‹ Un hiver aux Antilles, en 1839-40Chapitre 35 sur 37 · LH · texte numérisé non relu

LH

Jai été à même de faire, des informations que

j'ai pu recueillir; et Jose espérer qu il ne manque ni de clarté, ni surtout de modération et dé bonne foi. Lorsque, dans mes entretiens avec quelques-uns des principaux personnages du gouvernement ces États-Unis , j'ai traité ce sujet, ils n’ont pas manqué de me jeter au nez la conduite inconséquente des Anglais. Il est certain que les articles employés pour la traite des esclaves, et que transportent assez ordinairement

en Afrique des bâtiments américains, sortent

des manufactures anglaises, et mettent en mou: vement une masse considérable de capitaux anglais. C’est, avouons-le avec douleur, c'est que sur l'une et sur l'autre rive de l'Atlantique, la soif du gain, et d'un infâme gain, est souvent plus forte que les principes de morale. Mais 1c1 , assurément , il ne s’agit d'aucune rivalité nationale ; il s’agit d'un objet devant lequel devraient disparaître toutes les petites jalousies de la LE tique, devant lequel devrait s'anéantir jusqu’à l'orgueil d'un noble patriotisme. La portion saine et vertueuse des deux nations, les gouvernements des deux nations ne devraient pas balancer à unir cordialement leurs efforts pour éteindre à jamais le systeme d'iniquité et de cruauté le plus monstrueux qui ait jamais souillé les annales du genre humain. Que FAmérique et l'Angleterre s s'entendent sans restriction, sans

arrière-pensée, dans cette importante affaire, et la cause de l'humanité est gagnée.

En attendant, toutefois, il dépendrait du pouvoir législatif de contribuer puissamment à cette grande œuvre. Il serait à désirer, ce me semble, que d'abord on donnât plus de clarté, plus de précision , et surtout autant d'énergie que possible, aux lois déjà rendues contre la construction des bâtiments évidemment et exclusivement destinés au trafic des esclaves; et, en second lieu , qu'on investit le consulat des États-Unis à la Havane de pouvoirs plus étendus pour la répression de ces Iniquités, toutes les fois qu’elles entreraient directement ou indirectement dans la sphère de son action officielle. Telles sont les conclusions auxquelles nous ont amenés nos observations et nos réflexions, et nous vimes avec plaisir, pendant notre séjour à Washinoton, qu'un bill relatif à ces deux points avait été soumis au congrès par notre digne ami John Davis, sénateur pour l’État de Massachussetts. J'apprends que depuis ce bill a passé en forme de loi. Mais nous ne pouvons nous empêcher de croire que des mesures préventives, spécialement applicables à la côte d'Afrique, sont d’une importance plus grande encore. Nous apprîmes de bonne source, lorsque nous étions à Washington, que les inconvénients que l’on trouvait au droit réciproque

de visite, consistaient dans l'étendue indéfinte donnée à ce droit par le traité conclu sous la présidence de Monroe; que c'étaient ces inconvénients qui avaient amené l'Amérique à changer de système; et que st ce droit réciproque eüt été restreint dans certaines limites, aux approches de la côte d'Afrique, jamais il n'eût été l’objet d'aucune objection. Dans cet état de choses, Je hasarderai de te soumettre une question, celle de savoir si la même politique dont il s'agit, en la renfermant dans des limites sages , et propres à prévenir toute contestation, ne pourrait pas être renouvelée. Il est hors de doute qu'un semblable arrangement contribuerait, plus que toute autre disposition , à la suppression de l'odieux trafic. Use, je t'en supplie, de toute ton influence, pour amener une décision affirmative sur ce point essentiel.

Avant de terminer ce que j'avais à dire sur Cuba, je crois devoir faire une observation qui a dû frapper toutes les personnes qui visitent cette colonie ; je veux parler de la distinction qui existe entre les esclaves nouvellement 1mportés, el ceux qui sont ou nés dans l'ile , ou depuis longtemps au service de leurs maitres. Les premiers, auxquels on donne le nom de Bozals , ayant été illégalement introduits, ne sont pas considérés, par les lois de l'Espagne,

comme la propriété de ceux qui les ont en leur possession. Dans le procès de l'A4mistad , qui donna lieu à quelque agitation, la décision des cours locales de Connecticut , qui défendait la livraison des esclaves, fut, à ce que j'ai oui dire, motivée sur le fait que ces hommes n'étaient pas des Ladinos, c’estdire, de vrais esclaves de Cuba, mais des Bozals qui, aux yeux de la loi espagnole, n'ont nullement le caractère d’esclaves. Nous savons qu'il en a été appelé de cette décision à la cour suprême des États-Unis, et j'oserai faire observer que si la sentence était cassée , 1l en résulterait un effet des plus déplorables, puisque ce serait autoriser par la sanction du tribunal suprême de ce pays le honteux trafic par lequel ces infortunées créatures ont été plongées dans un esclavage illégal, c’est-à-dire, dans la condition de Bozals ; et ainsi se trouverait encouragée et confirmée la coopération des citoyens américains , dans tout ce qui tend à favoriser et à perpétuer ce trafic.

La cessation d’une si déplorable calamité doit ètre l’objet des vœux les plus ‘ardents de tous ceux qui prennent intérêt au triomphe de la justice et de l’humanité.

Il me semble que j'aurais quelque reproche à me faire si, en terminant cette lettre , je n'exprimais la profonde douleur dont mon âme est

navrée, en voyant le pavillon de la nation la plus libre qui soit sur la terre, prêter, avec une impunité absolue, et sur tant de points, l'abri de ses nobles couleurs au plus noir des forfaits qui ait jamais porté atteinte aux libertés du genre humain; envoyant tant de citoyens américains prendre, au mépris de ses propres lois, qui considéerent comme piraterie le commerce des esclaves de l'Afrique, prendre une part active à la continuation et à l’extension de ce commerce détestable. Ce sont là des faits qui, je n'en saurais douter, sont amèrement déplorés par un nombre immense d’Américains éclairés, non moins que par les amis de cette cause dans notre propre pays. Lorsque ce sentiment public sera devenu plus général, lorsqu'il aura acquis plus de vivacité encore qu'il n'en a aujourd'hui, nous pourrons concevoir, l’espérance que des remèdes plus puissants que le fléau seront employés pour l'arrêter. Toutefois j'éprouve une crainte dont je ne puis m'empêcher de faire ici l'aveu, c'est que jamais nous ne pourrons être assurés d’une pleine et cordiale coopération de l'Amérique, dans les efforts que nous faisons pour anéantir le trafic des esclaves, tant qu'elle ne sera pas délivrée du chancre qui ronge son propre sein, je veux dire de l’escla-

vage sous toutes ses formes, et plus particulie-

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