PRÉAMBULE
Le dernier recensement régulier relevé au Canada sous l'administration française remonte à 1739. La Nouvelle-France comptait à cette époque 42,924 habitants La cession définitive du Canada à l'Angleterre eut lieu en 1762, mais la nouvelle administration ne procéda \ un recensement méthodique qu'en 1831. La population du Canada s'élevait alors à 512,922 persons, dont 380,000 Canadiens ou Franco Can ns (1).
Dans moins d’un se e petit peuple Canadien, en dépit des guerres ruineuses qui marquèrent la fin du régime français ct des
vicissitudes amenées pa ‘blissement du régime anglais, avait técuplé le chiffre de sa population, sa seule force d'expansion naturel M. C.-J. Magnan. En 1844, la population & sigine française au Canada s'élève à 524,397:er 1851,à 716,954 dont 669,528 dans le Bas-Canada. En 1881, la population fra se de notre nrovince stteint 1,075,130 personnes; en 1901, 1,322,115; en 194: 695,339. Tout récemment (voir “Le Soleil” du 3 octobre) le Burezu de tistiquees
de Québec communiquait aux journaux des chiffres concernant 1 lat
1—Rameau “Acadiens et Canadiens”.
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de la province en 1918. Cette Popuation s'élevait alors à 2,432,251, contre 2,003,232 en 1911. Je préfère citer ici le communiqué du Bureau des Statisques :
“Lors de ce dernier recensement, Ja population de la province atteignait “2,005,232, soit une augmentation de 429,019 en 7 ans. C'est un résultat des “plus satisfaisants quand on le compare avec celui de la province d'Ontario.
“ En 1911, la population de la province d'Ontario était de 2,523,274 tandis “qu'en 1918, 7 ans après, elle n’est que de 2,578,177, soit une augmentation de “ 54,903 seulement, contre 429,019 de la province de Québec. Ainsi, il ya7 “ans, la province d'Ontario nous devançait en population par plus de 500,000 ‘et maintenant elle n’a qu'environ 150,000 de plus que nous. Si nous conti- “ nuons de ce train, nous dépasserons bientôt Ontario par la population.”
Dans les lignes qui précèdent, le Bureau des Statistiques ne distingue pas les habitants de langue française du total de la population. Mais la proportion est au moins la même qu'en 1911, car l'émigration anglaise a 64 presque nulle de 1912 à 1918. Or en 1911, sur un total de 2,003,232 habitants dans la province de Québec, 1,605,339 étaient d'origine française et presque tous catho. liques, donnant à la population française de notre province une proportion de 80.1214 sur le total. A ce compte, la population totale de la province étant de 2,432,251 en 1918, la population française serait donc actuellement de 2,237,870.
Rapprochons ce chiffre de 2,237,870 dans la seule province de Québec des 42,924 Canadiens relevés au recensement de 1739. De plus, contemplons en passant les groupes français, au neuf-dixièmes d'origine canadienne, répandus dans les autres provinces du Canada (1911).
Île-du-Prince-Édouard .........,........... 13,117 A . 51,746 ER 202,442 nee Se 30,944 nets ER 23,251 a 19,825 eee 8,907 à 482 Territoires du Nord-Ouest. . ere 226 ne 350,940
Il convient aussi de saluer les deux millions de Canadiens disséminés sur
le vaste territoire de la répub'ique américaine.
Au grand total, nous Comptons, à notre époque, tant au Canada qu'aux États-Unis, l'immense armée de 4,500,000 et plus de Canadiens français.
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C'est en présence de ces chiffres éloquents que l'académicien français Barrès a proclamé “le miracle canadien”,
Nous trouvons l'explication de ce miracle dans les quatre lignes qui suivent empruntées à “Annuaire Statistique de Québec” pour 1918, page 147: “L'accroissement naturel de la population dans Québec a été de 20.6 par mille, pendant l'année moyenne de la période quinquennale de 1911-15, tand's qu'elle n'a été que de 11.00 dans Ontario, pour l'année moyenne de la période quinquennale 1910-14".
Et c'est là non seulement une vérité statistique mais c'est aussi une vérité historique démontrée par les foits: 60 000 Canadiens français en 1760, 2,237,870 en 1918 dans la province de Québec seulement. Et l'histoire démontre que ce chiffre formidable à été atteint par l'accroissement naturel seul, l'appoint de l'immigration étant à peu près nul.
Mais ce “miracle” du nombre n'est pas le seul que nous pouvons mettre av crédit du peuple Canadien français; il Y a aussi le “miracle” moral.
