PRÉFACE
J© leur recommande, et même je leur impose „robligation, de rapporter fidèlement tout ce qu’on «apprend des indigènes sur l’histoire, la géographie,
«les moeurs, etc., de l’Intérieur de l’Afrique (A
«l’occasion il feront aussi) quelques observations «d’histoire naturelle, de géodé.sie, de géologie, etc. . .
{Gard. Lavigerie, Instr.y p. 35—86).
Les présentes Notices Ethnologiques se trouvent en ordre alphabétique disséminées dans mon Dictionnaire Français-Kirundi. On m’a fortement conseillé de les faire tirer à part, afin de les mettre à la disposition des nombreuses pèl’sonnes qui s’intéressent à l’ethnologie des peuples de l’Afrique en particulier, sans avoir précisément de goût linquis tique tel qu’il les engagerait à se procurer le Dictionnaire lui- même.
Quoique ce travail soit loin d’être accompli et parfait, et qu’il ne veuille être nommé qu’un modeste essai, j’ose espérer qu’il ne sera pas lu sans utilité, malgré sa forifie aride et trop concentrée et malgré le manque total de qualités littéraires. Qu’on n’oublie donc pas, que ce sont de simples articles lexicographiques, et qu’il a fallu condenser le matériel dans le moins d’espace possible. Ces 200 pages serrées n’en donnent pas moins Fequivalest de 800 pages d’un livre ordinaire. La carte et les gravures, ainsi que l’introduction et le supplément, y sont joints, parce que cette matière se rapporte naturellement au sujet traité. Les chiffres dans les Notices se rapportent aux gravures placées à la fin.
J’ai osé nommer ce modeste travail „ Eléments d’une Monographie surl’Urundi et les Warundi”. Les tribus africaines (bantu et autres) présentent toutes un cachet très homogène et très uniforme. Celui qui connaît à fond une peuplade, pourra se faire une idée suffisante et complète de toutes les sociétés nègres. Elles se ressemblent toutes. Il y a des détails qui changent, mais le fond reste le même, à moins qu’on n’aît affaire à une peuplade assez dissemblable, p. e. les Bosjesmans, les Massaï, les Fullah, les Abyssins, etc.
Je crois que ces Notices auront un intérêt particulier à cause des détails nouveaux qu’elles fournissent sur les Pygmées- Watwa, Le problème Pygmée préoccupe à juste titre en ce moment les savants. On découvre des Pygmées un peu partout sur le globe. Le Prof. Sergi en signale de tout vivants en Sicile, les frères Sarasin à Célébes et à Sumatra, v. Eberhard v. Schkopp dans le Kamerun, etc. J’avertis ici,
que tout le contenu de ces Notices, est en général, appliquable également aux Pygmées- Watwa de l’Urundi, à moins de mention contraire.
J’avais voulu d’abord supprimer les termes techniques kirundi, si nombreux dans ces articles, mais j’ai dû y renoncer pour plusieurs raisons. La principale est
que M. M. les Ethnologues de métier attachent une grande importance à ces noms indigènes, ce en quoi ils ont bien raison.
On ne s’étonnera pas, qu’une grande place est donnée à la recherche des idées et des pratiques religieuses ou cultuelles des Warundi. Pour un Missionnaire tout cela est un sujet éminemment important. Le genre de ses études philtosophiques et théologiques, parfois de toute une vie, l’y engagent tout naturellement. On verra néanmoins, que les sujets plus matériels (métiers, industries, armes, etc., etc.), ne sont pas négligés.
Puisque sur toute la surface de l’Afrique, et spécialement dans l’aire baiitu et nigritien ou soudanais, il y ait déjà des Missions établies, ou des savants à J’oeuvre, il serait très à souhaiter, qu’on puisse réunir et unifier les recherches pour ce qui regarde spécialement le chapitre: religion. De cette façon, on aurait avec le temps un complet des cultes africains (nègres). Chacun voit l’importance qu’aurait un tel travail. Pour travailler plus utilement il faut procéder méthodiquement', et alors j’opine que la forme alphabétique serait encore la plus pratique. On pourrait sous-diviser encore, bien entendu, les matières, et envoyer un tel schéma, ou un questionnaire assez développé au moins dans chaque station de Mission, ainsi qu’à chaque personne sur place en Afrique, qui s’intéresse à cette étude. Les matériaux réunis ainsi entre les mains d’un homme compétent et qui a du loisir, ou mieux encore d’une réunion d’hommes de métier, pourraient faire naître un jour un superbe travail. Puisse ce plan se réaliser! Il va sans dire, qu’il faudra des données positives succinctes et bien triées, ne donnant pour certain que ce qui est certain, et se contentant de la note probable là où la chose est litigieuse.
