INVENTAIRE DES MEUBLES
DU
CHATEAU DE TOURVES.
Le château de Tourves, par ses vastes dimensions, l'élégance et la richesse de ses installations , avait Taspect d'une résidence royale (1). Cet édifice vraiment grandiose n'occupait pas moins de 2500 mètres de superficie; ses deux principales façades avaient
(1) € Le comte de Valbelle , dit M. Millin , n'avait rien épargné pour embellir ce lieu. Il y avait rassemblé une riche bibliothèque, des tableaux, des statues ; la beauté des arbres , la longueur des allées , la grandeur du château, tout donnait ^ cette demeure l'apparence d'une maison royale >. (Voyages dans les départements du Midi de la France. Paris, 180S, tome III, p. 130).
54 mètres de longueur sur 45. Une cour intérieure, de 30 mètres sur 25, répandait la lumière dans les appartements qui n'étaient pas en façade (1). Un très beau parc, traversé par des allées artistement découpées , précédait le château , et , dans un fouillis de verdure , apparaissaient, de distance en distance , des statues en marbre dont quelques-unes avaient une réelle valeur, si nous en jugeons par la Vénus Callipyge que l'on remarque dans le jardin public de Draguignan, et qui provient des collections de M. de Valbelle. Le château lui-même renfermait des objets d'art et des tableaux en grand nombre; les cheminées^ en beau marbre coloré (2), rehaussaient l'ameublement dont le luxe et le bon goût nous sont connus
(1) Nous avons sous les yeux le plan du cliâtoau, qui nous a clé conimunjiiué , avec divers autres documents prrcicux, par M. Revest, instituteur à Tourves.
(2) « Après avoir visité Saiiil-Maxiniin , nous suivinifs la grande route
de Draguignan. Les coteaux que l'on a|tcrcoit recèlent une grande quantilé de marbres colorés ; Louis XiV les trouva si beaux qu'il ordonna de les exploiter, et qu'on en transporta un grand nombre de blocs pour servir à l'embellissement de Versailles et de Marly. On en a aussi fait usage pour !a décoration du château et des jardins de Tourves. (Milmn Voyagra dans Us dcparmcuts du Midi de la fiance, tome III, p. 130;.
par rinventairequi en fut dressé, en 1792, au moment de la prise de possession du château par la Nation.
Nous relevons dans cet inventaire , que nous publions ci-après in extenso ^ une quantité de meubles vraiment considérable : 40 couchettes avec leurs baldaquins et garnitures en très belle étoffe; 25 canapés et 183 fauteuils , la plupart recouverts en tapisserie des gobelins; 38 glaces , 14 lustres , 12 urnes , des tapis magnifiques, 138 tableaux et près de 1,000 volumes, dont un grand nombre aux armes de Valbelle et reliés par Derome.
Mathieu Barbaroux , maire de Tourves et Jean- Henry Sivan , secrétaire et greffier de la commune, agissant en vertu d'un arrêté du Directoire du district de Saint-Maximin , se rendit, le 25 mai 1792, au château de Tourves, possédé à cette date par le comte Alphonse de Gastellane; et ayant appris du concierge Claude Imbert, que M. de Gastellane était absent , ils procédèrent , en présence des deux officiers municipaux, à la rédaction de l'inventaire du mobilier, dont nous transcrivons ci-après les principaux articles.
Conciergerie. — Un bureau avec 16 tiroirs, bois de noyer, avec ses ferrements.
Un râtelieripouv tenir les clefs de la maison.
Deux encoignures en bois de noyer.
Une table peinte en vert.
Un miroir, cadre doré, 2 pans sur 3.
Quatorze estampes , représentant des blasons, une petite table , pieds de biche ^ avec son tiroir , une chaise de commodité.
Salle d'audience. — Un fauteuil , garni en velours cramoisi.
Huit tabourets garnis en peau.
Un tableau , cadre doré , représentant Cosme- Maximilien de Valbelle.
Appartement de la chancellerie. — Tapisserie en
satin cramoisi.
Bureau avec ses tiroirs, marqueté, de sept pans
de long , écritoire , sablier et clochette.
Un autre bureau , pieds de biche , marqueté , un buste de feu sieur Valbelle dessus.
Huit fauteuils peints en gris , garnis en soie, cramoisi et blanc.
Six grands tableaux , avec leurs cadres dorés.
Trois chaises garnies de sagne (paille).
Un petit chandelier en métal.
Une commode à deux tiroirs, avec son dessus de marbre , un pot-à-eau et sa cuvette.
Deux chenets garnis en laiton.
Une pelle et une pincette , pommes en laiton.
Un miroir de 2 pans.
Une couchette peinte en gris , quatre matelas , un oreiller , sa garniture de velours et satin cramoisi.
Deux rideaux de fenêtres blancs, en mousseline.
Appartement du premier. — Tapisserie à grands personnages.
Une urne et deux ornements en rats sur la cheminée en marbre.
Deux girandoles dorées.
Deux chenets surmontés de deux personnages dorés, pelle et pincettes avec leurs pommes dorées.
Une grande table peinte en gris , avec son dessus de marbre.
Un grand cabaret en tôle , doré et peint, avec 14 tasses à café en porcelaine, bord doré.
Un tric-trac d'ébène, garni en ivoire , avec ses dames vertes et blanches^ cornet et dés.
Deux bougeoirs, en métal, pour servir au tric-trac.
Un damier d'ébène.
Vingt-et-un fauteuils peints en gris, garnis de velours ciselé rouge et jaune, dont deux à bras.
Une table couverte de drap vert.
Un lustre garni, en cuivre doré.
Quatre tableaux, dont trois au dessus des portes et un sur la cheminée.
Appartement de â/"^^ de Valhelle. — Une commode, fond noir, dorée et peinte. Dessus de marbre blanc.
Deux perroquets en faïence.
Un personnage nu en bronze, taille de 2 pieds 1/2.
