‹ Un heritage; pièce en quatre actes, en proseChapitre 31 sur 46 · SCENE VI JACQUES, JEAN, ANTOINE · texte numérisé non relu

SCENE VI JACQUES, JEAN, ANTOINE

ANTOINE

Ce diable de Baron est un tentateur, mais il a rai-

son (il appelle à la porte de droite). Jean, Jacques, venez ici vite.

JEAN et JACQUES (en costumes élégants) Doucement... ne nous pressons pas... il faut y mettre du décorum..… Bonjour,cher... (pirouettant sur

ses talons) suis-je à ton goût, Monseigneur (il prend une pose prétentieuse).

JAGQUES (de même)

Et moi? Comment Votre Excellence me trouvet-elle ?

ANTOINE (examinant)

Très bien... Parfait... Au moins vous voilà présentables... Il n'y a plus que votre langage et vos manières qui sentent encore trop l'atelier et puis. (à Jean) tu sens le tabac d'une lieue…..

JEAN

Moi !.,. Je n'ai pas fumé une pipe de la journée. Si je continue je vais avoir la bouche fraiche comme une rose. Les papillons vont venir folâtrer sur mes lèvres. (changeant de ton) Sérieusement, qui pourraît croire en nous voyant ainsi transformés que nous étions, hier encore, dans notre soupente, de joyeux rapins tirant des plans pour nous procurer le demilouis dont nous avions besoin pour faire réparer notre habit des cérémonies.

ANTOINE (riant)

Nous le dirions aujourd’hui qu'on ne nous croirait pas.

JACQUES N'aie crainte, nous serons muets sur ce chapitre, mais je n'ai pas oublié l'événement,

ANTOINE

Moi non plus, mais dans ma nouvelle situation, il va me falloir prendre une détermination qui m'embarrasse un peu.

JEAN

A quel propos ?

Ce

ANTOINE

À propos de l'avenir, Voyons mes amis, seyez-vous et prêtez à mon discours une oreilie attentive,

JEAN

Eh bien !.. dis-nous la chose...

ANTOINE (brûlant ses vaisseaux)

Eh bien !.. le Baron me propose de m'adopter pour son fils !... là !!!

JACQUES

Et, .… en échange... de payer ses dettes ?

JEAN (gravement)

Tais-toi, Jacques... cessons de plaisanter. Le tour de la conversation prend un caractère de gravité à laquelle je ne m'attendais pas (à Antoine). Ainsi, tu trouves que le nom de ton père n'est pas assez ronflant ni assez honorable pour soutenir l'éclat de ta nouvelle fortune! il te faut celui des Trocalé ? Sais-tu, seulement, s’ilest aussi propre que le tien ?... Veux-tu que je te dise mon opinion ?... tu n'es qu'un vaniteux et qu'un imbécile !.…..

ANTOINE

Jean !… JEAN

… Et un mauvais cœur...

ANTOINE (serrant les dents)

Jean!

Or

Ah !.. maintenant, rien ne m'étonnera plusdetoi.«. je te savais ambitieux... tu n'es qu’un ingrat envers ton bienfaiteur, un égoiste envers nous et un lâche - en attendant que tu deviennes pire... ce qui arrivera >. bientôt.

ANTOINE (serrant les poings)

JACQUES (suppliant Jean) Oh! Jean !.… ANTOINE

4 C’est Ça... tu veux une explication... crois-tu que . je la redoute... tu me reproches de n'avoir pas envoyé d'argent à l’un de tes amis... Mais, à la fin, je » me lasse d’être un..….imbécile.… Crois-tu queje veuille . continuer à être la vache à lait de tous les bohêmes + que nous avons connus ? J'aime les Arts, c’est en- tendu... et je veux protéger les véritables artistes, . mais non les fainéants qui abritent leur paresse sous …—. une fausse vocation ?.. Qu'ils travaillent... ils s’enri- chiront.….

JACQUES (désolé allant à Antoine)

Oh ! Antoine !…

JEAN

Ils s’enrichiront... comme toi, n'est-ce pas... Tu . refuses de leur venir en aide... Eh bien, c’est moi qui . leur enverrai sur ma part d’héritage l'argent dont ils . ont tant besoin...

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