Pour im certain nombre d’articles ou de notices, principalement pour ceux qui ont trait à la religion, je me suis permis d’amener des analogies et des rapprochements que j’ai choisis chez d’autres peuples, passés ou présents, sur d’autres points du globe. En face des croyances, des coutumes et des moeurs de ces peuplades du fond de l’Afrique Equatoriale, ignorés hier encore de l’Europe, et qui végètent là dans leur dégénérescence pendant des milliers d’années, on s’écrie souvent: nil novi suh sole! Ce sont là les mêmes croyances et traditions, les mêmes pratiques, les mêmes principes moraux, etc., qu’on trouve partout chez tous les peuples présents et passés. Une voix puissante s’en dégage; elle nous clame cette vérité évidente: „Nous pauvres Noirs, „nous sommes de la même espèce que vous autres Awazungu, nous sommes les „ enfants du même père commun, nous sommes vos frères!” En effet, partout où l’on tourne le regard ou qu’on tende l’oreille, qu’on scrute les textes cunéiformes des bibliothèques en briques de l’Assyrie et de la Babylonie, ou qu’on déchiffre les hiéroglyphes et les papyrus de l’Egypte en remontant au premier Ménès ou au
premier Urbagus, et même au delà si l’on peut; qu’on commente les plus anciennes données grecques ou autres sur les Scythes et les barbares de l’occident (l’Europe actuelle) ; ou qu’on plonge avec un de Humboldt et un Brasseur de Bourbourg un regard scrutateur dans l’histoire et la vie de ces étranges peuples de l’Amérique (Aztèques, Inlia et leurs prédécesseurs sur ce sol) ; ou bien enfin qu’on se contente des peuples existants et qu’on interroge les NaturvÔlker les plus dégénérés des îles, ignorées hier, de toutes les .mers ou de tous les recoins de la terre qu’on
finira bien ces jours-ci à explorer partout; — partout et toujours, dis-je, on observe les mêmes croyances et pratiques fondamentales, dégénérées et souillées souvent, mais parfaitement reconnaissables. On lavouera donc, que cette étude, menée comparativement sans préjugés et dans un bon esprit, pourra avoir une portée énorme, tandisque si elle est conduite isolément, à Taide de systèmes préconçus qui ne résistent pas à cinq minutes de réflexion philosophique, elle sera forcément stérile et ne mènera à aucun résultat sérieux et vraiment scientifique.
J’ai allégué comme motto les mots de l’illustre Cardinal Lavigerie, notre vénéré Fondateur. Ce puissant génie, à qui rien n’échappait, nous faisait un devoir strict, mais doux, de ne pas négliger, après notre tâche primordiale et principale, qui est le salut des chers Noirs, les recherches et les observations de tout genre qui peuvent réellement servir la science vraie, dont nos temps modernes sont fiers ajuste titre. En présentant donc aujourdhui humblement le fruit des observations continuées un bon nombre d’années, je crois agir dans l’esprit de ce grand homme.
Je ne puis pas terminer cette préface sans rendre un éclatant hommage à la mémoire de feu le E. P. Jos. van den Biesen, décédé prématurément le 15 janvier 1898 dans notre Mission d’Uzige. Ensemble nous avons pénétré en 1896 dans ce légendaire Urundi, — arrosé il est vrai en 1881 déjà par le sang de nos confrères sur ses confins occidentaux, et effleurée en partie dans une course rapide par le Dr. O. Baümann, mais qui n’en restait par moins une terra incognita, — et ensemble nous avons travaillé et pu fonder enfin péniblement la Mission d’Uzige. Le défunt Père avait beaucoup de goût pour les recherches ethnologiques et s’intéressait vivement en particulier aux Pygmées-Watwa. Aussi, lorsque le 13 sept. 1896 notre vénéré Vie. Apost. Mgr. Gerboin, sur l’injonction de notre Provincial Mgr. Hirth, me transmettait les „Ethnographische Fragenbogen” bien connus et si pratiques de l’illustre Professeur d’Ethnographie à l’Université, de Berlin, le Dr. von Luschan, en me chargeant d’y répondre de mon mieux, et que je m’y suis mis, j’ai profité réellement des nombreuses observations que le défunt Père me communiquait de vive voix dans nos conversations, en particulier pour ce qui concerne les métiers (poterie, pêche, forge, etc.). Il est certes bien dommage que ses manuscrits, recueillis pieusement après sa mort et laissés aux confrères de rUrundi à Misugi lors de mon départ pour Ndala, aient péri dans l’incendie du 14 août 1898, incendie qui incinérait complètement en peu d’instants la Mission de Muyaga, à peine transférée de Misugi.
