‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 103 sur 152 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

mutiler, le frapper, le maltraiter notablement, est considéré comme mauvais et punissable. On dit qu’un tel fait très mal. Evidemment, une vie humaine n’est pas estimée outre mesure, et on se tait devant certaines folies autocrates de chefs cruels, mais aucun Murundi approuve cela. Tout au plus dira-t-il que c’est une preuve de force chez ce roi ou chez ce chef. Même les injures graves, les insultes, les calomnies, les médisances et les mensonges sont réprouvées. Il faut voir avec quelle indignation on dit de ces malfaiteurs: ari 'tniibij aragidze nahij arawesha, arambeshere, etc. — Le vol est également considéré comme mauvais, et on le punit.

Quoique le Murundi soit assez porté au vol, cela n’empêche pas, que l’idée de propriété ne soit nettement connue. Les limites des champs sont parfaitement indiquées, connues et respectées par tout le monde. Le vol de la récolte, qui se trouve encore au champ, est très rare. Le vol de bétail (boeufs) est très grave et puni même de mort. — Si l’on envisage maintenant V éthique sociale ^ tant domestique que civile, on peut constater aisément chez nos Warundi la plupart des éléments, si non tous, au moins en racine, qui régissent une société réglée et viable.

Du reste, le fait de son existence et de son fonctionnement après tant de milliers d’années dispenserait de preuves. La famille, base de toute société, existe et la vie de famille est même très prononcée. Elle découle du mariage, qui existe bien inconstestablement. La plupart des Warundi sont monogames. Si quelqu’un a plusieurs femmes (chefs), une d’elles (la première) seulement est maîtresse du „urugo”. — Le divorce est assez fréquent. Les époux sont assez fidèles et l’adultère pas trop fréquent. — Les parents tiennent à avoir beaucoup d’enfants. Ils les aiment, ont soin d’eux, les élèvent bien corporellement. L’éducation proprement dite toutefois est fort rudimentaire Les enfants de leur côté sont pleins de déférence et d’affection pour leurs parents. Ils leur viennent en aide par leur labeur. Si l’on voit pas mal de vieux et de vieilles abandonnés, c’est qu’ils n’ont pas d’enfants. J’ai vu très peu de cas que des parents s’oubliaient envers leurs enfants, ou que ceux-ci maltraitaient ou injuriaient seulement leurs parents. Cela passe pour très blâmable. — On peut dire que Pesclavage n’existe pas. Il y a une sorte de servage, mais le lot de ces „serfs” est assez doux. Les maîtres traitent ces „ suivants” à peu près sur pied d’égalité avec leurs propres enfants. On voit ainsi que tous les éléments de la société domestique, tant matrimoniale et parentale que hérile, se laissent apercevoir chez nos Warundi. — La même* chose se constate pour la société publique et civile. Il y a une autorité bien graduée, incontestée et incontestable. L’Urundi est une monarchie absolue et autocrate. Le pouvoir du roi est héréditaire. Le

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roi nomme ou confirme, et révoque au besoin les gouverneurs de provinces et, .en principe, tous les autres chefs de district (aivativare). Leur pouvoir est héréditaire aussi, mais „ad nutum” du roi. Le pouvoir législatif (ordonnances), judiciaire et pénal est réuni dans la main du roi, mais les awatware y participent. On ne peut pas nier que l’arbitraire règne passablement. Les injustices, les vexations, les exactions, etc., sont à l’ordre du jour. La faute est aux hommes, et non pas aux institutions qui fonctionneraient à merveille sous un monarche moins despote que le souverain actuel. — De leur côté, les sujets sont tous intimement convaincus qu’il faut obéir au roi, aux chefs.

Ce respect pour l’autorité, ce culte plutôt, leur est passé dans le sang. Les corvées, demandées soit par le roi, soit par les chefs, sont exécutées ponctuellement. — Enfin, les Warundi, ont l’esprit d’indépendance nationale très développée. Ils se montrèrent toujours solidaires contre tous les envahisseurs du dehors. — Cette rapide esquisse suffit pour montrer, que nos Warundi ne sont nullement dépourvus de morale et de principes moraux. Ils ont leurs défauts, leurs faiblesses, mais à côté ils ont d’incontestables bonnes qualités, nombreuses. Il y a de l’étoffe en eux pour faire dans l’avenir de grandes choses. C’est un peuple vigoureux, actif et énergique, qui étonnera un jour par les grandes choses qu’il accomphra. Je le crois au moins l’égal des Waganda.

Mouton.

