‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 2 sur 152 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sous le titre ci-dessus de „Africana”, j’ai recueilli, en guise d’introduction, un certain nombre de sujets qui se rapportent à l’Afrique en général, à son histoire et aux peuples, tants présents que passés, qui l’habitent ou qui l’ont habité. Je crois, que ces sujets ne manqueront pas d’intéresser, et qu’is peuvent utilement précéder le présent travail. Toutefois, ils ne pourront être traités ici, bien entendu, que sommairement. Il ne seront qu’effleurés; car chacun d’eux offrirait la matière d’un traité et même d’un volume. Ensuite, tout ce qui a trait à la géographie proprement dite du continent: hydrographie, ortographie, faune et flore, minéralogie, etc., ainsi que la matière d’anthropologie dans le sens rigoureux du mot, et celle d’autres sciences encore, ne serait pas à sa place ici.

Le nom de l’Afrique.

Tous les habitants du continent, c.-à-d. les indigènes, et spécialement les Nègres- Bantu, ignorent le nom même d’„Afrique”. Il faut excepter, évidemment, ceux qui ont été en contact avec notre civilisation européenne, et qui possèdent quelque notion de géographie générale. Ils ne connaissent que le nom de la contrée qui les vit naître, et des pays limitrophes. Ceux qui ont voyagé, et qui ont atteint les côtes savent naturellement un nombre plus ou moins grand de noms géographiques, mais sans se rendre compte du continent en entier ni de son nom. Ce nom (Afrique) n’est donc pas créé ou imposé par les Africains. D’où vient-il? Du hasard peut-être ou d’une circonstance fortuite? C’est du reste le cas pour les noms des autres continents. Qu’on songe au nom de l’Amérique, de l’Europe, de l’Asie, de l’Australie! Tout le monde sait qu’ils sont le fruit d’une impies convention traditionnellement maintenue. Certes, l’historique de ces noms est assez banal. Selon le Dr. Knecke les noms Europa et Asia seraient d’origine phénicéenne (?), et signiflent le premier la terre du soleil couchant ou du soir, et le second celle du soleil levant ou du matin. Le nom America vient de celui du florentin Amerigo Vespucci, et c’est le géographe allemand Waldseemüller surtout qui a contribué à le faire accréditer. Australia vient du lat. auster = le sud, puisque les premiers explorateurs hollandais le prirent pour une partie du Onbeken.de Zuydtland” , qui dans leur opinion s’étendait jusqu’au pôle du sud. Enfin les noms Polynesia, Micronesia, etc. sont simplement conventionnels (noÀi), ia.lkq6v, vrlaoç). L’origine et VèTvp.ov du nom Africa reste toujours assez incertaine. Peut-être le nom n’a-t-il été au début que la transcription plus ou moins exacte d’un nom chamite ethnique (p. e. punique ou phénicéen), comme cela a été le cas selon plusieurs, du nom grec de l’Egypte: A iy v titoç = Haikoup h tah = chàtesiU des doubles de Phtah. Le mot donc, selon la plupart des auteurs, est emprunté à la langue phénicéenne, et désignait une colonie détachée de Tyr. Il gérait le nom primitif de la Libye, du pays des Lbu ou Rbiij et de la Cyrène, fondé en effet au Vie siècle, a. Chr. par les Phéniciens. Selon Suidas, lexicographe grec du IXe ou X« siècle, le nom Africa était l’appellation primitive

de Carthage, où en eJffet il y eut anciennement des indigènes nommés: Afarikas ou Aiorighas. De Carthage le nom s’étendit peu à peu à toute la contrée libyenne, occupée par les Komains. Dans ce sens le pape S. Léon IX au XI« siècle l’entend encore. Bien avant lui les Romains appliquèrent ce nom à toute l’Afrique du Nord.

Tout cela n’amène pas à la vraie origine du nom, ni fait connaître son sens. Je crois qu’il faut chercher ailleurs. On connaît les tribus bantu du sud nommées Cafres. On admet généralement que cette épithète leur est infligée par les Orientaux (Sémitesmuselmans), et qu’il signifie: infidèle = kafir. Il est inconte.stable que ce mot kaflr n’ait actuellement dans la bouche des muselmans la signification àHnfidèle, mais ce mot arabe pré-islamique a un bien autre sens. Chez les plus anciens étymologistes arabes il veut dire: l’obscurité^ la noirceur, la nuit, le couvreur. De vieux poètes nomment la nuit: kàfir, puisqu’elle couvre avec des ténèbres noires. Les Cafres donc sont les Noirs. Le à (de Kàfir) accentué se rapproche de l’égyptien ka (k) qui signifie: noir. Les analogies ne manquent pas dans le reste de l’Afrique. En égyptien kaf est le singe noir. En bambara akafi.^ c’est l’homme noir, comme kabilo en bidsogo, ogabu en kamuka. En namaqua ckhip c’est le rhinocéros noir. Chei en dewoi, gberi en gbe, gbalwi en salum, kupirira en muntu signifie: noir, et guafili en boko: la nuit (noire). Les Phula, selon le Dr. Koelle, nomment les nymphes silvestres des Kaffiri. Les mots ham et kd, kaf; df, dp, du (= noir) sont identiques. Les Bambara, pour lesquels akafi est le Nègre, ont le mot /ca/'w^o pour signifier : le commencement. De leur côté les Zulu du Natal ont le mot kafida pour exprimer l’idee de magie, de charme, d’enchantement, et chez les Xosa isi signifie également : goétie.

Flav. Joseph, (n. 37 a. C.), S. Aug. (354 — 430), St. Jérôme (331 — 420), Eusèbe (264 — 338) dans sa Chron. VL et George le Syncelle (VIII^ — IXe siècle) dans son Chronicon, LI, nous ont conservé des fragments d’une histoire d’Egypte, composée par Manéthon (né 263 a. C.), prêtre d’Héliopolis, sur l’ordre de Ptolémée Philadelphe. Il était contemporain des Septante. Sa chronique porte, que la première série des princes égyptiens était celle des Aurîtae, la seconde celle des Mestraeens (= Mitzraïm, Misra-Sthan — nom hindu pour l’Egypte), et la troisième enfin celle des Egyptiens. Ces Aurîtae sont les Ruti des monuments, ou la race d’hommes (= bantu) par excellence. Le préfixe au marque le passé. Le nom Auritae a donc le sens de la race la plus ancienne dans le passé. Au est une forme de a/', et signifie : né de. Les éléments: Af-rui-ka (Africa), dans la langue égyptienne signifient: le noir intérieur, l’habitat des Noirs-Chamites. Les Auritae c’est le peuple des Af-ritae (Af-ruti) on des Kaf-ritae (Cafre, Kaffir) puisque Af n’est qu’un dérivé de Kaf. On sait que le t (d) et le h (ou k) se confondent, comme on peut le voir dans les mots mtu, umuntu, umudu, umunhu {=:rutï), etc, qui tous désignent l’homme, le humain. On a vu, que le mot kaf signifie aussi; le singe noir à tête de chien (Cynocéphale) qui figure tant de fois sur les monuments (V. Wilkinson, pl. 32, fig. 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10). Les tant méprisés Nahsi (les Rikshi, Rakchasas de l’Inde = hommes-singes de Rama) étaient nommés, par les fiers Egyptiens, des bêtes {ivikoko). Pour eux les Kafruti, Karuti n’en étaient pas moins les vrais aborigènes, i. e. les premiers occupants de l’Afrique, les vrais Africains, qui constituent une si grande partie de la race de Ham (Cham).

Le fameux pays Ophir de Salomon (III Reg., IX: 11, 22 ; II Par., IX: 10, 21) était situé, selon Hug. Grotius, Huet, Bruce, d’Anville, Quatremère, Karl Mauch, Petermann, etc., non seulement dans V Afrique australe, mais désignait, selon Origène {in Job c. XXII : M ,fiorrentes aureos''), V Afrique en général. Ce grand savant d’Alexandrie affirme, que de .son temps c’était l’opinion commune, et la ville d’Alexandrie était à cette époque certainement le foyer scientifique de beaucoup le plus important du monde. On y avait d’énormes bibliothèques à sa disposition. Du reste, cette opinion est très ancienne, puisque la paraphrase chaldéenne de l’Ane. Test, appelle la flotte de Salomon (Hiram) simplement la flotte africaine. On a cherché l’Ophir de Salomon un peu partout: en Arménie (Calmet), en Phrygie (A. J. von der Hardt), en Ibérie (Oldermann), au Péru (Postel, Arias Montanus), mais les trois opinions principales sont celles qui le placent soit en Arabie, soit dans l’/nde, soit enfin en ^ /“rù/we. — La première, défendue par Michaelis, Bredow, Vincent, Tychsen, Seetzen, Volney, Niebuhr, etc., est à