Trois petits tableaux avec leurs cadres dorés, dont deux ovales et un carré, surmonté du portrait de M"*® de Sévigné, dans un grand cadre doré.
Une tapisserie de damas vert.
Un canapé et dix fauteuils , bois gris sculpté , garnis d'étoffe en laine fleurie.
Deux grands tableaux ovales, cadres dorés; neuf tableaux moyens carrés aussi dorés.
Huit petits tableaux d'un pan , cadre doré.
Un écran garni en laine brodée.
Deux grands chenets , surmontés de deux sirènes, en cuivre doré.
Deux pincettes et une pelle , avec pommes dorées.
Deux urnes dorées , surmontées d'un bouquet de fleurs artificielles.
Deux girandoles en cuivre doré, à deux branches.
Deux chandeliers en cuivre doré.
Deux petits personnages en bronze noir.
Une glace en deux pièces, surmontée d'un tableau carré.
Un lit à baldaquin, sa couchette peinte en gris , sculptée , garnie en vert, quatre matelas, des oreillers, rideaux de damas vert.
Un trépied surmonté d'un cabaret.
Quatre rideaux de fenêtre, taffetas à carreaux verts et blancs.
Deux dessus de porte en tableau carré.
Une petite table, pieds de biche, bois d'acajou, dessus de marbre, bord de cuivre doré, cuvette et pot-à-eau en porcelaine.
Cabinet au fond de la Chambre de Af™® de Valbelle. — Un bureau marqueté, bois d'acajou, pieds de biche, garniture en cuivre doré avec divers tiroirs.
Sept fauteuils à bras, garnis de laine brodée, quatre autres fauteuils en soie mordorée , avec canapé à trois places.
Un cabaret à trépied, dessus de marbre et le bord en cuivre doré.
Quatre rideaux de fenêtre en taffetas cramoisi , vert, blanc et jaune, à grandes raies.
Tapisserie , papier de chine.
Une table avec dessus de marbre et cercle en cuivre doré, guirlandes en dessous.
Un porte-vue de huit pans.
Une table carrée , bois d'acajou , pieds de biche.
Deux dessus de porte , représentant des personnages turcs.
Sur la cheminée , une dormeuse en marbre blanc, sur son piédestal noir.
Un miroir en deux pièces , de 5 pans sur 2, surmonté d'un tableau ovale, encadré dans le plaire, représentant M'»^ de Valbelle.
Dans le cabinet attenant. — Un fauteuil en soie moirée rose, et deux chaises à bras.
Une chaise et un fauteuil couverts de peau jaune.
Une table en bois blanc , servant de toilette et tous les accessoires.
Une petite table en bois d'acajou.
Une table de nuit marquetée, dessus de marbre.
Une théière d'airain.
Salon de compagnie. — Un tapis , de vingt-quatre pans sur trente-six , en laine de plusieurs couleurs.
Quatre pièces de tapisserie des Gobelins, à grands personnages.
Deux commodes en bois d'acajou marquetées , à trois tiroirs, pieds de biche, garniture en cuivre doré, dessus de marbre de couleur et le bord blanc.
Deux urnes , aux extrémités dorées, avec chinois, de trois pans de hauteur.
Une urne servant à brûler des parfums sur un piédestal de marbre gris , soutenu par trois pieds à têtes de mouton, garniture en cuivre doré.
Une autre urne en plâtre , peinte en couleur de marbre, sur trois pieds sculptés et dorés.
Six rideaux de fenêtre en taffetas à carreaux^ verts et blancs.
Deux canapés et quatorze fauteuils, étoffe des Gobelins, représentant diverses fables.
Onze fauteuils, étoffe des Gobelins, vert et gris, un à bras et deux autres garnis en velours blanc et vert, peints en gris.
Un écran garni en étoffe de laine.
Quatre pincettes et deux pelles avec leurs pommes dorées.
Deux chenets surmontés de deux urnes à tète de mouton, en cuivre doré.
Sur la cheminée, une statue en bronze, représentant Louis XIV à cheval, piédestal en marbre.
Deux urnes en porcelaine dorée et peinte, surmontées de fleurs artificielles.
Deux girandoles en cuivre doré, à trois branches.
Deux chandeliers en cuivre doré.
Un miroir en deux pièces, de douze pans sur quatre.
Deux coussins couverts en indienne.
Un tabouret garni en soie.
Une pendule, garniture dorée, d'un pan de circonférence.
Un lustre à six branches, garni de différentes pièces en cristal.
Quatre dessus de porte en médaillon.
Appartement de il/"^« d\)raison. — Une couchette peinte en gris , quatre matelas , deux oreillers , une couverture en indienne, garniture en damas cramoisi, bordée d'un galon en or , avec sa courte-pointe.
Quatre fauteuils bois blanc, sculptés, garnis en velours à grandes raies noires et rouges.
Deux fauteuils garnis en velours cramoisi.
Quatre dessus de porte représentant des fruits.
Un miroir, cadre blanc, 3 pans sur 2.
Un tableau en glace peint à la chinoise et un dessus de cheminée.
Deux rideaux de fenêtre en taffetas cramoisi.
Deux chenets en laiton.
Pelle et pincettes, pommes dorées.
Une table avec dessus de marbre servant de bureau , une cuvette et son pot-à-eau.
Un petit chandelier en laiton, sur la cheminée.
Un petit balai de crin pour le feu.
Appartement de M^^ Demandols . —
Quatre fauteuils, bois sculpté^ peints en gris et garnis en laine brodée.
Deux fauteuils jaune , garnis en satin, bois gris.
Une couchette , quatre matelas dont deux de laine^ un de crin et un de plume, deux oreillers.
Une garniture de lit à baldaquin en satin jaune et sa courte pointe.
Un rideau de fenêtre , en taffetas à carreaux , jaunes et bleux.
Deux tabourets de dix pans de long , garnis en velours cramoisi et pieds dorés.
Un petit tabouret de trois pans de long.
Une paire de chenets garnis en laiton.
Une pelle , et des pincettes , avec leurs pommes d'or, un soufflet et un balei en crin pour le feu.
Un chandelier de laiton.
Sur la cheminée en marbre un miroir , de 3 pans 1/2 sur 2 1/2 , surmonté d'un tableau représentant M"^* de Demandols.
Deux dessus de porte représentant des fleurs.
Cabinet attenant. — Six chaises en agenouilloir peintes en gris, garnies en velours cramoisi , avec six coussins.
Un fauteuil rond , bois gris , garni en peau jaune.
Un matelas en crin , sur une couchette en bois peint en gris.
Une couverture de Naples et une couverture piquée.
Une table à quadrille avec son dessus de marbre, gris et bord noir.
Un tableau , sans cadre, à personnages.
Un dessus de porte représentant du gibier.
Un tableau en carré.
Un rideau blanc bordé d'indienne, fond blanc.
La chapelle. — Un tapis en laine usé (1).
Salle à manger. — 22 chaises , bois blanc sculpté^ garnies de peau verte.
Huit tables de marbre , soutenues par des guirlandes en dessous.
Un lustre, deux flacons d^étain pour l'eau.
Six tableaux et quatre dessus de porte , avec leurs cadres en plâtre.
Quatre rideaux de fenêtre, en laine, à carreaux verts et blancs.
Une fontaine en marbre avec sa coquille.
Appartement de M^^ de Castellane. — Une couchette bois peint en gris, quatre matelas, un oreiller.
Deux rideaux en indienne, fond blanc.
Six fauteuils sculptés , peints en gris et dorés , garnis en indienne.
Un fauteuil bois sculpté , peint et doré , garni de damas vert.
Une table en bois peint en vert et doré , avec son dessus de marbre jaunâtre.
(1) Voir, dans le cabinet précédent, les agenouilloirs. La chapelle était fermée et démeublée depuis 1790.
Une cuvette et son pot-à-eau.
Un chandelier en laiton.
Un rideau de fenêtre blanc garni en indienne.
Un tableau ovale, représentant M'"^ de Valbelle- Castellane.
Une couverture d'indienne et une blanche de Neapoly.
Un couvre pied indienne ^ doublé en soie.
Pas perdu. — Au premier pallier , servant de pas perdu au Salon des Rois :
Une table , pieds de biche, avec son dessus en marbre veiné couleur de chair.
Deux tableaux encadrés , représentant la vue du château et de son parc.
Salon des Bois.
Tapisserie papier velouté vert.
Une table, pieds de biche, sculptée avec son dessus de marbre veiné de différentes couleurs.
Un miroir sur la cheminée encadré dans le plâtre, avec son cadre doré.
Un lustre en verre.
Six tableaux avec leurs cadres dorés , représentant des paysages.
Six autres tableaux encadrés dans le plâtre, représentant l'un Henri IV, un autre Louis XIV , un autre Louis XV, et les trois autres des Gupidons.
Un autre tableau forme ovale , représentant M"^^ de Pompadour.
Quinze tabourets et quatre fauteuils , le tout garni en moquette verte , façon de damas.
Deux rideaux de fenêtre en laine, à carreaux verts et blancs.
Appartement de Tkf"^" de Chavigny. — Une tapisserie en laine représentant des batailles.
Table en bois marqueté, pieds dorés, et ayant au dessous un ange aussi doré , sur laquelle est une urne de marbre, couleur de chair.
Une couchette dans une alcôve tapissée d'un satin velouté en différentes couleurs, deux rideaux, sous pente et courte pointe assortis , quatre matelas et un oreiller.
Dix fauteuils , bois sculpté , garnis du même satin velouté.
Deux tabourets garnis en laine brodée.
Une table à quadrille avec un damier dessus.
Une chiffonnière avec un dessus en cuivre doré, à trois tiroirs.
Un trépied , dessus de marbre , servant à reposer la lampe.
Une paire de chenets avec deux Cupidons dorés , deux pinces et une pelle avec leurs pommes dorées.
Un soufflet et un petit balais de crin.
Deux petites urnes sur la cheminée, avec leurs bords et pieds dorés.
Deux girandoles dorées, à une branche.
Un miroir de cinq pans et demi sur trois pans et demi ^ surmonté d'un tableau, représentant Gabrielle de Chavigny.
Un petit tableau représentant un enfant, cadre doré.
Quatre dessus de porte encadrés dans le plâtre.
Deux rideaux de fenêtre en taffetas vert et blanc.
Cabinet attenant. — Tapisserie en papier avec des chinois.
Un bureau à deux étages , bois marqueté , dessus en marbre blanc.
Un sopha à bouts ovales , bois sculpté , avec deux coussins , garnis en satin fond rouge.
Quatre fauteuils garnis de même.
Deux encoignures en marbre, avec des guirlandes, dessus en marbre , un petit pot-à-eau et sa cuvette , en porcelaine.
Quatre rideaux de fenêtre en mousseline brodée.
Autre cabinet attenant, — Tapisserie en papier gris.
Une table servant de toilette avec sa garniture en mousseline brodée , et la pente en laine à carreaux.
Deux boites, un poudroir et un miroir de toilette en noir.
Deux rideaux de fenêtre en indienne, fond blanc.
Un fauteuil bois gris, garni de peau jaune.
Deux fauteuils gris en bois sculptés, à jour.
Une table à cadrette en bois de noyer.
Un pot-â-eau et sa cuvette.
Un tambour avec papier bleu et blanc.
Appartement de Af™« de Simiane.—lJnG table, bois sculpté, pieds de biche, dessus de n^rbre veiné.
Trois fauteuils , bois jaune sculpté , dont deux garnis en laine brodée, façon des Gobelins^ et l'autre velours gris brodé.
Un tableau avec divers personnages en noir.
Cabinet attenant. — Couchette, quatre matelas, deux oreillers , deux rideaux blanc en mousseline, deux pentes en indienne, fond blanc, ciel de lit à baldaquin et chevet.
