SCENE PREMIERE
JACQUES, peignant au chevalet. — JEAN est derrière lui, donnant des conseils. — ANTOINE est couché sur le canapé. Il sommeille.
JEAN (à Jacques)
C'est pas çà, mon vieux... c'est pas çà... Tu fais là un ton qui ne chante pas avec ton ciel. Tu ne sens donc ‘pas qu'il faut que ça chante? Pas vrai Antoine.
ANTOINE (se réveillant) Hein! Quoi ?...
JEAN (à Antoine)
Regarde-moi un peu ça... (montrant la toile.) Trouves-tu que ça cliante ?
ANTOINE (se soulevant sur un coude et regardant)
Ca... ça hurle, ça ne chante pas (il se laisse retomber sur le canapé).
JEAN
Tu vois, mon petit... Antoine a raison et, sans aller aussi loin que lui... Ça bafouille….
JACQUES (dépité, se lève en jetant ses pinceaux)
Jamais je ne finirai mon tableau, si vous vous mettez deux à le critiquer.
JEAN
Après tout, fais donc comme tu l'entends. Ce que je t'en dis moi, c’est à cause de l'Art !.. du grand Art !.. Moi je ne connais que ça. |
à JACQUES
Et moi... je m'en bats l'orbite du grand Art. Croyez-vous que le père Moineau, le marchand de tableaux, s’en occupe, lui, du grand Art ! C’est le moindre de ses soucis, et, pourvu qu'il m'achète mes toiles au rabais, c’est toute sa préoccupation et c'est là toute sa science .. et il ne se fait pas faute de l’exploiter, sa science .. dans les grandes dimensions.
ANTOINE (se levant) Sur ton dos, pas vrai ?
JACQUES
. Mon cher Maître, j'aime mieux vendre mes toiles, si mauvaises soient-elles, que dé ne pas vendre du tout, comme vous, qui en faites du grand art... Qu'’estce que ça vous a rapporté, le grand Art ?...
JEAN (à Antoine)
Mets ça dans ta poche, mon vieux.
ANTOINE
C'a m'a rapporté l'espoir de me voir apprécié un jour par un Mécène éclairé qui m'ouvrira d’abord les portes d'un salon quelconque, en attendant le grrrand, le vrai, le seul jour où ma peinture sera appréciée du vrai Public. La vente ira toute seule ensuite, Le tout est de pouvoir percer.
JEAN
Jusqu'à présent, nous n'avons réussi qu'à percer nos souliers et nos habits. Quand je dis nos habits... c’est du luxe. C’est notre habit qu'il faut dire, puisque nous n’en avons qu'un pour nous trois,
JACQUES
Et encore, c'est moi qui l’use (il se remet à peindre).
ANTOINE (bäillant)
J'ai des crampes d'estomac. En attendant la Gloire, si on parlait de déjeuner. J'ai beau ne pas prendre
bite n.