‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 14 sur 152 · Histoire. — Chronologie · texte numérisé non relu

Histoire. — Chronologie

Les livres contenant l’histoire de l’Egypte ne manquent pas. Malgré cela, elle est assez embrouillée. Mais a-t-on jamais vu aussi une liste aussi formidable de dynasties (30) et de rois (513) ? Tout le monde sait, que les assises de cette histoire égyptienne sont : la liste des dynasties de Manéthon, les découvertes égyptologiques modernes et quelques données historiques classiques, notamment chez les auteurs grecs. Quelques éléments des mêmes listes manéthoniennes ont été retrouvés, e. a. dans la table de Séti I et de Ramsès IL dans celle de Sakkara, dans le papyrus de Turin, et dans la chambre des ancêtres de Karnak, On possède donc beaucoup de matériaux, on a les mains pleines de noms de rois, de monuments, d’inscriptions relatant des guerres, des expéditions, etc., mais l’histoire n’en reste pas moins pleine de lacunes et d’incertitudes. Quant à la chronologie eg’yptienne, c’est un chaos d opinions qui règne. On est peut-être plus éloigné de la certitude en ce sujet, qu au temps de Jules 1 Africain, d’Eusèbe, de Flavius. Heureusement que ces hommes nous ont conservé table des matières''^ du grand ouvrage du prêtre égyptien (Manéthon). Sans cela, on saurait encore infiniment moins. Les plus grands égyptologues sont obligés d’avouer cette impuissance à arriver à une chronologie suivie. „La chronologie de l’ancien et du moyen empire égyptien est, chez tous les égyptologues, un véritable chaos avec les plus évidentes contradictions^’ (Kurtz). „Rien n’est plus incertain à l’heure qu’il est, que les chronologies des Pharaons” (J. Oppert). Les prêtres égyptiens lisaient à Hérodote les noms de 330 rois inscrits dans un livre! Leur histoire, lui assurèrent-ils, datait depuis 344 générations c.à.d. depuis 11366 ans. Avant ces rois humains, les dieux auraient régné sur pendant 18000 années. Bref, selon les indications de Manéthon on arrive à une ancienneté de 36000 ans! Jamais homme sérieux n’a accepté ces chiffres fanfarrons et enfantins Même nos modernes sont plus modestes. Ainsi, M. Oppert se contente de 11542 ans juste (a. Chr.). A cette époque ,,1’Egypte était déjà socialement organisée”!

Pour montrer qu’on a réellement raison de parler d’un chaos, je donne ici une petite liste des diverses computations arrangées pour fixer la date de l’avénement de Mènes ou Mena, le premier roi „purement humain.” A. Henne de Sargans fixe cet avènement à l’an ,6117 a Chr.; — Champollion-Figeac : 5867; — Lesueur: 5773 ou 5770; — Bockh : 5702; — Unger : 5613; — Mariette et Lenormant: 5004: Brugsch: 4455; — Lauth: 4157; — .Chabas secund. liste d’ Abydos : 4000 ; — Lieblein : 3893 ; — Lepsius : 3892 ; — Bunsen : 3623 ; Ed. Meyer : 3180; — Birsch: 3000; — Gumpach: 2785; — Uhlemann: 2782; — Poole:2717; — quelques égyptologues modérés: 2600 à 2500; — Dr. Haies: 2412; — Wilkinson: 2330 ou 2320; — Eusèbe : 2258 ; — Palmer : 2224 ; — ancienne chronique : 2231 ; — Erasthostène : 2220 ; — Julius Africanus: 2218; — Dr. Prichard: 2214; — Rasch: 1785. Voilà donc entre l’opinon de Henne de Sargans et celle de Rasch une petite différence de 4300 années! Dans une semblable incertitude on n’est nullement obligé de jurer par la chronologie égyptienne, et de l’opposer triomphalement à la chronologie traditionnelle. Ce qui est sûr en fait de dates égyptiennes cadre parfaitement avec les données traditionnelles. — On sait que la chronologie biblique vacille entre l’année 3997 et 5500 a. Chr. La création du monde est placée e. a. : par A. C. Emm, à l’an 3997 a. Chr.; — selon Petavius: 3983; — üsserius: 4004; — Tirinus: 4002 ou 4004 ; — Kaerle : 4003 ; — Th. Hartwel-Horne : 4000; — Gehringer : 4001 ; — Danko : 4274 ; — Ideler: 4713; — „les auteurs de l’Art de vérifier les dates”: 4963; — enfin les Septante: 5500. Rien n’empêche de suivre la chronologie des Septante. Elle est même fort goûtée dans les derniers temps, mais dire qu’elle est la s^mle vraie, est aller trop loin. Si le Dr. Prichard

