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JEAN
Il est temps de s’y prendre. C’est pour nous une bonne fortune de l’avoir rencontré. C’est aussi une bonne trouvaille pour l'entretien de notre refuge des artistes qui, depuis sa fondation, obtient tant de succès. Les dons affluent de toute part,et avec les subventions dont il est doté, nous allons être obligés de faire un appel de fonds pour construire une annexe... Quelle riche idée nous avons eue là, hein, mon vieux !…
JACQUES (rectifiant)
Que tu as eue. là, hein, veux-tudire, car c’est toi, comme toujours, qui as pris l'initiative de la chose.
JEAN
Si tuveux... mais tu me secondes si parfaitement, que nous ne faisons plus qu'un pour administrer potre asile qui porte un si beau nom.
JACQUES
Fondation Lord Eckmül !... du nom de notre bienfaiteur !…
Notre bienfaiteur, notre protecteur, notre Père! Il avait raison de penser que nous serions les dispensateurs de ses bienfaits...
JACQUES (avec une pensée) Et s’il avait su...
JEAN Tais-toi, Jacques!
JACQUES
Et comme il nous a porté bonheur !... Depuis que nous avons hérité, toutes les veines, les bonnes, nous sont tombées du ciel. Nos tableaux se vendent à Paris, comme du pain blanc. Pour ma part, je n'aurais jamais Cru que ma signature eût autant de valeur.
JEAN
Nous sommes loin du temps où le père Moineau, te payait tes pochades jusqu'à cent sous la pièce.
JACQUES (riant)
Ce que c’est, tout de même, que la fortune, comme çà vous donne du prestige et comme çà vous pose un artiste dans la cote des marchands de tableaux.
Tu ne dis pas, mon petit, que tu es devenu un peintre de talent et si on nous paie si avantageusement nos toiles, c’est que ton nom est haut coté par les amateurs.
JACQUES (lui serrant les mains)
Toujours le même... tu ne sais que t’effacer pour faire valoir les autres.
JEAN (soupirant)
… Des autres! oui... et, l'Autre !... où est-il à présent ?.. Qu'est-il devenu ?.…. (il s'assied la tête dans sa main)
JACQUES (allant à lui)
Allons !... te voilà encore, avec tes regrets de l'avoir perdu !…
JEAN
Oui, je le regrette, parce que, au fond, ce n'était pas une méchante nature.
JACQUES
‘était un rien du tout, un orgueilleux, à qui notre médiocrité faisait honte.
JEAN (passant sa Main sur son front) Tiens !.. n’en parlons pas aujourd’hui. J'ai trop de peine à croire qu'il n'est peut-être pas heureux... JACQUES
Penses-tu ?... avec sa fortune...
JEAN
Oui... mais ses goûts de grandeur, son envie de paraître et de briller. vois-tu, Jacques, nous avons eu tort de l’abandonner à lui-même et aux mains des aigrefins qui doivent exploiter sa vanité. J'en éprouve un véritable remords.
JACQUES Tu n’as jamais eu de ses nouvelles ?
JEAN Non, jamais... .
JACQUES Eh bien ! … il faut lui écrire.
JEAN
Tu as raison... il nous reviendra... peut-être,
soeur, D" Cas
JACQUES
Penses-tu !... nous sommes de trop petites gens pour lui.
JEAN (soupirant) Pauvre Antoine!