VII. Pharmacie d’un autre Mutwa
1®. Umwegeranya (bois qu’on met dans l’entrée du urugo pour le fermer). Mettre ce bois dans de l’eau, et se laver le corps avec cette eau. Contre toute maladie!
2®. Umurangara (grand arbre) et umuzuzo, La poudre du bois de ces deux arbres est mêlée et mise dans de l’eau. On se lave avec cette eau contre la maladie ikisigo.
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3®. Urusango (arbuste). On met le bois dans de l’eau. On lave bien tout le corps (même le talon!) avec cette eau et on est cuirassé contre tout maléfice e't tout sort jeté par n’importe quel goète.
4®. Umwlrabo (urukago). Avec la poudre de ce bois, on trace une ligne sur la tête pour n’avoir pas de malheur ce jour-là.
Que penser des cures de ces awafumu? Que quelques uns soient des charlatans (pour employer une expression très à la mode), c’est possible, c’est même sûr. Ainsi j’étais un jour témoin du fait suivant. Un nommé Kitulo était très malade (forte fièvre, etc). Nous l’avions soigné de notre mieux. Sa femme, voyant que nos remèdes naturels avaient échoué et n’ayant qu’une médiocre confiance en eux, voyant son mari décliner de plus en plus, prit le parti de faire venir, en secret, un de ces awafumu.
Peu après le départ du guérisseur j’y vins.
Impossible à la femme de me cacher ce qu’elle avait fait. Elle me montrait une grande soucoupe, remplie de sang où nageaient de longues ficelles (inipivu). Elle assurait que le umufumu avait sous ses yeux sucé tout cela (sang avec les ficelles) avec sa bouche de l’estomac de son mari!
Je constatais en effet des incisions à l’endroit. Pour elle, son mari était ensorcelé le goète avait mis ces ficelles dans son ventre et le umufumu les avait réellement tiré delà ! Se voyant découverte elle fit transporter en cachette son mari, presque mourant, au loin à 20 minutes de la Mission. Il paraît, que le umufumu est venu là à la rescousse. Le pauvre homme mourait le lendemain ! C’était inutile de persuader à la femme, que le guérisseur avait pu cacher, au préalable, ces ficelles dans sa bouche et faire semblant de les tirer du ventre avec le sang. Evidemment, il n’a pu les cacher dans ses manches, ou dans ses habits: il n’en porte pas! Nos Nègres croyent fermement, que les goètes peuvent introduire dans le ventre et dans tout le corps, non seulement de minces ficelles, mais des objets matériels de toute espèce (V. Bizouard, secund. Dr. Wier). Ainsi Fuaga à rUshirombo (umufumu lui-même) m’assurait, qu’étant jeune et malade, un umufumu avait sorti de son dos un crâne humain! Il jurait que c’était positivement vrai. D’autres (Mbilico^ Magwanuma, etc.) m’assurèrent, qu’ils avaient vu, et bien vu de leurs propres yeux, que des awafumu firent sortir du ventre des malades des pioches en fer, et d’autres objets! Lorsque nous haussons les épaules et que nous rions de pitié, ils n’en démordent pas et ont l’air de nous dire: „mais enfin j’y étais, je l’ai vu, et vous où étiez vous !” — Pour nous, ces ,jimitV^ (bois), ces poudres, etc., sont ineptes, absurdes et n’ont aucune vertu curative naturelle, ce que, du reste, les Nègres nous concèdent, puisqu’ils leur attribuent une vertu praeter-ruxturelle, et ils y croient fermement. 11 serait possible né-
GUÉRISSEUR
anmoîns, que ces espèces végétales contiennent des vertus curatives naturelles (secrets des amafmnUf reçus de leurs ancêtres par tradition). La science le dira plus-tard^ en analysant ces plantes, ces espèces d^herbes et ces jjslmples*\ — Il y a donc des charlatans parmi ces guérisseurs, mais il ne le sont pas tous. La plupart sont de bonne foi.
Ils croient consciencieusement en leur pouvoir ou don. Les consultants, — intéressés — , sont de bonne foi, c’est absolument certain.
