‹ Un grand peuple de l'Afrique équatoriale: éléments d'une monographie sur l'Urundi et les WarundiChapitre 16 sur 152 · Les monuments égyptiens et les Nègres · texte numérisé non relu

Les monuments égyptiens et les Nègres

H. M. Stanley (Dans les ténèbres de VAfr,, t. 2 p. 36i ) mentionne, d’après Wilkinson, un grand nombre de ressemblances qu’il a découvertes entre les Wahuma, Watussi, Wanyambu, Wahha, Warundi, etc., et les anciens Egyptiens. Quoique l’ouvrage du célèbre explorateur soit entre les mains de bien du monde, la substance de cette intéressante page mérite d’être rapportée ici. Donc les dessins des costumes^ et la manière de les porter, des Wahuma, etc., était déjà en vogue parmi les Noirs qui payaient tribut aux Pharaons. „J’ai ^retrouvé chez les Walegga, Wahuma et Wasoga des instruments de musique j provenant „(? semblables à ceux) de la vieille Egypte, et que conserve le Musée Britannique (Fig. 135 „et 136). Les manches de couteau, les rainures et la forme des lames, les ornements trianguj^laires (tupingo, ikirezi) en plâtre dans les maisons ou sur les boucliers, les étoffes d'écorce „(impuzu)f les boites, la batterie de cuisine, les armes: zagaies, arcs et massues (casse- „tête), les y,mundu" (?) très semblables à l’ancienne hache égyptienne, les supports de ,.téte en quart de cercle, les cuillers en bois et en ivoire, les sandales à oreillettes, la ^préférence pour certaines couleurs: rouge (akahama), noir, jaime (ingiva), les GOYheilleë, (inkovij „pour porter les nourrissons, les flûtes de roseau, les longs bâtons de promenade semblables „à ceux que les dieux tenaient en main, la douleur exprimée en gémissant, en se ^frappant la poitrine, et par des gestes disant qu’on ne veut pas être consolé, les chants jjtristes et mélancoliques, et cent autres usages, montrent la fidélité de ces tribus aux „ coutumes qui caractérisaient les Egyptiens et les Ethiopiens de la Egypte des âges

«reculés ” „Dans les cruches où les anciens mettaient l’eau pour arroser leurs champs,

„les Wahuma d’aujourdhui portent au chef le tribut de lait; dans leur toilette ils s’oignent „ toujours de beurre et d’huile de ricin. Le respect que dans l’antiquité on inspirait à la ,, jeunesse pour les vieillards et pour les chefs, est toujours de règle en Afrique. Bref, ces

„ tribus ont les usages, les habitudes et les préceptes de ceux qui bâtirent les pyramides ”

Il ne serait pas difficile d’augmenter ces exemples de ressemblance très caractérisée. Citons encore: la forme des bracelets; la forme des wmuhoro (couperet); les ceintures de perles; les frisures; les diadèmes en crins, etc., etc. Oui, on peut l’affirmer hardiment: nos Wahinda- Watutsi (Wahuma) au moins sont proches parents avec les beaux Pharaons de la vallée du Nil, et nos Wahutu et Watwa sont de la même famille que les Nègres qui figurent sur les monuments. Dans quelques notices, notamment au supplément, art. „ Watwa”, on a mentionné quelques inscriptions très anciennes où il est question des Nègres-iVa/isi

L’histoire monumentale de l’Egypte nous fournirait, si c’était nécessaire, des preuves vraiment palpables, que ce pays mérite presque autant que la Susiana, d’être nommé un

grand centre chamite. L’Egypte étaii, en effet, la colonie chamite la plus importante- Bien plus: l’Afrique presque entière est devenue une colonie chamite bien plus étendue que la mère-patrie. Comme au fond de la Susiane nous sommes en face de la même race noire. Le très savant B '>' d’Eckstein ne s’y trompait pas. Apres avoir dit, qu’on peut suivre les Kushites noirs sur la route de la Méditerranée, il ajoute: „Ce n’est pas tout; ,,on est obligé de rapporter à cette race noire les grandes voies de communication dans „l’intérieur de l’Asie et dans une portion de l’intérieur de l’Afrique” (UAthenoeum, 2^2 avr. i854). Quelques savants, comme Maspéro et Lenormant, ont la manie de distinguer radicUits les Nègres d’avec les Kushites et les Hamites. Selon eux, les Kushites sont une race blanche, opinion qui est juste aux antipodes de la vérité. Autant vaudrait décréter en plein XX<^ siècle, que les Finnois sont une race noire! Il est vrai qu’ils se contredisent lamentablement en disant que les Kushites sont blancs, mais qu’il y en a aussi couleur rouge-brique et même bruns et presque noirs!

Selon Mariette, un des temples de Karnak était dédié à Shu fils de Râ, sous le nom de hons, troisième personne de la triade thébaine. Or, en Susiana nous avons vu comme dieu principal *S/iMs/?înka! C’est Kush divinisé vénéré par les Noirs susiens et égyptiens ou africains. La Bible ne connaît qu’une race kushite. Elle donne les noms de ses chefs : Sabata Sabataka. Or, d’après Flav. Joseph, la capitale de Nubie se nommait Saba. C’est Cambyse qui lui imposait le nom de sa soeur Méroé. La cartouche de Sahura de la pyramide au nord d’Aboukir contient le nom d’un roi Sa-ba. La XXV® dyn., comme on sait, fut tout à fait nègre cette fois. Elle subjuguait toute l’Egypte. Or, deux de ses rois se nomment Schabaka et Schabatoka, selon Lenormant, Maspéro, Oppert, etc. Ce sont les noms de deux fils de Kush, peut-être 3000 ans après la mort de l’ancêtre commun. On songe ici au Kabaka — Pharaon de l’Uganda. Toute l’antiquité a confondu les Chamites, et plus spécialement les Kushites, avec les vrais Nègres, et leur connaissance ethnologique n’est pas à dédaigner, au contraire! On l’a vu pour les 'pygmées.

On avouera que les Egyptiens eux-memes furent bien d’aussi bons égyptologues que nous autres à 3000 ou 4000 ans de distance. Ces inscriptions que nous lisons en balbutiant et en épelant comme des enfants, eux les écrivaient de main de maître! Or, les Nubiens eux-mêmes se nomment Kushites et Nègres. M. de Eougé affirme, que pour les Egyptiens comme pour les Hébreux, Kush était synonyme de Nègre ou Ethiopien. Tous ces Nègres grands ou petits, Proto-ou-Deutéro-Nègres, portent gravé sur leur front le nom de Kham-Kush, et on s’obstine à ne pas lire ce nom. En Afrique, comme à Susa, on trouve encore sur place les Nigritos ou Négrilles, „car jamais une race ne disparaît entièrement d’un pays.” (Dessailly). Peu importe. Ils ne doivent pas y être. On devait pourtant bien remarquer, que les noms: Nègre, Négrille, Négrito, Nigritien, Ethiopien, Soudanais, Bantu etc. ne sont pas des noms ethniqnes au fond, mais purement somatologiques ou anthropologiques. Or, jamais un peuple historique ne s’est contenté d’un sobriquet pour vivre. Lorsque Maspéro (Hisl. am\, 4^ éd. p, i04) énumère les cent tribus qui errent dans le désert au délà de la seconde cataracte aux noms étranges: Shemek, Bhasa, Sous, Koas, Aquin, Anou, Sabiri, Akiti, Nakïsa, tribus toujours prêtes aux razzias, toujours battues et jamais soumises; lorsqu’il fait de ces gens des Kushites blancs qui refoulent les Nègres vers les régions du H^-Nil, on croit rêver. C’est comme qui dirait que les 6?ancs Warundi refoulent les woirs Wangoni-Watuta. — La reine Hatsopsitou envoie un escadre au pays de Punt (cap Guardàfui.) Les Egyptiens y trouvèrent des gens de la même race (Somâli actuels), grands, élancés, noirs, bref de vrais Nègres. Mais non; ce sont des Hamites, ou tout au plus des „Mischvôlker” (terme qui peut être exact.