Six fauteuils sculptés , peints en gris à jour , avec coussins garnis en indienne^ à fond blanc.
Table en demi-lune, avec marbre^ et guirlandes par dessous.
Pot-à-eau et cuvette à fleurs.
Deux chandeliers en métal.
Une glace à deux pièces, 6 pans 1/2 sur 3, surmontée d'un tableau représentant il/ar^Meri7ec?e Valbelle.
Appartemeni de M^^ de Brancas. — Couchette , quatre matelas^ deux oreillers, alcôve, deux rideaux, sous pente gros de Tours, broché fond blanc, ayant au fond un tableau avec verre^ cadre doré, représentant Sainte-Geneviève.
Six fauteuils , peints en vert, sculptés , garnis en velours, couleur de chair.
Deux rideaux dl fenêtre en taffetas.
Trois grands fauteuils , l'un garni en velours couleur de chair, et les autres en étoffe des Gobelins.
Une commode marquetée, à dix petits tiroirs, avec garniture en cuivre doré , dessus de marbre gris veiné.
Table de nuit en bois d'érable, dessus de marbre.
Deux gros chenets à quatre pieds , pommes en forme d'urnes, laiton doré.
Deux pincettes, pelle avec leurs pommes dorées.
Deux petites urnes dorées, ayant un cercle ovale en vert , sur la cheminée de marbre.
Deux petits chandeliers en métal.
Un buste d'enfant, en marbre blanc, et son piédestal noir.
Un miroir de six pans sur trois^ surmonté d'un tableau , représentant Gabrielle de Brancas , avec son cadre en plâtre doré.
Tapisserie encadrée dans le plâtre, sur toile à rhuile, fond gris.
Appartement de M^^ de Fahri. — Six fauteuils petits, jaunes, sculptés, garnis en étoffe des Gobelins.
Un fauteuil grand en rond , garni en laine brodée.
Couchette, quatre matelas, deux oreillers , alcôve et deux rideaux de satin vert , avec rayures et fleurs à fond blanc.
Un écran peint en petit jaune , garni de laine brodée.
Deux chenets à quatre pieds, avec deux chiens de laiton.
Commode marquetée, à dix petits tiroirs, ses boutons en laiton , dessus de marbre.
Cheminée en marbre, et deux petits chandeliers en métal.
Miroir en deux pièces , de cinq pans sur deux et demi surmonté d'un tableau représentant Susanne de Fabri.
Deux girandoles dorées , à deux branches, un bureau marqueté , pieds de biche , garni en laiton.
Petit miroir avec son cadre doré, d'un pan sur trois quarts.
Chiffonnière dorée, rouge, en fleurs.
Cinq petits tableaux encadrés dans le plâtre, représentant des jeunes demoiselles.
Deux rideaux de fenêtres en taffetas , rayé vert , cramoisi et jaune.
Appartement de la poudrière. — Deux têtes à perruque.
Quatre petites glaces de deux pans 1/2 sur un pan 3/4, avec tablette en marbre, chacune, par dessous et deux autres tables en marbre un peu plus grandes.
Deux fontaines en plomb et cuvette.
Huit petites pièces, dites de Loge, pour le service, meubles ordinaires.
Appartement de M^^^* de Vintimille. — Tapisserie des Gobelins , à grands personnages.
Lit à la duchesse, avec sa couchette , quatre mate-
las, un oreiller , rideaux verts en laine , ciel de lit et parement des Gobelins, doublés de satin vert.
Huit fauteuils , bras et pieds dorés , garnis de satin vert broché , et un autre rouge , brodé en or , pieds et bras aussi dorés.
Commode faisant le demi rond, marquetée, garnie en or , pieds dorés, dessus de marbre blanc , pot-àeau et cuvette en porcelaine.
Bureau à deux étages , bois d'acajou , pieds de biche, garniture dorée.
Deux chenets avec deux petites urnes et deux cupidons, cuivre doré.
Pincettes, pelles, pommes dorées, soufflet et balai.
Miroir, sur la cheminée en marbre, de cinq pans sur deux et demi , surmonté d'un tableau carré , représentant un paysage et deux personnages.
Deux girandoles , cuivre doré , à deux branches.
Deux chandeliers en métal.
Trois dessus de porte ovales et un tableau représentant Anne de Vintimille.
Deux rideaux en taffetas blanc et vert.
Appartement de M"^« de Cabre. — Tapisserie en papier chinois.
Lit à baldaquin , sa couchette , quatre matelas , rideaux de damas vert et blanc.
Six fauteuils, lilas pâle, sculptés^ garnis de damas vert et blanc.
Un autre fauteuil garni en laine brodé.
Commode à deux tiroirs, en bois d'acajou , marqueté , avec sa garniture en cuivre doré, pieds de biche, dessus de marbre blanc, pot-à-eau, cuvette en porcelaine.
Table ovale , servant de bureau , cercle doré, dessus de marbre.
Deux chenets avec leurs pommes de laiton, pelle et pincettes, soufflet, petit balai en crin.
Miroir, au dessus de la cheminée en marbre, de quatre pans sur deux , surmonté d'un tableau ovale , représentant Aimare de Cabre.
Deux bouquets artificiels servant de girandole.
Deux chandeliers en métal.
Deux rideaux en taffetas bleu et blanc, à carreaux.
Appartement de il/"^® Doria. — Tapisserie de damas bleu et gris, lit à baldaquin, couchette, quatre matelas, oreiller, deux rideaux gros de Naples à carreaux , bleu et blanc.
Six fauteuils gris , sculptés, garnis en damas bleu et gris.
Un fauteuil en velours de soie bleu et moucheté.
Une chiffonnière servant de bureau, marquetée , avec les cercles dorés , ainsi que les pieds, et dessus de marbre.
Table en noir, dessus de marbre , pot-à-eau et cuvette.
Deux chenets à quatre pieds avec deux urnes dorées.
Pincettes et pelles , avec pommes dorées , soufflet et petit balais.