Ils disent leur foi basée sur des faits (des cures réussies, des succès obtenus) certains. Toujours, de temps immémorial ils consultent ces guérisseurs. Pourquoi cette confiance en eux? Ils ne dépensent pas et ils ne jettent pas leur argent (leurs ivintu. surtout leur bière = imoga l) pour rien. Si personne n’a jamais trouvé un soulagement, ou même une guérisson, par l’intervention d’un guérisseur, ces consultations, mille et mille fois répétées, ne s’expliquent pas.
Dans un cas particulier, un charlatan peut „les mettre dedans”; mais n’oubbons pas, que Vintérët du guérisseur demande d’être consciencieux. Il „jouerait” facilement sa tête. Les Warundi, et les Nègres en général, sont de fins observateurs. Ils découvrent facilement un „truc”. Malheur alors au umufumul II serait sûrement percé d’un coup de lance in „flagranti delicto”, surtout si un umutware (chef) était dupe de l’histoire. — De semblables „guérisseurs” ont existé de tout temps et partout, chez les infidèles. Il en existe dans les pays chrétiens ! . . . . C’est une épave du paganisme qui a traversé 19 siècles, dira-t-on. C’est bien; mais il faut donner raison de ces pouvoirs, ou de ces dons! Voilà qui reste à faire. Mystère! — Oui, dans l’histoire d’Escûlape et des Asclépiades, il y plus que de la „ mythologie” vulgaire. On ne se débarrasse pas par une tirade, ou par un mot nouveau, plus ou moins savant et grec, d’un problème historique très sérieux.
Guerre.
Les Warundi passent pour être très belliqueux, mais ils ne le sont guère. Les autres Noirs limitrophes les craignirent toujours.
De fait, ils ont toujours su maintenir l’indépendance de leur pays. Si les Watutsi- Wahuma, ou Wahinda, aient „conquis'^ l’Urundi autrefois, cela a dû se faire dans des circonstances que nous ignorons. Jusque dans les derniers temps, ils n’ont pas laissé fouler leur sol par des étrangers. Quoique de nature irascibles, ils sont pacifiques, si on les laisse tranquilles. Entre eux ils se querellent beaucoup. Le pouvoir royal s’affaiblissant depuis Ntare, il est même arrivé, que certaines provinces, p. e. l’Uyungu, rUyogoma (le West-Usui(?) du Dr.Baumann!) ont subi la suzeraineté de princes étrangers (Nganza, Kassasuro, etc ). — On dit les Warundi braves et courageux à la guerre. Ils ne l’ont pas montré en présence des Blancs.
59 GUERRE
Toutefois, le fait reste qu’ils ont infligé de grands échecs aux Arabes esclavagistes. — Les W atwa passent pour très courageux et très féroces à la guerre. Ils se battent volontiers pour leur chef Murundi ou Mututsi. Alors leur timidité innée et instinctive disparaît comme par enchantement. Ils sont excellents tireurs à l’arc, manient habilement la lance et le javelot. Ils connaissent tous les sentiers. Les rois de l’Urundi avaient autrefois des corps, entiers de soldats, composés de ces Watvv^a. (Le roi du Ruanda en a encore, dit-on.) A l’extrémité nord-est du mont Mugera il y a un endroit où le Ru vu vu, en se rétrécissant, forme une cataracte ou cascade. La légende raconte, qu’un jour le roi Ntare y pas.sa avec toute son armée.
Les Watutsi avec leur longues jambes sautèrent par dessus le Ruvuvu à cet endroit.
Les petits Pygmées-Wat'wa l’essayèrent aussi, mais tous périrent. Ce lieu en a gardé le souvenir et s’appelle celui désastre des
Watwa'\ Ne serait-ce pas un récit modernisé et rajeuni, qui a un fondement beaucoup plus ancien? Les anciennes cartes de la Chine mettent sous les vases de Kifu (l’eau, le Verseau diluvien) la constellation des Pakouey = des neuf Nègres immolés. Sur le Zodiaque d’Esné et la planisphère de Dendarah on remarque „des hommes (noirs) immolés”, etc. Prétendre qu’il faudrait y voir une réminiscence du ... . déluge, serait aller loin ! — On affirme, qu’il ne se trouve pas chez les Nègres de l’Afrique des souvenirs d’un déluge. C’est aller trop vite. Stanley (vol. Il, p. i'2) a. trouvé au Tanganika une légende, qui s’y rapporte. Les habitants la mettent en rapport avec l’origine du lac.