On dit qu’il y eut des guerres contre les Nègres pendant la IV^^ et la V« dyn. On le suppose, mais les monuments se taisent. Puisque les Mizraïmites-chamites trouvèrent des Chamites noirs très décadents déjà établis sur le sol, on conçoit fort bien, que les derniers arrivants ont eu à se battre contre ces primi occupantes. On vient de voir, qu’une inscription de la dyn. (2717 — 2499) portait le nom de Saba, nom retrouvé dans un des tombeaux de la nécropole de Sakkara. Un autre de ces tombeaux rapporte le nom d’un

prêtre An-Xefle~Ka, qui était Sahura sa-baaub, ou prêtre de la pyramide de Saba de Sahura, roi dont elle était le tombeau. Voilà donp encore un nom kushite. — Pépi I, second roi de la YI^ dyn. (2499 — 2301) prépare une expédition contre la nation d’Herusa, et forme une armée „de beaucoup de myriades de soldats” (de Kougé). Il les rassemble de toutes les parties de l’Egypte et met à contribution l’Ethiopie. Il fait venir une multitude de Nègres des pays: Areretj Amam, Uanat, Kau, Totam. Una était général de cette armée formidable. Voilà donc Nègres qui montent en scène entre 2499 — 2301 a. Chr. ! Quels étaient ces pays cités? On n’en sait rien. Ces Nègres étaient peut-être des Shilluks, des Wanyoroou des Waganda! — Ce n’est pas tout. Le même Una est envoyé par Menen-ra, successeur de Pépi (cfr. le nom Mupipi de l’Ushirombo!), dans le sud et dans les provinces nègres. Una avait ordre de creuser quatre bassins dans le midi, de bâtir des vaisseaux (use sat) dans le petit bassfe^<du pays dèVanat, Le prince des régions dJAraret, à'Unnat, àèAmam et de Maza lui fqurnissoiit le bois pour cette oeuvre.

Dès le' règne de Mitokris dernier roi de la VI« dyn. (2300) et pendant la XI® (2801 — 2258) il y eut des guerres contre les Nègres de la Nubie. On veut que ce soient des Kushites blancs qui aient refoulé ces Nègres vers le sud. Mais on ne voit pas trace de blancs. Ce ne sont partout que des Nègres dans les mêmes régions que pendant les guerres précédentes. Entouf de la XI« dyn. selon le papyrus d’Abtot, aurait battu les Nègres. Mais ils sont refoulés, et il y a des Kushites blancs placés entre eux et servant sans doute de tampon!

La Xlle dyn. (2258 — 2098) va conquérir la Nubie. Amenemhat I avait battu les Ouaouaitou (lisez Wawitu, peuple bien connu au Nyanza, et très parent des Wahinda de rUrundü). M. de Eougé toutefois nomme ces Wav^itu les Waivat (Waivatu? BantuŸ) — Ousirtesen /, fils de Amenemhat, vainquit sept peuples nègres confédérés, et porta ses armes jusqu’à Wadi-Halfa (rien que cela)! Mais comment! Selon les auteurs en vogue il n'y avait là entre les deux cataractes que des Kushites blancs, et le Pharaon n’y trouve que des Nègres à combattre, rien que des Nègres! Donc il n’y a pas eu là des blancs, ou bien le roi est allé se mesurer avec les Shilluks ou les Wahinda- Watutsi, qui sont en effet ro^^fyt!s (aucun africain n’est blanc, si ce n’est quelque Sémite ou Japhétide égaré). — Ousirtesen III achève les conquêtes. Après l’annexion du pays de Het, il fixa la frontière de l’empire à Semneh, tout près de la deuxième cataracte. Une inscription trouvée là porte, que 7 vd Nègre ne franchisse cette frontière en descendant le courant, si ce n’est pour le transport de bestiaux, boeufs, chèvres, moutons, appartenant aux Nègres. Son successeur Amenemhat III se vante de victoires remportées sur les Nèg^^es éthiopiens. Ce pays Te- resta toujours rebelle au joug mizraïmite. Souvent cet élément turbulent, en tout digne du véhément Nimrod, dominait l’Egypte, et paraît lui avoir imposé les rois de la XlII^i dyn. (2098 — 1645). D’après Hérodote, il y avait 18 rois Nègres bien antérieurs à Sabacon, le fondateur de la XX Ve dyn. (713 — 673). Plusieurs noms de cette XIID dyn., p. e. Soukhoytou, sont kushites. L’un d’eux, Soukhoptou Kanofir?ù fit ériger les colosses dans l’île d’Argo, au fond de l’Ethiopie, à 50 lieues au sud de Semneh. — Touthmor III de la XVIII^^^ dyn. (1646—1386) guerroya en Ethiopie. Une de ses cartouches énumère cent quat07'ze peuplades auxquelles il eut à faire. En tête se trouve le nom de So7is ou Chous (Shu, KushJ. M. Chabas, si compétent dans le sujet qui nous occupe, dit (Etud. stir Vantig. hisL, p. i36) que tous ces noms sont nègres. Selon lui, il ne s’agit pas de 114 peuples indépendants de Kushites, mais de différentes tribus noires échelonnées en amont du Nil (jusqu’où?) à droite et à gauche. On a voulu restreindre ce chiffre prodigieux (fanfarron!) de tribus, et on parle de la Gaule qui, avant la domination romaine, comptait bien un nombre double de peuplades! Je crois que ces 114 tribus exigent une superficie autrement grande! Certes, en ce moment on n’aurait pas besoin de parcourir toute l’Afrique équatoriale et australe pour trouver 114 tribus ou peuplades, mais il faudrait fouiller quand-même une partie très considérable de cette Afrique pour avoir des tribus un peu distinctes.

,,Sur un des pylônes de Karnak, dit M. Lenormant (Ilist. des anc. peuples^ p. W3), „nous voyons 47 prisonniers Nègres défiler devant le roi, chacun portant le nom d’une

„tribu soumise. Mariette a identifié la plupart de ces noms. Ils embrassent tout le territoire „de 1 Abyssinie (pas plus loin?) divisée en trois régions principales: Berberat, Tekarrou et „Arama, le pays de Berber, le Tiyré et VAmhara." La tribu la plus turbulente est celle des Oua-oua(Ÿ). Touthmès III eut à combattre e. a. les tribus Betsou, Ambat et Bolsenna, ancêtres des BongaUes ou Bedja, des Nonba, et des Blemmyes, l’efifroi de l’Egypte romaine. — D’autres listes encore, mais dont les identifications sont plus difficiles, semblent se rapporter, selon M. Lenorinant, sur le Nil-Blanc jusqu’à la région des Grands-Lacs, et sur des parties du Soudan à 1 ouest du Nil. Une autre liste, gravée sur les pylônes de Karnak, donne trente noms de tribus (ou de localités!) de la Libye, mais qui n’ont pas encore été suffisamment étudiées. ~ Une autre encore enrégistre quarante noms de localités (ow tribus) au Punt i. e. sur la côte des Somali. On y relève e. a. les Aouchal (Avalis), Mechtsema, Hebou (Gobé), Afouah (Guardafui)! Le point extrême méridional est Alifou (Ras Hafoun?).

