DE LA DEUXIÈME EDITION
Je n*ai rien à changer à ces pages. Quand je les écrivais avant l'explosion de la crise américaine, je pressentais (ce n'était pas difficile) que la crise serait longue, douloureuse, qu'il y aurait des fautes et des échecs; mais je pressentais aussi qu'au travers des échecs et des fautes un immense progrès allait se faire jour. On a pris
n PRÉFACE
à tâche d'en douter : à l'aspect de la guerre civile et des maux qu'elle entraîne forcément, au récit d'une ou deux défaites, on s'est empressé de lever les bras au ciel et de proclamer sur tous les tons la ruine des États-Unis.
Ce n'est pas le lieu de discuter des appréciations tantôt superficielles, tantôt malveillantes, qui ont trop souvent cours au milieu de nous, d'exajniner ce qu'a été, ce que doit être l'attitude de notre Europe, ce qu'est notre responsabilité, ce que sont nos intérêts et nos devoirs. Nous seuls, j*ai honte de l'avouer, nous courons risque de rendre douteux le triomphe définitif de la bonne cause ; nous n'avons pas cessé d'être, en dépit de nous-mêmes, l'unique chance et l'unique espérance des champions de l'esclavage.
Peut-être aborderai-je bientôt, dans une nou-
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velle étude, le grave sujet que je me borne à indiquer ici et qui préoccupe à tel point le gouvernement de Washington, qu'il semble vouloir ordonner des préparatifs de défense en vue d'un conflit contre nature entre l'Amérique libérale et nous. Tout arrive , hélas î et l'impossible comme le reste. Il ne suffit donc pas de déclarer cela impossible et monstrueux, il ne suffit pas de constater que les dispositions actuelles de l'Europe sont loin de faire prévoir une intervention en faveur du Sud ; il faut essayer de saper par leur base de tristes sophismes plus accrédités qu'on ne l'imagine, et qui pourraient, à un moment donné, sous la pression de certains besoins industriels ou de certaines combinaisons politiques, pousser la France ou l'Angleterre dans une voie qui n'est pas la leur.