CONCLUSION
au mois de janvier; il y resta six mois, et, pendant les deux premiers jours, il fui occupé à parcourir la ville dans tous les sens. Ceci fait, notre homme sentit le besoin de repos, et aussitôt il se mita ne plus rien voir. Le jeu, 1 oisiveté, les lettresà lire, les lettresà écrire, la molle promenade aux belles heures, la musique , le soir, dans les salons, et les fêtes du banquier Torlonia, lui firent paraître très-courtes ces journées si bien remplies. Déjà même il oubliait qu'ail était dans Rome un étranger et même un hérétique, lorsque arriva tout d'un coup Theure du départ. D'importants intérêts rappelaient notre voyageur à la Chambre Haute, dont il est un des membres les plus silencieux. Déjà la chaise de poste se balançait sous les fenêtres, les chevaux hennissaient, le postillon faisait claquer son fouet, les passants s'arrêtaient pour regarder , la jeune bouquetière de la rue, belle Transtevérine aux yeux noirs, à la démarche hardie, au geste fier et plein de grâce, tenait tout prêt le bouquet des adieux. A ce moment, lord S***s''avised^ouvrirson album pour savoir s'^il n*a rien oublié dans les projets de son voyage. En effet, il n*avait rien oublié ou presque rien oublié ; seulement, au beau milieu d'aune page blanche , le père du jeune lord avait écrit en gros caractères : Ne pas oublier de visiter SaitU-Pierre de Rome ! Or, notre voyageur avait tout à fait oublié la basilique et le dôme de Michel-Ange , et les fresques de Raphaël , et tout cet immense et inestimable trésor de Part chrétien.
Voilà lord S*** bien chagrin ; mais comment faire P II était d autant plus embarrassé qu'il devait encore prendre congé d'aune belle dame vénitienne logée tout près de là. Alors prenant bravement son parti : John , dit-il à son valet de chambre , va-t en en toute hâte visiter une église qu^on appelle Saint-Pierre de Rome, et en chemin tu me diras cq que je dois en penser.
Vous riez, mon lecteur; telle est cependant ma position au beau milieu de ce Paris, dont nous avons à peine aperçu les surfaces. En vérité, sur le point d'achever cette tâche char-
mante, le rouge me monte au front rien qu'à me souvenir des grandes choses que j^oublie. As-tu parlé de Notre-Dame de Paris, malheureux que tu es? As-tu raconté quelque chapitre de cette histoire avec laquelle M. Hugo a écrit un roman en trois tomes? Sur ces hauteurs, toute la vieille France est assise , et elle a peine à reconnaître celte ville nouvelle, éclatante, variée, brillante. — Fête étemelle qui a remplacé la nuit étemelle. — As-tu parlé des Catacombes, du Paris souterrain, de cette ville béante et perdue sous la ville? De ces précipices formidables Paris tout entier est sorti. Ses palais, ses maisons, ses chaumières, ses musées, ses écoles, ses églises, ses théâtres, ont été tirés de ces profondeurs. Tout un voyage est à faire dans les Catacombes, et cependant, au milieu de ce silence levez la tête , et vous reconnaîtrez, à des signes certains , les rues, les places, les passages, les grands monuments, la cité tout entière. — Quel silence sous tant de bruit! — Quelle solitude pour porter tant de passions et tant de milliers d'hommes ! Mais cette façon de traverser le Paris du silence et des ténèbres nous échappe , et c'est par ouï-dire seulement que je puis en parler.
Et le Musée du Luxembourg , tout rempli des œuvres modernes, peintres vivants, sculpteurs, graveurs! — Et le Musée du Louvre, tout rempli des grands artistes d'^autrefois : Titien et Rubens, Raphaël et Van Dick, Murillo et Francia, et plus bas, dans les galeries du rez-de-chaussée, la Vénus de Milo, ce merveilleux fragment de Fart athénien! — Et PEcole des Beaux-Arts, une institution nouvelle, maison moderne toute remplie des débris de Tarchitecture d'autrefois! — Et le Palais- Royal, la demeure des ducs d'Orléans! — Et TElysée-Bourbon, le dernier asile de Pempereur Napoléon dans les derniers instants de répit que le Ciel avait accordés à sa fortune ! —Certes, voilà autant d'illustres chapitres qui auraient pu nous fournir plus d'une page pleine d'intérêt, et à l'habile dessinateur plus d'un dessin excellent; mais le moyen de ne rien oublier dans