‹ Un hiver en ÉgypteChapitre 4 sur 22 · D ALEXANDRIE AU CAIRE · texte numérisé non relu

D ALEXANDRIE AU CAIRE

LE CHEMIN bE FER

UAND on i\ Ml à Alexandrie la colonne et les ob<''lisques, on a vu tout ce qu'Alexandrie contient < l'intéressant en fiiit de S(j^ ruines. Sous l'action des- '' Iruclive des invasions , des révolutions |)()liti([ues et religieuses, des luttes de croyances et de races qui ont, depuis dix-huil siècles, dévasté, bouleversé, labouré en tous sens ce petit coin de

terre, les ruines mêmes ont disparu et les derniers vestiges des monuments qui l'ont couvert se sont effacés. Venant après les hommes et achevant leur œuvre de destruction , le désert a étendu son linceul de sable sur les parvis des temples et des palais, sur les colonnes brisées, sur les chapiteaux renversés ; si bien que l'érudition même a peine , aujourd'hui , à reconstruire en idée cette ville si puissante , si riche , et qui, au vu^ siècle de notre ère, faisait encore, malgré tant de désastres , l'admiration de ses conquérants arabes.

On mène bien le voyageur visiter, à la pointe de la presqu'île , le palais que Méhémet-Ali y a fait construire: mais franchement cela ne vaut pas (pi'on se dérange. Imaginez un vaste bâtiment , sans style , sans élégance , sans majesté ; de grands appartements meublés à l'européenne, et où règne un mélange singulier de recherche et (le mauvais goût, de luxe et de vulgarité; un escalier avec des toiles cirées pour tapis, et sur les murs, en guise de fresques, d'affreux papiers peints comme on en voit dans les cafés de France;

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des parquets magnifiques (c'est le grand luxe du palais), et des lustres en hnjiize dcdorf, du femps de Tempire ; enfin , suspendus iiii\ murailles mies, quelques portraits desonlanls de Alrlirinct- Ali et d'Ibrahim - Pacha , dont les cadres sont superbes et les peintures dignes (rime arrièreboutique de la rue Saint-Denis.

, Donc, ce qu'on a de mieux ;i faire quand on a passé vingt-quatre heures à Alexandrie, c'est de quitter bien vite cette ville neuve, plaie (ït maussade, qui n'est en réalité (|ii'ini Ln-aiid iiiai'(li<'. et de partir pour le (]aire.

Autrefois on allait an (^aire |)ar le canal, l ii petit bateau à vapeiii- nous eondinsail , entre deux rives monotones et tristes, jns(|u"à la \ille d'Atfèh , où le canal debonclie dans le Nil. Là vous étiez transborde sur un anti'e hatean plus grand, lequel, remontant le lieux e, xousconduis.ait jusqu'à Boulaq, qui est le port de la capitale égyptienne. Ce voyage demandait trois a (piatre jours. On le fait aujourd'hui, i,Màce an chemin de fer, en huit heures; et (piand le |)ont (|iu se construit sur la branche droite <ln Nil sera a<he\é,-

le trajet s'accomplira en bien moins de temps encore.

C'est seulement depuis le l" janvier 18o7 que ce chemin de fer est livré à la circulation ; il n'a même encore qu'une voie. Sa création a été un immense avantage pour l'Egypte : il traverse ses provinces les plus fertiles et les plus peuplées, relie entre elles ses deux grandes villes, et facilite prodigieusement le transit de l'Inde. L'achèvement récent de la ligne de Suez doit activer encore ce mouvement déjà considérable.

On se demande comment Méhémet-Ali , qui a creusé le canal, n"a pas construit le chemin de fer; comment, si enclin à imiter notre industrie et à s'approprier nos progrès, ce prince est resté sourd aux instances qui lui furent faites à ce sujet. C'est que ces instances venaient de l'Angleterre, et que le vieux pacha démêlait, sous les offres brillantes, les tortueux calculs d'une ambition lointaine. Ce qu'on lui proposait, en effet, c'était un chemin qui, conçu au point de vue seulement des intérêts anglais, créé par l'Angleterre, administré par elle, eût mis bientôt

toute l'Egypte sous sa main. C'est une belle proie que l'Egypte ; elle a toujours tenté la convoitise britannique. Sous Abbas-Pacha, en 1848, un nouveau projet, ne soulevant plus les mêmes objections, fut présenté et accueilli. Les résultats de l'exploitation dépassent toutes les espérances. Les Arabes eux-mêmes ont promptement adopté cette voie nouvelle de circulation ; et ses produits sont pour le vice - roi une source de revenu considérable.

La gare du chemin de fer est située assez loin de la ville, au bord du canal. On traverse pour s'y rendre le (|uarticr pauvic, celui des portefaix et des marins. Tout le long du canal règne un grand mouvement: Tencombrement est énorme; et la rue, si l'on peul appeler cela une rue, ressemble à un chemin de tiaverse défoncé et coupé de fondrières où les charrettes disparaissent jusqu'au moyeu. Emportée par deux chevaux vigoureux, notre voiture vole au travers de ces flots fangeux, mal dirigée par un cocher arabe (arabe, c'est tout dire: autant ils sont cavaliers

habiles, autant ils font de maladroits cochers i.. A un détour, nous heurtons un pauvre âne, chargé d'une poche de maïs: sous le choc, l'animal trébuche, s'abat; l'ànier pousse des cris de détresse. Je me penche pour regarder: on n'apercevait plus, au-dessus d'une mer de boue , qu'une oreille de la pauvre bête émergeant de l'abîme.

