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Sabéens, les Phéniciens et autres Chamites^ au moins jus(][u au Cap Delgado. L île de Madagascar figure sur la carte du monde connu des anciens.
7 Eratoslhènes (247—232). — Ce géographe et astronome à la cour de Ptolémée III Evergète^ parle des grands lacs africains. Il mesura le premier (?) la terre, et inventa le système de cercles figurant les mouvements du ciel étoilé. Il réunit dans un livre tout ce qu’il apprit de la bouche de soldats et de marchands qui avaient parcouru les régions du Haut-Nil. Il y mentionne des tribus nubiennes demeurant au sud de Kordofan, et deux fleuves (Astabot'as et Astasoba = le Sobat !) qui sortaient à l’est de plusieurs lacs^ puis arrosaient les pays limitrophes de Meroë et versaient enfin leurs eaux dans le Nil proprement dit. Ce dernier est identifié aujourd'hui, par quelques-uns, au Nil-Blanc, l’Astasoba au Nil-Bleu et l’Astaboras à l’Atbara ou Tacazze.
8'^ Eudoxe de Cyzique (+ 150). — Cet aventurier sans égal, né à Cyzica située sur la rive méridionale de la Mer de Marmora, a fait le tour de l’Afrique, dit-on. Le sérieux Strabon a utilisé les résultats de ces explorations et de ces multiples voyages. Pomponius Mêla et Posidonius nous ont légué en partie le récit de ces voyages. (Son homonyme Eudoxe de Cnide (409-— 356), astronome, mathématicien et géographe, voyagea aussi en Egypte en 362). Eudoxe de Cyzique fut chargé, selon Strabon, par Ptolémée Evergète (110), d’explorer les sources du Nil. Plus tard, sous Ptolémée Lathyre (118—113) il reçut ordre deux fois de faire le voyage de l’Inde. En revenant de l’Inde pour la seconde fois, il trouva dans la Mer-Rouge la proue d’un navire figurant un cheval. Ces marins lui dirent, que ce navire venait de Cadix en Espagne où l’on bâtissait de semblables navires. Ils assurèrent aussi, que souvent des bateaux s’en allèrent à l’ouest et ne revinrent pas. L’avonturier en conclut, que l’Afrique était circum-navigable, et il essayait à son tour de la contourner. Jusqu’à deux reprises il sortit du port de Cadix avec trois bateaux montés par lui. Il ne fut pas plus heureux que Nansen et disparut comme Andrée! A-t-il contourné l’Afrique? Gaffarel, P. Guiraud, Bougainville, de Hümboldt l’admettent. Quoiqu’il en soit, il est sûr que Bartholomeo Diaz et Vasco di Gama n’ont pas les premiers contourné le Cap. Longtemps avant eux, nous voyons l’extrémité triangulaire de l’Afrique représentée dans le planisphère de Sanuto (1306 p. Chr.), annexé au Sécréta fidelium Crucis et publié par Bongars, dans le Portulano délia Medicea Laurenziana (1351), ouvrage génois que le Comte Baldelli a fait connaître ; dans le Planisferio de la Palatina de Florence (1417) discuté par le Cardinal Zurla ; et surtout dans la fameuse mappemonde de fra Mauro, tracée dans les années 1457 et 1459. Cette dernière carte montre, quarante ans avant di Gama, avec la plus grande clarté le promontoire de l’Afrique australe sous le nom de Capo di Diab ou Bsiab (cfr. de Hümboldt: Exam. critique t. I). Ferd. Columbus appelait le meme cap Agisymba ou plutôt Agesingua (V. infra sub XIIT). Du reste, Pedreio de Covilhan qui visita Calcutta, Goa et Sofala (d’où il écrivit à Jean I de Portugal) apprenait des Arabes, dix ans avant le voyage de di Gama, que l’Afrique pouvait être circumnaviguée.
9'\ Hipparche de Nicée (160 — 125). — Ce grand savant peut être considéré comme le plus grand astronome (connu) de l’antiquité. On a un croquis cartographique de lui (V. Stanley: Dans les ténèbres^ etc., t, 77, p. ^273), sur laquelle les trois lacs, d’où sort le Nil, sont parfaitement indiqués. Seulement il les place trop au nord de l’Equateur.