Mes remercîments bien sentis enfin à l’obligeant et très savant Dr. J. D. E. ScHMELTz, Directeur du Musée Ethnographique de l’Etat à Leyde, qui m’a fourni aimablement tous les ouvrages spéciaux que je désirais consulter, qui m’a mis sur la piste d’autres, et qui m’a fourni notamment de précieuses données pour ce qui concerne le „Pygmâen-Problem”.
St. Charles, Boxtel (HolL), 26 mai 1903.
J. M. M. VAN DEE BUEGT,
Pr. Missionnaire d’Afrique (des Pères Blancs).
£ cT
Ces Notices ethnologiques ayant été adressées sous la forme plus succincte d’un Mémoire à M. le Dr. von Luschan, professeur d’ethnographie à TUniversité de Berlin, l’auteur reçut, en date du 13 février 1899, du célèbre ethnographe une lettre très flatteuse, dont nous extrayons ce qui suit:
„ C’est avec le plus grand intérêt, que je viens de lire votre manuscrit „sur rUrundi. C’est un vrai trésor pour l’ethnographie, une oeuvre tout à fait „ extraordinaire et hors concours. Je tâcherai de le traduire en allemand et de „le faire imprimer aussitôt que possible. En attendant, nous l’enrégistrons tel „quel dans nos archives et nous vous remercions de tout coeur pour le service „ signalé que vous avez rendu à la science ”
Dans une lettre du 4 mai 1901 nous lisons encore:
y? Nous conservons votre Mémoire ethnographique comme un trésor
„de très grande valeur, et nous espérons toujours pouvoir le publier dans le „ Bulletin de notre Musée, aussitôt que nous recevrons la subvention nécessaire. ...”
L’envoi du Mémoire en question avait été précédé par celui d’une collection d’objets ethnographiques, comprenant 348 numéros, recueillis et arrangés par les soins particuliers du E. P. VAN DEN Biesen, et qui figure, comme don du „Herr Superior der Weissen- Vâter VAN der Burgt, Uzumbura (Ost-Afrika),” dans les „Amtliche Berichte aus den Kôniglichen Kunstsammlungen,” (XX® Année, N«. 1, 1®*’ janv. 1899). A l’annonce de l’envoi, le K. P. van der Burgt reçut, en date du 13 mai 1898, de la Direction Grénérale des dits Musées (Div. Ethnogr.), sous la signature du Prof. Dr. von Luschan. une lettre de remercîments, où nous lisons :
„La collection que vous avez la grande bonté de nous offrir, restera „ toujours non pas seulement un monqment de l’esprit scientifique de la Mission „des Pères Blancs, mais aussi la vraie base et le fondement de nos études „ ethnographiques sur l’Urundi ”
Les trois caisses étant arrivées à Berlin, une lettre en date du *24 octobre 1898, toujours sous la même signature, portait:
„Je suis heureux de vous affirmer, que cette collection, comme je vous ,,1’ai écrit, est d’une très grande valeur pour nous, d’autant plus que les „ étiquettes et la liste contenant des renseignements, sont si détaillées. Je „ crois que nous n’avons reçu que très rarement des collections si précieuses, si „ complètes et si soignées ”
De son côté, le Prof. Dr. Karl Weule, lui-même éminent ethnographe, qui, au moment de Farrivée de la collection sus-dite, était attaché au Musée ethnographique de Berlin, et devint depuis sous-directeur du Musée ethnographique de Leipzig, écrivait de cette ville, en date du 17 août 1899, au K. P. van der Burgt:
Eine meiner letzten grôsseren dienstlichen Arbeiten war dort
„ (Berlin) die Inventarisation der von Ihnen, und Ihren leider verstorbenen „Amtsbruder van den Biesen, zusammengebrachten Urundi-Sammlung, die uns „ Aile in ungeheure Begeisterung versetzt hat, nicht nur wegen der systematischen „Durchführung, sondern besonders wegen die über aile Massen lobenswerten „ausführlichen Angaben. Durch Ihre hervorragende Sammelthâtigkeit ist Berlin „nunmehr im Besitz eines wirklich beneidenswerten Schatzes aus einem „immerhin noch nicht sehr entschlossenem Lande ”
Il demande ensuite une semblable collection pour le Musée de Leipzig, en rémémorant la „glânzende Leistung’’ montrée en ce qui concerne celle de Berlin.
