vray moyen de connoistre la différence de longitude d'un lieu à l'autre, est de connoistre le "mouvement propre que fait l'astre entre les deux méridiens (1). » Mais l'observation des distances lunaires suppose une science exacte des mouvements de notre satellite, dont la trajectoire à travers le ciel est d'une détermination malaisée (2) .

La vraie solution du problème des longitudes,— Gemma le Frison l'indiquait au

(1) Ephéméride maritime dressée pour observer en mer la longitude et la latitude selon l'invention du P. Léonard Duliris, récollet, dédiée au duc de Richelieu, général des galères. Paris, 1655, in-fol. — Le mathématicien Deshayes « prétendait inférer la longitude de la différence des mouvemens du soleil et de la lune » (L'ingénieur de Sainte-Colombe à Golbert de Terron, 2 décembre 1669 et 14 avril 1670 : Neuville, p. 97).

(2) Lieutenant de vaisseau Marguet, Histoire de la longitude à la mer, dans la Revue de la Marine marchande, n"' de décembre 1915 mars 1916.

siècle précédent (1), — c'était la pratique des montres marines. Mais pour garder l'heure du méridien initial, quelle précision pouvait-on demander aux sabliers du bord et à l'écoulement de leur poudre d*écaille d'œufs ou de limaille d'argent (2) , alors même que les hommes de quart ne précipitaient point le temps, telle la Parque antique, en « mangeant le sable (3). » L'Anglais Dudley proposait des clepsydres à mercure renouvelées de l'antiquité (4). Mais le Hollandais Huygens, mandé en PVance par Colbert, l'emporta avec ses horloges à pendules (5), où des cycloïdes

(1) Gemma Frisils, Cosmographia. Antverpiae, 1584, in-4% p. 242.

(2) Guillaume Le Vasseur, « Traicté de la Géodrographie» : B. N., Franc., 19112, fol. 41.

(3) Cf. mon Histoire de la marine française^ t. II, p. 527.

(4) Robert Dldley, DelCArcano Uel mare, Firenze, 1646, in-fol.

(5) Huygens, Lettre touchant une nouvelle invention (t horloges très justes et portatives^ 1 666,

placés « vers la racine du petit ruban qui soustenoit le pendule, »> maintenaient l'égalité des oscillations. De ces montres à secondes et à demi-secondes, sorties des ateliers parisiens du sieur Thuret, l'astronome Richer fit l'épreuve en 1670 et 1672 au cours de deux voyages en Acadie et en Guyane, sans résultats décisifs (I). La transformation du pendule en un ressort

dans les Mémoires de f Académie royale des Sciences, t. X, p. 381. — « Au sieur Fîuygens, hollandois, grand mathématicien, inventeur de riiorloge de la pendule, 1200 livres, » 1664 et années suivantes (Lettres de Colbert, t. V, p. 464). (1) Richer, Observations astronomiques, dans les Mémoires de l'Académie royale des Sciences, t. Vil, p. 233. — Golbert décide » d'éprouver les horloges et pendules fabriquées pour connoistre les longitudes sur mer. » Lettre à Golbert de Terron, 10 mars 1670 (Lettres de Golbert, t. V, p. 294). — Déjà, en 1669, le duc de Beaufçrt devait « achever l'expérience de pendules sur mer de M. Huggens » (Depping, Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, t. II, p. 558).

d'acier acheminait vers la solution (l). Dans son Parallèle des Anciens et des Modernes, l'académicien Perrault a rendu justice à la ténacité avec laquelle le ministre cherchait à percer le secret des longitudes : » Il n'a pas tenu à M. Colbert qu'on n'ait trouvé les moyens de conserver à la pendule la justesse de son mouvement; car il n'a épargné aucune dépense à faire faire toutes les machines qu*on luy a proposées pour en venir à hout. Il n^y a point d'expérience que l'on n'ait faite, point de manière de genou et d'autre suspension que l'on n'ait essayée. Il est toujours venu des coups de vent si subits et si contraires les uns aux autres, dans le même moment, qu'il n'y n lien qu'ils ri'nyent décon-

^1) Factum touchant les pendules de poche par M. Jean dk Haï tepeuille contre Maistre Christian ffufjueris sieur de Zulichem. 1675,

certé (I). » Rien ne valait les pendules « d'une justesse inconcevable » de l'Observatoire, dont l'étalon horaire allait devenir par la force des choses le méridien || « radical » jadis proposé par Oronce Fine à François I" (2).

Un OBSERVATOIRE se construisait en effet à Paris sous la direction du chef d'une glorieuse dynastie de géographes, Jean- Dominique Cassini, mandé spécialement de Rome en 1669. Ayant découvert les satellites de Jupiter, Cassini fit de l'examen

(1) Perrault, Parallèle des Anciens et des Modernes, où il est traité de l'astronomie, de la géographie... Paris, 1697, in-12, t. IV, p. 98. — Les chronomètres ne devinrent point de pratique courante, témoin ce suggestif examen des pilotes, décrit par un hydrographe : " Comment trouvet-on la longitude? — Jusqu'à présent, on n'a point encore trouvé de voye assurée pour en avoir une solide et parfaite connoissance » (S. Le GoRDiER, hydrographe au Havre, Instruction des pilotes. Au Havre de Grâce, 1683, in-8% p. 105).

(2) Avril 1543 (B. N., Franc. 1337, fol. 9, 13).

de leurs émersions la base de la détermination de la longitude. Tandis qu'il faisait des observations à Paris, des missions scientifiques opéraient simultanément en Acadie, à Cayenne, à Gorée et à Uranienbourg dans le célèbre observatoire de Tycho-Brabé (1).

Il avait pour auxiliaire un corps savant hébergé par Colbert à la Bibliothèque royale, l'académie des sciences. Non contents d'éditer à l'usage des marins /a Connaissance des temps qui leur indiquait pour chaque jour de l'année la position des astres, les membres de l'Académie recti-

(I; (( \ ie de Jean-Doininitju<3 Cassim cciitc pai* lui-même, » ms. à la Bibl. Nat , Géographie DD. 2066, p. 44. — Les éléments de fastrofiomie vérifiez par Monsieur Cassim, par te rapport de ses tables aux observations de M. Richer faites en Piste de Cayenne f avec les observations de MM. Varin, Des Hayes, et de Glos faites en Afrique et en Amérique. Paris, 1664, in-fol. — nibliothèque de rObwrvatoire, ras B. 52 (8).

fiaient les cartes entachées jusque-là des énormes erreurs de longitude léguées par Ptolémée (1). Les progrès réalisés furent consignés dans l'Atlas de Sanson offert en 1679 au Dauphin, et dans un superhe globe de cuivre où les méridiens nouveaux étaient en relief (2) .

Ayant « la conduite des opérations quP se dévoient faire dans des pays éloignés pour la détermination des longitudes (3), » Gassini préparait aussi, en collaboration avec Jean-Mathieu de Ghazelles, maître

(1) Mémoires de La Hire, Picard, etc., dans les Mémoires de t Académie royale des Sciences^ t. VII.

(2) Le globe comme moratîf des travaux de l'Académie des Sciences, en date de 1698, se trouve dans l'hôtel annexe du ministère de la Marine, salle des Archives, rue Octave-Gréard.

(3) De l'oeuvre de l'Observatoire et de l'Académie des sciences, Huygens traçait en 1679 un magnifique tableau qui était un raccourci de la philosophie des sciences (OEuvres complètes de Huy(je7is, t. VIII, p. 196).

attitré des officiers des galères, un « atlas nouveau de cartes marines levées par ordre exprès du Roy pour Tusage de ses armées de mer. » Les levés étaient confiés à un corps « d'ingénieurs géographes » et centralisés par l'un d'eux, du nom de Pêne, chargé « des cartes et plans du roy (1). "

