‹ Un héros canadienChapitre 4 sur 11 · LE MATIN · texte numérisé non relu

LE MATIN

Le soleil se levait brillant et majestueux au-dessus des montagnes de l'Est; pas un nuage n'entravait sa route. En ce moment, ses rayons tombaient obliquement sur un guerrier, aux formes athlétiques, qui se glissait le long des bords du Saint-Laurent. Un autre guerrier suivait de près celui-ci faisant disparaître, en les effaçant à mesure qu'il avançait, toute trace de leurs pas. Vers le Sud retentissaient encore les bruits du combat, les cris des poursuivants. Tout en marchant avec précaution, les deux guerriers pressaient le pas, et atteignirent un endroit du rivage ou le talus était plus fourré, plus difficile à pénétrer, et dont le terrain était humide. Là, ils quittèrent le bois et suivirent le bord de l'eau, en cherchant attentivement sur le sable une empreinte de pas. Ils n'en découvrirent aucune. Durant un instant, le guerrier de haute stature, sembla hésiter et regarda autour de lui, puis il descendit la rivière, en recommençant ses recherches. Elles furent aussi vaines que la première

fois. Une expression douloureuse agita ses traits, il enfonça la crosse de son fusil dans le sable, s'appuya sur son arme, et se mit à réfléchir. Ses vêtements étaient déchirés et pleins de sang, il portait sur lui la trace de plusieurs blessures. Le soleil éclairait et animait le visage d'Aliasistari, mais son âme était sombre et triste. Il ne trouvait aucune trace du père Laval; et son serment solennel était présent à sa mémoire.

Enfin, il siffla deux fois d'une façon perçante, quoique contenue; à la seconde fois on entendit le bruissement des feuilles à peu de distance du lieu où les broussailles étendaient leurs branches au-dessus de l'eau, et l'on vit sortir, de dessous ces branches touffues, la forme d'un Huron. Poussant en avant son canot, quelques coups de rame l'amenèrent aux pieds d'Aliasistari et de l'Indien qui était debout devant lui. Les trois Hurons conversèrent ensemble pendant un instant, puis s'assirent silencieusement sur le rivage. Un léger bruit les fit tressaillir, Aliasistari s'écria : « Le voici ! » Une seconde s'écoula, un pas se fit entendre sur le sable, et Watook, les vêtements souillés et tachés, marques de la lutte qu'il avait eu à soutenir, était près d'eux. Il regarda Aliasistari, puis il baissa la tête sans prononcer une parole.

— Parlez, Huron, lui dit le chef.

Le jeune brave, dont les yeux brillaient comme des charbons ardents, éleva sa main vers le Sud, et s'écria:

— Le faucon a enlevé la colombe; les Mohawks emmènent dans leurs villages, pour les torturer, le père la Robe noire et le jeune Français ; et Watook (ici il appuya avec force ses bras contre sa poitrine comme

s'il eût cherché à comprimer un combat intérieur), et Watook en a été témoin.

Pendant un instant Aliasistari se tint immobile, puis, fixant attentivement le jeune Indien, son regard sembla vouloir percer les profondeurs de son âme. Pas un de ses muscles ne remuait, pas un de ses nerfs ne tremblait, mais ses yeux avaient une expression triste et sombre. Il se retourna vers les Hurons.

— Quel était le nombre des Iroquois ? Plusieurs jours s'écouleront avant qu'ils puissent atteindre leurs villages ;. . . et, nuit et jour. . .

Il serra son couteau d'une manière significative.

Un cri profond d'approbation échappa à ses deux compagnons. Watook, pour toute réponse, montra lés feuilles de la forêt et les sables du rivage.

— C'est inutile, dit le chef, et il retomba dans le silence.

Enfin, se redressant de toute sa hauteur :

— Mes frères, reprit-il, j'ai fait un serment; vous, vous n'êtes liés par aucun vœu. Partez, la rivière est libre jusqu'à Québec. Aliasistari va rejoindre son père la Robe noire et partagera sa destinée.