10^. Agatarchidès de Cnide (né en 120). — Ce dernier, ainsi qu’Artimédore d’Ephèse, qui vivaient sous Ptolémée VIII ou Soter II (117 — 107), mirent par écrit les résultats de leurs propres recherches géographiques, ainsi que les découvertes de tous ceux qui les avaient précédé et dont les matériaux se trouvaient dans la bibliothèque d’Alexandrie.
11^. Salluste (87 — 34). — Sous Jules César (100 — 44) Salluste était préfet de Numidie, et il rassembla sur place beaucoup de détails sur la géographie et l’ethnologie de l’Afrique, surtout de l’Afrique du Nord. Son Bellum Jugurthinuni en contient un bon nombre. Juba le Jeune, à son école prit goût à ces études, et composa plusieurs ouvrages que Pline a pu utiliser. César lui-même s’intéressait beaucoup au problème des sources du Nil {j^capuL NilV*) qui était le problème de son temps comme celui du Pôle Nord du nôtre. Lucain
(Phars.) fait dire au vainqueur de Pompée, qu’il aurait renoncé à la guerre civile s’il avait eu le bonheur de découvrir les sources du Nil.
12o. Strabo (66 a. — 24 p. C.) — Son très important ouvrage (Géiujr. en XVII livre^j résume toutes les connaissances .des anciens sur les contrées qui leur étaient connues: IJîérie^ Gaule^ Bretagne, Irlande, Italie, Sicile, Sardaigne, Corse, Germanie, Dacie, Scythie, Illyrie, Pannonie, Dalmatie, Thrace, Epire, Grèce, Asie, Ethiopie, Libye. Ce qu’il a sur l’Afrique est très important. Il compare les plaines sablonneuses de la Libye-Moyenne, par-çi par-là parsemée d'oasis peuplées et fertiles, aux taches d’une peau de panthère. C’est lui aussi qui dit, que les Egyptiens donnaient le nom d’oasis à ces centres fertiles. Strabon, comme on sait, raconte que Colchis était une colonie égyptienne. L’expédition célèbre de Jason (69 ans avant la guerre de Troie) s’en serait retournée par l’Afrique Jason traverse la Mer Erythrée (Océan-Indien), et atteint le Palus Trltonidis après avoir traîné pendant
douze jours son bateau dans les sables du déserti
13 ». Pline l’Ancien (23 a. — 79 p. C.). — Cet encyclopédiste de l’antiquité a des mérites spéciaux pour ce qui concerne l’Afrique. Son érudition était si grande qu’il ne savait pas seulement décrire tous les peuples de la Mauritanie, de la Numidie, des deux Syrtes, de la Cyrenaïca, de la Libye et de l’Egypte, mais qu’il énumérer aussi toutes les peuplades de la Haute Ethiopie. Il a en plus conservé beaucoup de choses glanées chez d’anciens auteurs. Sans lui nous ne saurions rien de l’expédition de l’espagnol Cornélius Balbus, que celui-ci exécuta pour punir des tribus indigènes habitant les montagnes orientales de l’Atlas, à l’intérieur, vis-à-vis des deux Syrtes. Nous ne saurions sans lui rien non plus d’une expédition du général égyptien Patronius dans l’Ethiopie où celui-ci détruisit la capitale
Neprata. Pline nous a conservé aussi un peu de la grande histoire générale de Polybe (208—128) qui est perdue malheureusement. Ce grand savant avait l’intention de décrire tous les pays du globe et d’utiliser pour cela tous les récits d’expéditions, des géographes, etc., avant d’écrire l’histoire des différents peuples. Il avait voyagé beaucoup et assisté à côté de Scipion Aemilien au siège de Carthage en 146. Alors le général romain lui ordonna d’aller explorer avec une puissante flotte la côte occidentale de l’Afrique. Polybe a raconté ce voyage dans son histoire générale mais cette partie-là est perdue, à part quelques fragments obscurs conservés par Pline. Celui-ci connaît fort bien le Niger, forme latine du NiyeirQ (de Ptolémée) ou de NlyiQ (d’Agathémère) „Le mot n’aurait pas la signification „de: noir, mais ce mot se rattacherait à la racine berbère: ghor, g lier, ghir, eghirrol = ûeuYe, eau qui „ coule” (Dubois).
14'\ Sénèque (2 — 65). — Pour le précepteur de Néron l’origine du Nil était nalara” (Nat. quaest. l. III, c. XXII). On le voyait s’accroître et se dessécher presque, mais on n’en comprenait pas la cause. Plusieurs pensaient qu’il existait de toute éternité.