On pourrait évidemment apporter encore bien d’autres inscriptions, ou d’autres données monumentales, où il est question de Nègres. Arrêtons nous ici. Il est donc bien établi, que les Egyptiens, semi-nègres eux-mêmes, avaient d’incessantes relations avec les Noirs africains. Toute l’Afrique était ouverte à eux. Il est difficile de dire les contrées que le puissant peuple du Nil n'aurait pas pu connaître. On peut admettre que les surtout les plus anciens, avaient des connaissances géographiques et ethnologiques très étendues concernant 1 intérieur, l’Afrique équatoriale, etc. On dit qu’ils ignoraient les sources du Nil, que ce problème les intriguait! Oui, ce problème (?) intriguait plus tard les conquérants étrangers, Cambyse, les Grecs, les Romains (Nero, e. a.), mais non point les vrais anciens maîtres du sol. Comment! Si Nimrod, Derketo, Sémiramis parcouraient l’Afrique en chassant, peut-on croire qu’un brillant conquérant, une espèce de Napoléon, comme Touthmès p. e., qui enrôlait des soldats noirs par demi-millions, n’aurait eu aucune connaissance de 1 Afrique équatoriale! Si un Zimbo au \ VTq sîècle encore, comme un autre Attila parcourt en peu de temps toute l’Afrique australe, un général égyptien aurait eu moins de capacité. La masse nègre n’est rien moins qu’immobile et sédentaire. On trouve en Algérie des Nègres des Grands-Lacs, et des Soudanais à Zanzibar. On voit des Zulu au Nyanza. Les W^anyamwezi vont à Borna, et les ^V^abembe sont disséminés sur toute 1 Afrique australe. Croit-on que les Nègres- Soudanais (de la Egypte), qui se montrent encore d’aussi brillants soldats sous nos officiers d'Europe, n’aient pas été enrôlés par les Pharaons pour leurs expéditons lointaines d’Asie et de V Afrique? Ils ont tout su. On sait, que les Egyptiens écrivaient beaucoup. Ils avaient des listes et des statistiques vraiment bureaucratiques sur l’état de la moisson, l’augmentation du bétail, les cas de décès, de naissances, etc., etc. Ils avaient même des cartes géographiques. Eusthatius raconte de Sésostris, qu’il faisait faire des cartes de voyage, qu’il distribuait à ses officiers pour leur servir pendant leurs expéditions! Dans la Colchide (colonie égypt.) on a eu, paraît-il, des tables gravées en bois où les pays et les mers étaient exactement représentés. Sur les papyrus on trouve de vraies cartes géographiques. La plus ancienne, du temps de Sethosis I, se trouve à Turin, et indique les mines d’or de la Nubie. Birch, Brugsch, Chabas et Lauth en ont traité. Des listes d’impôt prouvent, que les pays nilotiques fournissaient une quantité colossale d’or. Diodore dit, que le trésor de l’Etat à Rhampsinit contenait 4.000.000 de talents = six milliards de thaler! D’où venait cet or? Peut-être du Transvaal (Ophir?) à travers l’Afrique, le long du Nil et non pas exclusivement par mer, Hérodote f/F, 45; FJ, 41) raconte, que Nechao (609 — 595) envoyait du Golfe Arabique une flotte montée par des marins phéniciens, qui avaient ordre de contourner l’Afrique et de revenir par les colonnes d’Hercule (Gibraltar). Au bout de deux ans en effet la flotte revenait, ayant exécuté l’ordre du roi. Des savants sérieux, comme Bougainville, von Humboldt, Gaffarel {Endoxe de Cyzique, p. 3S — 45), Guiraud, etc., croient que cette flotte égyptienne a réellement fait le tour de l’Afrique. Une preuve assez curieuse, c’est que Hérodote n’y croit pas, parce que les marins auraient vu pendant un temps le soleil vers le nord! (V. infra).

Les Egyptiens étaient donc très familiers avec toute l’Afrique, et ses habitants

noirs ou nègres. Aussi^ on ne comprend pas la malheureuse distinction que certains auteurs veulent à tout prix faire entre Hamites et Kushites d’une part;, et Nègres d’autre part. Voilà une distinction qui ne fait guère honneur à la science. Elle est démentie par mille faits. Selon Diodore {Bihl. hist. i, III, 5 — 8) les Nègres (Ethiopiens) se donnaient comme, bien plus anciens que les Egyptiens (Mizraïmites). Ils sont en effet arrivés du sud avant ces derniers, mais pas très longtemps! Le mélange des deux sangs (ou môme des trois!) sémito-mizraïmite et kushite ou nègre, est tellement prononcé, que les auteurs sont obligés d’avouer la ressemblance parfaite des tgpes égyptiens avec ceux des plus beaux Nègres! On parle de crânes caucasiques et de femmes au teint jaune clair parmi les Egyptiens des monuments. Bien, mais ne voit-on pas encore aujourdhui des crânes caucasiques, des profils admirablement grecs, à côté de figures sémites et même juives très prononcées, et enfin de vraies beautés à figure rouge-dorée au milieu du Kuanda et de rUrundi ! Les transformations physiologiques du reste ne sont pas aussi stables qu’on ne pense. Combien faut-il de temps pour les opérer au besoin? Trois ou quatre générations au plus (150 ans), affirment les physiologues. Qu’on ne parle donc plus de cette distinction essentielle entre Kushites (Hamito-Kushites) et Nègres. Les vrais Kushites et Nègres, tant africains qu’asiatiques n’ont qu’wn centre qui est la Susiane d’où sortit Nimrod. C’est là leur foyer d’évolution, puisque c’est là la contrée qui échut au fils aîné de Cham, à Kush.

Les Phéniciens et l’Afrique.

Les Chamito-Phéniciens étaient le peuple navigateur et commerçant par excellence de l’antiquité. C’étaient les Anglais de l’Epoque. Bien d’étonnant que le continent chamite a eu à faire à ce peuple hardi et voyageur. On se dispute sur la signification du nom ^Phénicien,” On croit qu’il vient du nom du palmier (dattier), qui se trouve en effet sur les monnaies de Carthage (Cfr. Movers: Die Phônizier, IL i. p. 344). Ils sont des Chamites. Kanaan (kna — dépression, oc/ma ou ic/ina = côte), limité d’abord aux deux états de Tyr et de Sidon, était leur pays. Les Egyptiens les nommaient: Fenchu (d’où leur nom selon Ed. Meyer), et leur pays côtier: Kaftu. Toute la Palestine (Kanaan au sens plus large) se nommait chez les mêmes Egyptiens: Butenu, Balenu hert. C’est remarquable, puisque iis se désignaient également sous ce nom de Buti (deux branches chamites!)

On dit parfois, que les Phéniciens ont les premiers bâti des bâteaux, et commencé la navigation, qu’ils ont „inventé” (sic!) le compas, etc. On n’en sait rien ! Lorsque l’histoire les rencontre pour la première fois, ils sont déjà lancés sur toutes les mers. Thoutmès III se vante que ces terribles marins lui payaient tribut. Le roi Salomon se sert des flottes de Hiram. Ce n’est pas avec de simples canots qu’ils bravaient les Océans, mais avec de magnifiques trirèmes. Non, ce n’est pas à Tyr ou à Sidon qu’il ont appris ce métier, mais bien sur les rivages du Golfe Persique, d’où les anciens Chamites (Kushites et autres) se sont lancés à la conquête des mers et des terres. Hérodote (VII, 184) nous apprend, qu’ils mettaient à la disposition du roi de Perse 300 bateaux, montés chacun par 200 hommes. Ces 60.000 hommes coûtaient en entretien 8.640.000 florins par an. Ces 300 navires de la flotte de Xerxès étaient des navires de guerre. Il faut y ajouter 750 autres bateaux de transport, avec un équipage de + 60.000 hommes. Demétrius Poliorkétès amenait contre Rhode 200 navires de guerre et 1000 autres bateaux de transport, etc., tous alloués par le même peuple. Ces Chamites de la Susiane n’étaient donc pas embarrassés pour aller occuper l’Afrique et les archipels les plus éloignés. Selon Hérodote ces Chamito-Phéniciens étaient originaires de la mer d’Erithrée, et même de l’Arabie-heureuse. Ceci est très naturel. C’est même la voie de migration la plus rationnelle pour ces Chamites, venant de la Babylonie et de la Susiane. Les Phéniciens avaient non seulement des comptoirs sur les rivages des mers, mais des colonies partout, surtout autour de la Méditerranée et sur les îles qui s’y trouvent: Chypre, Rhodus, Creta, les îles grecques, en Sicile, en Sardaigne et aux

Baléares, ainsi qu’à Malte, en Espagne, etc. (Cfr. Dr. Weiss: WeUgeschichte, t.I^p.43i — 462), Ils visitèrent les îles Canaries et Atlantis, comme nous avons vu, mais ce sont leurs relations avec l’Afrique qui nous intéressent.

On a vu, que les Phéniciens pour le compte du roi Néchao ont contourné l’Afrique de l’est à l’ouest. Plinius (Hlst, nat., II, 61,) veut, qu’ils ont fait la même circumnavigation de l’ouest à l’est au moins 2000 ans avant Vasco de Gama! — Coelius Antipater, l’annaliste romain (cfr. Strabo, II, 3, 4) connaissait un commerçant de Cadix qui avait exécuté un voyage par derrière la Libye (Afrique) vers l’Ethiopie orientale (Est- Africa). — Posidonius parle d’un navire de Cadix qui arriva jusqu’en Arabie, naturellement en contournant l’Afrique. D’après Plinius (Hist. nat., II, 61) on trouva sous Auguste les débris d’un navire de Cadix sur la côte d’Arabie. — En 1820 on découvrit aux environs du Cap la coque en cèdre d’un navire. Les Phéniciens se servaient en effet des cèdres du Liban comme bois de construction (cfr. Journ. des Voyag. VL 252) • — Le plus célèbre „Périple” est néanmoins celui de l’amiral Carthaginois Hanno (vers 570 a. Chr.) A la tête de 60 navires et BO.OOO émigrants il sortait du détroit de Gibraltar. Il arriva ainsi jusqu’à Sierra Leone (baie Sheréro) et jusqu’au fond du Golfe de la Guinée. Là il découvrit les fameux gorillas ou hommes sauvages! La république fit graver le récit de ce voyage dans une pierre, et maçonner cette pierre dans la paroi d’un des sanctuaires. Environ 150 ans après le ^Périple” des marins de Néchao^ un noble perse, nommé Sataspès et condammé à mort par Xerxès, fut gracié par ce prince, à condition que Sataspès contournerait l’Afrique. L’autocrate lui imposa simplement un voyage un peu long de pénitence ; or, ce fait prouve, que la circumnavigation de l’Afrique se faisait couramment à cette époque. Donc Sataspès prépara un navire dans un port de l’Egypte, sortit par les colonnes d’Hercule dans le Mare Tenebrosum et longea plusieurs mois les côtes occidentales de l’Afrique. Le noble pénitent dut revenir sur ses pas néanmoins, et il fut de nouveau condamné.