Une autre de nos institutions scientifiques venait de naitre : le service hydrographique DE LA marine. Parfaitement au

ly " Le sieur Penne, inj^^énieur charjré des cartes et plans du roy, » mourut le 5 octobre 1701 : les scellés furent aussitôt mis chez lui (B. N., Nouv. acq. franc. 9498, fol. 46). — " Portulan venant de l'inventaire de M. Pêne » (Bibliothèque du Service hydrographique, ms. 102 M 037). — « Mémoire de toutes les cartes des costes du royaume qui manquent... Les cartes que Monseifjneur me fit laisser à Versailles. » Pêne à Colbert. Paris, 8 août 1682 (B. N., Nouv. acq. franc. 9498, fr)l. 41). — Instruction de Colbert aux sieurs Pêne, de Sainte-Colombe, de La Favollièrc, infjénieurs géofjraphes de S. M. 1678 (Lettres de Colulht, t. lil, 2" p., p. 77).

courant des « travaux à faire contre les efforts de la mer, capables de bien reconnoistre les ports et de nous faire des cartes de toutes les costes (1), » les ingénieurs reçurent de Colbert des instructions précises, dont voici un spécimen : « Pour parvenir à une connoissance parfaite de la disposition des rades, bancs et escueils, M. de La Favollière reconnaistra toutes ces cboses par luy mesme sans se fier au rapport de personne, s'aidant seulement des notions grossières des pilotes costiers. Il continuera à pousser ladite description jusque dans la mer autant qu'il se pourra, particulièrement dans les lieux remarquables par des isles, bancs, roches, rats et autres écueils dont la connoissance est nécessaire à la seurté de la navigation. Qu'il fasse certifier la carte qu'il en aura

(1) Colbert à Colbert de Terron. 23 janvier 1671 (D. Neuville, p. 102).

faite, par les plus experts pilotes en chaque {gouvernement (1). »

Au lieu que précédemment nos hydrographes, faute d'emploi, prenaient du service à l'étranger, que le Honfleurais Pierre Berthelot dressait en 1635 l'hydrographie des mers orientales pour le compte du Portugal (2) et que Le Vasseur de Beauplan rédigeait au service de la Pologne la carte et la Description de ihkranie (3), Colbert demande à tous nos ingénieurs, à tous nos professeurs d'hydrographie un travail intensif pour dresser le planisphère du monde. Ils auront à ' tirer de toutes nos navigations

(1) Instructions du 23 mai 1671 (D. Neuville,

i'I) Cil. ut La Huncikhe, la Première liyclrnyrapliie française des mers Orientales. Paris, 1917, în-8» : Extrait du Bulletin de la Section de Géo^ graphie.

(3y Colbert à CoTljert de Terron. 18 août 1670 (Lettres de Colbert, t. III, p. 264).

et des journaux qui en sont tenus des connoissances exactes et fidèles pour com poser des cartes marines. »

... Et d'abord des mers de France. Une foule de cartes furent exécutées sur l'ordre de Golbert : bassins fluviaux, avec » isles, rades, chenaux, bancs » du littoral, par le chevalier Louis de Clerville (1) ; Pas-de- Calais, reconnu d'urgence par « les principaux pilotes costiers et officiers mariniers (2) )) à la veille de la guerre de Hollande (3) ; littoral normand, du Tré-

(1) u Carte topographique des entrées et cours de la rivière de Seine, » — « de la rivière de Loyre » (Bibl. du ministère de la marine, ms. 365, G. 209. — Archives du Service hydrographique, porte f. 52, n*" 1-3). — Cartes marines de Normandie, Picardie, Bretagne, etc. (Archives du Service hydrographique, portef. 36, 1, 3, 4 et 5, portef. 37, 1, 1; portef. 40, 1, 2 à 19, etc.).

(2) 1672 (Ibidem, portef. 33, 4).

(3) Colbert à Colbert de Terron. 2 juillet 1671 (Champollion-Figeac, Documents historl(jues inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque JSatiotiale, t. IV, p. 536).

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poit à La Hougiie, levé ^< sur les lieux, sans se fier à personne, » par l'ingénieur Pêne (1) ; embouchure de la Seine, par Boissaye du Bocage (2) ; « le port de l'Orient jusques au dehors du Port- Louis, " par Lambety (3) ; les côtes de Saintonge, Bretagne et Normandie, « ainsi que les plans des ports, havres et rivières jusqu'à la distance de deux lieues dans les terres, » par Massiac de Sainte-Colombe (4) .