Sénèque raconte dans le même ouvrage (l. VI, 8^, que Néron envoya deux centurions pour explorer les sources du Nil. Le récit de ces deux hommes, il l’avait entendu de leur propre bouche. Ils avaient fait un long voyage, et avaient rencontré d’immenses marais impraticables. Dans le sud lointain ils voyaient deux rochers d’où sortait une masse énorme d’eau, etc. Selon Lanier, ce détail est une preuve que les deux officiers avaient pénétré jusqu’au Bahr-el-Ghazal, qui s’étend réellement à travers des marais à son embouchure dans le Nil, au-dessus du lac Nâ. D’autres ne croient pas à l’expédition d’une armée. Néron aurait envoyé simplement un tribun, avec un détachement de prétoriens, pour inspecter le sud de l’Egypte.
15 *. Suetonius Paulinus (40 p. Chr.) raconte, que dans une expédition contre les Gétules au sud des monts de l’Atlas, il eut à traverser d’immenses solitudes où aucun homme ne pouvait vivre, pas même l’hiver, à cause de la chaleur. C’étaient des déserts arides d’où s’élevaient des pics élevés brûlés par le soleil. Quelle fidèle peinture des horreurs du Sahara!
16^. Ptolémée (150 p. Chr.) — Pline, tout érudit qu’il était, fut dépassé par Claudius Ptolémaeus, le Justus Perthes de son époque. Il dépeint le continent africain en huit chapitres, et mentionne, parmi d’autres choses très intéressantes, les expéditions des
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généraux romains Septimius Flaccus et Julius Maternus qui^ à travers le désert;, arrivèrent dans Toasis d’Agisymba;, à la frontière septentrionale du Soudan. En se basant sur de nouveaux récits, il affirme queles deux lacs, situés au sud de FEquateur dans les bassins au dessus des j^montes limae^"' étaient les vraies sources du Nil. Il mentionne aussi de grands fleuves qui arrosent les régions équatoriales. Il cite beaucoup de noms de peuples, de villes et de montagnes. Bref, il avait certainement une idée assez juste de tout le cours du Nil. Les cartes géographiques qui se trouvent dans ses livres (cfr. Stanley, h c. t. II p. ‘f273) ne sont pas de. lui, selon plusieurs, mais de la main d’Agathodaémon (V*^' siècle p. C). — Comme le Périple de la Mer Erythrée, les travaux de Ptolémée, de Strabon et de Pline méritent toute confiance. Personne n’en doute en ce moment.
Après les travaux des auteurs nommés, surtout des derniers, il y a eu quasi une éclipse géographique. Il faut presque descendre jusqu’aux Arabes pour trouver quelque chose sur la géographie et les peuples de l’Afrique. Quelques rares Byzantins en parlent encore. Il faut néanmoins faire mention d’une manière particulière d’un nioine égyptien, nommé Cosmas et surnommé Indicopleustes i. e, navigateur dans l’Inde (547). Il était né à Alexandrie, faisait le métier de commerçant et voyageait beaucoup. Il visita ainsi l’Ethiopie, l’Arabie et l’Inde. Ensuite il se fit moine. Il a écrit une Description de la terre aujourd’hui perdue, et (vers 547) une Topoyra] hie chrétienne (en grec) publiée par le P. Montfaucon, dans sa Collée tio nova Patram et Scriptorum graecoriim t. Il, Paris, 1106 (cfr. Migne : Pair. Graec, t. 89, coL 98). La Topographie de ce Cosmas contient un passage curieux sur la manière dont on faisait le commerce à son époque dans l’Afrique Centrale (Equatoriale!,?). Le voici: „Au delà de Barbaria (i. e. Troglodytica, le Somâl actuel) s’étend „ l’océan, qui porte là le nom de Ziyyiov {Zingi, la mer de Zindj des Arabes, d’ou Zanzi-bar „ou Zendj i-hsLY = bara — pays des Noirs). En longeant la même mer on arrive à un pays „nommé Sasos, Sashu (S. E. Afrique), qui possède d’abondantes mines d’or (p^ézaÀÀa jioÀÀà yfXQvaiov èxovaa). Tous les deux ans le roi d' Aæ.um (à la Mer-Rouge), par l’intermédiaire „dè ses préfets à Agau (en Abyssinie) envoie des hommes par là pour le commerce de l’or. „Ils partent accompagnés d’un grand nombre de marchands, et ils sont bien 500 ensemble. „Ils emportent avec eux pour l’échange des boeufs, du sel et du fer. Arrivés dans le pays, „ils se fixent dans un certain endroit, font une grande enceinte en branchages (un kanibl „de caravane), et y demeurent. Alors ils tuent les boeufs et exposent la viande divisée en „morceaux dans le bois, ensemble avec le sel et le fer. Alors les indigènes arrivent ayant „de l’or en forme de déQp^ia (fèves lupines), qu’ils nomment, eux, des tankhara. Chacun
„ dépose un, deux ou trois de ces déQp.ia comme cela lui convient, et se retire à côté.