Les Phéniciens se fixèrent tout naturellement dans le nord de l’Afrique. Ils y trouvèrent du reste des habitants-frères (ou cousins!), Chamites comme eux. C’etaient les Libyens, nommés aujourdhui Berbères ou Amazigh, et Maures, Numides, Gétules par les anciens. Salluste parle de deux peuples: Libyens à l’intérieur et Gétules sur le rivage. De leur croisement sortent, selon lui, les Numides et les Maures. La langue berbère actuelle n’est que du vieux libyen-chamite. Les Guanches des Canaries ne sont que des libyens (ou Berbères) dispersés, selon Dr. Weiss, et non pas des Cro-Magnon de la Normandie! Ces Berbères ont été étrangement métissés avec le temps. Aussi, les anciens ont-ils pu parler de Libyo-phéniciens, de Libyo-égyptiens, de Libyo-éthiopiens, de Leukoéthiopiens, de Mélano-gétules, etc. Pour ces anciens, les Maures, les Garamantes et les Ethiopiens sont des Libyens noirs. Les Garamantes (entre l’Egypte, le Soudan et la petite Syrte) étaient noirs aussi, mais quelques Libyens primitifs avaient le teint plus clair. Selon Ibn Khaldoun (un Berbère né du Hadrumet) les Berbères descendent de Ber, fils de Mazigh, fils de. Chanaan. Les Libyens (LubUn, Lehabim) seraient, au contraire, des Mizraïmites. Tous n’en sont pas moins des Chamites.

Hérodote (IV, i68 — i69) nous fournit des détails très précieux sur les premières colonies phéniciennes de la côte septentrionale de l’Afrique (Cfr. Weiss. Weltgescb., L 1, }). 468 seq.). Elles s’étendirent depuis la Syrte jusqu’au cap Arguin. Le „père de l’histoire” y parle des tribus très intéressantes des Adyrmachides, Giligammes, Asbystes, Aushises, Kabales, Nasamons. Ces derniers parcouraient le Sahara jusqu’au Niger, et y virent des pygmées (Her. Il, 32 \ IV, 182). Sur ce fleuve (qui ne peut être autre que le Niger) il y avait une ville. Heeren croit que c’était Tumbuktu. Clapperton et Denham pensent, que le fleuve était celui du Bornu, et les marécages ceux du lac Tchad. Hérodote cite ensuite les tribus Psylles, les Gamphasantes, les Makois, les Eindaniens, les Lotophages, les Machliens (au lac ou fleuve Triton, Tritonis), les Auséens (Amazones!), etc. — Dans la Tripolitaine il y avait les colonies de Leptis, Oea et Sabrata; dans la petite Syrte: Girgis, Takape, Makomada, Thene, Meninx ou Girba, Cercina. Dans V„Africa propria” comprenant le Byzacium et la Zeugitana, ils eurent de superbes possessions (Ufula,

Achulla, Thapsus, Hadrumei, Kapsa, Kakhabe-Carthago, Hippo, Utica [fondée 1100 a. Chr!]). Dans la Numidie et la Mauritanie enfin, il y a e. a. les établissements : Euspa, Kuspina, Eusgada, Rusazir, Rusgunium, Rusaddir, Kartilis, Thapsa, Tipasa, Igilgili, Kirta, Thebestis, Auza (fondée par Ithobaal 897—866), etc. — Ce n^était pas seulement le nord de l’Afrique (le Maroc, l’Algérée, la Tunisie et la Tripolitaine actuelles), mais aussi la côte occidentale qui était couverte de villes. Les anciens e. a. Strabo, XVII, 3, parlent de 300 villes qui depuis ont été détruites par les Pharusiens et les Nigritiens. Salluste, qui fut pro-praetor en Numidie, a un intéressant passage à ce sujet (Jugurth., il — i8). Il dit avoir tiré ses renseignements de livres écrits en punique par un roi Hiempsal. Ces récits sont confirmés par les indigènes dit-il. — Plinius (Hist. nat., XIX, ‘22) dit, que le sanctuaire de Hercule à Lixus, une ville sur la côte occidentale de l’Afrique, était plus ancien que celui de Cadix. Ces colonies donc doivent avoir été fondées vers 1104 a. Chr.

Il a été déjà question du „ Périple” de Han no qui partit avec une véritable armée de colons pour refonder ces comptoirs (villes) détruits par les Nègres. Le récit de ce mémorable voyage a été conservé heureusement. On peut le lire dans Geogr. Graeci Minores: éd. C. Müller, Paris, I, 1 — 14. (Cfr. Dr. Weiss: Weltgesch., L 7, p. 416 — 478).

Le nord de l’Afrique était dans ces temps reculés divisé en sept grandes provinces ou plutôt zones: V Egypte avec le nome libyque, et les régions Taposiris, Antiphrae, Phoenicus, Paratonium, Olpis, Kakabathmus, Barka et Cyrenaïka. — Marmorica avec les régions Portus Menelai, Chersonesus magna (Siwah), les oases de Jupiter Ammon et Augila (Audjela). — Cyrenaïka avec les villes Apollonia, Ptolemais, Arsinoe, Bérénice, Cyrene. — Syrtica c.-à-d. la région entre les Syrtes. — Africa propria (proconsularis) ou la région des Carthaginois, entre le lac Triton et la rivière Tusca (Wadi-el-Berber). — Numidie entre la Tusca et l’Ampsaga (Wadi-el-Kibir), — Mauritanie depuis l’Ampsaga jusqu’à l’Atlantique. Dans la Cyrène les indigènes virent de bonne heure arriver des Grecs. En 631 il y arriva un certain Aristote de Thera. Celui-ci prit le titre du roi libyque Battus. Sous le troisième roi de ce nom (550 — 530) un certain Demonax composa la fameuse constitution des Cyrenéens. Les Berbero-Libyens cherchèrent du secours contre ces Grecs auprès d’Apriès roi d’Egypte.

La splendeur de Tyr durait de 1209 — 826. En 1100 Utika fut fondé. A mesure que Tyr descendait, Carthage montait en importance. Il y avait longtemps qu’il y eut là des Phéniciens, mais on date sa refondation de 880. La fameuse fuite d’Elissa-Didon eut lieu en 814, croit-on. Ce n’est pas la place ici de raconter les gloires et les grandeurs de cette brillante cité chamite, vraie Hénochie. A un moment donné elle comptait au moins 700.000 habitants. (Le territoire de Carthage se nommait jadis Africa comme on a vu, et ce nom restreint se conserve encore dans celui de deux tribus berbères Lioua, Aoaira, Aourika. Le nord de la Régence de Tunis se nomme encore Frikia ou Ifrika). Il y avait une immense bibliothèque. Au moment de la prise de la ville par les Romains, les vainqeurs ne pouvant lire ces livres écrits en chamito-punique, les donnèrent aux rois de Numidie! Cette population voyageuse, aussi hardie par terre que par mer, pénétrait loin dans l’intérieur, ou plutôt parcourait toute l’Afrique (route de Tumbuktu).

Cette bibliothèque à Carthage ne doit pas nous étonner. Les Phéniciens possédaient une littérature très étendue. Les Carthaginois en particulier avaient des ouvrages de géographie, mais tout cela a disparu! Sans cela on saurait bien autre chose des relations des Phénieo-Carthaginois avec l’Afrique dans toute son immense étendue, mais qui n’en était pas une pour ces rudes coureurs de mer et de terre.