Les moutons sont assez nombreux dans l’Urundi. C’est l’espèce ordinaire, poilue; mais une autre très belle espèce, à large queue et de forte taille, est assez nombreuse dans certaines contrées du pays. Les Wat^va ont très peu de chèvres ou de moutons. Ils sont très pauvres, et du reste les chefs Warundi les leur enlèveraient! Ni Warundi ni Watussi mangent la viande de chèvre ou de mouton; quelques individus toutefois mangent du mouton. Comme les chèvres, les moutons servent pour le trafic (échange de sel et de pioches), mais aussi pour les sacrifices. Les moutons portent quelquefois des clochettes au cou.

Musique.

Comme tous les Nègres les Warundi aiment follement la musique, et les Watwa peut-être encore davantage. La musique (sacrée surtout) les électrise, agit sur leurs nerfs, les rend moitié fous: ils ne se possèdent plus alors. — Le principal instrument de musique c’est le inanga, ou: ikivuvu, ou: indimbagazo. Fig. no. 82. Le bois de cet instrument à cordes est sculpté (= kuivaz’ inanga) de 4 espèces de bois: ikihahe, ou: ikiduha (euphorbe- -candélabre), umuzuzo, umuvangoma^ ikiharamanga.

Sur la partie convexe est tendu une corde (nerf = umürÿâ, kuhôtôrâ imïryà, imihotorwa) qui y passe sept à huit fois (= kuwang^ inanga). Ce sont les Watwa qui sculptent le bois de l’in-

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strument, tandisque les Warundi préparent la corde. Il est probablé que cet instrument appartient primitivement aux Watwa et que les Warundi l’ont imité. Les Watwa seuls savent le bien façonner, mais n’ayant pas de boeufs ils doivent se pourvoir de cordes chez les Warundi. Le fond est percé de plusieurs trous (=^Uittoboro, utnsatago tw^ inanga), tandisque sur la partie bombée on brûle des ornements (= kusârurâ, mvusarure). — Avant de jouer l’artiste met toujours les cordes de l’instrument au son voulu (— kuwangîra, ou : kiikiraniirà inangctj kutazga). Il serre si longtemps et essaye du doigt si longtemps la corde, que son son le satisfait. Ensuite il s’assied, met l’instrument sur les genoux et joue avec les deux mains, une de chaque côté. Quoique beaucoup de Warundi savent jouer r„inanga” (— kuvuz’ inangà), ions ne sont pas des artistes. Tout en jouant, on chante (improvise) ordinairement d’un ton doux et mélodieux {=kiivugir^ inanga). Les Watwa, au contraire, accompagnent le jeu d’„ inanga” en chantant très fort, et en émettant des sons gutturaux presqùe sauvages, sans articulation de mots. Quelquefois un des assistants (homme ou femme), électrisé par cette mélancolique musique se lève et se met à danser une sarabande folle, furieuse (= ku~ tamV inanga), — En dehors de l’„ inanga” les Warundi ont encore d’autres instruments de musique. Le cor, ou corne (= ikihuha^ ikivudzOy inzamba, Fig. n'\ 83) est une simple corne de boeuf, garnie d’un trou (= intoboro, imnvenge) au bout ou sur le côté. Les cors en ivoire sont rares. Quelquefois on en trouve chez les grands chefs. Ce cor sert surtout pour sonner l’alarme (— kuvudz^ inzamha, induru) en cas de guerre, de danger. — Le ikisandasanda^ ou: ikihushama (Fig. n^. 84J est une longue flûte, consistant en un tube de bois garni de trois trous, au moyen desquels on obtient différents sons. — Le umwironge, ou : umuvugisho (Fig. n^. 85, 85a) est une courte flûte, qui consiste en un tube de bois, fermé à un bout, et ayant à côté un trou pour souffler (= kuvuz^ umivironge, kuhuha mu ^mwi~ rongé), et deux trous pour obtenir dessons différents en y plaçant les doigts. — Les enfants emploient, comme jouet, une espèce de mirliton (= akasitori, ikirongé). C’est un bout de roseau avec un trou (embouchure) au milieu. Les deux extrémités sont fermées avec du tissu blanc ou de la toile d’araignée (= inzu y’ ikitangurirwa, urutando). Fig. n^. 86. — Les petites Allés ont aussi un jouet pour faire de la musique (= urukayamba, uruyewa). Sur deux bouts de roseaux sont liés en traverse, et serrés l’un contre l’autre, d’autres bouts do roseaux, formant ainsi deux étages ou parois. Dans le vide du milieu on enferme des grains de maïs sec. En remuant en cadence cet appareil elles obtiennent un bruit „sui generis”, qui amuse les petites de longues heures.