„ Alors approche celui à qui appartenait le boeuf. S’il est satisfait du prix, il prend l’or, „tandis que l’indigène vient ensuite enlever la viande, ou le sel, ou le fer. Si le marchand ,, n’est pas satisfait, il laisse l’or, ce que voyant l’indigène, il ajoute d’autre or, ou bien „il enlève son or et s’en va. Le commerce se fait ainsi, parce que les langues des deux
„ parties diffèrent, et qu’il n’y ait pas d’interprètes. — Les marchands restent ainsi
„ environ cinq jours, plus ou moins, selon que leurs affaires marchent. En retournant ils „vont tous ensemble et bien armés, parce que, en route, des tribus hostiles les attaquent „pour leur enlever leur or. Tout le voyage, aller et retour, dure six mois. En allant la „marche est plus lente à cause du bétail. En revenant les marchands se hâtent, de peur „d’être surpris par l’hiver et les grandes pluies. Les sources du Nil sont près de ces „contrées (aurifères) et en hiver plusieurs ri^dères, gonflées par les pluies abondantes
„barrent la route. L’hiver dans ces pays coïncide avec l’été chez nous J’ai écrit tout
„cela pour l’avoir vu de mes propres yeux et l’avoir entendu des hommes mêmes qui ont fait le commerce par là.”
Chacun qui connaît l’Afrique Equatoriale, qui y a voyagé et vécu la vie de caravane, dirait que ce récit de Cosmas est d’un Arabe ou d’un Indien qui revient d’un voyage dans rUrundi, l’üzindja, le Butundwe ou l’Unyamweziî Les borna de ces kambi, l’échange de sel et de pioches, les fortes pluies, etc., tous ces détails sont pris sur le vif. Les choses se passent encore en 1903 comme en 547!
Cosmas parle do six mois aller et retour depuis l’Abyssinie. Il parle manifestement d’un voyage par terre, et non pas par mer^ p. e. de Zanzibar vers l’intérieur. Or, en trois mois une caravane peut arriver d’Abyssinie au Nyanza, mais elle ne peut pas atteindre les mines du Transvaal en trois mois! Donc .... Hérodote (III, 114) vise les parties les plus extrêmes do l’Est-Africain, quand il parle de l’abondance de l’or (xqvgov te (péQEL jioÀÀov), de grî'nds éléphants {èÀé(pavzas àfi,(piÀa(péaç)j d’ivoire des habitants qui sont élancés,
beaux et qui vivent longtemps {àvÔQaç /uEytazovg v.ai ytaÀÀiozovç xai ^uaycQ(ù^iù)zdzovg).
