CHAPITRE XXXIY
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Revenons à la place où nous étioDS tout à l'heure, ou plutôt c^est assez parler de théâtres. Poursuivons notre chemin. Laissons de côté toutes ces cuisines en plein vent, toutes ces mélodies vagabondes, tous ces marchands d'^oranges ou de galette, M. Coupe - Toujours ^ par exemple. Enfonçons-nous dans le désert; et, cependant, racontez-moi par .quelle suite infinie de petits mystères, de petites ressources, de petits travaux, ce peuple de lazzaroni peut venir à bout, sans travailler, sans se donner ni grand mal ni grand'peine, de se procurer son pain de chaque jour et son spectacle de chaque soir. Ceci est une des merveilles les plus curieuses du monde parisien, qu'un homme puisse, avec très-peu de travail, être si riche que rien ne lui manque d\i côté des nécessités de la
vie , aussi bien que du côté de la joie , de l'oisiveté et du plaisir.
A cette question , mon hôte parisien , qui a été plus d'une fois le compagnon bienveillant de mon vagabondage poétique , m''a répondu avec sa bonté ordinaire . «Vous me faites là une question qui a préoccupé plus d'un homme d'État. Il faut être Parisien jusqu'^au fond de Pâme pour la résoudre dignement ; mais aussi , cette question-là résolue, vous aurez rintelligence de toutes sortes de petits faits inappréciables pour tous les grands voyageurs qui ne regardent que Pensemble d'^un pays sans daigner s'^arrêter aux détails; car c'^est surtout par les détails que Ton juge, que Ton compare, et surtout que l'on comprend. Il s^agit, ajouta mon compagnon, que Paris est la seule ville du monde où se rencontre à chaque pas une foule de petits métiers inoffensifs qui ne sont soumis à aucune patente, à aucun contrôle, et qui font vivre honnêtement leur homme pendant toute la durée de ses jours. Le petit métier est partout dans cette bonne ville. A peine sorti de votre maison, vous passez nécessairement devant la loge du portier. Cette loge est une espèce de niche au rez-de-chaussée, dans laquelle très-souvent on n'oserait pas loger son chien. Figurez-vous un espace de sept à huit pieds au plus ; là se tient souvent toute une famille : le père, qui fait des souliers; la mère, qui lit des romans; la fille, qui déclame des vers, espoir du Théâtre-Français ; le fils aîné, qui joue du violon ; le dernierné , qui broie les couleurs d'Eugène Delacroix , ou qui prépare les cuivres de Mercuri ou d^Henrique! Dupont. Or, savez-vous où nichent tous ces enfants? savez-vous comment ils sont venus au monde, comment ils ont grandi, comment ils ont vécu? Qui le sait? qui pourrait le dire? le fait est qu'ils vivent et qu'ils s'élèvent à merveille.