Les Hurons vinrent se placer à côté de leur chef, et restèrent immobiles. Un rayon d'espoir ranima le cœur du guerrier. Alors, s'adressant à Watook :

— Allez ! dit-il, descendez la rivière jusqu'au lieu du rendez-vous; amenez ici les guerriers qui ont échappé au combat, et faites-leur suivre nos traces; nous sauverons notre père, ou nous périrons avec lui.

Ces mots firent battre de joie le cœur de Watook. Il allait donc amener du renfort jusqu'aux villages des Mohawks, et sauver le novice et le prêtre. Il sauta légèrement dans le canot et se trouva, en quelques

coups de rame, au milieu du courant. Alors, faisant de la main un geste d'adieu aux trois Hurons qui l'observaient en silence, il descendit rapidement la rivière.

— Watook a le cœur vaillant, il saura conduire les braves Hurons.

— Lorsque le bras d'Aliasistari sera froid, dit le chef.

Et les trois guerriers ne songèrent plus qu'à suivre la piste de l'ennemi.

Les Iroquois, en marche pour gagner leurs villages, traversaient silencieusement la forêt, sans autre guide que cet instinct prodigieux qui permet à l'Indien de suivre son chemin sans jamais en dévier, à travers les monts et les vallées, les forêts et les plaines, comme s'il était conduit par une boussole.. Les prisonniers étaient placés au centre de la ligne, et si bien gardés, que la fuite leur était impossible.

Les deux Français, comme les Hurons, avaient les bras liés avec des courroies de peau de cerf ; mais au milieu de leurs souffrances, ils avaient au moins la consolation d'être ensemble.

Le soleil était à son méridien, la chaleur devenait accablante, même à l'ombre de la forêt, et les lourds habits du Jésuite et du novice rendaient leur marche plus pénible encore. On s'arrêta enfin, pour prendre quelques rafraîchissements.

— René, mon fils, dit le père Laval, récitons la seconde partie du Rosaire : c'est celle des cinq douleurs. Les souvenirs qu'elle renferme nous consoleront de nos peines. Prions Dieu de nous aider de ses consolations divines dans nos infortunes, et de nous donner la force de les supporter avec résignation.

Offrons-les à Dieu par les mérites de Jésus-Christ, en expiation de nos péchés.

Le novice fit un signe d'assentiment, et le prêtre aussitôt commença les prières. Pendant quelque temps, les vainqueurs ne prêtèrent aucune attention h la conversation des prisonniers ; le père Laval récitait les antiennes, et René Bourdoise faisait les répons. Les Hurons captifs avaient gardé jusqu'alors un silence morose ; aucun signe de douleur ne leur échappait, et ils enduraient, avec stoïcisme et impassibilité, les insultes des Mohawks. Aux premiers mots de Y Ave Maria, prononcés par le Jésuite d'une voix claire, leurs cœurs s'émurent, comme sous l'influence d'une douce musique, leur humeur farouche s'adoucit, et leurs âmes s'ouvrirent à l'amour et à la prière. Peu à peu, cette sainte influence s'étendit à tout le groupe des prisonniers ; leurs traits devinrent moins sombres, puis calmes et sereins ; et plus d'un regard s'éleva vers le ciel, éclairé d'une lueur sainte et divine. Les répons sortaient calmes et doux des lèvres du jeune novice, et s'enflaient comme une vague envahissante à mesure que les Hurons y mêlaient leurs voix profondes et harmonieuses : A ve Maria! ces mots rappelaient une mare aimante; ils rappelaient un saint amour. Au milieu de la forêt, Y Ave Maria retentissait, s'élançant de ces cœurs captifs, de ces lèvres brûlantes, et s'élevant comme un doux murmure vers la Mère des malheureux et des affligés. Semblable à la rosée qui rafraîchit la fleur prête à se faner, Y Ave relevait les cœurs abattus, et des larmes coulaient sur les joues hâlées des guerriers chrétiens.

Les Mohawks, étonnés, contemplèrent cette scène,

puis se moquèrent avec mépris des braves qui pleuraient... pleuraient en captivité.

— Chiens! femmes! disaient-ils, les Hurons ne sont donc pas des guerriers ? Faudra-t-il retourner à leurs tribus pour y chercher un brave? Vous êtes des femmes! nos squaws vous fouetteront avec des fouets. Vous n'êtes pas dignes de mourir comme des guerriers.