met Pavénement de Ména en 2244, et si le Dr. Kasch l’approche jusqu’à l’an 1785, on ne voit pas pourquoi la date de 3997 ne serait pas suffisante, pour y faire cadrer les plus anciens royaumes du monde, le déluge avec ses âges anté-diluviens. Prenons les chiffres des Septante et appliquons-les à la chronologie assez généralement acceptée de l’Egypte, et on verra qu’il y a plus d’espace qu’il ne faut pour y aménager les fameuses dynasties manéthoniennes. On sait, que la grande difficulté est de fixer l’année du déluge, ainsique celle de la vocation d’ Abraham, ou encore celle de la naissanee de Moïse. Wilmers place le déluge dans l’an 2348 a. Chr. (1636 de la création); la vocation du „père des fidèles” dans l’an 1921 (2083); la naissance de Moïse en 1571 (2433); puis la mort de Jozuéenl443 (2553); l’élection de Saul en 1095 (2909); la division du royaume d’Israël d’avec celui de Juda en 975 (3029); la fin de la captivité de Babylone en 536 (3468). On peut reculer la .date du déluge jusqu’à l’an 3390 (date minima) ou à 3540 (date maxima); le commencement dès empires jusqu’à 3256 (ou 3406) et placer le commencement des dynasties égyptiennes à 3215, Mais il n’y a aucune possibilité de reculer encore ces dates, même avec la meilleure volonté du monde. Il y a là une barrière qu’on ne peut pas franchir. Il est même très

probable que la date de 3215 soit trop élevée. De l’autre côté, l’histoire écrite et sûre (!)

de la Chine ne commence qu’en 3082 ; celle de Babylone en 2600 ; de l’Inde en 2000 (3101?); de la Syrie en 1339; de la Grèce en 1250; de la Phénicie en 1229; de Sparte en 1200; de Carthage en 880; de Kome en 752, des Mèdes en 708.

Il est curieux de citer ici un passage des notes sténographiques de Brentano,

mentionnées déjà plusieurs fois. Il jette une lumière singulière sur cette fameuse chronologie égyptienne qui n'existe pas, et dont on abuse tant. Il y est dit page 36: „Nos savants modernes, (c’était à l’époque de Champollion) „qui écrivent sur l’Egypte commettent de grosses „ erreurs, parce qu’ils considèrent chez les Egyptiens tant de choses comme historiques, „ expérimentales et scientifiques qui ne reposent que sur des visions fausses et sur l’astrologie ; „et en même temps ils restent aussi ignorants et aussi abrutis comme les Egyptiens „eux-même l’ont été. Mais les savants tiennent ces inspirations démoniaques et ces „ agissements pour impossibles, les rejettent, et croient ces Egyptiens aussi anciens parce „ qu’ils aiiraient possédé de bonne heure déjà d’aussi savantes et profond^^s choses. Mais „je voyais qu’ils s’étaient, déjà à l’arrivée de Sémiramis à Memphis, brouillés avec leur „propre chronologie. Ils voulaient toujours paraître le plus ancien peuple, et inventaient „une foule de dynasties royales et de périodes chronologiques. De cette façon ils perdirent „toute notion de vraie chronologie, et parce qu’ils changèrent constamment leurs „ computations, ils étaient complètement déroutés à la fin. Il arriva alors, qu’ils voulurent „éterniser toutes ces erreurs par des constructions grandioses et des inscriptions fanfaronnes, „et ainsi la confusion devint complète! Longtemps ils calculèrent l’âge des ancêtres et des „ descendants de telle sorte, que le jour mortuaire du père était suivi par la naissance du „fils. Les rois qui se disputèrent coujours avec les prêtres au sujet de la chronologie, „intercalèrent des ancêtres qui n’avaient jamais existé. Puis les quatre rois du même nom qui ,. régnèrent simultanément à Thèbes, Héliopolis, Memphis et Sais, étaient comptés l’un après „l’autre. Je voyais aussi, qu’une fois une année était comptée de 970 jours. Une autre fois les „années étaient comptées comme des mois. Je voyais encore un prêtre des idoles composer

„une chronologie, d’où sortirent toujours 1100 ans au lieu de 500 Je vis ces fausses

„chronologies et les agissements des prêtres des idoles à Aruma, où J. parlait de la vocation „d’ Abraham et de son séjour en Egypte, et contre la chronologie égyptienne. Il disait aux jjPhariséens, que le monde durait alors (à son âge de 31 ans) 4028 ans.”