L’activité commerciale des Phéniciens n’a été peut-être jamais égalée. „Der Phôniker „handelt mit allem: was die Sitten, die Neigungen der verschiedenen Vôlker verlangen, „das bringt er ihnen; was ihr Land, was ihr Kunstfleiss Besonderes hervorbringt, das „holt er bei ihnen.” Ils vont chercher de l’or dans l’Afrique orientale, dans le Havilah, rOphir, le Parvaim, l’Ulphas. De l’Afrique septentrionale et occidentale ils tirent encore de l’or, du plomb, du sel, de l’alun, du nitre, du gingembre, du marbre numidique, des grenades, des dattes et du vin de palme, des olives de Libye, des figues, de l’huile.

des poires de Numidie, des pêches, du poivre libyque, du silphium, des artichauts, des asperges des choux de Carthage, des matières à tanner, du lin, des moutons, de la laine fine, du miel, de la cire, de l’ivoire, des peaux de fauves, des cornes de buffles, des plumes et des oeufs d’autruches, des poules et des canards de Numidie, des pintades, des coquillages africains, des poissons marines, enfin des esclaves nègres. Dans l’Egypte ils avaient presque le monopole du commerce. Ils y cherchèrent le fin lin (sindones, othonia), du papier (papifriis), des toiles à voile, des habits, des filets, de la verroterie, des perles fausses, des vases à onguent, des couleurs, des médicaments, du blé, des aromates, de l’encens, du vin, de l’huile d'olive, du zinc, du bois de construction, enfin des esclaves dont ils avaient besoin par centaines de mille.

Ce peuple actif créa aussi partout des voies de communication. Il y avait des routes superbes reliant l’Euphrate, Babylone, l’Egypte. De Babylone on allait en vingt jours en Egypte. Dans leurs comptoirs de l’Assyrie et de la Babylonie ils étaient en relation avec la Chine et l’Inde. Ces villes de Ninive et de Babylone avaient une importance commerciale grande au moins comme celle de Londres, Hambourg, Marseille de nos jours.

Les Sabéens et l’Afrique.

M. Baldwin, dans son livre: Pre-historlc Nations, a écrit des choses bien intéressantes sur les Arabes-Kushites, quoiqu’il exagère manifestemeut le rôle de ce pays et de ce peuple. Pour lui l’Arabie est la Koussie, le foyer primitif des Kushites. C’est la Susiana comme on a vu. Ensuite il confond partout l’élément sémite (arabe) avec l’élément hamite ou chamite. Il est très vrai, que ces deux éléments sont un peu partout où ils se touchent étrangement enchevêtrés (Babylonie, Assyrie, Phénicie-Kanaan, Egyf>te, nord de l’Afrique), et c’est le cas surtout pour l’Arabie méridionale, comme pour sa colonie directe, l’Abyssinie. C’est un fait très étrange. Tandisque Sémites et Chamites se mêlent à peine avec les Japhétides, ils fraternisent volontiers ensemble. Les exemples abondent. Prenons seulement celui de la faiblesse scandaleuse que le peuple élu montrait maintes fois à se compromettre, à s’encanailler — c’est le mot — avec les divinités chamites de Kanaan. Salomon conclut une alliance avec Hiram. Les mariages avec des éthiopiennes, noires sont fréquemment mentionnées, etc. Et le „métissage” de leurs langues respectives! Ce n'est donc que dans le sens de ce mélange incontestable qu’on peut parler de Sémito- Chamites, d’Arabes-Kushites. Malgré cet enchevêtrement il faudrait pourtant distinguer les deux éléments, ce qui n’est pas facile. C’est même impossible la plupart du temps.

La Genèse (r. X : 1) mentionne comme fils de Chus: Saba, Hevila, Sabatha et Sabatacha; ensuite encore un autre Saba fils de Regma; puis (c. X : '26) parmi les enfants de Jectan: Saba^ Ophir, Hevila. Tout indique qu’il y a eu de très bonne heure des Sémites et des Chamites juxtaposés dans l’Arabie méridionale. Il y a eu là des Sémito-Sabéens et des Chamito-Sabéens, mais il est radicalement impossible de démêler les deux éléments. Jusqu’à meilleur avis, j’incline à croire que les soi-disant „Mischvôlker” du nord-est du Soudan et du nord de l’Afrique (les Egyptiens, les Phéniciens et les Berbères-Libyens inclusivement) doivent leur supériorité relative, même au point de vue somatologique (traits fins et nobles, etc.) à l’élément sémite. Tout ce qui est franchement nègre (teint de la peau, prognatisme, culte de Siva-linga, etc.), voilà l’élément chamite vrai, le „Ur”-kushite, si l’on tient à ce mot. S’il y a des Chamites purs, ce sont les Négrilles, les Nigritos, les Bosjesmans et tutti quanti.

Les Phéniciens sont originaires de l’Arabie sud-occidentale, dit-on. C’est très vrai. En parlant donc des Sabéens, on a à faire encore avec un peuple très apparenté avec les Phéniciens. Movers (et après lui Dr. Weiss) dit: „Uralt ist der Handel der Phôniker mit ^Arabien, lirait aber auch der Verkehr zwischen den indischen und afrikanischen Küsten- „lândern zur See”. C’est tout naturel, puisque l’Arabie était, après l’émigration de la

Susiane. leur mère-patrie. Les plus anciens livres de la Bible montrent une si parfaite connaissance des tribus arabes, qu’on doit supposer des relations très suivies dès les temps les plus reculés. Les Sabéens, le plus riche peuple commerçant connu des anciens, étaient fort bien connus des Hébreux. La reine de Saba vient voir Salomon et lui offrir des cadeaux (III Rey. X:i — iO). C’est la tradition constante chez les Abyssins, tradition corroborée par des documents qui paraissent irrécusables, que la dynastie de leur rois descend de Salomon par cette reine de Saba. La capitale du pays des Sabéens se nommait Saba, comme leur grand ancêtre. Elle était placée au pied d’une montagne. Strabo (XVI, 4) distingue les Minéens et les Sabéens. Il les place sur la Mer-Eouge. La capitale des premiers se nomme, selon lui, Karna, celle des seconds Mariaha. Mais de quel ancêtre Saba s’agit-il? Du Chamite ou du Sémite? Les relations entre Salomon et la reine de Saba ne prouvent pas rigoureusement, qu’elle fut sémite. Malgré cela on admet assez généralement que ces Sabéens de l’Arabie sud-occidentale étaient des Sémites pas trop mêlés avec des Chamites. On en voit la meilleure démonstration dans le peuple de l’Abyssinie actuelle où l’élément sémite domine notablement l’élément chamite,

tandisqu’il est déjà plus affaibli chez les Galla, les Massai, les Fan, les Fulbe, etc.

Les Arabes du sud de FArabie, et les Sabéens en particulier, faisaient du commerce dès les temps les plus reculés (2000 ans a. Chr.) avec l’Egypte, l’Inde, la Mésopotamie, et surtout avec Tyr et les Phéniciens, qui du reste avaient appris le métier chez eux! Ce commerce des Sabéens se faisait par mer et par terre (caravanes). Qu’on lise les chap. XXVI — XXVIII d’Ezéchiel pour avoir une idée du commerce et des richesses des Tyro- Sidoniens: j^Arabia et universi principes Cedar (Kedara, Gitara), ipsi negotiatores manvs tuae^\.,.\ (XXVII : 21). ,^Venditores Saba et Reema, ipsi negotiatores Uii , . . I' (ibid. : 22). „ . . . . Saba, Assur et Chelmad vendüores tul' (ibid. : 23). Keema (ou Rhegma) est la province Oman actuelle. Puisque Saba et Reema, qui sont tous les deux Kushites, sont nommés ici ensemble, on dirait que ces Sabéens du prophète sont bien des Chamites. Agatharchides, selon Forbiger (Alte Géogr.^ t. //, p. H58), dit „que les Sabéens ont fourni aux Phéniciens leurs meilleures relations commerciales.”

Au Ville siècle a. Chr. un corps de Sabéens du Yémen passa en Afrique, dit-on, et devint la souche des Abyssins actuels. Ils ont passé le détroit bien plus tôt! Car selon quelques auteurs, déjà vers la fin de la dyn. égyptienne (2301 a. Chr.) les Hamito- Kushites auraient passé le détroit le Bab-el-Mandeb pour fonder l’empire de l’Ethiopie. Ce n’étaient pas les premiers encore. On peut, et on doit même admettre, que peu de temps après la dispersion (de 3406 à 3256) des hordes avant-coureuses (Watwa-chasseurs!) vraiment nimrodiennes, aient passé ce détroit, pour envahir l’Afrique, ou soient même arrivées en bateaux. A ces vrais Chamites-Nègres s’est superposée plus tard une couche sémite (sabéenne?) qui a donné naissance aux „Mischvolker” que nous connaissons (Galla, Wahinda, etc.).