Cheminée en marbre , miroir par dessus , de cinq pans sur deux, surmonté d'un tableau ovale représentant Marguerite Doria.
Deux dessus de porte représentant divers personnages.
Appartement de M^^ de Galléan.—L'û à baldaquin, sa couchette sculptée , quatre matelas, rideaux verts en taffetas et gros de Tours , brochés rose et argent.
Huit fauteuils peints en vert et gris , sculptés , garnis en laine brodée.
Bergère garnie en laine brodée.
Table peinte en vert et gris , bois sculpté, trophée de musique au bas , dessus de marbre avec le bord blanc ^ son pot-à-eau et cuvette en porcelaine, cramoisi et vert.
Table en bois noir, dessus de marbre.
Deux chenets , deux urnes argentées , deux pincettes et pelles avec pommes argentées , soufflet et balais.
Cheminée en marbre , par dessus un miroir de six pans sur deux , surmonté d'un tableau ovale représentant Anne de Galléan.
Appartement de M. de Sainte-Tulle. — Tapisserie en laine, à grands personnages.
Deux portières marquetées vertes.
Un canapé à quatre places gris , bois sculpté , garni de laine brodée.
Quatorze fauteuils garnis en moquette verte.
Deux tables, pieds de biche , bois sculpté, servant de bibliothèques , ayant quinze gros volumes chacune , y compris VEnci/clopédie , dessus en marbre veiné, couleur de chair.
Quatre flambeaux.
Une table à jeu de quilles, bois rouge.
Un baromètre et un thermomètre , un réverbère.
Deux rideaux en taffetas vert.
Deux chenets , avec une figure , représentant une femme et un homme en bronze.
Un buste en plâtre , du Maréchal de Saxe , sur la cheminée de marbre , soutenue par quatre colonnes.
Trois tableaux représentant des paysages, avec cadres dorés.
Un autre tableau représentant un sacrifice , cadre doré.
Trois dessus de porte représentant des enfants.
Appartement attenant à celui de M. de Sainte- Tulle, vis-à-vis la galerie. — Un lit à baldaquin, couchette bleue , rideaux de damas tissu cramoisi et blanc , grands dessins , et sa courte pointe, quatre matelas, deux oreillers avec deuxvisières , sur le ciel de lit, dorées.
Tapisserie, mêmes nuances que le lit.
Seize fauteuils , bois bleu sculpté , garnis d'étoffe des Gobelins en soie, dorés.
Une commode marquetée en fleurs avec garniture dorée , pieds de biche dorés sur cuivre , dessus de marbre veiné gris.
Ecran bleu et blanc sculpté , garni d'étoffe des Gobelins en soie, avec deux médaillons y ayant deux tourterelles.
Un bureau à trois étages, bois d'acajou marqueté , avec dessus en marbre.
Deux gros chenets avec des lions dorés , pelles et pincettes, pommes dorées, soufflet et balais.
Deux piédestaux portant^ chacun, le buste d'un enfant.
Une glace en deux pièces , sur la cheminée de marbre, celle de dessus en demi rond de huit pans sur quatre , avec cadre et couronnement surmonté d'un tableau ovale^ représentant Gosme-Maximilien- Louis de Valbelle.
Un tableau avec son cadre ovale, représentant M. de Choiseul.
Quatre dessus de porte avec cadres dorés, représentant les quatre Saisons.
Deux tables, dessus de marbre, couleur de chair, avec des guirlandes par dessous en bois.
Deux girandoles dorées à trois branches.
Deux flambeaux.
Cabinet attenant, où se trouve le linge de la maison, comprenant :
Cent douzaines de serviettes de différents dessins.
Deux cents draps de lit.
Vingt douzaines de nappes.
Trente douzaines de torchons , trente douzaines de tabliers de cuisine.
Plusieurs tables sur lesquelles le linge est déposé.
Vingt-cinq tableaux avec leurs cadres dorés , représentant la famille « et des amis d'icelle ».
Deux petits tableaux , cadre doré en rond , quatre rideaux de fenêtres en taffetas vert.
Onze cases, dont neuf remplies de livres et les autres deux de divers instruments.
Appartement de domestique , attenant au cabinet cidevant.
Lit à baldaquin , un pliant, paillasse, matelas, oreiller, rideaux jaunes.
Un placard en trois parties, dans l'une desquelles sont des couvertures et les autres des couvertures d'été et les Ornements de la chapelle.
Une petite table en bois blanc avec sa toile cirée, deux chaises, un bougeoir de laiton.
Appartement de la galeine. — Buste de Michel Nostradamus , sur la fenêtre, au fond.
Deux rideaux à chacune des six fenêtres, taffetas jaune, citron et blanc, à carreaux.
Deux portes, ayant six glaces chacune.
Deux tables à quadrille , pieds de biche , en bois de noyer, couverture verte en drap.
Une autre table à triangle couverte de drap vert.
Une autre à « cizagonne », garnie de velours vert rayé , ayant un trou au milieu pour jeu.
Une autre de six pans sur trois , couverte de drap vert.
Une autre , même longueur et largeur , pieds de biche.
Trois autres grandes tables , le dessus de celle du milieu en marbre fleuri avec un médaillon au milieu, et les deux autres en marbre uni bleu, veiné , ayant chacune des trophées à carquois. Sur deux de ces tables sont deux urnes en porcelaine de la hauteur de sept pans, avec leurs garnitures enguirlandées , dorées, terminées par une pomme de pin aussi dorée (1); sur la table du milieu est une pendule sur son piédestal , de la hauteur de deux pans, avec deux chan-
(1) Ces deux grandes urnes jont actuellement au Musée de Draguignan.
deliers à quatre girandoles aussi de deux pans de hauteur , le tout doré.
Une table ronde, bois de noyer, servant à jouer avec une boule.
Un grand cabaret , servant pour les tasses , sur son piédestal de quatre pans de haut , bois d'acajou.