Selon Kolben (1713) les Hottentots se disent descendre d’un nommé Noh qui entra au monde par une fenêtre! En Nama Noh est le même que Khunib ou Khub (qu’on pourrait identifier avec l’égyptien Knuf, Nmn (Nom = dieu, Ham ) et Chnubis). Selon eux, ce Khub leur a donné leur contrée et leur procure la pluie. L’épouse de Noh-Khub est Hing, identique (?) à la Ank, femme de Chnubis! Casalis (Introd. p. 7; conferRowly:
Religion of the Africans, pag. 51) dit, que les mêmes Hottentots se disent arrivés en Afrique dans un immense panier! En hébreu le déluge est nommé mabul (en syriaque mmid).
Ce mot est employé exclusivement, paraît-il, pour le déluge de Noë. Or, il est très curieux que dans toutes les langues Bantu imbula, ou ses modifications, veut dire: eau, pluie, inondation, saison pluvieuse. Ainsi on a inivura, ou : invura — pluie, urubura ^ déluge, inondation, grande pluie (en Rundi), imvula (en Tonga, Gogo, Sagara, Taita, Senna, Zulu- Kafir, Xosa-Kafir, Guha, Rua, Angola, bas- Congo), imbida (en Undaza, Bumbete, Muntu, Mbamba, Nyanyembe, Sumbwa, Rv^ana, Sukuma), infula (en Bisa, Rotse), mfula (en Nika, Kasandi, Babumba, Lubalo), imàwm (en N’kele), mpfula (en Musentandu, Ntere, Ny.-
GUERKE
GUERRE
ombe^, Basunde)^ mbola (en Mbamba);, mfola (en N’gola), mufula (en Kisama), mpulan (en Matatan)^ nivua (en Swahili), ivura (en Ka^ ranga), inkuha (en Ganda), o)nhura (en Herero), ombela (en Bihe), nfera (en Mbunda), nfula (en Rotse), vida (en Nywema), ida(f) (en Yao), ipuïa (en Mozambique), pxda (en Chwana, Suto), mbua (en Dualla), etc. Le mot syriaque (mmul) pourrait, à la rigeur, se reconnaître dans des mots qui signifient : eau en plusieurs dialectes africains, p. e.
momel (en Fulup, Filham), mmeli (en Isoama, Aro), mmale (en Gura), etc. Momel = mél conduit à Tégyptien mel ou mer = mer.
Peut-être que ces ressemblances ne soient que du hasard! Toutefois, la science linguistique actuelle tend à renverser les barrières de Grimm et de Max Müller, et partant à supprimer VirréductibiUié des trois groupes de langues humaines. — Après cette digression, un peu longue, revenons à la guerre.
Les Watwa ont une poudre (— umusanyi y impuniro) pour se rendre invulnérables. Il suffit de s’en frotter le corps ! Ils ont encore un autre ,^unndi” pour ne manquer jamais le but en tirant. Les Warundi, de leur côté, ont aussi des remèdes pour vaincre (=iki~ mazi, insinziy ou : incyinzi — ikiheko ci/ iikunegüy cifukucyinda). Avant de partir en guerre (kutawara), on se rend chez le pour
se procurer de ces „dawa” C— kuraguza ku ’mufumu). Une déclaration de guerre proprement dite n’a pas lieu. Lorsque les chefs, les awaganwa, ou même le roi, ont des griefs contre leur voisin et qu’ils n’ont pu s’arranger pacifiquement par des amadzjambo, on se décide à la guerre (™ ikitero : kurwanaj kutera, kudagana). On entre aussitôt en campagne. L’un commence par prendre, s’il peut, les boeufs de son ennemi (== kusahuro.).
Notez que le bétail est, à peu près, tout ce qui a de la valeur en Urundi. Il tâche aussi de tuer à son ennemi autant de monde qu’il peut. S’il réussit, par bonheur, à surprendre la nuit et à brûler un „kraal” (= urugo), et, surtout, à faire prisonnières la femme ou les concubines du chef ennemi, alors c’est un grand succès.