Fig. n'K 88. — L’instrument de musique le

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plus aimé des Warundi c’est le tambour (= ingoma, inkiranyi). Fig. w\ 81. Ce tambour consiste en un tronc d’arbre creux {= kuwaz^ ingoma), sur lequel est tendue fortement une peau de boeuf (= kukann^ ingoma, kufungiF ingoma) fixée à l’aide de petits piquets en bois (== utumambo), qui sont enfoncés dans autant de trous pratiqués dans le rebord du tambour. La peau est mouillée avant de la tendre. Il n’y a qu’un bout du tronc d’arbre qui est tendu ainsi.

Le tambour est assez rare dans l’Urundi, peut-être à cause du manque de bois. Les simples Warundi n’ont pas le droit d’en avoir. Dans le sud toutefois, chez les Wamosso près du Malagarazi et dans l’Uzige, on en rencontre davantage. Il est réservé au roi et aux grands chefs (= awatwaré). Les Watwa n’en ont pas. Quelquefois un chef Muruirdi leur en prête un. Ils en raffollent, et passent des journées entières à le battre. Le tambour sacré du roi, signe et symbole du pouvoir royal, sorte de „palladium” du royaume, se nomme „akarienda^\ Il est très grand, énorme, fait du bois de l’arbre y^umugangoma^'. Frapper le tambour sacré se dit:

kutimV akarienda. Le tambour sacré est censé être possédé par le genius du royaume. Ailleurs chez les Nègres (p. e. dans l’Unyamwezi) il passe aussi pour le symbole mystique du pouvoir royal. Pour désigner le royaume, le trône d’un tel roi, on dira : V,jingoma'' d’un tel. Succéder au roi défunt se dit dans l’Urundi: kusuvira ku ^ngoma.

Dans les discours solennels on invoque le tambour ssLCré-akarienda (son esprit), on jure par lui. — Pour frapper le tambour:

kuvuts* ingoma = faire parler le tambour, kukirânyà, kurindakiza, on se sert de deux bâtonnets en bois: umurisho, imiugegenwa.

On se met plusieurs à battre un tambour, quelquefois trois ou quatre. Cela fait un concert infernal, assourdissant, mais plus cela fait du bruit, plus les Warundi l’aiment. Ils pourront y passer des journées sans se fatiguer. Ils y mettent un vrai art, en battant toujours en mesure, en cadance. Pendant que les uns tambourinent ainsi, un d’eux, ou un des assistants, se sent tout d’un coup inspiré, et se met à danser. Il s’éloigne du tambour, fait des sauts invraisemblables, des mouvements ou des contorsions comiques, décrit avec ses bâtonnets des dessins magiques dans l’air toujours en gardant la mesure ou le rythme, s’approche comme avec épouvante de l’instrument. On dirait que ce bruit magique l’hypnotise, que l’esprit qui réside dans le tambour Tanime, l’épouvante, l’attire alternativement. A la fin il se met de nouveau à tambouriner dévotement avec ses camarades. — Rarement on chante pour accompagner le battement du tambour. — La musique des Warundi (V. „Chanf\ ^^Dansé^), comme chez tous les Nègres (et tous les dèles!), a toujours un cachet de mélancolie, de tristesse (en mineur). Cette tristesse est

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vraiment suggestive, et fait mal au coeur.

Cette triste musique a parfois un caractère de charme (pour nè pas dire de beauté) sauvage, diabolique, qui donne l’effroi. (V.

fjHynine^’). On a, du reste, constaté cela partout et toujours chez les infidèles (p. e. les muselmans, les buddhistes, etc.). Les serviteurs du maudit sont forcément mélancoliques et tristes. Il n’y a que les \nmis serviteurs du vrai Dieu qui peuvent vraiment se réjouir: j^Gaudete in Domino semper^% jjjubilaté^% etc.

Naissance.

Les Warundi sont prolifiques et tiennent à avoir beaucoup d’enfants. Beaucoup d’enfants meurent en bas âge, et souvent les premiersnés des jeunes mariés. En ce moment le nombre des naissances surpasse celui des décès. Les derniers dix ans la population de rUrundi a été plus que décimée à la suite de différents fléaux. Ainsi actuellement on peut constater une lacune visible entre les enfants de 4 à 6 ans et ceux de 16 à 18 ans. Les monogames ont généralement plus d’enfants que les polygames, que les Watutsi notamment. — Voir pour ce qui concerne la naissance la notice: Accoucher'' et ,, Ju-

meau".

Natte.