Malgré certaines tares et certains défauts que nous ne songeons pas à nier, il est notoire que pris dans son ensemble le peuple de la province de Québec est un peuple d'une moralité exemplaire. C'est encore dans la province de Québec où les statistiques de la criminalité enregistrent les plus petits nombres et où le respect de l'autorité et le souci de l'ordre social se manifestent le plus hautemen:.
Les “Statistiques criminelles du Canada”, publiées par le gouvernement fédéral en 1917, classent notre province au premier rang. Parlant de ce document important, “Le Droit” d'Ottawa du & janvier 1919 disait : “Les Canadiens de langue anglaise feraient bien aussi de se le procurer et de l'étudier soigneusement afin qu'ils ne soient plus tentés de lancer injustement la pierre à leurs voisins. Cette année encore, ce volume donne la preuve irréfutable que la province de Québec est supérieure à la province d'Ontario au point de vue moral. Québec est plus arriérée qu'Ontario... dans la voie du crime.”
“La Patrie” du 9 janvier 1919, analysant les “Statitiques criminelles du Canada” pour 1917, disait: “Dans l’ensemble du Dominion, le nombre des jeunes délinquants a augmenté en 1917, de 3,155 à 3,606. Sur ce total de 3,606, il s’en trouve 2,100 dans Ontario et 709 dans Québec.”
“La Liberté” de Winnipeg, cité par “Le Droit” du 21 novembre dernier, dit : “Toronto a une Population un peu moindre que celle de Montréal. Or, que lit-on dans le livre bleu officiel qui nous renseigne sur la criminalité au Canada? Nous y voyons au chapitre de la jeunesse justiciable des Cours juvéniles, qu’au cours de l’année finissant le 30 septembre 1917, il y eut: Vagabondage : Montréal, 127—Toronto, 658. Vols avec effraction: Montréal, 83—Toronto 212. Larcins: Montréal, 424— Toronto 873. Délits criminels: Montréal, 592— Toronto 1,167. Petits délits: Montréal, 499; Toronto, 1,322."
Un professeur distingué des Etats-Unis, M. Bracq, un Français protestant,
qui a visité à plusieurs reprises la province de Québec et étudié ses institutions, disait récemment dans une conférence devant le Club de réforme de Montréal, ces remarquables paroles :
“Au point de vue criminel, les Canadiens français sont ceux qui ont le plus petit nombre de criminels au monde.” L'orateur raconte la surprise qu’il a eue en visitant les prisons de Rimouski, de Chicoutimi et de Roberval, centres français où il n’y a aucun Canadien français dans les prisons. A Bordeaux, il n’y a qu'un prisonnier Canadien français sur deux, alors que dans le district les Canadiens français sont dans la proportion de deux contre un. Sur 23 pendaisons, les Canadiens français n’ont figuré que pour 3 (1).” :
A l'étranger, notamment en France et en Angleterre, on cite souvent le peuple canadien-français comme un peuple modèle, où les familles nombreuses sont [a règle générale. I] y a soixante ans, Rameau, dans son excellent ouvrage “La France aux Colonies”, disait des Canadiens français : “...[le premier fondement de leur force repose sur la simplicité de leurs mœurs (2).”
Et depuis quelques mois, n’a-t-on pas vu les grands journaux de langue anglaise, sous la menace du socialisme, déclarer que seule la province de Québec saurait résister aux assauts des vagues révolutionnaires, parce que sa population était saine, paisible et respectueuse de l’ordre et de la vraie liberté. La “Montreal Gazette (3), dans un premier Montréal du samedi 14 juin 1919, disait sous le titre “A sane people” (un peuple raisonnable) que nous, les Canadiens français, nous sommes de braves gens, que notre équilibre mental constitue pour la province un actif d’une immense valeur et qu’à part toutes nos qualités morales nous n’avons pas besoin de craindre la comparaison avec les autres provinces, en fait de bien-être matériel. Citons textuellement, plutôt : “The stigma of inertia cast upon this province can be borne with patience by a people happy in their homes, reverential in their religion, content with their condition, nor need they shrink from comparison with other provinces in material welfare.”
Et plus loin dans le même article, la “Gazette” continue : “La vie industrielle de la population n’est guère troublée par les agitate -s et les grèves, quand il n’y a pas d'éléments étrangers par le sang aux Canadiens français. (The industrial life of the people is not greatly ruffled by agitators and strikes, when the element racially foreign to the French Canadian is absent)”. Et plus loin: “L'influence de l’Église catholique a produit cet heureux état de choses, contribuant à la permanence du travail, à l’établissement de Justes salaires, et de cordiales relations entre le capital et le travail. C’est un bel actif pour la province (The influence of the Roman Catholic Church has produced this happy
1—"Le Devoir” du 9 décembre 1919. Voir aussi “La Presse”, “La Patrie” et le “Star” du même jour.