Il y a peu d’Egyptologues qui tiennent les 30 dynasties de Manéthon comme successives. Ce n’est pas que les dynasties sont trop nombreuses. Mariette pense que Manéthon en a omis au moins trente! En effet, il y a eu sûrement trois périodes oû les dynasties ont été contemporaines, collatérales et féodales. Que l’état féodal a existé en Egypte, tout le monde en est d’accord. Le silence ou même l’absence de monuments pour certaines dynasties est une preuve manifeste, qu’elles n’ont jamais été nationales^ mais simplement féodales. Les premières ont été vraiment royales, et ont régné sur

toute l’Egypte; les autres n’ont pas d’histoire monumentale et officielle. Pour certaines dynasties les monuments abondent, par exemple pour la IV^ Vie dyn. Eien pour les cinq suivantes! La Xlle et la ainsi que les quinze dernières^ sont bien partagées

en fait de monuments, inscriptions, etc., mais rien pour les XlVe, XVe, XVIe et XVII‘ ! Le cadre est vide encore naturellement pour la le, la Ile et la Ille dyn., puisque c’est le chef de la IVe Khufu, ou peut-être Snofru le dernier roi de la III^ dynastie, qui commença 1 unité nationale. M. de Rougé trouve les noms de trois des six fils de Mizraïm, c.-à-d. les Anamim, les Phetiusim et les Nephhaïm dans les noms primitifs des peuples de la Basse-Egypte, de la Thébaïde et de Memphis. Ces trois familles mizraïmites auraient simplement formé les trois premières dynastie^ féodales. Le premier roi de la TV®, ou le dernier de la IIT^", aurait fait l’unité nationale, comme on vient de dire, unité qui continua sous la IV<^, la V^ et la VI*^ dyn. A ce moment l’unité se rompt. Les Nègres du sud, Kushites ou non, mais Chamites comme les Mizraïmites, et arrivés avant ces derniers au Nil, vont désormais contrebalancer et tenir en échec la puissance des Mizraïmites. Subjugués sous les dynasties précédentes, ils sont assez turbulents et. assez forts, pour provoquer des troubles qui amènent le règne simultané des VIL, VIIL, IX^^, Xe, XL dyn. Puis la Xlle reprend le dessus, refoule les Nègres-Nubiens au delà de la première cataracte et reconstitue l’unité nationale. Les derniers rois voient leur puissance diminuer, Vinfluence nègre reparaît, elle aide à l’anarchie qui ramène la prédominance féodale des XIII^*, XIV^‘ et XVI« dyn. Aussitôt les Pasteurs (Hyksos, Hittites, etc.. Sémites profitent de T affaiblissement national, et viennent s’établir dans la Basse-Egypte. Ils y forment les XV® et XVII^ dynasties étrangères parallèlement aux XIII<% XIV« et XVI« dynasties égyptiennes et vraiment nationales. La XlIIe parvient peu à peu à établir sa suprématie sur ces dernières, après quoi elle se trouve assez forte pour commencer l’expulsion des Pasteurs, que rend définitive le premier roi de la XVIII« dynastie (Touthmès III). Désormais, si la féodalité subsiste encore, elle est entièrement affaiblie, mais la lutte intestine entre l’élément sémito-egyptien et nègre-nubien continue. Ce dernier se mêle tellement à la vie égyptienne et en fait tellement le fond, que la Bible n’appelle plus l’Egypte que le pays éthiopien. La XXV tï dynastie est même franchement nègre.

Pour donner une idée de la succession des dynasties royales et féodales, j’en donne ci-après le tableau d’après Dessailly et Lieblein. Les dynasties mises de côté sont les dynasties féodales et simultanées.

A. Ancien* Empire.

le Dyn.: 263 ans.

B. Moyen- Xe Dyn.: 185 ans.

Empire. Aménémés : 16 ans.

XI Ve Dyn. 184 ans.

XVIe „ 511 „

Avènement. Fin. Durée.

IlL Dyn.

IVe

Ve

Vie

„ (Abraham ?)

Xlle

„ (J oseph)

XlIIe

Ile Dyn.: 302 ans.

Vile Dyn.: 70 jours.

Page 1