Les Hurons chrétiens continuèrent Sancta Maria; leurs voix profondes et sonores s'élevaient vers le ciel, kisensibles aux railleries, aux insultes et aux coups de leurs ennemis. Enfin, un Mohawk s'approcha du Jésuite :

— Les paroles du Médecin changent donc les Hurons en femmes. C'est un magicien; qu'il se taise.

Et, de son poing fermé, iHe frappa à la figure. Le sang jaillit des lèvres du prêtre, il baissa la tête en silence.

Trois hommes, cachés dans la forêt et repliés sur eux-mêmes, étaient témoins de cette scène; les traits du chef s'animèrent d'un éclair de colère; ses narines se gonflèrent, ses lèvres s' entr 'ouvrirent, sa main serra convulsivement sa carabine. Puis, lorsque le prêtre se fut incliné en silence sous le coup, le guerrier relâcha son arme, porta ses mains à son front, comme pour échapper à une vue pénible, s'agenouilla en soupirant, et pria. Sans la douce résignation du prêtre qui avait rappelé au chef les devoirs du chrétien, quelques-uns des vainqueurs seraient morts en ce moment. Aliasistari priait. L'instant d'agir n'était pas encore venu : il voulait sauver les prisonniers, non pas les venger.

Le Jésuite, les yeux élevés vers le ciel, les bras liés

derrière le dos, priait en silence. En silence priaient aussi les autres captifs, leurs prières montaient, comme un doux encens, vers l'autel du Seigneur, consacrant à la foi du Christ les forêts des Iroquois.

Le repas des Mohawks terminé, ils prirent quelques instants de repos. Les misérables restes de leur dîner furent jetés aux prisonniers, qui n'y trouvèrent pas seulement de quoi apaiser leur faim et ne purent davantage jouir de cette halte momentanée, gênés qu'ils étaient par les liens qui les garrottaient. On se remit de nouveau en marche sur une seule ligne. Les Mohawks, restaurés et reposés, faisaient avancer les captifs en pressant le pas, et distribuaient des coups aux traînards comme à ceux que la fatigue accablait. Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi.

René Bourdoise était las et exténué, son pas chancelant annonçait qu'il serait bientôt au bout de ses forces, et dans ce cas, une mort certaine l'attendait; les Iroquois ne souffriraient certainement pas un instant de retard, lorsqu'un coup de tomakawk pouvait abréger leur besogne. Un guerrier Mohawk s'aperçut de l'accablement du jeune Français, s'approcha de lui, et, brandissant son arme au-dessus de sa tête, lui montra la route qu'ils parcouraient, puis, d'un geste significatif, lui fit entendre le sort qui lui était réservé s'il n'avançait pas. Ainsi excité, le novice redoubla d'efforts; mais chaque fois que son pas se ralentissait, son tyran renouvelait ses gestes menaçants, le frappait avec un gros bâton qu'il avait ramassé en chemin, ou lui enfonçait dans le corps la pointe de son couteau.

Les plis de la robe noire du novice étaient trempés de sang, néanmoins il cheminait avec résignation,

élevant ses yeux vers le eiel et murmurant des prières pour ses persécuteurs. Le père Laval, plus fort et plus habitué à la fatigue, voyait avec une peine extrême les souffrances de son jeune compagnon, il l'encourageait par des paroles d'espoir, et, comme le sauvage se montrait de plus en plus cruel, il cherchait à le soutenir par la pensée des consolations divines.

— Courage, mon fils. Tu es le soldat du Christ. Tu es flagellé; lui aussi l'a été. C'est un glorieux privilège que celui de mourir à son service ; le ciel est la récompense du martyre.

— Priez pour moi, mon père, priez pour moi ! 0 mon Dieu! continua le jeune homme, en jetant vers le ciel un regard éploré, mon Dieu, donnez-moi la force de supporter cette épreuve! donnez -moi le courage!

Le chemin devenait plus difficile, la marche plus pénible. Près du frêle et jeune Français se trouvait un Huron de forte stature qui, jusque là, n'avait pas ouvert la bouche. Enfin, il s'approcha du patient et lui dit, en montrant son épaule puissante :

— Appuyez -vous sur moi, mon frère.