Dans l’intérieur de l’Urundi on trouve peu de nattes. Même les grands chefs s’asseyent par terre, ou sur l’herbe fine et blanche servant de tapis. Dans l’Uzige, au contraire, on en a beaucoup. Il y en a surtout deux espèces de différente qualité. Ij'jjUrava" (coûtait 4 jjketi" autrefois à Uzige) est une belle natte de 2 M. de long sur 1 M. 30 de large, tressée finement avec une espèce de jonc du même nom (=: urava). Ce jonc n’étant pas assez long, elle se compose de plusieurs morceaux alternants et reliés ensemble.

(V. Fig. n^. 57). — L’autre, Vurukangàngà^ est tressée d’une graminée longue, qui pousse sur le bord des rivières. Elle ne coûtait qu’un „keti'% vaut peu, et est mangée par les fourmis blanches (= kuribwa n' umushwa), A l’intérieur on en voit de cette espèce. Les Watwa ne tressent que de celles-ci. — Ce sont les hommes qui font les nattes (= kudzjisha ivirago). — Dans l’Uzige les nattes servent pour s’asseoir dessus et pour tapisser les cases. Dans l’intérieur elle est nécessaire pour la literie. On se roule tout dévêtu dans une semblable natte pour dormir.

Nom.

L’enfant ne reçoit pas de nom avant qu’il marche et qu’il parle un peu. Alors le père lui en impose un (=kwit' izina), mais sans cérémonie religieuse, semble-t-il. Chaque Murundi porte au moins deux noms, car souvent les voisins, les amis lui en donnent un autre (sobriquet) = izina ry' umugabo. Les familles ignorent les noms patronymiques. Aucune règle préside au choix de ces noms. Tout paraît dépendre des caprices et des circonstances qui précèdent, accompagnent ou suivent

la naissance des enfants, ou des particularités du corps du nouveau-né, de la passion prédominante chez la mère à l’heure où, contemplant son nouveau-né, elle pouse une exclamation, formule un souhait, une crainte, une effusion de douleur ou d’amour. C’est comme chez les peuples antiques et dans la Bible, où presque tous les noms individuels sont autant de phototypes des sentiments maternels, des qualités ou des incidents personnels du dénommé. — Les Watwa et les Warundi ont souvent les mêmes noms.

Ainsi un Mutwa et un Mututsi d’Uzige s’appelaient tous les deux: Sevmkenke = père du chalumeau. Ces noms propres d’hommes et de femmes sont naturellement Jegio dans l’Urundi. Ce serait même, au point de vue linguistique et philosophique une intéressante étude d’en recueillir le plus possible, et de les analyser. La même remarque s’applique aux noms propres innombrables des montagnes, rivières, districts, etc. — Des fêtes ou des cérémonies pour l’entrée dans l’âge mûr, des rites de puberté^ etc., ne paraissent pas exister, ni pour les garçons, ni pour les filles. A l'âge de + 20 ans on est appelé umusore = adolescent. Aux Watwa, devenus adolescents, on coupe solennellement les dents (V. j^Dent"). C’est fête de famille. On boit la bière.

Nourriture.

Les Warundi sont sobres et mangent peu en général. La nourriture (= icyukurya) est abondante, à condition qu’on cultive suffisamment. Beaucoup de personnes (vieux, vieilles, orphelins) souffrent réellement de la faim quelquefois. La nourriture comprend principalement: 1. Viande (—inyamma, mkemhwa). La chair du boeuf est permise à tous. Quelques uns mangent du mouton. Personne ne mange la viande de chèvre ou do poule. Il n’y a que quelques chefs, qui, de temps en temps, se permettent le luxe d’un peu de viande de boeuf. Pour tout le monde le sang de boeuf (= ikiremve, ikiraswa) est un grand régal. — 2. Poisson (=urufi, iffi, uruyaruzi). Les Warundi de l’intérieur n’en mangent pas; les riverains du lac en raffollent au contraire. Les Watutsi n’en mangent nulle part. — 3. Manioc (= uwumbàtîj umuhekenywa). On le mange sous plusieurs formes. Les jeunes feuilles servent d’épinards. — 4. Maïs (=: ikigorij ikisakwama). On le mange cru, grillé, cuit. On en fait de la farine. — 5. Patate (= ikizumbUf ikirazi^ ikihowogo). — 6. Citrouille (= umungu, umunogerwa). Elles composent les légumes ordinaires, mangées en second plat. — 7. Arachides (= icyobaj icyema, icyanza). Assez rares. — 8. Ignames (= itukuj imanurano). —

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