L’ennemi de son côté tâche de faire de même. Bref, c’est une guerre de „ guérilla”, de guets-apens, d’embuscade. Très rarement on se livre bataille en rase campagne. Ces guerres ou ces rixes ne sont guère sanglantes. S’il y a 10 ou 15 hommes de tués, ou appelle cela une grande guerre. S’il s’agit d’une guerre contre un envahisseur étranger, tout le pays, ou toute une partie de l’Urundi, se lève comme un seul homme ; alors c’est plus sérieux (V. Histoire’’). — Dans les guerres ordinaires et intestines, on se bat principalement, comme au temps du bon Homère, à coups d’ envoûtement et à distance. Rusabico me racontait en 1896, qu’il avait ainsi tué à son frère ennemi Muzazye pas mal de monde !
Après les premiers actes de guerre (saisie de boeufs, etc.) les chefs belligérants rassem-
blent tous leurs hommes (= kurarika ingawo, kugomora ingawo, litt. rassembler les boucliers). Tous les hommes (= awagabo), et tous les jeunes gens valides, sont soldats dans ce cas. Les femmes, les enfants, le bétail sont mis en sûreté dans des cachettes (ravins, etc.). — Les grands chefs ont, même en temps de paix, une sorte de garde-du-corps (corporation ou caste?). Ceux-ci sont des soldats proprement dits (= awagendanyi, awatambakanyi), On dit que Kisabo a une garde armée composée de milliers (?) de semblables awagendanyi. Nous avous vu défiler en 1896 une partie de celle de Rusabico. Ce détachement se composait de 50 à 60 hommes, qui faisaient réellement bonne figure par leur crânerie. — Le chef choisit les hommes de sa garde, ou bien ils s’engagent à son service. Le chef les nourrit. De temps en temps il leur donne un boeuf à manger.
C’est toute leur solde. Ces gardes demeurent toujours auprès du chef. En temps de guerre ils dressent leurs campement (=isago, impiza) autour de celui de leur chef. — Ces gardes ont une espèce d’uniforme (= inkindi, umwakaka : kwarnhika inkindi, kusohora inkindi). Elle est endossée seulement pendant la guerre, ou pour les danses de parade. Elle se compose d’une peau de gazelle (=ïnshÿà)y d’une autre bête ou d’un mouton, raclée et blanchie à la craie (= ingwa). On la met en guise de tablier autour des reins. A part cette peau, ils sont habillés comme les autres W arundi. Tous les guerriers défigurent leur aspect, en traçant sur la tête, le visage et le corps des lignes et des signes avec la poussière d’une pierre friable (blanche et rouge): ingwa et akahama. (V. Embellissement”). Cela donne à leur physionomie un cachet de férocité troublante. Lorsque le chef a appelé ses hommes au son du tambour de guerre (ces tambours sont rares), ou au cri d’alarme C=induru), tous sont là en un clin d’oeil.
Tous apportent leur arc (vraie arme de guerre), 4 à 5 flèches et deux lances. Les boucliers sont rares. Le chef de la garde au moins en possède un. Chaque homme, même celui de la garde, doit se procurer son armement. Au Tanganika où quelques chefs ont des fusils, ceux-ci sont distribués aux meilleurs tireurs {!). — Il est évident, que le umufumu, et même le kiranga, se mêle d’un événement si grave comme est la guerre. Car, en dehors de V envoiitement à distance par des procédés magiques, ils ont encore beaucoup d’autres moyens singuliers pour combattre l’ennemi. Les ruisseaux-frontières sont mis sous la garde des esprits Termes (Picus!), en y faisant des sacrifices, en fixant dans les sentiers qui y passent des iviheko (bois en triangle), etc.. Le „umufumu” fait force „ expériences” pour augurer si la guerre sera heureuse ou non. On cherche ces présages dans les entrailles d’animaux (chèvres, coqs, etc.). On dit qu’on tue même quelquefois un homme, une femme ou une fille
GUERRE
HABIT