Il y eut deux Ethiopies ou j^terrae Kush'\ La première (le foyer) en Susiane, l’autre en Afrique ; et il est curieux que la région sabéenne avec l’Abyssinie ait été toujours plus spécialement désignée sous le nom d’Ethiopie. Heeren dit, que „dès les temps les plus reculés „les Ethiopiens passèrent pour le peuple le plus mystérieux de la terre.” Le terme grec „Ethiops” (àlBù) et oj'ip) a remplacé celui de Kush. Les Septante avaient certainement raison d adopter ce terme. Les Grecs l’employèrent comme un terme sacré. Ils l’ont reçu des ou des Phéniciens. Il paraît avoir des relations avec le culte du serpent chez les Chamites. Eustathius (Schol. in Hom.) dit, qu’Ethiops est un titre de Zeus (Aioç enlBexov Lycophron décrit Prometheus comme le ÜQopoOevg Atdio'ip. On parle

beaucoup des Hamito-Kushites. Et certes, ils ont eu une colossale histoire, et leur histoire non-écrite est bien plus intéressante encore, mais il ne faut pas oublier les Sabéens. C étaient aussi de vrais Ethiopiens. On peut même admettre qu’ils aient eu des relations plus spéciales avec cette partie de l’Afrique que les Kushites proprement dits, et ce sont probablement ces Sabéo-Ethiopiens qui ont surtout occupé les côtes orientales de l’Afrique (et les régions du Haut-Nil, avec l’Abyssinie) comme Strabo le veut. Le prof. Rawlinson

confirme cette opinion. Baldwin de son côté (p. 65) dit, ,, qu’ils se sont étendus le long de la „côte africaine sud-australe et loin dans l’intérieur jusqu’au Soma~Giri(?) ou „montagnes „de la lune/’ et les régions lacustres autour des sources du Nil.” Les ruines de Zimbahye sont sûrement l’oeuvre de ces Sabéens. Tous les explorateurs relèvent leur caractère chamite non voilé. Ils concordent trop avec les découvertes himyarites faites e. a. par M. Arnaud dans l’Arabie méridionale, pour n’être pas de la même origine. Himyar était un descendant de Saba^ selon les auteurs arabes, qui ont des récits en masse sur ces étranges Sabéens. Ils assurent, que des monarques sabéo-arabes marchèrent loin dans l’Afrique pour faire la guerre au Moghrib (Mauritanie) Un de ces monarques, nommé Afrikis ou Afrikin aurait marché avec son armée jusqu’à l’Océan- Atlantique. Ils étendirent leur domination sur une grande partie de l’Afrique, et dans l’Afrique centrale et équatoriale. Pour M. Baldwin il n’y a pas de doute, que les Sabéens n’aient occupé les régions des Grands-Lacs. Strabo (1. I.) dit: „c’était mentionnné comme une tradition parmi le peuple de Tartessus que les Ethiopiens traversèrent jadis l’Afrique jusqu’à ses frontières les plus occidentales.”

Les Nègres actuels sont des décadents, mais pas encore. Dieu merci! au point de nommer le Noir „a fine animar comme le fait brutalement M. Johnston. Supposé que ce fût vrai, alors il faut le relever et non pas l’exterminer. Partout on trouve des traces qui prouvent, que les Noirs actuels ont connu des jours meilleurs. Dr. Barth l’a montré pour le Bornou (F. infra). La métallurgie, telle qu’elle est encore exercée par nos Walongo du Sud-Nyanza, par certaines tribus du Congo et par les Wavira à l’ouest de l’Uzige, la magnifique poterie des mêmes Wavira, etc,, prouvent que ces peuples ont gfardé beaucoup encore de leur ancienne grandeur (!)

J’ai dit que les Sabéens surtout ont fait sentir leur infiuence dans cette partie de l’Afrique qu’on peut nommer l’Afrique-moyenne orientale et qui regarde l’Arabie. Ces Sabéens sont doubles: Chamites et Sémites. Livingstone dit de Chinsamba, roi des Mangania: ,,I1 a une physionomie juivCj ou plutôt la figure d’un ancien Assyrien, telle que Layard les „montre sur les monuments. Cette face est très commune dans cette contrée. Presque „toutes les têtes ressemblent à celles qui sont figurées sur les monument assyriens et „égyptiens.” Burton a fait la même remarque pour ce qui regarde les Wagogo, les Watutsi et les Wahuma. Oui, elle s’applique bien réellement aux peuples des „Zwischen-{:>eeen- Gebieten.” On est parfois stupéfait de rencontrer souvent dans certaines têtes des Watutsi de l’Urundi et du Ruanda des traits absolument sémites des plus prononcés. Toutes leurs traditions du reste marquent qu’ils viennent du nord-est, que leurs ancêtres (Sémites!) étaient plus blancs (avant leur mélange avec de vrais Chamites pitrs ou Nègres!)

L’auteur di^ „Périple” de la Mer Erythrée, qui écrivait vers l’an 85 p. Chr. et qui mérite toute confiance selon les auteurs modernes, raconte que de son temps la côte de Mombasa (A^avia, Tana ou Sana actuel) faisait partie des possessions de Charibael, roi des Sabéens, et cela en vertu d’un droit ancien (%axd xi èvaaiov àQ%aîov). Ce Charibael (Kharaïébil), qui résidait dans la ville de Saphar (le Dhafar ou Zafar actuel), aurait pris ce territoire à son vassal Cholaebos, tiran de la région mopharitique. Ce Cholaebos résidait lui à Sawe ou Save (Taaes). Le pays lui fut rendu contre un tribut payable aux habitants de Muza (Musa ou Mauschid?), „qui avaient l’habitude d’y envoyer leurs bateaux montés „avec des pilotes et des marins Arabes (Sabéens)” et „gui connaissaient fort bien les lieux et „les langues des indigènes.'^ L’auteur du Périple ajoute „que ces commerçants s’y entendaient „à gagner les indigènes par des présents consistant en vin, blé, lances, couteaux, haches „et diverses sortes de perles.” Les Arabes de Mascate et les Indiens ne font pas autrement de nos jours! Ceux-ci aussi parlent fort bien les idiomes nègres (swahili). Les Sabéens comme ceux-ci ont dû laisser des enfants dans le pays, qui, plus entreprenants et plus intelligents (sang sémite!) ont fondé des dynasties. Tout le monde peut voir combien nos Wangwana (métis d’Arabes et de Nègres) présentent déjà, après une ou deux générations, une toute autre physionomie (cfr. Geogr. Graeci Minores, Didot, Paris., 4855, p. 274, 274). ■ Depuis quelle époque ces Sabéens envahirent-ils ainsi l’Afrique orientale? L’auteur du

„Periplus” dit, que ce fut aux temps les plus reculés. On peut admettre que ce fut bien avant Moïse. Alors, déjà vers Tan 2000 des flottes égyptiennes allèrent le long de la côte orientale jusqu’au pays de Pun (Puni), Les marins y rencontrèrent des hommes de deux types bien différents. Les uns étaient bruns, bien armés, ayant de longues barbes. C’était la race dominante. Elle descendait sans doute de Jectan ou des Jectanides, qui à cette époque gouvernèrent Fempire Sabéen. Les autres sont dépeints comme rouges, à nez court, grosses lèvres, sans barbe, sans armes. Ces commerçants y trouvèrent de la gomme (copal)! Ils en emmenèrent des giraffes, un „léopard vivant au sud”, beaucoup de peaux de léopards, des anneaux en cuivre, de l’or pur, de l’ivoire, de l’ébène et d’autres produits méridionaux (cfr. Mariette; Deir-el-Bahari, Leipzig, 1877, p. 14, 15, 18, 19, 20, 21).