Deux petits cabarets sur leurs piédestaux , ayant leurs ronds ou cercles dorés, le dessus de marbre.
Un pupitre , en bois d'acajou.
Un dévidoir, en bois d'acajou.
Un métier à broder, bois rouge doré.
Deux grands canapés , de dix pans de long, avec quatre coussins chacun , le tout garni en peau jaune.
Vingt-deux petites chaises, garnies en peau jaune.
Quatre tabourets, garnis en peau jaune.
Dix-huit fauteuils à bras , avec leurs dossiers, le tout garni en peau jaune.
Six lustres à cinq faces , ayant chacun un lampion à trois branches.
Un jeu de l'oie et un jeu de balle, bois d'acajou, de deux pans sur un pan et quart.
Une statue marbre blanc, de trois pans et demi de hauteur , représentant une femme nue , sur son piédestal en bois de noyer.
Vingt-quatre grands tableaux encadrés dans le plâtre, à grands personnages, représentant des membres delà famille de Valbelle.
Sept tableaux aussi encadrés dans le plâtre, représentant des blasons.
Quatre autres tableaux de sept pans sur cinq, représentant divers combats, tant de terre que de mer.
Un autre représentant le plan de l'hôpital de Saint- Omer.
Un buste sur la porte d'entrée.
En entrant, de chaque côté, est une étagère en bois , remplie de gros volumes , à droite , au nombre de dix-neuf et à gauche , de quatorze.
Sur la table de marbre des dites étagères, sont des personnages représentant des « dieux marins », sur des piédestaux en cuivre doré.
Une petite chaise servant d'agenouilloir , garnie en moquette bleue et blanche.
Un tabouret à trois places, moquette verte.
Appartement de la reine Jeanne, au troisième étage. — Tapisserie en indienne , fond blanc , ramage bleu et rouge, avec des oiseaux.
Deux rideaux en taffetas cramoisi.
Un lit , sa couchette , peinte en gris , quatre matelas , un oreiller, deux rideaux blancs de mousseline, garnis d'indienne, assortissant la tapisserie.
Six chaises, garnies d'indienne avec leurs dossiers.
Cinq fauteuils à bras , dont deux garnis d'indienne égale à celle des chaises , deux garnis avec leurs coussins mouvants , par dessus en laine brodée et l'autre garni en étoffe verte petits grains , bois doré, coussin mouvant, ponceau , brodé en or.
Une bergère, garnie en indienne, rayée fond blanc, en bois gris sculpté.
Chenets en fer avec leurs pommes.
Une glace, sur la cheminée de marbre, de trois pans sur deux , surmontée d'uu tableau ovale, représentant la reine Jeanne encadrée dans le plâtre.
Deux girandoles , avec une urne au milieu à deux branches, en cuivre doré.
Deux petits chandeliers en métal.
Une commode garnie , dorée , fond noir à bombement, pieds de biche , cuivre doré avec des chinois peints au bombement , dessus de marbre blanc , potà-eau et cuvette en porcelaine bleue et blanche.
Chiffonnière en bois d'acajou, pieds de biche^ mar-
quetée, dessus de marbre blanc , cercle et garniture en cuivre doré.
Trois dessus de porte^ peints en camaïeu.
Appartement de Henri IV. — Lit, couchette, quatre matelas, garniture de lit filoselle jaune, un tableau cadre doré, avec son oreiller, deux chenets.
Une glace sur la cheminée de marbre, de trois pans sur quatre , surmontée d'un tableau représentant Henri IV, avec cadre doré.
Une table , dessus de marbre, pot-à-eau en porcelaine rose et blanche.
Quatre chaises à bras ., bois sculpté , garnies de damas jaune.
Deux autres chaises couvertes en jaune.
Un fauteuil en damas jaune.
Cinq petits médaillons, dessus de porte de un pan, des rideaux en mousseline.
Trois cabinets, et dans l'un un tableau représentant Gabrielle d'Estrées.
Appartement de M'"° dWrzaqui. — Un lit à la duchesse, trois matelas^ un oreiller, rideaux en indienne rougeàtre, tapisserie de même.
Glace , commode , table , deux grands fauteuils , quatre chaises, deux rideaux.
Appartement de M™« de Candolle. — Un lit à baldaquin^ couchette^ quatre matelas , oreiller , rideaux d'indienne à flamme.
Une glace sur la cheminée ^ trois fauteuils , deux chaises^ commode.
Un ex veto à l'image de la S*^-Vierge,
Appartement de M""^ Hue. — Mobilier relativement modeste.
Deux cabinets.
Appartement de ikf^^» Renaud. -- Mobilier également modeste.
Deux cabinets.
Gela fait , nous serions transportés dans la pyramide, située dans le grand parc^ et y aurions trouvé:
Une momie, marbre blanc (sic), sur piédestal noir.
Laiterie. — Six tables en marbre blanc le long des murs, six chaises.
Une urne en marbre , couleur de chair , son piédestal en pierre froide.
Deux trophées de guerre , en pierre brute.
Trois vases de faïence pour le lait.
Deux encoignures , dessus de marbre blanc
N'ayant plus rien à inventorier et pourvoyant à la
sûreté et séquestration des meubles et effets dudit sieur de Gastellane, nous avons fait appeler le sieur Louis-Thomas Sivan, son fermier général des terres et droits de Tourves , et l'avons interpellé s'il consentait à se charger de tous les dits meubles. Il a déclaré se rapporter à l'inventaire , après lecture^ et l'avons constitué séquestre.
Et de son consentement, toutes les clefs de la dite maison et dépendances ont été laissées au pouvoir de Claude Imbert, concierge.