2—"La France aux Colonies”’-—Acadiens et Canadiens”, E. Rameau, Paris 1859.
:—Citée par “Le Devoir”, le 16 juin 1919.
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state, making for permanence of employment, fair wages, and a cordial cooperation between capital and labor. It is a fine asset for the province.)”
Il y a quelques mois à peine, à Québec, lors d’un banquet donné en l’honneur du nouveau président du chemin de fer du Pacifique Canadien, lord Shaughnessey, ex-président de la même compagnie, et l’un des financiers les plus renommés du monde, disait : “Nous devons être fiers de la province de Québec, qui grâce non seulement à ses richesses naturelles, à sa prospérité et À la bonne administration de sir Lomer Gouin, mais grâce aussi à son respect des lois et à son sens profond du devoir, sera en ces temps dangereux que nous vivons actuellement, l’ancre de salut qui assurera la paix dans tout le Dominion.”
Et voilà !
Et plus récemment encore, le 10 novembre dernier, sir Andrew MacPhail, un éminent professeur du McGill, disait devant le Club canadien de Montréal ces graves paroles :
“La politique devrait être complètement séparée des affaires avec lesqueles elle a été associée pendant quarante ans au Canada; et quoiqu’elle soit nominalement dirigée par les libéraux, la province de Québec est le foyer du conservatisme sain et réel et elle sera, dans un avenir prochain, le dernier centre de la vraie civilisation sur le continent américain à cause du sentiment inné du conservatisme dans le cœur du Canadien français et de sa religion (1).”
Et il y a quelques jours à peine, à Québec, sir Andrew MacPhail a proclamé la même chose, en l’accentuant, devant le Club canadien de Québec.
Il y a quinze jours (15 décembre 1919), “Le Soleil” citait un article paru dans le “New Record”, de Kitchener, Ontario, article des plus élogieux pour la province de Québec, et sur le même sujet “Le Devoir” (17 novembre 1919) avait déjà mentionné l'opinion du “Saskatoon Star”. Cette opinion merite d’être relevée:
“Les provinces anglo-canadiennes ont souvent, comme des pharisiennes, traité la province de Québec de province arriérée. C’est une fausseté. II serait temps qu’elles revinssent sur cette erreur. Québec, depuis quinze ans, a fait de vifs progrès. Son développement agricole n’est rien moins qu’étonnant. Québec est une province habitée Par une population féconde, attachée à ses foyers, heureuse, frugale et industrieuse... Passer notre temps à vilipender notre voisin, quand c’est un homme honnête, estimable et grand travail. leur, qui, sur maints points, vaut encore mieux que nous, n’est ni digne ni favorable à l'avantage réel du Canada.”
Tous ces témoignages, et je pourrais en citer nombre d’autres, qui ne doivent pas nous faire oublier nos défauts, reposent néanmoins sur un fonds commun de vérité et mettent en relief des effets tangibles qui nous invitent à remonter aux causes qui les ont produits.
1—Voir “Le Devoir”, ‘The Gazette”, ‘La Patrie” du 11 novembre 1919.
À demi ruiné en 1760, ne Comptant qu’une soixantaine de mille âmes, soumis aux tracasseries d’un pouvoir étranger, le peuple Canadien s'est multiplié merveilleusement parce qu’il est resté fidèle à la foi catholique, au verbe de France, gardien de la Foi, et qu'il a su veiller sur l'intégrité du foyer.
Respect à la famille 1 telle à été la devise de nos pères. Et ce respect ils l'ont assuré par des lois sages conquises dans les parlements depuis 1774.
Ces lois civiles, qui ont permis au peuple canadien-français de vivre librement sous la sage direction de l'Église et de devenir un peuple nombreux et sage, prospère et heureux, voilà un béritage sacré qu'il importe de bien connaître et de conserver avec un soin jaloux.
Les lois vitales qui nous ont permis de survivre aux épreuves et de triompher de tous les obstacles, sont consignées dans les Statuts refondus de [a Province de Québec, dont l’autonomie absolue est garantie dans les matières essentielles à la société par la Constitution de 1867.
Ces lois vitales, au nombre de quatre, forment un rempart à la Famille, et en assure [a permanence, le développement normal et la conservation sous l’égide de la Religion. Ces lois concernent le mariage, le droit de propriété et la liberté de tester, l'éducation et la paroisse religieuse.