La Méditerranée, où « les pilotes pro-

(1) Instructions de Golbert. 5 février 1677 (Lettres de Colbiïht, t. III, p. 77).

(2; Hydro{;raphe au Havre. 1666 et 1677 (Archives du Service hydrographique, portef. 36, 1, I ; et portef. 37, 3, 4j.

3; B. N., Gt'0(;raphie, portef. 77, n''37.

4) Instructions du 11 juillet 1680 (P. Levot, Histoire de la ville et du j)ort de Brest. Paris, 1864, in-8*, t. I, p. 158;. — Kien de plus seyant que les vues prises du largue par Saint-Colombe et donnant en perspective les ports normands. 1676-1680 (Archives du Service hydro{)rapliique, portef. 33, 6, 7, 8, portef. 38 bis, 1,8).

vençaux ne savent leur métier que par routine (1), » n'avait que des portulans vieillis, inférieurs à ceux- du XI V" siècle dont ils étaient de mauvaises répliques, quand le Père Milliet de Châles lui consacra une magnifique carte de 27 pieds de largeur sur 12 de hauteur, le plus grand portulan qui soit (2) .

Ce fut la base des nombreux levés, sondages, plans et profils de côtes exécutés par une légion d'ingénieurs en vue d'une nouvelle carte marine, « dans laquelle seraient marqués suivant la hauteur du pôle tous les lieux principaux. » Le capitaine de Gogolin travailla u à la reconnoissance " des côtes de Provence, de

(1) Lettre de Golbert d'avril 1670 (Lettres dé CoLBERT, t. III, p. 231). — « Vous n'avez pas à Toulon un vray bon .pilote pour la moitié de la Méditerranée. », Mémoire sur le pilotage en 1707 (D. Neuville, p. 20).

(2) Archives du Service hydrographique, portef. 61,1,1.

Languedoc, d'Espagne, de Sicile (1) et de Sardaigne (2), Pêne reconnut les Baléares (3), Pétré l'Archipel (4), Plantier TAsie-Mineure (5), Beaujeu l'Espagne (6), Combes le littoral algérien, en masquant leurs travaux scientifiques par de fictives opérations commerciales (7) .

(1) Instructions de Seignelay à Gogolin. lOjuillet 1679, 11 mars, 24 avril et 12 mai 1685 : « Toutes les cartes marines- faites jusques à présent des costes de la Méditerranée ne s'estant pas trouvées justes. Sa Majesté a résolu d'en faire une nouvelle... » 11 mars 1685 (Dossier Gogolin appartenant à M. le lieutenant de vaisseau Vivielle).

(2; B. N., hranç 13372.

(3) 1680 (Archives du Service hydrographique, portef. 68, 2, 17; portef. 69, 2, 7. — Bibliothèque du Service hydrographique, ms. 92 (1000).

(4) 1685 (Bibliothèque du service hydrographique, ms. 107(1064).

(5) Ibidemy ms. 109 (1067).

(6) Lettres de Colbert, t. III, 2* p., p. 215, note.

(7) Colbert à Brodart, 15 avril 1680; et à Vauvré, 24 novembre 1681 (Ibidem, p. 186 et 214).

Pour la " mer Océane éthiopienne et la mer des Indes Orientales, » les navigations d'Augustin de Beaulieu en 1616- 1622 fournissaient « les dessins des principales costes >' dont un pilote de son équipage nommé Varin avait noté « les gissements (1) . » De multiples reconnaissances hydrographiques (Langeron à Salé (2), d'Elbée en Guinée (3), Salomon le Sage à Trinquemalé (4), Du Mesnil le

(1) M. Thévenot, Relations de divers voyages curieux qui ri ont point été publiées. Seconde partie. Paris, 1664, in-fol., préface.

(2) Juillet 1671 (Archives Nat., Marine B*4, fol. 306). "^

(3) 1670 (B. N., Mélanges Golbert 84, fol. 25, 31).