Ailleurs (Ilï, W, '23) il appelle ce peuple: MayiQo^iot. Il parle encore d’un certain plateau,
qTii se trouve dans leur pays, et qu’ils nomment „la table du soleil”, et sur laquelle les chefs exposent la nuit de la viande cuite, dont les indigènes peuvent se régaler pendant le jour. Pomponiiis Mêla {II, 9) et d’autres auteurs, racontent le même détail. Heeren croit, que ce plateau (table du soleil) n’est autre chose que le marché d’or des Macrobiens, tandis que cette viande exposée figure la viande, le sel, le fer et d’autres articles d’échange ({ui servaient pour le commerce d’or, tel qu’il a été décrit par Cosmas. On doit rapporter à tout cela peut-être les passages énigmatiques d’Homère {Odyss. /, 26; Iliad. I, 423 seq.) où le grand poète fait festoyer ses dieux au centre de l’Afrique en compagnie de pieux Nègres! Si, au lieu d’une „table du soleil”, on parlait d’une ,^table de la luné^\ on pourrait conclure, que la région aurifère était VU'nyamivezi ou même le pays du Mwezi, l’IIrundi! Le P. Torrend croit, que la région visitée par les marchands de Cosmas est VUsagara. En langue cafre i gala signifie: soleil, et le préfixe sa serait identique au mot se ou si: terre, pays. Il cherche aussi le nom Usagara dans le terme tankhara {déQpua) de Cosmas. Je crois que rUsagara est trop près de la côte orientale pour que ces Abyssins aient fait un
aussi énorme voyage par terre pour l’atteindre. Puisque la navigation côtière est si
commode, ils auraient certainement choisi cette voie. Le récit de Cosmas s’applique, au contraire, très bien aux régions lacustres, où il y a de l’or en masse, où il y a en effet des rivirres très encombrantes. Les steppes du „Massaï-land” n’offrent pas ces particularités. Le pays au sud du Nyanza se nomme celui des Wazindzja. N’oublions pas ce singulier nom ethnique très ancien. Puis il y a là au Mweri, un peuple métallurgiste (les Walongo) très remarquable, très ancien, et passablement mystérieux ....
Les auteurs arabes et l’Afrique.
Nous avons vu, que les anciens Arabes et les Sabéens, tant sémites que chamites ont très bien connu l’Afrique, qu’ils ont contourné le continent noir, et qu’ils l’ont parcouru un peu dans toutevs les directions, sans en excepter l’intérieur. Les Arabes plus lécents n’ont pas discontinué à avoir des rapports avec l’Afrique. Dès le milieu du Vlif siècle (650) commence leur main mise, peut-on dire, sur l’Afrique. Au IX‘‘ siècle ils fondent l’empire de Kanem au delà du Sahara, qui an XIIc siècle comprenait tout le pays entre le Nil et le Niger (Fezzan). On croit, que beaucoup de Sémites émigrèrent vers cette époque dans l’intérieur soudanais. Les dates précises de ces différentes occupations ne sont pas connues, mais il est néanmoins incontestable que dès le XI‘* et le XID siècle plusieurs royaumes ou sultanats prirent naissance sur les bords du Niger. A l’est ils dépassent Bab-el-Mandeb et le cap Guardafui et fondent Makdashua et Melinda. A la fin du XV^ siècle ils sont, à Mombasa et aux îles adjacentes. Ils occupent Zanzibar et Pemba (île connue déjà au !■ ' siècle) et fondent Kiloa, Mozambique et Sofa la. On raconte aussi, qu’un jour, avant l’an 1147, huit Arabes partirent de Lisbonne et se lancèrent dans l’Océan- Atlantique pour explorer la côte occidentale, mais le récit de ce voyage est trop incohérent. Ils ont néanmoins exploité les îles Canaries, connues des anciens, mais dont la route paraissait oubliée. Les Arabes s’y rendirent, on longeant tout le littoral, visité déjà par
Hanno. Bref, depuis plus de dix siècles on les voit en Afrique, en Abyssinie, à Sofala. Madagascar leur est connue. Ils pénètrent jusqu’au Sénégal, se nichent au lac Tchad, etc.
