RN I":(;Y1»TE. 28'J
« aux Babaï. Elle vient la plaie rie Schéto, per-
(( sistant avec les nations nombreuses qu'elle a
« amenées pour en venir aux mains, de toutes
(( les contrées qui sont du cùté de la terre d(>
(( Schéto, du pays de Nahaiain ' et de celui de
u Ta-ta, puissante par retendue de ses fantassins
(( et de sa cavalerie à cause de leur impétuosité,
(( exaltée par les multitudes uoudiieuses qui s'é-
« tendent comme le sable. (|ui se répandent avec
« la rapidité de la flèche... »
L'armée égyptienne se me( en nuu'ciie pour châtier les Schétos. Le (^ombat s'engage. « Les
(( fantassins et les cavaliers de Sa Majesté fai-
(( blirent devant l'ennemi... Alors Sa Majesté, à
(( la vie saine et foric, se levant comme le dieu
» Month , prit la parun^ des combats; couvert
(( de ses armes, il était semblable a Haal dans
« l'heure de sa puissauce "... Le roi, lançant sou
* l.a Mésopotamie. Ce nom est le iik'miic quemploic la Bible pour désigner cette contrée.
' Month, personnification du soleil dardant ses rayons. — Baal, un des noms du Typhon égyptien , dieu de la destruction.
c^ char, entra dans l'armée de Schéto. Il était (c seul ; aucun autre avec lui ... Il se trouva envi- « ronné par deux mille cinq cents chars , et sur (( son passage se précipitèrent les guerriers les (( plus rapides de la plaie de Schéto et des peuples (( nombreux qui les accompagnaient... Chacun « de leurs chars portait trois hommes; et le roi (( n'avait avec lui ni princes, ni généraux, ni ses « capitaines des archers et des chars. »
En un pareil danger, le roi invoque le grand dieu de Thèbes , Ammon , et lui demande de le secourir.
(f — Mes archers et mes cavahers m'ont aban- « donné! Pas un d'entre eux n'est là pour comte battre avec moi . — Voici ce que dit Sa ^lajesté , (c à la vie saine et forte : Quel est donc le dessein (f de mon père Ammon? Est-ce un père qui (( renierait son fils?...
(( N'ai-je pas célébré en ton honneur des fêtes (( éclatantes et nombreuses, et n'ai-je pas remet pli ta maison de mon butin? On te construit « une demeure pour des myriades d'années... Je « t'ai immolé trente mille bœufs avec des herbes
(' odoriférantes et, les meilleurs parlums... Je t'ai (( construit des temples avec des blocs de pierre, u et j'ai dressé pour toi des arbres éternels. J'ai « amené des obélisques d'Éléphantine... Je t'inu voque, ô mon père! Je suis au milieu d'une i( foule de peuples inconnus, et personne n'est K avec moi. Mes archers et mes cavaliers m'ont (' abandonné quand je criais vers eux... Mais je « préfère Ammon à des milliards d'archers, à « des myriades de jeunes héros, fussent-ils tous « réunis ensemble. I.es ruses des hommes ne i( sont rien, Ammon l'emportera sur eux. 0 (' Soleil! n'ai -je pas suivi l'ordre de ta bouche, u et tes conseils ne m'ont -ils pas guidé? Ne (f t'ai -je pas rendu gloire jusqu'aux extrémités (( du monde?... »
Ici le dieu intervient au milieu de la lutte, comme dans les combats d'Homère. (( Ses pa- <.< rôles ont retenti dans Hermonthis. Phra vient « à celui qui l'invocpie; il te prête sa main; ré- K jouis-toi. Il vole à toi, il vole ù toi, Rhamsesu Maïamoun...
(( — Je suis près de toi, je suis ton père, le
« Soleil. -Ma main est avec toi , et je vaux (( mieux pour toi que des millions d'hommes <( réunis ensemble. C'est moi qui suis le seigneui- (( des forces, aimant le courage : j'ai tromé ton (( cœur ferme, et mon cœur s'est réjoui. Ma (f volonté s'accomplira... Je serai sur eux comme K Baal dans sa fureur. Les deux mille cinq cents « chars, quand je serai au milieu d'eux, seront « brisés devant tes cavales... Leurs canus fai- (( bliront dans leurs flancs , et tous leurs mem- « bres s'amolliront. Ils ne sauront plus lancer c( les flèches, et ne trouveront plus de cœur pour « tenir la lance. Je vais les faire sauter dans les (f eaux, comme s'y jette le crocodile. Ils seront « précipités les uns sur les autres, et se tueront « entre eux. »
Raffermi par le secours divin, Rbamsès se précipite au plus fort des ennemis, renverse tout ce qui s'oppose à son passage, et rejoint son armée. Il adresse d'amers reproches à ses généraux et à ses soldats, et célèbre lui-même sa victoire : (^ Ils i( sont retournés en arrière , en voyant mes K exploits. Leurs myriades ont pris la fuite, et
f( leurs pieds ne pouvaient |)lus s'arrêter dans « leur course. Les traits lancés par mes mains (' dispersaient leurs guei'ricrs aussitôt (ju'ils arri- « vaient vers moi. »
Ces citations suilisent pour juslilier ce que je disais tout à l'heure du giand caractère de la poésie épique égyptienne. On est trappe, en lisant ces' fragments , des rapports curieux qu'ils offrent avec certaines scènes de \' Iliade. N'est-ce pas ainsi que les héros grecs s'adi'cssent à leurs dieux et invoquent leur secoui"s, en leur l'appelant les hécatombes iinniolces en leur lionneui'? X'est-ce pas ainsi (pie Chrxscs iuAoque .\pollon : k Ecoute » ma prieic , dieu (pii portes lui arc d'argent, f( toi (pii protèges Chryse et la divine Cilla... Si (( jamais j'ornai Ion lemple. d'agréables festons, (( si jamais je brùhii pour loi la graisse des (( chèvres cl des laui-eaux, e\;nie(^ aujourd'hui f mes vœux, et (\\\v , rrapi)és de tes flèches, les <( Grecs paient mes larmes. » N'est-ce pas ainsi qu'au miheu du eombal t< le sage Nestor prie (( en étendant ses mains vers le ciel étoile : 0 « puissani .liipiler, si jadis diuis la ferlile Argos
244 r.N HIVER
u l'un de nous brûlant sur tes autels la graisse ff des taureaux et des brebis , t'implora pour son (( retour, daigne t'en ressouvenir, roi de l'O- (( lympe : éloigne l'heure fatale, et ne permets (( pas que les Grecs périssent ainsi sous les coups H des Troyens! »
Ce qui est plus remarquable encore , c'est l'analogie singulière de cette poésie avec celle des Livres saints. Sauf l'inspiration religieuse qui donne à l'Écriture cette grandeur dont rien napproche , c'est ici la même forme littéraire , c'est le même style et le même mouvement. Les expressions même se ressemblent, les métaphores sont presque identiques. On voit clairement ici ce que Moïse a gardé de son éducation égyptienne , et retenu des leçons de ses premiers maîtres, les scribes de la cour des Pharaons.
Sur un des pylônes qui précèdent la salle hypostyle, j'ai lu cette courte inscription: