I. — SUBSTANTIFS ET ADJECTIFS § I. — Formation du pluriel
1°) Mots terminés par la voyelle e. On connaît la règle générale formulée par Bonaventure des Périers :
Vous avez tousiours .s à mettre A la fin de chasque plurier, Sinon qu'il y ait une lettre Grestée au bout du singulier :
Et quant E y ha son entier Bontp vous guide à ses bont^'z :
Si vous suyvez autre sentier, Vos bonnes notes mal notez (i).
Ainsi les mots terminés par un e muet prennent un 5 au
pluriel ; ceux qui sont terminés par un e fermé prennent un^.
C'est la règle suivie par Jean Bouchet : menteries, pelleries^
maistres, cloistres; citez , obligez., péchez (2). 2°) Mots terminés par une autre voyelle que e : Après i, y. Jean Bouchet semble mettre 5 ou :; au hasard,
mais il emploie plus souvent la dernière forme : amys [Ep.
(i) Bonaventure Despériers, Œuvres, 1. 1, p. 160. Lettre crestée signifie ici e fermé ou ouvert.
(2) Il est si facile de vérifier la règle que je crois inutile de donner des références. J'ai trouvé les deux mots b*'ave et grave avec un 2 au pluriel:
Ne vous môstrez arrogans ne trop grauez, Ne faictes poinct des glorieux et branez.
2 Mor. IIII, fo 20 a.
FOHMHS GHAMMATICALES 'MU
fam. XI, f" IG a) ; cniiemys [Ep. fam. XX, f" 22 a); endormis {\ Mor. XI, f° 29 d) ; tiowris (1 Mor. XII, f" 35 b) ; comiertiz, peùz (2 Mor. YII, 1° 36 b) ; marlz, periz [Ep. fam. LXXVI, f" 51 c);rempliz (1 Mor. YI, £"21 h); tari z (E p. fam. LXXYl, fo o2 a).
On trouve après la diphtongue oi le plus souvent s au pluriel, quelquefois x, roys, bois, ahhoys (2 Mor. X, f" 44 a); %.ret loix [Ep.fam. I, £"3 a; 1 J/or, VIII, f° 24 d).
Après w, le signe du pluriel est z : dcfenduz, perduz (2 Mor. XI, f» 48 a); t'em<^, coniw:: (2 Mor. VIII, f» 37 b) ; vestuz, vertuz [Ep. fam. XLI, f" 33 d) ; ptarvemiz [Ep. fam. LXIII, f'^ 43 c).
3°) .1/0/6^ terminés par une dentale.
Deux cas peuvent se présenter :
a) la dentale subsiste ; alors le pluriel se forme soit en ajoutant s, soit en ajoutant z : plaincts, maints (2 Mor. VIII, f" 36 b), estroictz, destroictz [Ep. fam. LXXVII, f° 32 b), deitotz, sainctz, espritz (2 Mor. Ill, f° 13 a), regards (1 Mor. VI, f« 21 a), b/edz (1 Mor. VII, 236).
b) La dentale est supprimée ; alors le pluriel se forme en ajoutant s : despiaisans, vestemens, meschans, gaimymens, scauans (2 Mor. VIII, f" 36 b), e7ifans (2 Mor. XI, f° 48 b).
4°) Mots terminés par une labiale. Presque toujours le pluriel est en z : briefz (1 Mor. VI, f° 19 d), chiefz[\ Mor. XII, f° 30 a), excessifz (1 Mor. VI, f° 20 i\),juifz (1 Mor. IV, f° 18 c).
5°) 3/o;s terminés par une nasale. Leur pluriel est en 5 : voisins, raisins (2 Mor. X, f° 42 d), mains, humains (2 Mor. X, f" 48 b), ans (1 3/or. IV, f° 18 d).
6") Mots terminés en al . Le pluriel se forme en aulx : liberaulx, ruraulx (2 Mor. X, f° 43 a), feaulx, loyaulx (2 il/or. X, f<'43 c), chevaulx, maulx (2 3/or. X, f° 43 d).
T**) Mots terminés par &{. Ces mots prennent un :; au pluriel : charnelz (1 Mor. VI, f 20 c), hostelz (1 il/o;\ XII, i^ 30 a), ^ei^we/r: (2 Mor. V, f" 19 a), telz (1 Mor. VI, f° 21 b). Le mot czWfait cienlx (1 Mor. V, f" 19 a).