Ce sont là des articles de commerce encore en vogue actuellement dans cette partie orientale de l’Afrique. Ptolémée II, selon Cosmas Indicopleuste, conquit le pays des Shashii. Il flt une expédition au pays de Pun. Bref, ces expéditions prouvent péremptoirement les relations des Sabéens avec nos Bantu. Les Watonga nomment encore, selon le P. Torrend, du nom Ma-punu les Matabélé et d’autres tribus de la côte orientale de l’Afrique. Ce nom rappelle le Pun ou Puni des inscriptions hiéroglyphiques. C’est chose curieuse, que le récit de la visite de la reine de Saba dans le III^ livre des Rois et le II“<1 des Paralipomènes est suivi immédiatement par celui de la flotte ophirienne, en parenthèse. Si Ophir ne se trouve pas dans F Arabie, mais à la hauteur de Sophala, faut -il en conclure que la fameuse reine en venait aussi? Evidemment non, mais la coïncidence des deux récits prouve qu’il s’agissait d’un même pays sabéen et de ses colonies est- et sud-africaines et probablement équatoriales. Lorsque Vasco di Gama avec ses Portugais arrivait à Sofala en 1498, ils y rencontrèrent des navires arabes chargés d’or. Ces commerçants arabes du XY« siècle continuaient simplement le métier de leurs ayeux, les Sabéens. Ils n’étaient certes pas trop décadents et inférieurs à leurs puissants ancêtres, puisque les villes arabo-sabéennes, rencontrées par les Portugais sur la côte du Mozambique, n’étaient pas moins grandes et belles que celles du Portugal, au dire des mêmes Portugais! De Melinda, une de ces villes, un récit dit: „La ville est grande, avec de belles rues et des maisons „ construites en pierres, hautes de plusieurs étages et garnies de terrasses en haut.” Le même auteur raconte, que dans les ports de toutes ces villes il y avait beaucoup de bateaux qui valaient bien les bateaux portugais. Le^ officiers qui les commandaient employaient la boussole, l’astrolabe, et d’autres instruments nautiques et astronomiques. Les mêmes Arabes dirent aux Portugais, que c’était bien par là que se trouvait FOphir de Salomon. — Paz, Upaz, Parua-im, Ophir, d’où Juifs et Tyriens tirèrent leurs trésors, étaient dans le voisinage des SItashu de Cosmas et de la „table du soleil” d’Hérodote. La côte de Sofala des anciens auteurs arabes depuis la Baie Delagoa jusqu’à la rivière Rovuma, se nomme encore, dans plusieurs dialectes bantu, Ku-pirl. Dans ces parages plusieurs tribus se nomment A-mpire, A~mbiri, Ba-peri, Maffia (Ma-fira), Ma~via (Ma~vira). — Paz (Upaz) était probablement Mombasa qui paraît avoir été le siège des anciens gouverneurs sabéens, ou plutôt Fîle de Patta, dont la capitale renommée pour son commerce d’or, se nommait A-mpaza au XVII« siècle encore. Les Parua-im étaient identiques aux Ba-roa, Twa-roa, Ba-tua (Hottentots-Bosjesmans) actuels, les Wakiuak des Arabes, dans les territoires desquels se trouvent les mines d’or et de diamants sur le Limpopo et ses affluents. Les trésors accumulés par les Sabéens dans le Yémen venaient principalement de l’Afrique australe. On a vu que les Sabéens employèrent des Arabes dans leurs relations avec les Nègres- Bantu d’Azania, parce qu’ils savaient la langue des indigènes. La remarque est intéressante. Les Arabes, ainsi que les Indiens, parlent en ce moment le swahili p. e. comme leur langue maternelle avec une perfection qu’atteignent rarement les Japhétides! C’est une nouvelle preuve de la grande facilité avec laquelle les éléments sémites et hamites s’assimilent et se compénètrent au point de vue linguistique comme au point de vue anthropologique. Il est douteux que les mots Mungu, Mulungu, Murungu ou Muluku, Moloko à Mozambique, autant de termes pour désigner l’Être Suprême, soient d’origine phénicienne et simplement des variantes du nom yfoloch (Molokh). Le R. P. Torrend, s. J. dans sa

Gmmmar p. XLIT l’admet. Tout au plus peut-on admettre que ces noms d’esprits sont chamitesy sans qu il est besoin de les faire venir de Tyr ou de Sidon. Ces noms ont

voyagé avec les différentes tribus cliamites, kushites, sabéennes et autres, qui adorèrent ces dieux. ,

Les Classiques Grecs et Latins et l’Afrique.

Ce n est que bien tard que notre Europe, en la personne des Grecs, commençait à connaître 1 Egypte et 1 Afrique en général. Le continent noir, l’Egypte en particulier, avait déjà une immense histoire derrière lui. Dès le VID et le VI« siècle (624) l’Egypte s ouvre aux Grecs. Avant cette époque le pays resta fermé à ces étrangers japhétides. Ceux-ci néanmoins en avaient déjà des connaissances vagues. Dans l’Odyssée et dans l’Iliade (IX : 38i—384) il est question de l’Egypte. Les noms d’Osiris, d'fsis et de Horus sont inconnus aux auteurs grecs avant Hérodote (490—425). Diodore de Sicile (I, 96) assure pourtant que les plus illustres Grecs, même avant l’époque mentionnée (VII^ siècle) allèrent, de 1200—700 et plus tard, voyager en Egypte pour s’instruire. Il cite Orphée (XlVe siècle?), Musée (XlVe— XlIIe)^ Mélampe (XIII^ siècle?). Dédale (400), Homère (900), Lycurgue (lY^ siècle), Solon (6B8-558), Platon (480—348), Eudoxe (409—356), Démocrite d’Abdère (460 — 361), Oenopide de Chio (500), les sculpteurs Théodoros (YI^ siècle) et Téléclès (600), et le fabuliste Esope qui serait même d’origine éthiopienne et nègre! Selon Strabo (66 — 24) (1, 30)^ le poète Alcée (YII® siècle) voyagea positivement en Egypte. C’était surtout le Pharaon Amasis (564—526) qui favorisait les étrangers, et notamment les Grecs. Bias (né 570), un des sept sages, correspondait avec ce Pharaon, selon Plutarque (Be aiidiendo, c. — Cléobule le sage, (Y« siècle), étudiait la philosophie dans les sanctuaires égyptiens, selon Diogène Laërce (I, 6j. Flav. Joseph, de son côté (contra Appion, 1,1) affirme, que Phérécide de Scyros (600) fut l’élève de la science égyptienne. Pythagoras de Samos (569 — 470) était, selon Diodore (1, 96), non seulement un disciple et un initié des prêtres de l’Assyrie, des Brahmanes de l’Inde et des Druides de la Gaule, mais il était si enthousiaste pour l’organisation sacerdotale en Egypte, qu’il voulait l’introduire en Grèce. Thalès (IXe siècle) étudiait sur place les causes des inondations du Nil; il mesurait la hauteur des pyramides d’après la longueur de l’ombre qu’elles projectèrent {Blog. Laërce, I, 1, 3, § ^24; 6, § 27). On prétend aussi, qu’il emprunta sa cosmogonie aux Héliopolitains (eau principe de toutes choses, chaos primordial, masse informe = nou, la terre une vaste ellipse soulevée le jour de la création par le dieu Shu, etc.)! Solon arriva d’Athènes en commerçant d’huile. Il échangeait en Egypte son huile contre du blé et des marchandises indiennes. Tout en faisant son métier, il étudiait les lois du pays. A Saïs il apprenait des prêtres de Neith l’existence puis la submergion de l’île d’Atlantis. Les mêmes prêtres lui apprirent, que l’histôire d’Egypte durait déjà 9000 ans, et que les Grecs n’étaient que des enfants d’hier! (Cfr. Plut., Solon, 26; Plat.: Tim. c. 3). — Yers la fin d\i Yle siècle Hécatée de Milet (550) voyagea en Egypte, et arriva jusqu’à Thèbes. Lorsqu’il se vantait devant les prêtres de cette ville qu’il descendait de Zeus en seixième génération, ceux-ci lui montrèrent 345 momies de prêtres qui avaient régné sur Thèbes de père en fils, depuis que les dieux avaient quitté la terre! (cfr. Hérod. II, 149). Xenophanes de Colophon, au contraire, voulait prouver à ces prêtres, mais en vain, qu’Osiris n’était pas un dieu! — Toutefois c’est Hérodote qui donne le plus de détails sur l’Egypte, l’Ethiopie, et l’Afrique. Il voyagea en Egypte .vers 450. C’est lui qui le premier mentionne Osiris, Isis, Horus, identifiés par lui à Dionysios, Démeter, Bacchus. Eschyle (525 — 456) comme Homère et Hésiode (900 — 800), paraissent ignorer les noms de ces dieux égyptiens et chamites. — A partir de Psammetichus I, fondateur de la dynastie saïte (651?), l’accès de l’Egypte fut autorisé aux Grecs. Ses successeurs Ni ko I, Psammetichus II, Apriès (Ouahibri), Ahmas II, VAmasis d’Hérodote), continuèrent ces relations. Le dernier (Amasis) était tellement ami

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des Grecs, qu’à la mort de sa première t'eimiie Sonivaphra, il se maria avec Ladike, la fille d’un riche citoyen grec de Gyrène (colonie grecque depuis le milieu du VU'* siècle). Il entretenait également des relations avec Polycrates, tyran de Samos.