(4) u Port et isle du Soleil dans la juridiction de Trinquemalé », par Salomon le Sage'j 1672, avec les sondes ; u Plan géométrique de la baye de Trinquemallé à l'est de l'isle de Geylon, observations de Villesneufves Moreau, anno 1672 » (Archives du Service hydrographique, portef, 205, 6, 1 à 5 : H. Dehérain, Cartes françaises de la baie de Trinquemalé {Ceylan) dressées

long de la côte malabare (1), y apportèrent d'utiles corrections qui furent utilisées dans Le Routier des Indes Orientales et Occidentales de Dassié (2) et dans le Petit flambeau de la mer du maître de navire Bougard (3) .

Aux Antilles, l'ingénieur de Combes (4) , puis le lieutenant de Gennes, fort versé dans « les parties des mathématiques (5), » levaient « des cartes exactes de toutes les mers aux environs des isles d'Amérique. » Le lieutenant de vaisseau de Gourcelle faisait « le tour de l'isle de Terre-Neuve »

au XVII' siècle. Paris, 1917, in-S". extrait du Bulletin de la Section de géographie}

(1) David AssKLiNE, t. II, p. 325.

(2) Avec 26 différentes navigations. » Paris, 1677, in-4».

(3) Au Havre, 16H4, in-4».

(4) Instructions du 16 décembre 1676 ^Arcliives Nat., Marine B»7, fol. \m

(5) DTstrécs à Sei^^nelay, Ib août ni«U [Mdmoires du marquis de Villette, éd. Monmerqué. Pari», 1844, in-8% p. 215).

et substituait une carte nouvelle, enrichie d'instructions nautiques (1), au routier basque dont se servaient depuis un siècle nos terreneuvas, aux Voyages aventureux du capitaine Martin de Hoyarsabal (2).

La mise au point de tous ces travaux devait demander des années. En 1693, paraissait le premier de nos atlas officiels à l'usage des armées navales, le Neptune français (3). Et telle avait été l'ampleur

(1) « Faicte à Breste le 14« janvier 1676 » (Archives du Service hydrographique : fac-similé dans Henri Harrisse, Découverte et évolution cartographique de Terre-Neuve et des pays circonvoisins (1497-1501-1769). Paris, 1900, gr. in-8% p. 324).

(2) Bourdeaux, 1579, in-S" : réédité en basque Liburu hau da ixasco nabigacionecoa Martin de Ho\ARZARALEc egiua franceses, et a Pierres d'Etcheverry, edo Dorrec. Bayonan, 1677, in-S" : Ch. DE La Roncière, le Premier routier-pilote de Terre-Neuve (1579). Extrait de la Bibliothèque de a Ecole des Chartes, t. LXV (1904).

(3) Il ne comprenait encore que les côtes d'Europe, depuis la Norvège jusqu'à Gibraltar.

des réformes colbertines, telle avait été la sûreté de notre méthode que, de tributaires des étrangers (1) devenant leurs maitres, nous eûmes l'orgueil de le voir aussitôt traduit en hollandais (2). Nous n'avions plus rien à envier à autrui, puisqu'il nous copiait. Et nous allions lui servir de modèles dans un autre domaine encore.

(1; En 1669, par exemple, un marchand de la Rochelle, P. Yvonnet publiait à Amsterdam le Grand et nouveau miroir ou flambeau de la mer, traduit du flaman.

(2) De Fransche Neptunus. Amsterdam, 1693, gr. in-fol. — Cf. pour la suite du Neptune^ mon article sur les Origines du Service hydrographique de la marine.

UN chef-d'œuvre législatif

Jusqu'à Louis XIV, point de législation maritime, point de législation coloniale, point de législation forestière. Et voyez comme tout se tient dans l'œuvre de Golbert : l'Ordonnance de 1669 sur les eaux et forêts aura comme point de départ l'exploitation des bois pour la flotte, de même que le Code noir fixera le sort des nègres transportés par elle outre-mer. Nos tiibunaux d'amirauté jusqu'alors se « réglaient sur le droit écrit, les jugemens d'Oléron, les Ordonnances appelées de Wisby et celles de la Hanse. Comme toutes ces pièces sont estrangèrcs, —

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