(comme c’est arrivé à TUshirombo), pour faire un sacrifice nec plus ultra et chercher dans les entrailles de cette victime humaine un hon prognostique. Un des procédés des ^W^arundi est dHmprégner ou d’influencer magiquement un boeuf ou une vache (=■ ku~ zana ikimazi c'if ingabe y\ikucyinda). Cet ingabe appartient au nombre des vaches (ou boeufs) sacrées ou rituelles. Les cérémonies nécessaires terminées, on chasse cet , ^ingabe’' (bouc émissaire!). S’il court droit chez l’ennemi, c’est un bon signe ; celui-ci est dévoué (dévolus diris). S’il retourne et s’il s’obstine à ne pas y aller, alors c’est un signe mauvais, néfaste et fatal, tellement qu’on renonce à la guerre et qu’on commence les pourparlers de paix, à moins qu’on renouvelle les cérémonies! Un autre procédé consiste en ce que le ^umufumu’" fabrique (sic) de petits chiens phantastiques (=ivibwana, iviivunda, inkoko)j qu’il lance la nuit dans le pays, à travers les ingo de l’ennemi. Si ces bêtes peuvent y pénétrer et s’y maintenir, alors les habitants sont perdus, voués aux esprits typhoniens et prêts à être immolés. A plusieurs reprises certains Warundi ont essayé en 1899, à faire sauter ainsi la mission de Mugera ! — Lorsqu’il s’agit d’une grande guerre commandée par le roi ou par un prince, les choses sont assez sérieuses. On entre sur lé territoire ennemi (ou du chef rebelle), on brûle les cases, on tue tout le monde qu’on peut atteindre et qui n’a pu s’en fuir, on rafle tout ce qui a de la valeur, surtout le bétail (boeufs). — Après une victoire il y a grande fête et une grande allégresse. Les femmes viennent au devant des vainqueurs en poussant des cris. Pendant des journées et des semaines on ne fait que danser, boire de la bière et manger de la viande de boeuf, que le chef distribue en abondance. Si le vainqueur a pu faire prisonnier le chef ennemi ou le rebelle, celui-ci est ordinairement mis à mort. La paix se conclut rarement. Très longtemps les chefs rivaux restent ennemis. La haine se communique à leurs descendants, qui continuent à se quereller et à prendre les armes de temps en temps („ vendetta”). Les Warundi, et les Watutsi surtout, sont très vindicatifs. Quelquefois pourtant on se réconcilie par un échange de cadeaux consistant en bière, boeufs, etc.
Habit.
L’habit (=impuzu, icyambarwa) vraiment national des W arundi est fait de pans d’écorce d’une espèce d’arbre ficus ou sycomore. Les Watwa également n’ont pas d’autres habits,, quoiqu’ils préfèrent les peaux de chèvres ou d’un animal quelconque. Ces peaux sont portées alors par eux de la même façon, Qv-à.-d. attachées sur l’épaule droite (= ku~ hâgâttpà), au moyen d’un noeud ou d’une agrafe (=^ikizano, urwamo ryHmpuzuJj de telle sorte, qu’elles tombent de l’autre côté sur la hanche gauche. Dansl’Uzige, les hommes
attachent leur impuzu^ qui est presque triangulaire, sur l’épaule droite, de la sorte qu’il tombe de l’autre côté sous le bras. Il descend à peine jusqu’aux genoux et ne vêt qu’imparfaitement. Ailleurs dans l’Urundi, les hommes portent souvent trois pièces d’habit: a. un habit de dessous, semblable à celui de l’Uzige = mousewo, ifundo^ avec ou sans franges (—uwuyonga)\ — 6. une pièce, pendante en arrière et attachée autour du cou = umutamana ; — c. enfin une pièce pendante par devant et fixée également au cou par des bandes, ou par une ouverture, pratiquée dans l’habit même — umwitero, ikisatago. Ces deux dernières pièces {b. c.) sont souvent liées ensemble et forment une sorte de scapulaire = insatago. En général, les pauvres ne portent qu’un habit comme celui usité dans l’Uzige. Fig. n». 48e. f. — Dans cette dernière province les inipuzu sont moins travaillés, plus raides, moins souples et moux que partout ailleurs dans l’Urundi. Là aussi on aime les habits à franges (uwuyonga ) ; ces franges sont faites de la même écorce, cousues très coquettement quelquefois sur l’habit, et occupent la moitié de sa largeur. — Dans l’üzige on remarque peu de ces habits frangés. — C’est du luxe, que tout le monde ne peut pas se payer, d’enduire ou d’oindre (— kusïgu) les impuzu avec du beurre. Les Watwa y mettent de l’huile de palme! — Delà, avec le temps, une odeur ,,sui generis”, que les Warundi trouvent délicieuse. — La couleur générale et préférée de l’habit est le noir. Le rouge (c.-à.-d. V impuzu non-teint impuzu y’ uruharra) est la couleur de deuil.