Une collection ethnographique de moindre importance, comprenant 89 numéros, envoyée au Musée ethnographique de FEtat à Leyde, fut mentionnée très flatteusement dans le ,,Verslag van den Directeur van het Eijks Ethnographisch Muséum (le Dr. J. D. E. ScHMELTz) over het tijdvak van 1 Oct. 1901 tôt 30 Sept. 1902"’ page 17 et 59.
„ comme arrangée avec un soin particulier et pourvue d’annotations
„très précieuses concernant les noms indigènes, le lieu de provenance et l’usage
,,des objets”, et constituant une acquisition de réelle valeur pour la con-
„ naissance de l’ethnographie de la contrée en question” (ürundi)
Le même Dr. von Luschan écrivait le 29 décembre 1899 à Fauteur, à propos de ses , ^Eléments d’une Grammaire Kirundi” publiés en 1902 dans les „Mittheilungen des Seminars für Orientalische Sprachen zu Berlin” (Jahrg. Y, Abth. III: Afrik. Studien) par l’entremise du même Professeur, et sous la Kédaction du Professeur Dr. Velten du dit Séminaire, et imprimé à l’Imprimerie Impériale:
„Ich beglückwünsche Sie zu dieser grossartigen Leistung, für die Ihnen
„die Nachwelt dankbar sein wird Ich hoffe dass eine so ausgezeichnete,
„werthvolle und wichtige Arbeit so bald als nur irgend môglich zu Druck
„geht Denn, wo so viele werthlose belletristische Publicationen schleunigst
„einen Drucker finden, ware es ja bedauerlich, weim einmal eine wirklich werthvolle ,,wissenschaftliche Arbeit nicht gedruckt werden soU.”
Quoique la géographie soit un domaine séparé de l’ethnologie, nous ne pouvons taire, que le E. P. van der Burgt a rendu, sur ce terrain aussi, de réels services à la science, services très appréciés en haut lieu à Berlin, par les rélevés cartographiques de routes de plusieurs milliers de kilomètres de longueur, dans des contrées encore presque complètement inconnues en Deutsch Ost-Afrika, et qu’il a reçu à ce sujet, e. a. du célèbre cartographe allemand, le Dr. Eichard Kiepert, du Eédacteur des „Mittheilungen aus den Deutschen Schutzgebieten” (supplément de F„Amtliches Kolonialblatt”) le Prof. Dr. VON Danckelmann, du Consul Yohsen et du Dr. Sprigade, de très flatteuses lettres. Nous extrayons d’une lettre du dernier, datée du 29 octobre 1900, ce qui suit :
„ Zugleich benutze ich die Gelegenheit meiner aufrichtigen Anerken-
„nung und lebhaften Bewunderung Ihres unermüdlichen Fleisses, und der grossen
„Sorgfalt und Ergiebigkeit Ihrer Arbeiten Worte zu verleihen Bei der
„Sorgfalt Ihrer Beobachtungen aber, und der überraschend grossen Fülle Ihrer „Notizen und Ihrer eingehenden Kentniss von Land und Leuten, ist das” (la construction de la carte projetée) „zwar eine hôchst intéressante und befriedigen de,
„aber auch grosse und langwierige Arbeit Wir sind genothigt den
„doppelten Maasstab (1 : 875000) anzunehmen, um aile Ihre vielen werthvollen
„Angaben aufnehmen zu kônnen Aber spâter erhalten Sie denn auch
,.eine grossartige Karte des Ihnen so lieb gewordenen Landes, mit Benutzung „ aller neueren, und vor Allem Ihrer eigenen Bouten-Aufnahmen, als Bank für „Ihre so hingebende Mitarbeiterschaft an dem grossen Werke der kartographischen „Erschliessung unseres Schutzgebietes ’’
Bois-le-Duc (Hollande), le 20 juillet 1903.
La Direction
de la Société l' Illustration Catholique.