Je ne parle pas de leur infiltration dans le Nord de l’Afrique. Ce sont les auteurs arabes, qui pendant tout le moyen-âge nous renseignent le mieux et le plus abondamment sur le continent noir. Enumérons les plus connus de ces auteurs. En tête de tous vient Masoudi (Ali-Aboul-Hassan). Il était né à Bagdad à la fin du IXe siècle et mourui en t^gypte en 956 (ou 957). Il passa presque toute sa vie on voyages, et composa une sorte d’encyclopédie historique sous le titre: Akhhar-al-Zéman, sorte de Mémoires du temps passé. Les plus connues sont ses ^jPrairies d'Or'\ ouvrage édité et traduit par Barbier de Meynai d et Pavet de Courteille (Paris 1861 — 1877). — II. Stanley (Dans les ténèbres de VAfr., t. IZ, /). '^Hl) donne un curieux croquis qui figure les sources du Nil avec les monts de la lune (djebel
cjoumr ou kamar), comme Masoudi les concevait. Il donne ensuite re:xtrait suivant: „J’ai „vu dans un livre de géographie une carte où le Nil sort de la montagne de la Lune. „Les eaux jaillissent de dix fontaines et coulent dans deux lacs, qui ressemblent aux , , étangs de Bassora. Après les avoir quittés, elles se réunissent pour descendre à travers „un pays sablonneux et montagneux, qui est cette partie du Soudan voisine du pays de (Ihindzja !), Masoudi connaît positivement toute la côte orientale jusqu’à Sofala et bien au délà. — Al Tabiri de Tabreez, qui écrivait au X© siècle, et Hamza de Izpahan, qui moiirut vers 968, donnent également dans leurs ouvrages historiques et géograpliiques maint détail sur l’Afrique. — Un auteur qui n’est pas moins célèbre que Masoudi, est Edrisi (Abou-Abdallah-Mohammed, 1099 — 1164). Il était né à Ceuta, et visita dans ses voyages l’Andalousie, les rivages de la Méditerrannée (surtout ceux de l’Afrique du Nord) le Maroc, Constantinople, l’Asie Mineure, et les côtes de France et d’Angleterre. Il se fixa à la cour de Roger II, roi de Sicile. Il dressa plusieurs cartes dont quelques copies existent à la bibliothèque nationale à Paris. Parmi ces (*.artes, la plus intéressante est celle qui (1154) représente l’Afrique telle qu’il la connaissait (V. Stanley, /. r. p. 275). Les montagnes do
la lune sont placées au sud de l’Equateur. Deux lacs déversent le trop phdii de leurs eaux dans un troisième (Coura)^ d’où le Nil s’échappe en coulant directement au nord vers l’Egypte. Le Niger ou le Nil des Nègres, comme Edrisi pense, est en communication avec le vrai Nil par les lacs Canga et Vancouva^ tout en se déversant dans l’Océan Atlantique (Mer des ténèbres). — L’auteur Nuwagri^ surnommé Al Kendi, est moins connu et de moindre intérêt, en tout cas, pour ce qui concerne l’Afrique. — Un troisième auteur précieux, c’est AbouUFéda (1293 — 1381), prince de Hamah (Syrie). Il composa un traité de géographie (édité par Raynaud), et une chronique universelle très appréciée. — Ibn-Batoutah (1304 — 1377, selon d’autres 1302 — 1378), né et mort à Tanger, es! un autre voyageur et écrivain bien connu. Il parcourait toute l’Afrique du Nord, depuis le Maroc jusqu’à l’Egypte. A l’est il descend de Zhafar jusqu’à Mombasa et Kiloa. De Kiloa il part, à travers l’Afrique, jusqu’à Tombouctou et Kuka! Ses voyages ont été traduits par G. Defrémery et Sanguinetti (Paris, 1851). — Tbn-Khaldoun (1332 — 1406), né à Tunis et mort au Caire, s’est occupé principalement du nord de l’Afrique. Ses études ethnologiques en particulier (p. e. sur les Berbères) sont très remarquables. — M. le Bo» Carra de Vaux a édité en 1898 un Abrégé des Merveilles'', (Paris, Klincksieck XXXVI-413 pages), attribué par les uns à Masoudi et par les autres à Ibrahim, fils de Waifchàh qui vécut en Egypte à la fin du VIII*" siècle de l’hégire. Selon cet auteur les „Chamites sont les „Noirs, p. e. les Soudanais (i. e. Noirs), les Nubiens, les Abyssins, les noirs du Zangiiébar, „les Berbères de l’Afrique du Nord et aussi les Kushites de l’Inde”. Le même auteur anonyme fait conquérir l’Afrique par le roi Ifrikis (d’où le nom Africa selon lui). Un roi d’Egypte EUWelid a voulu atteindre en vain les sources du Nil. Son fils Er~Bagàn (le Pharaon de Moïse) faisait de longues explorations dans Touest et le sud de l’Afrique. Il rapporte l’histoire d’un sage qui parvint jusqu’au pavillon d’où sort le Nil (Urnndi- Bn-anda!), Selon M. de Vaux, „ cette légende est d’un caractère assez archaïque”! L’histoire légendaire de l’Egypte occupe plus que la moitié du volume. Quoique l’ouvrage contienne beaucoup de choses fantastiques, il n’en est pas moins très intéressant. On y parle beaucoup notamment du pays et des peuples de Zindj. — M. Stanley donne encore (L e. p. 28i, 58d, 288) des extraits du manuscrit d’un compilateur anonyme de 1686, d’une