On porte aussi des habits rouges sans être en deuil. Les habits à dessins noirs sur fond rouge (— indabe) sont très recherchés, surtout par les femmes. V. ,,infra'\ Fig. n<>. 41. — L’habit de l’homme est simplement attaché sur l’épaule droite et flotte librement au vent. Quoique, porté ainsi, il ne couvre qu’imparfaitement, les hommes tiennent absolument à le porter de cette façon. Ils l’attachent seulement autour des reins ( = kukenyera) quelquefois pour danser ou pour travailler. Ils ne veulent pas, disent-ils, s’habiller comme des femmes. — Celles-ci (les mariées) sont modestement vêtues, bien mieux que les Négresses ailleurs. Elles attachent leur grsLndhahit C 2 i>rré (= umutamana), l’ayant passé autour du corps, au-dessous des bras, couvrant ainsi toute la poitrine (z=kukënyëra amawere). Puisqu’il glisse et qu’il tombe ainsi assez facilement, elles le fixent, au moyen d’une bande (=iminoni) artistement tressée, au-dessus des mamelles.
Par un autre bandeau (— ikltsïbôy umweko), ou une ceinture elles le serrent autour des reins. Fig. n<^. 48c. Pour n’être pas gênées dans la marche, elles laissent toutefois, à gauche (où l’habit ne se réunit pas) une fente (—ikiwerere, wayo w’ impuzu, amahwânïrôjy ouverte presque jusqu’à la hanche, à la manière des dames grecques. En général,
HABIT
HABIT
pour ne pas gâter l’habit en le froissant^ on l’écarte de dessous pour s’asseoir. — Les femmes, les mariées principalement^ ont presque toujours deux pièces d’habit : un de dessous (—ifundOj Fig. n \ 48d.), un vieux chiffon frangé, peu large^ et un grand et ample habit par dessus (^(mutamana)f qui descend jusqu’audessous des genoux. Celui-ci sert aussi pour envelopper et porter le bébé sur le dos. On enlève ce pardessus pour allaiter. — Les jeunes femmes et les grandes filles à partir de 12 ans ont un seul impuzuj garni ordinairement de jolies franges, descendant presque aux genoux, fixé à la ceinture et laissant la poitrine et tout le haut du corps nu. Fig. n‘K 48h. De huit à douze ans, garçons et filles ont, au moins quelquefois, un petit chiffon autour des reins, ou bien (les dernières) un petit jupon composé de ficelles pendant à une ceinture, Fig. n'\ 48. Au-dessous de cet âge les enfants des deux sexes sont nus. — Dans la case, à partir du soir, les gens sont complètement dévêtus (— kwambûra). C’est la règle générale chez les Nègres. Aussi, on n’entre jamais dans une case sans avoir frappé à la porte et obtenu une réponse.
Il leur faut le temps pour faire la toilette strictement nécessaire. Toutefois, si la femme a des enfants un peu grandissant, elle se couvre, même chez elle, du strict nécessaire. — Les étoffes tissées d’Europe sont absolument inconnues dans l’intérieur et dans rUrundi en général. Sur le littoral du Tanganika et même dans l’IIzige elles sont rares. Tandisque les Wanyaruanda en raffolent — paraît-il — les Warundi ne les aiment pas. Leur habit national — il faut le dire — est bien plus chaud, plus modeste et plus élégant même, que les mauvaises cotonnades anglaises transparentes (— iwonemna). Si les tissus étaient plus épais (p. e. de légères couvertures), ils les aimeraient bien! Au Tanganika, les chefs en particulier aiment assez le (calicot
bleu) et le préfèrent à de riches „mavala'^ moitié soie de 30 frs. ! — Si les Warundi portent des habits tissés d’Europe, ils les mettent comme leur impuni et l’attachent sur l’épaule. Quelquefois, mais assez rarement, les Warundi s’habillent de peaux (de boeuf) = urahu, impu, urusato, ikirewate. Les Watwa en raffolent et savent très bien les préparer (V. ,,-Pcan”). Les femmes Watwa s’habillent comme les femmes Warundi, et ne portent pas de cotonnades. Si les Watwa préfèrent les peaux, c’est qu’ils ont habité toujours de préférence les forêts, comme de dignes fils des Satyrs, hommes poilus {,jpilosi’\ Ezéch,). — Les jeunes mariées f— umugeni whiwihishiro) portent, lorsqu’elles se montrent à leur père, sur la tête kwitwikira) une espèce de voile, consistant dans un simple impmu umutamanay ou icyambarwa.