L'inventaire des meubles du château , commencé le 25 mai 1792, était terminé le 6 juin. La mise en vente aux enchères publiques de ce beau mobilier , qui eut lieu l'année suivante , dura plus d'un mois , du 14 avril au 18 mai 1793; elle produisit 76,764 livres. Ce chiffre paraît bien minime si on considère les sommes considérables que les Valbelle avaient consacrées à l'ameublement de leur immense château, ne comprenant pas moins de cinquante pièces. Il est vrai que les tableaux de prix et les objets d'art ne furent pas mis en vente; les commissaires délégués les expédièrent à Saint-Maximin , où siégeait
le Directoire du district. Plus tard, on en fit la distribution entre les musées du département; celui de Draguignan reçut en partage quelques tableaux (1), deux beaux bronzes et quatre urnes en porcelaine de Chine d'un grand prix (2).
Les meubles mis en vente furent presque tous achetés par les habitants de Tourves; a peine vit-on quelques étrangers, venus de Marseille, de Brignoles ou de Saint-Maximin, en acquérir un certain nombre.
Un marchand marseillais, nommé Villard, acquit , au prix de 1,700 livres, une couchette avec sa garniture en damas cramoisi, et poussa jusqu'à 700 livres une pendule « d'un pan de circonférence». M. Samatan eut, pour i,000 livres^ un magnifique bureau en bois d'acajou marqueté; mais Louis Castellan ^ de Tourves, ne se laissa pas enlever les superbes tentu-
(1) Parmi ces tableaux figure le portrait de Suzanne de Fabri, comtesse de Valbelîe , dont il a été question dans le cours de cette étude (page 14); charmante petite toile attribuée à Mignard.
(2) Ces urnes ont été l'objet des sollicitations de divers antiquaires; l'un d'eux en offrit 100,000 francs ; mais il comprenait , dans ce riche lot , l'armure du XVI* siècle , qui a une très grande valeur et qui provient du château de Vintimille du Luc.
res des Gobelins qu'il eut au prix de 2,015 livres ; il eut également une pendule dorée « de trois quart de pan de circonférence », à 325 livres. Probace Biscarre paya 600 livres une autre belle pendule, montée sur un piédestal de deux pans de hauteur. Lieutaud , d'Ollioules , se fit adjuger , moyennant 1,055 livres, une couchette richement garnie, et Gasq (Emmanuel) de Marseille , acquit , moyennant 605 livres, le tapis de pied, de trente-six pans sur vingt-quatre, que nous avons remarqué dans le salon de compagnie (1).
Tous les autres meubles restèrent aux habitants de Tourves , qui en encombrèrent leurs maisons et leurs bastides. On ne comprendrait pas les sacrifices qu'ils s'imposèrent à cette occasion , si on oubliait que les assignats , devenus la monnaie courante , perdaient déjà le 50 % et qu'il était avantageux, dans ces circonstances , de les échanger contre des objets d'une réelle valeur.
Parmi les plus ardents acquéreurs, je citerai Louis Sivan , qui employa une forte somme à de nombreux achats, n'hésitant pas à se charger de plus de meu-
(3) Voir ci-dessus, page 9.
blés qu'il n'en faudrait pour garnir un hôtel : quatre commodes , quatre canapés , quinze fauteuils , trois couchettes, sept matelas dont trois en plumes , quatorze rideaux, douze chenets, et divers autres objets, moyennant la somme totale de 5,561 livres.
François Sivan acheta une belle commode , fond noir, dorée et ornée de peintures , au prix de 670 livres , et un bureau d^acajou , à deux étages^ avec des ornements en cuivre doré. Victor Sivan, plus modeste, acheta un prie-Dieu avec coussins en velours cramoisi , moyennant quatorze livres. Chrétienne Sivan eut douze serviettea et une nappe pour 76 livres , et une commode marquetée à dix tiroirs , pour 150 livres. Louis-Augustin Sivan acheta six fauteuils, une couchette garnie en satin vert et un grand fauteuil , au prix totdl de 530 livres. Madeleine Sivan paya 200 livres une tapisserie en indienne , fond blanc, avec des bouquets bleus , et deux rideaux de fenêtre assortis.
Antoine Laugier acquit, moyennant 379 livres, deux bureaux, dont un est devenu la propriété de M.Chaillan, propriétaire à Draguignan. Ce meuble est remarquable par la parfaite conservation du blason des
Valbelle, incrusté en marqueterie sur la partie extérieure de la tablette , ou « abattant », qui , en s'ouvrant, découvre trois rangées de tiroirs superposés.
Marie Banon, de Tourves, obtint, dans cette adjudication ^ si disputée, un très beau lit ainsi décrit : « Couchette et tapisserie d'alcove, avec garniture de lit et courte pointe en satin velouté en différentes couleurs. » Elle resta maîtresse de l'enchère moyennant la somme de mille quinze livres.
Nous n*en finirions pas si nous voulions énumérer tous les meubles qui sortirent de ce vaste et somptueux château, pour aller s'empiler dans les plus modestes demeures de Tourves; beaucoup d'entre eux sont encore possédés par les descendants des acquéreurs, mais un plus grand nombre a été acheté par les antiquaires de Marseille et de Toulon.
Quand les derniers meubles eurent été enlevés , il ne resta en place que les cheminées en très beau marbre et quelques ornements adhérents aux murs. La population voyant cet immense bâtiment abandonné , se crut autorisée à le détériorer, sous le prétexte d'effacer tous les vestiges de la féodalité ; les
armoiries furent effacées ou brisées (1). Les marbres des cheminées richement sculptés parurent de bonne prise ; l'administration municipale dut intervenir pour en empêcher le pillage (2).
De son côté , l'administration militaire ayant besoin , pour ses ateliers d'armes , de certains matériaux , eut la singulière pensée de faire main basse sur les ferrements du château. Le 8 octobre 1793, les administrateurs du district , écrivaient aux officiers municipaux de la commune de Tourves : «Nous vous avons chargé de faire enlever tous les fers du parc, des portes du parc et du jardin du ci-devant château, de même que le plomb qui est sur la chapelle et sur l'horloge ; nous comptons sur votre zèle pour nous les adresser (3). »
Vers le 20 novembre de cette même année , une
(1) Une loi, du 14 ventôse an II (4mars 1794), devait plus tard légitimer ces dévastations, en ordonnant la suppression de tous les signes féodaux.