A l'instant Kiohba, le Mohawk sans pitié, piqua de nouveau avec son couteau le pauvre novice. Le jeune homme fit un pas en avant et tomba, en faisant entendre un profond gémissement. Il resta étendu par terre sans pouvoir se relever. L'Iroquois saisit son tomakawk, en poussant une exclamation sauvage, r éleva en l'air, prêt à frapper le captif exténué. Ce fut un moment d'agonie. D'un effort suprême, le grand Huron rompit les cordes qui attachaient ses poignets et se jeta entre l'Iroquois et sa victime. Le coup tomba sur son bras gauche et y fit une entaille profonde ; de son bras droit il releva le frêle novice qu'il pressa

contre sa poitrine, tandis que la tête du jeune homme évanoui reposait sur son épaule rouge et vigoureuse, et il se mit d'un pas ferme à la tête des prisonniers.

Les Iroquois ne purent s'empêcher d'exprimer leur admiration; pas un n'essaya d'intervenir, car l'Indien aime les actes courageux.

— Il est brave, dit l'un d'eux, il est digne de l'épreuve. Oui, c'est un guerrier. Il mourra par la torture.

Le Huron avançait toujours avec sa charge dont il prenait soin, comme un père aurait pu prendre soin de son enfant bien-aimé :

— Le loup portera son jeune frère blanc, s'écriait-il.

Des larmes coulaient sur les joues du Jésuite; il rendait grâce au Ciel du secours providentiel envoyé à son compagnon.

A cet instant, le cri du faucon retentit dans la forêt, on l'entendit trois fois clair et perçant, puis il sembla se perdre dans le lointain ; un rayon de joie illumina le visage bronzé du Huron, son pas devint plus léger et plus ferme. Ce signal lui apprenait que son chef était sur leurs traces et trois hommes de leur tribu dans les environs. Les Iroquois, en entendant ces cris, prêtèrent une oreille attentive, mais ils ne se renouvelèrent plus.

Le soleil disparaissait à l'horizon; les ombres des montagnes s'allongeaient; le fleuve était inondé d'une rouge clarté. Sur ses eaux, à une grande distance de son embouchure, une pirogue de guerre, montée par un seul Indien, poursuivait son chemin. Le front du rameur était trempé de sueur. Il s'arrêta un instant et regarda le soleil qui se couchait, puis, se tournant

vers le Sud-Ouest, il fit du poing un geste menaçant et se pencha de nouveau sur ses rames. Il dirigea enfin la proue de la pirogue vers le rivage, et, l'ayant atteint, sauta sur la grève. Tirant alors sa barque sur le sable, il s'enfonça dans la forêt, le tomakawk à la main; mais il examina d'abord les arbres les plus éloignés du fleuve, et, n'y trouvant aucune marque, il y fit des entailles d'une façon toute particulière. A mesure qu'il s'éloignait, un homme se détachait peu à peu d'un chêne énorme, derrière lequel il s'était caché; il s'aprocha du canot, l'inspecta avec soin,, puis il porta son attention sur l'empreinte des pas du jeune Indien. Cet homme portait une chemise de chasse, serrée autour de la taille par une ceinture de cuir ; à cette ceinture était suspendus un long couteau recourbé, et une petite hache en acier. Une poire à poudre et une poche à balles pendaient à son épaule ; ses pieds et ses jambes étaient recouverts de mocassins et de guêtres en peau; une casquette en poil noir, posée coquettement sur la tête, complétait ce costume. Ce personnage parut satisfait du résultat de son examen, il se redressa et murmura à demi-voix :

— C'est une pirogue de Hurons; un mocassin Huron, pas un Mohawk voleur. Donc, Pierre, mon ami, allons au-devant du sauvage.