peu près abandonnée de nos jours. Elle se basait surtout sur ce que Ophir était nommé dans la Génèse (X : 29) parmi les Jectanides; puis sur le fait qu’il y a encore une localité El-Ophir dans le pays d’Oman (Sud d’Arabie) près de la ville de Sohar. — L’opinion, qui tient pour l’Inde, a eu un certain succès. On croyait la question tranchée. On s’est trop empressé. Les tenants de cette opinion se sont basés principalement sur des raisons philologiques. La flotte de Salomon amenait, en outre de l’or, de l’argent, et de pierres précieuses, aussi des singes (qôf), des paons {tukkyim) et du bois de santal (almoyg, ou algoum). Or, ces mots en hébreu ne sont pas sémitiques selon Lassen, Gesenius, etc., mais sanscrits {qof=kapij tukkyim =: iôkei ou tôgei, algoum = valgu, valgum). Donc, puisque ces mots sont indiens, ils indiquent le lieu de la provenance des marchandises, l’Inde par conséquent. Le raisonnement porte à faux. Ces mots sont chamites avant d’être sanscrits ou même dravidiens. Ils sont surtout africains (ég. kafi, etc.). Ainsi Johnston a découvert dans rUganda un animal à allure de zèbre, que les indigènes nomment okapi. C’est une espèce inconnue; mais voilà qu’on fait une découverte bien autrement intéressante encore. C’est que le dieu égyptien Seth (— Siva-Cham), l’antagoniste chamite bien connu du dieu sémite (?) Osiris (Horus, Isis) est représenté avec la tête d’une bête, qu’on n’avait pu reconnaître jusqu’ici. C’est la tête de Vokapi de l’Uganda! Ce Seth-Okapi figure e. a. sur un vase dans un relief de Karnac et qu’on place à l’époque de Seti I (? 1400 a. Chr.), ainsi que sur un autre relief qu’on croit remonter à Thutmosis III (? 1550 a. chr.) (Cfr. De Natuur, Utrecht, XXII« Ann. (1902), livr. févr. ; XXIIIt- Ann. (1903), livr. juilL, p. 174—177). On suppose que cette bête a dû exister en Egypte jadis, mais qu’elle y ait disparu, comme tant d’autres! C’est possible, mais le fait qu’on trouve cette bête précisément chez les Waganûay vers les sources du Nil, est très remarquable. Ceci corrobore ce que nous avons dit de l’origine des Wahin6a (V. les notices Aborigène'', ,jHistoire'’, Dynastie", „ Watwa- WaJmida"). Du reste, on met beaucoup sur le compte du sanscrit, qui ne l’est guère! — Reste la troisième opinion, qui, si elle n’est pas absolument sûre, est au moins de beaucoup la plus probable, et qui dans les temps récents compte le plus d’adhérents. On a écrit une foule d’ouvrages sur Ophir. V. F. Vigoureux; La Bible et les découvertes modernes, 4'" éd., Paris, 1884, page 577 — 606. et une petite bibliographie, ibidem, p. 577, 578, 581.

Les Septante traduisent le Ophir de Génèse (X : 29) par Od(petç, et l’Ophir de Salomon par 2(ù(piQ ou 2ovcpiQ\ de même Flav. Jos. {Antiq. VIII, VI, 4, „^uèv 2o)(piQav"). C’est remarquable, puisque ces Juifs égyptiens ont dû être parfaitement au courant de la géographie africaine. Or, il y a sur la côte sud- australe de l’Afrique actuellement encore le pays Sofala, Cefala (Sophala, Zophala, Zofala au XVI© siècle). Bachiene (Géogr., Kuilenburg, 1756) l’identifie au 2(iupeÎQ ou 2(ûcpiQ des Septante. Selon lui Zophala se nommait anciennement Zophara. On sait que les Nègres-Bantu confondent le r et le I. Pluche dans son Théâtre de la Nature, VIIB part., p. 64, et Hornius {De Orig. gent. americ., 1. II, c. 8) tiennent également Zophara pour l’Ophir de Salomon. Joès. dos Sanctos dans sa Déscr. de V Ethiopie mentionne, non loin de Zophara dans l’intérieur des terres, une montagne Fura ou Afura, qui se trouve sur la carte de de l’Isle, et dont le nom selon lui recèle les éléments du nom 2(à(piQ, QcpiQ, Africa. Dos Sanctos ajoute, que de son temps les indigènes de Zophara (lesquels? Nègres ou Sémites?) tenaient leur pays pour l’Ophir de Salomon. A cette époque il y avait là des paons. Selon de Barros, le Livius portugais (Da Asia, de^:. I, 1. X, c. I) le nom Sofala était pris pour tout le pays de Monomotapa, le célèbre royaume aurifère, qui à son tour englobait toute l’Afrique australe, notamment le pays des Matébélés. C’est précisément la région aurifère, tant convoitée de nos jours!

On objecte que Flav. Jos., S. Jérôme, Basile (?), Eusèbe, Procope, Hésychius et d’autres anciens pères grecs identifient Ophir ou Sophir à l'Inde; mais on sait que le nom „Inde" était très vague à cette époque, et désignait surtout le sud, comme p. e. le Rend, Hindhu chez les Egyptiens. Virgile fait venir le Nil de VInde, i. e. du sud de l'Afrique. (V. la notice „ Histoire" , et celle sur les „Wahinda").

Notre conclusion est, que le nom d' Africa est très africain et très chamite, désignant bien la terre classique des fils de Cham, qu’ils soient Kushites ou autres.

Les peuples de l’Afrique. Races présentes.

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