En 525 Cambyse (529 — 522) fait la conquête de l’Egypte. Les fameuses dynasties égyptiennes nationales prennent fin. L’Egypte (et l’Afrique!) n’est plus désormais qu’une province perse, puis grecque et enfin romaine. Les auteurs de ces trois peuples respectifs vont désormais en parler. Mentionnons la fameuse expédition de Cambyse pour conquérir l’Ethiopie, et découvrir les sources du Nil. Le capricieux conquérant avait entendu tellement de ces peuples noirs d i Haut-Nil, que sa curiosité était vivement piquée. On lui dit, que les plus beaux et les plus grands hommes habitaient par là (les Wahinda du Ruanda mesurent 2 M. à 2 '.15 selon le L'. Fonck). Ces géants atteignaient un âge de 120 ans, et même au delà. Il y avait tellement de richesses, que les chaînes des captifs étaient en or pur, etc. L’expédition échoua, comme on sait (cf)\ Hérod. TII^ il — H5, 97; Diod. 1,40). De Thèbes il détacha 50.000 hommes de son armée pour conquérir la grande oase (120 milles à l’ouest de Thèbes) et l’oase de Jupiter Ammon (400 milles au N. O.) — Le règne des Perses (XXVIIti dyn.) dura 120 ans. Selon Wiedemann, Cambyse régna 6 ans en Egypte, Darius 36 ans, Xerxès 21 ans, Artabanus 7 ans, Artaxerxès 41 ans, Xerxès II 2 ans, Sogdianus 7 ans et Darius II 19 ans. Alexandre le Grand abattit les Perses, et prend l’Egypte en 332. Le règne des Grecs et des Ptolémées commence. Les enfants de Hellas sont désormais chez eux. Mais de leur côté les Egyptiens s’expatrient.

En 333, sous l’archonte Nicocratès, les Egypto-Phéniciens construisent un temple d’Aphrodite au Pirée. — Parmi tous les Ptolémées c’est le Philadelphe surtout, qui encourageait les lettres et les sciences, notamment les recherches historiques et géographiques. Sur son ordre le célèbre Manéthon (ou Sébennytns), prêtre égyptien, composait sa fameuse chronique, dont nous n’avons en somme que la table des matières. Les Septante traduisent la S ^ Ecriture en grec, sous son patronage. Il accumule des livres dans une immense bibliothèque. Les savants de cette époque avaient des connaissances très étendues sur l’Afrique. A Rejang (Sumatra) on a trouvé dans les derniers temps (V. U Anthrop., t. Vlïl, i891^ p. 37^2) des inscriptions, qu’on attribue à des marins (phéniciens) de Néarque et d’Onesicritos, les deux amiraux d’Alexandre, qui sur l’ordre du prince descendirent l’Indus. Peut-être que leur flotte, en croisant dans l’Océan, a touché là. Selon d’autres auteurs les inscriptions de Rejang sont vraiment phéniciennes, et bien plus anciennes. Les anciens marins phéniciens faisaient le tour du monde, comme nos navires actuels, et ont laissé, e. a., des traces sur toutes les côtes africaines.

En 30 a. Chr. l’Egypte devient province romaine. Pendant cinq siècles elle reste sous la domination romaine ; pendant deux siècles sous la domination byzantine. Ensuite arrivent les Wandales sous Genséric (429 — 439), vaincus après par Bélisaire (534), jusqu’à ce que les Arabes se substituent à eux vers la moitié du VII^‘ siècle. C’est pendant toute cette période que les auteurs classiques grecs et latins, mais surtout les premiers, nous donnent d’amples détails sur les peuples de l’Afrique, sa géographie, les sources du Nil, etc.

Après ces généralités, mentionnons les principaux de ces auteurs, soit grecs soit latins, et la subtance de ce qu’ils disent de l’Afrique.

1". Homère (900?) — On doute s’il a existé! D’autres n’en font (ju'un poète. D’autres enfin en font un géographe. Le grand homme n’a pas fait vraisemblablement de cartes géographiques lui-même, quoiqu’à son époque on en fît en Egypte, à Carthage et ailleurs. Mais on en a fait depuis d’après lui. Ainsi M. O’Mac Carthy a publié en 1846 dans le ^Magasin Pittoresque^' une semblable carte d’après Homère. Le juge C. P. Haly de New-York, dans son ouvrage intéressant : Contribution à la Géogr. antique, a composé une semblable carte que M. Stanley reproduit (V. Dans les ténêbr. de VAfr., L TI, p. 272J. Le Nil sort au pied d’une haute chaîne de montagnes où logent des pygmées (Urundi-Ruanda). Les grues n’y sont pas, mais bien des pali^iiers qui figurent l’Egypte et la Libye. On y voit aussi les deux Ethiopies.

2 '. Hécatée (550 — 500). — Ce grand voyageur avait visité l’Egypte, la Libye et une

grande partie de l’Afrique. Il fait venir le Nil tout à fait du sud de l'Afrique, et peuple

cette région de pygmées (V. /liui.s tes tcnèb t. 1/, p. un petit croquis d’après

Ilécatée). Ce n’est pas le premier qui essaya de mettre en carte les idées géographiques qu’il avait. Avant lui Amu-uiiander de Milel (610 — 547) s’appliquait à dessiner les contours du monde, et le contemporain d’Hécatée, le malheureux Aristagoras (f 498) fit de même. Celui-ci avait ou des relations avec la Libye.

8'>. Hérodote (490 ou 485 — 425). — Le ..père de l’histoire” pourrait presque être nommé aussi „le père de la géographie”. Il nous a laissé maint détail intéressant sur

l’Afrique. En 448 il remonta le Nil jusqu’à Eléphantine, ville sise à la frontière septentrionale de l’Ethiopie.

A t/imtre oioi.s de roijage, au delà de la cataracte de Syène (Assouan), vers le sud, le Nil a sa source, selon lui.

Il voyage a non seulement sur la côte septentrionale de l’Afrique, mais pénétra dans la Libye. C’est lui qui le première?) parcourrait et démarquait assez bien lesoasesdu désert(du nord et de l’est), e. a. celles de Jupiter Ammon (Siouah), et celles des Nasamons et des Psy lies, deux tribus habitant les rivages du désert (Audjelah).

Il parcourait les oases des Garamantes (Pezzan), des Troglodytes (Tibbu) des Lotophages et des Lakhlyes, aux environs du choU El-Kébir de la Tunisie actuelle. Il confondait néanmoins le Nil et le Niger, et croyait comme Pline l'Ancien encore de son’ temps, que les deux fleuves sortaient des monts Atlas. Son récit du voyage des quatre Nasamons au Niger, où ceux-ci rencontrent de vrais pygmées, est resté célèbre (V. notice „\VtUwa”). — Il ne paraît pas avoir soupçonné, que la Libye put s’étendre au delà de la ligne, et peut-être même du tropique du Cancer. C’est dans la partie méridionale de la Libye qu’Hérodote place encore, comme Homère, le râlé du Jour ou la région de l’éternelle lumière par opposition au côté de ta nnil i. e. le nord du globe, le ténébreux pays des Kimmériens.

4*'. Eitl/ii/mène (IV'' siècle). — C'était un Marseillais qui reçut du sénat de sa ville natale la mission d’explorer la côte occidentale de l'Afrique, en même temps à peu près que son compatriote Hythéna, qui reçut une semblable mission pour le nord de l’Europe où il aurait pénétré jusqu’au 67" degré, La relation d’Euthymène est perdue.

6". Ale.niridre (366 — 323 ou 324), — Ce grand homme doit être cité, parce qu'il s’intéressait vivement à l’Afrique et aux sources du Nil, dont il demandait le site à l’oracle de Jupiter Ammon. Lorsqu’il campait sur les bords de l’Indus, il se croyait près de ces sources. Nous venons de parler de ses deux amiraux Nénn/ue et Oiiésirrifos, qui croisèrent dans l’Océan-Indien et abordèrent peut-être à Sumatra, à Madagascar et à la côte orientale de l’Afrique.

6". Plolémée It ldiihide!p/ie (285 — 247). — Pendant tout le règne de la maison des Ptolémées (323 — 30) le mouvement explorateur (de l’Afrique) se continuait, On s’occupait surtout des côtes du „Mure Eri/Hirueuné' et de la traversée de l’Afrique depuis l’Abyssinie jusqu’à l'Atlantique. C’est Ptolémée Philadelpho surtout, qui favorisait toutes ces recherches, et qui mérite bien d’être cité à ce titre. A son époque tout le littoral do l’Océan-Indien était longé et fréquenté par les marchands et les navigateurs, comme auparavant par les

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