8°) Mots terminés en il. Us prennent un z au pluriel : gentilz (2 Mor. V, f 22 c), Hz (1 Mo;-. VL P 20 c), /ymVz (1 Mor. VI, f" 21 a), subtilz (2 Mor. V, f" 22 c).
350 JEAN BOLCUET
9°) Mots terminés en ol. Ils prennent un :; au pluriel : folz (1 Mor. VI, f° 21 a).
10°) Mots terminés par r. Le pluriel est en s : Menieitrs, trompeurs (2 Mor. X, f'' 47 c), imprimeurs, facteurs, reprimeurs (2 Mor. XI, f° 48 a), chevaliers (1 Mor. Y, f° 19 b)^ ioe/rs, amours [Ep. fam. XXII, f° 23 b).
Il*») J/o^s terminés par une gutturale. Ils prennent 6" ou z au pluriel : Turcs (1 i/o;-. Y, ^ 19 b), blancs [ibid. f" 19c), clercs {ibid., f» 19 d), pudicz (1 J/o;\ YIII^ f° 23 a), c?«cz (2 3/or. Y, f°21 b).
12°) Mots ter?7iiîiés par s, x, z. Ces mots ou bien sont invariables au pluriel, ou bien changent 5 en :^ ; bras (1 Mor. Y, f" 19 a), corps (1 Mor. IX, f° 26 b), /ra?:; (substantif) (1 Mor. YII, f° 23 c), vingt foiz (1 .I/o;-. Y, f" 18 d).
Les autres mots, substantifs et adjectifs, forment leur pluriel comme ils le forment aujourd'hui : oy seaux (1 Mor. YI, f" 20 c), arbrisseaux, ruysseaux [Ep. fam. XXII, f° 28 b). (Quelques mots en eau prennent cependant un / au pluriel, ils sont assimilés aux mots terminés en al; morceaulx {1 Mor.W, f«21 b).
§ II. — Formation du féminin.
Jean Bouchet forme d'ordinaire le féminin en ajoutant e au masculin ; les mots qui ont déjà pour finale cette voyelle ne changent pas : ordinaire, nocturne, taciturne, honneste, ieune..., etc. J'ai noté ailleurs que certains mots qui aujourd'hui s'écrivent toujours avec e, au masculin comme au féminin, n'ont pas toujours cet e au masculin : facil, difficil (1 .Vor. XI, f° 29 c).
En outre :
1°) Les mots terminés en /, n, s, t, doublent en général la consonne finale : sensuelle (1 Mor. IX, f° 25 d) ; grosse [ibid.^ f° 26 a) ; folle [ibid.) ; chamelle [ibid. f° 27 a) ; spirituelle (1 Mor. X, f° 28 a) ; nette (1 Mor. I, f° 4 d) ; )nien?ie [\ Mor. XII, f° 30 a).
L'adjectif ma/ fait au féminin malle \
FORMES GIIAMMATICALES 351
On dit satyre estre une chose malle,
1 Mor, XIIII, f" 32 d.
2°) Les mots terminés en c changent c en que : pudic (1 Mor. X, f« 29 a), pudique (1 Mor. X, f" 28 b) ; ou ajoutent que au masculin, pudicque (1 Mor. I, f<* 5 c) ; l'adjectif public n'a pas de forme bien déterminée au masculin, on trouve : public et publique (1 Mur. XIII, f« 32 d).
3°) Les mots terminés en /, ou bien ajoutent ne pour former le féminin : briefue, griefue [Ep. fam. I, f° 5 c) ; ou bien changent /en ue : lasciue, excessiue (1 Mor. XIIII, f' 40 b).
4°) Le mot doulx fait au féminin doulce (1 Mor. XII, f*» 31 a) ; le mot faulx, faulse (1 Mor. XII, f" 31 a).
5°) Les mots terminés en eur forment leur féminin en €use, ice ou eresse : auctrice [Triumphes, clxxxii v**) ; debteresse {Triumphes, f" clxxx v'').
6°) Les mots terminés en eux ont le féminin en eiise : vertueuse, défectueuse (1 Mor. IX, f*^ 25 d) ; heureuse [ibid., f" 26 b) ; oiseuse, paresseuse (1 Mor. X, f° 28 a).
L'adjectif grand n'a qu'une forme pour le masculin et le féminin :
Bonne odeur et gvant nourriture.
Triumphes, fo cxxxnii r».
Ne ses maisons trop graus et somptueuses.
1 Moi: I, fo 8 d.