(2) La vente des cheminées fut ordonnée plus tard, mais déjà on en avait enlevé un grand nombre.
(3) Archives départementales. Correspondance du district de Saint-Maximin.
partie du château fut affectée à un hôpital militaire (1), et pour installer des salles plus spacieuses , on fut obligé de supprimer quelques portes et un certain nombre de cheminées (2). La population profita de cette circonstance pour dévaliser la partie du château qui était restée sans emploi (3).
Cependant, l'administration militaire continuait à
(1) « En réponse k votre lettre du !«' frimaire an II , écrivait l'administrateur du district de Saint-Maximin à l'administration du département, nous avons l'honneur de vous dire que le ci-devant château de Tourves a été pris pour l'hôpital militaire depuis huit jours >. Cette iffectation fut régularisée, le 25 messidor, par un ordre du citoyen Eyssautier, commissaire ordonnateur en chef de l'armée d'Italie.
(2) « 11 a été déplacé plusieurs cheminées en marbre et portes , en établissant l'hôpital militaire au ci-devant château de cette commune. Veuillez bien en faire ou en ordonner la vente, pour que lesdites cheminées et portes ne dépérissent pas; car il pourrait arriver qu'on cassât les cheminées qui sont déposées dans un endroit peu sûr >. (Lettre du -.îl fructidor an II— 7 septembre 1"94— adressée à l'administrateur du district par la municipalité de Tourves).
(3) Déjà , dans une lettre du 15 février 1794, le président du comité de surveillance avait signalé « les dégâts et dommages en tous genres » qui se commettaient dans la maison de l'cmigré Castellane : « On a enlevé . disait-il , les serrures des portes, cassé les vitres et les glaces des fen ê très ».
occuper l'ancien château, qui tombait en ruines. Nous lisons, en effet , dans un arrêté du 4 floréal an IV (23 avril 1796), que l'officier de santé en chef « attaché à l'hospice militaire de Tourves » était désigné pour constater l'état de santé des citoyens requis pour le service. Mais , deux ans après , le 14 mars 1798, la municipalité faisait procéder à l'estimation de l'immeuble qui devait être vendu aux enchères , et l'expert chargé de cette mission s'exprimait ainsi : « Après avoir examiné l'état des bâtiments entièrement délabrés et dévastés , sans couverts ni portes ni fenêtres ». Et le 7 juin suivant , lorsque Mathieu Barbaroux s'en rendit acquéreur (1), le château s'écroulait de jour en jour. L^abandon, dans lequel il le laissa , dut contribuer à la destruction presque complète des constructions dont il ne reste aujourd'hui que quelques pans de mur.
Cependant ces ruines , rehaussées par la magnifique colonnade et l'obélisque restés debout, conservent un aspect qui ne manque pas de grandeur. Mais on ne peut se défendre d'un sentiment de tristesse ,
(1) Voir, ci-dessus, page 57.
en songeant que ce château fut, pendant de longues années, le rendez-vous de la noblesse provençale et des artistes de tous les pays , qui étaient accueillis avec la plus aimable courtoisie par un Mécène instruit et généreux , par un grand seigneur dont l'immense fortune était répandue à pleines mains autour de lui (1).
Aussi le comte de Valbelle fut-il unanimement regretté. La municipalité de Tourves elle-même , avec laquelle son agent d'affaires avait eu des procès (2), témoigna ses sentiments sympathiques quand la nouvelle de sa mort vint surprendre et affliger toute la population. Le conseil communal vota à l'unanimité un service solennel pour le repos de son âme : « Le conseil, bien pénétré des sentiments d'affection à la
(1) Mirabeau dit dans une de ses lettres publiées par M. de Montignv, que la société de Tourves était une cour d'amour, et ajoute que It comte de Valbelle était assurément le plus opulent elle plus magnifique seigneur de la |)rovince. [Lettre de Mirabeau à .V"" du Saillant, sa sffur, du 15 octobre 1789J.
(2) Il est vrai , qu'après avoir gagné un pro'^i'S injuste iiue la commune lui avait intenté, le Comte de Valbelle voulut payer tous les frais de procédure, mis à la cliarge de la ville par l'arrêt du parlement qui l'avait coudamnée.
perte que la communauté a faite par la mort de son seigneur, a unanimement délibéré que , pour donner une faible marque de ses regrets y il sera fait le premier jour libre, dans la paroisse de ce lieu , un service à la mémoire du dit seigneur comte de Valbelle, et aussi solennellement que faire se pourra; auquel service les dits sieurs maire et consuls et ceux du conseil moderne assisteront » (1).
Plus tard , la marquise de Valbelle , revenant de Paris , où elle s'était rendue pour exécuter les volontés dernières de son fils, tomba malade, et la municipalité de Tourves^ qui s'était informée anxieusement de l'état de sa santé , lui envoya, après son rétablissement, une députation pour lui exprimer les vœux de ses vassaux : « Le conseil ayant appris avec une entière satisfaction l'arrivée et le rétablissement de la santé de M"^® la marquise de Valbelle , a délibéré de députer le sieur Bonis, maire , et le sieur Blain consul , pour se porter à la ville d'Aix , aux fins de se représenter devant la dite dame de Valbelle , pour l'assurer , au nom de la communauté et au nom de
(i; Séance du conseil communal de Tourves , du 29 navembre 1778.
ses vassaux de Tourves , de la part qu'ils ont prise au rétablissement de sa santé qui est si chère à l'uni versalité de ses dits vassaux, lesquels sont chargés de la prier de vouloir bien continuer sa protection et ses bontés pour cette communauté y qui ne cessera jamais de faire pour elle des vœux ardents et sincères ».
Tel était le Comte de Valbelle , telle était la Marquise sa mère , ces dignes représentants de la bonne et sympathique noblesse de Provence , ces grands seigneurs de l'ancien régime qui étaient, assurément, les meilleurs amis du peuple.