Cela se dit: kuhisha umusatsi ~ csLcher les cheveux („^’e^a^ae”, St. Paul), ou: kuhishiwa se = se voiler devant son père. Les jeunes
Watwa font de même. Est-ce une marque de respect dû à la paternité (Cham), ou autre chose? Les jeunes mariées se voilent aussi plusieurs jours, et même des semaines entières, devant leurs maris, qu’elles ne doivent pas regarder. — Les soldats ont une espèce d^ uni forme (V. „Guerre^*)j qui fait leur seul costume à la bataille. Ce sont ordinairement des peaux d'ïnshÿà, d^imponyo ou d'inzobe (gazelle). — Les filles et les vestales-kiranga, ainsi que les ballerines dans les danses rituelles et même ordinaires, ont une toilette à part (=uruyonga, uruhingo). Ce sont des jupons composés de simples ficelles, tressées de l’écorce de l’arbre (ficus) — umumanda, Fig. n'K 48. Les vestales Watwa ont le même costume virginal. Cela ressemble aux guirlandes des Bacchantes, accompagnant dans sa course Bacchus-Kyan-.
gombe aux cris d'Evohé, ou des reines du sabbat moyen-âgeux (Sabaziiis). — Au costume (de femme) il faut ajouter une espèce d'ombrelle (V. ce m.ot et Fig . 9^). ^ — * T i liabxt
d’écorce se gâte assez vite par l’eau et l’humidité. Aussi, on le préserve avec soin.
Si l’on est surpris en route par une pluie, on se dévêtit, on fait des habits un petit paquet qu’on met sur la tête, on couvre avec une feuille verte de bananier ce paquet et on continue ainsi son chemin. En général, on tient à garantir contre le froid ou la pluie, davantage la tête et les épaules que le reste du corps. — Tous les Warundi, hommes, femmes, enfants, vont tête nue, même au plus fort soleil. Une femme nouvellement accouchée porte une couronne („Stirnband”), formée d’épis vides de maïs ou d’autres matières, autour de la tête (= urugori^ urutanyi, urugoreko). — Les femmes en deuil mettent autour de la tête deux bandes, faites de l’écorce sèche du bananier. — Au costume complet de l’homme il faut joindre encore une saccoche (— isaho^ indaha, inshuswa), artistement tressée (— kudzjisha) de impuvu. Fig. n '. 58. On la suspend en bandoulière par une corde ou une courroie kivihagâtïrâ n' umugozi) du côté gauche. En plus de cette saccoche, les hommes portent presque toujours sur eux une corne à tabac liquide (V. , J Priser"), et Un étui pour conserver les chalumeaux à sucer la bière. L’étui se nomme umugano (bout de bambous creux Figi n'K 49), ou: umusheshwe] — le chalumeau lui-même = umukenke (morceau de grosse paille), umunyosho, umunyzosho. On attache cet étui à l’habit (== kwambara umugano) là où les deux bouts se joignent sur l’épaule droite par devant. — Quoique le coton ne manque pas dans le pays, les Warundi ne le tissent pas (= kudzjisha). Dans l’Uzige on voit quelques tissus faits par les W avira, solides, épais et fort bien tissés ( == urwizima, akwamharwa) . On les vend 1 fundo de perles au marché. Quelques femmes en portent, mais les Warundi ne les aiment pas. — Par contre les Warundi sont très
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