‹ Un historien et une histoire du grand monde: Octave FeuilletChapitre 1 sur 30 · DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

Point de bronze, point de marbre, rien que la pierre de la région, et sur la pierre, ni buste, ni fleurs , ni couronnes , aucun souvenir d'aucune sorte.

Il PRÉFACE.

C'est là que loin du bruit* du monde, dans la paix de sa ville natale, repose Tauteur du Jeune homme pauvre, de Sibylle^ de Monsieur de CamorSy de Julia de Trécœur, de tant d'œuvres à la fois puissantes et charmantes. Il n'y a guère que dix ans qu'il s'est endormi en ce lieu, et cependant il semble qu'il y ait comme un quart de siècle qu'il n'est plus parmi nous. Avec cet incomparable artiste paraît aussi s'être évanouie pour toujours dans la mort cette société brillante si l'on veut, mais désœuvrée, frivole, éprise seulement de caprices d'un jour qui avait trouvé dans ses romans et dans ses pièces une nouvelle existence.

Parmi ceux mêmes qui ont connu 1 Ecrivain, son souvenir s'efface avec son image.

De rares fidèles, des amis d'autrefois, au hasard d'une causerie de province ou de Paris, évoquent encore des paroles anciennes ou des impressions d'antan. Dans le monde des lettres, la faveur va aujourd'hui à d'autres, sans doute parce qu'il n'est pas toujours besoin de finesse d'esprit pour les comprendre non plus que de délicatesse de goût

PREFACE. m

pour les sentir. Déjà perdue dans la brume du passé, la figure de rhomme est devenue pâle, confuse, indistincte. Ce n'est plus qu'une ombre lointaine, une ombre illustre, mais une ombre toute prête à entrer pour jamais dans le néant des ombres défuntes.

Pourtant, ses œuvres vivent encore d'une certaine vie. Inquiètes, nerveuses et émues, des mains de femmes en tournent à la hâte les pages les plus passionnées et de beaux yeux se mouillent de larmes. D^autres pages plus calmes, plus froides, moins séduisantes peut-être, mais plus attirantes avec un attrait d'une autre sorte, retiennent plutôt les hommes. Sous la libre fantaisie du romancier et de l'auteur dramatique percent des traits d'un passé tout proche du présent. Par instants, le lecteur pose son livre, et au fond de lui-même il surprend des pensées qui l'attristent.

Qu'étaient-ce donc que tous ces êtres disparus qui semblaient se croire immortels et que la mort a glacés soudain à la fois au sortir d'une dernière fête? Qu'était-ce aussi que leur existence semblable à celle de ces belles dames

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