Pierre avait quitté la France depuis quelques années, et„ secondé de son fils, s'était rendu très-utile, comme chasseur, aux avant-postes des Français : c'était lui qui leur fournissait du gibier. Dans une de ses excursions avec son fils, il fut surpris par les Mohawks qui, après avoir poursuivi longtemps les deux chasseurs, finirent par s'emparer du jeune homme et le scalpèrent. Dès ce moment, les Mohawks

furent pour Pierre des ennemis mortels. Il avait servi en qualité d'espion sous le grand Champlain, homme redoutable à toutes les tribus indiennes et dont le nom était devenu le cri de guerre des Français. Pierre était un chasseur adroit, un ferrailleur infatigable; il s'était fait aimer des Hurons qui l'avaient surnommé YEspion hardi.

Le Français, le sourire sur les lèvres, pénétra dans la forêt pour rejoindre l'Indien.

— Ho! oh! Huron! lui cria-t-il, en s' avançant avec assurance.

Watook, au son de cette voix, s'élança près d'un arbre, et ajusta sa carabine; puis reconnaissant un ami au costume et au langage de celui qui l'appelait, il courut vers lui :

— Ugh! YEspion hardi! le pâle visage est l'ami du Huron, lui dit-il.

— C'est vrai, sauvage; c'est vrai.

— Le Français a-t-il vu ici quelques Hurons ? Et il promena sa main autour de lui.

— Vous êtes le seul.

Watook lui raconta alors la défaite de sa bande, la capture des deux Français, et comment il était venu en cet endroit, pour rassembler les Hurons et tenter avec eux la délivrance des prisonniers. En écoutant ce récit, des exclamations de colère s'échappèrent des lèvres du chasseur, et son maintien devint plus grave.

— Le scalp du fils de YEspion hardi est suspendu dans le wigwam du Mohawk. Son couteau est-il rouillé? veut-il suivre la trace de l'Iroquois? ajouta l'Indien en forme de conclusion.

Pierre tira le couteau de sa ceinture, et passa son doigt sur sa lame effilée; le souvenir du jour

malheureux où il avait perdu son fils, ranima sa fureur.

— Huron, dit-il enfin d'une voix grave, Huron, Y Espion hardi ira frapper le Mohawk dans son village; puis, reprenant son calme habituel, il continua : il est probable que les braves se sont enfoncés dans la forêt, avant que de prendre le chemin du rendez-vous; ils ne sauraient être encore ici, car le courant, fort rapide en ce moment, vous a donné de l'avance sur eux. Allumons du feu, et passons la nuit dans ce lieu. Aucun Mohawk ne peut être dans les environs ; la bande que vous avez rencontrée devait être nombreuse, et il n'est pas probable qu'une seconde bande soit en route. Lorque les Hurons seront arrivés, nous partirons immédiatement sur les traces de votre chef.

Le conseil parut bon à l'Indien; les deux nouveaux amis se mirent à préparer leur bivouac. Vers minuit, le bruit d'un pas parvint à l'oreille du Français qui veillait, assis au pied d'un arbre, à la lueur du feu.

— Qui vive? s'écria le chasseur, toujours fidèle à ses anciennes habitudes militaires : qui vive ?

La forme s'approcha, et le chasseur vit bientôt un Huron marcher droit vers le feu. Watook s'éveilla et salua son compagnon.

— Les Hurons sont dispersés et n'arriveront que tard, car ils sont fatigués, dit l'étranger; et il ne fit aucune autre allusion à leur défaite.

Au point du jour, quatre ou cinq guerriers étaient réunis, et l'impatient Watook proposa le départ.

— Non, dit le Huron, arrivé le premier au rendezvous, il viendra d'autres braves.

— Songez que l'ennemi a déjà deux jours de mar,che sur nous, répliqua Watook.

Mais Pierre fut du même avis que le premier Huron.

A midi, quinze guerriers étaient rassemblés, dont quelques-uns blessés et tous extrêmement fatigués. Il fallut passer encore cette nuit au lieu du rendez-vous et, le lendemain matin, on se mit en route à travers la forêt, pour suivre la trace des Iroquois.

La nuit et le jour se succédaient; la nuit et le jour, les vainqueurs et leurs prisonniers poursuivaient leur marche pénible à travers la forêt. En avant, toujours en avant, et toujours aussi, à une certaine distance derrière les Mohawks, marchaient trois hommes, sombres, muets et vigilants.

Le P. Laval

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