‹ Un heritage; pièce en quatre actes, en proseChapitre 3 sur 46 · DR · texte numérisé non relu

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d'apéritif.. et pour cause... je n'en ai pas moins un appétit à dévorer des cailloux, comme feu Saturne.

JEAN

Plaisanterie à part, tu as peut-être raison. Il y a temps pour tout. Nous travaillons depuis assez long- . temps...

JACQUES (à son chevalet) J’te-crois.….

ANTOINE

pour nous inquiéter du menu du déjeuner.

Ça c’est du domaine du Trésorier de la Société. Adresse-toi à Jacques, puisqu'il n’y a que lui qui encaisse et rapporte à la maison.

ANTOINE

Approchez, jeune capitaliste, et dites-nous quel menu de Lucullus vous avez à nous mettre sous la dent.

JACQUES

Mettez d'abord le couvert. Je vous ménage une surprise qu’il ne faudrait pasrenouveler trop souvent. (Antoine apporte la petite table au milieu de la scène sur le devant. Jean va prendre un journal qu'il met en guise de nappe sur la table. Jean est allé chercher du sel dans un cornet de papier et une miche de pain qu’il pose sur la table. Jacques revient et tire avec orgueil un gros oignon d'un panier.)

ir :

JACQUES

Voilllà, voilà. D'abord, et pour commencer, un « allium cæpa » d'un embonpoint majestueux, suffisant pour apaiserun Gargantüa authentique. Ce fut le mets préféré des Carthaginoïs et des Romains, savez-vous ?

M. Vatel votre fournisseur ne vous a donné... JACQUES {rectifiant) … Vendu, pardon.

ANTOINE … qu'un vulgaire oignon de cuisine. Il est vrai qu'il tiendrait sa place dans une nature morte. JACQUES

Ne le dédaignons pas. C'est un mets des plus succulents.

ANTOINE

Je veux bien vous croire, jeune pourvoyeur des dieux, mais alors, il va falloir vous mettre en tutelle : vous faites des prodigalités qui n’ont pas de nom, et vous avez dû écorner notre budget dans des proportions colossales ?...

JEAN Sans K .. au moins ?

JACQUES

NT ME JEAN Rien... c'est trop profond pour toi.

ANTOINE Et avec ça ?.. | JACQUES (montrant le cornet)

.…. Sel à volonté (élevant la miche en l'air), pain à discrétion, ANTOINE Et... sans indiscrétion. . pourrait-on savoir de quels

crûs olympiens nous allons arroser cette ambroisie digne d’un festin de Sardinapale.

JACQUES (occupé à couper du pain) :

Qu'est-ce que vous dites ?

JEAN

Rien, c’est trop profond pour toi. On te demande, jeune éphèbe, ce que va verser dans nos coupes d’albâtre la jeune Hébé absente de notre ciel olympien.

ANTOINE Ça veut dire, mon petit : Qu'avons-nous à boire? JACQUES

Fallait donc le dire (il va chercher la cruche et trois gobelets militaires). Voilà, voilà... ne laissons pas refroidir le plat ce résistance.

ANTOINE

Car l'oignon réchauffé ne valut jamais rien. A table. (11 prend une chaise qui se rompt quand il veut s'asseoir.)

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