..Je m'étais étonné du désordre et du bruit au; milieu desquels s'était fait notre débarquement à Alexandrie; ce n'était rien, à dire vrai , en comparaison de ce cjui nous attendait à la gare du. chemin de fer: cela défie toute description. Pour faire enregistrer nos bagages , il a fallu, livrer un véritable combat.

Il y a foule au départ d'aujourd'hui; on se prpmène, sur les quais de la gare, comme dans la rue: parents, amis, disent adieu aux voyageurs.. Enfin nous avons pris place dans un wagon., L'.heure est passée: pourquoi ne part-on pas? Je. m'informe à un Egyptien qui porte le tarbouche à plaque de cuivre, signe distinctif du fonctionnaire de l'Etat : (( Mon cher ami, me répond-il en. français, on partira quand on sera j)rèt. >>

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Sur cette belle' assurance, je me renfonce dans mon wagon : prenons patience. C'est pour l.i forme, en effet, (ju'il y a un |)rogramme(les heures. Ici, on part cpiand on est prêt, et on ai'rive (juand on peut. Ouel(pi('lbis on no |)art j)as du tout; comme, par exemple, s'il a plu au pacha, ce jourlà; de faire transporter des troupes d'Alexandrie au (^aire , ou de les ramener du Caire à Alexandrie. . ;

L'administraîiou du chemin de fer. dans laquelle étaieul entres dahord pour la constituei' et la faire luarchcr licaucoup d'Européens, est aujourd'hui composée presque exclusivement d'Égyptiens : cela e\pli(pie bien des choses. Le vice-roi actuel, Saïd-Pacha, a, me dit-on, cette idée fixe de substituer partout des indigènes aux Européens qui occupent encore des fonctions publiques. Elevé par des Europi'-ens, ayant manifesté dans sa jeunesse un gi'and goût pour les idées et la ci\ilisation de rEuiupc, il avait, en montant sur le trône, inspire les plus magnifiques espérances à tous ceux (pii ont encore foi dans la régénération de l'Orieut par les Orien-

taux. Ces espérances, tout fait craindre aujourd'hui qu'elles ne soient déçues. Il semble que le pacha , délaissant un rôle qui lui pesait , soit déjà revenu à sa vraie nature, qui est celle du Turc. Moitié par défiance des Européens, moitié par orgueil de barbare qui croit pouvoir maintenant se passer d'eux . il éloigne peu à peu tous les Français et Anglais qui dirigeaient les établissements nouveaux ou les grandes entreprises en cours d'exécntion; prétendant que les Egyptiens sont aujourd'hui capables de faire aussi bien que leurs maîtres. Tant que cette mesure ne s'appliquera qu'aux choses d'administration, le mal pourra n'être pas grand , ou du moins l'État seul en souffrira : mais le jour où les locomotives seront menées par des mécaniciens turcs, j'avoue que je tremblerai pour les voyageurs.

Enfin un dernier coup de cloche a retenti : nous partons. Le chemin de fer, au sortir d'Alexandrie, passe entre le canal Mahmoudieh , qu'il laisse à gauche , et le lac ^laréotis, qui s'étend à perte de vue sur la droite. Les bords du canal

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sont verdoyants et rouverts de riehes enltiires; mais l'aspect du lac est profondément triste. C'est comme un immense marais, à demi desséché , où s'élèvent de loin en loin des grèves arides ou des bancs de vase couverts de plantes aquatiques. De grands vols de pluviers, de canards, d'oies sauvages s'élèvent à chaque instant: quelque héron mélancoli(|iie, (piehjnf ihis solitaire s'envole efïrayé au coup de silllet strident de la locomotive.

Autrefois, ce Inc éljiit rempli d'eau douce que lui apportait le Ml. Kn l<S()l, les Anglais, pendant la gu(M'i'(' (|irils nous faisaient en Egypte, y introduisirent leau <le la mer en rompant les digues qui le protégeaient. (>>la seul a stérilisé ses bords, où se dépose une couche de sel. Plusieurs fois il a été (juestion de le dessécher et de le rendre i\ la culture : mais c'est une entreprise coûteuse , et rpii sans doute ne s'exécutera pas de longtemps.

Quand on a dépassé le lac, cl à incsnn> (pion avance, les cultures se montrcnl tir |)lus en plus riches et variées. Ce sont d'abord des rizières;

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puis des champs de maïs, d'orge, de froment-, de tabac, de sésame; puis d'immenses champs de cotonniers tout blancs de leurs gousses entr'oû- -vertes, et que les fellahs sont en train de récott<^r. Le coton, introduit en Egypte par Méhémet- Ali, est devenu une de ses productions les plus abondantes et les plus précieuses. Depuis surtout qu'un Français, M. Jumel, y a naturalisé le coton à longue soie, cette culture a pris des accroissements considérables et a donné lieu à un commerce très-important. Le coton et le riz ne se cultivent que dans le Delta , qui peut , grâce au système admirable de canaux qui se croisent sur sa surface comme les mailles d'un filet, être incessamment arrosé par les eaux fécondantes du Nil.

La terre seule est une merveille ici. Apportée tout entière par le fleuve , formée des dépôts successifs et lentement accumulés de son limon , elle a l'aspect noirâtre du terreau le plus gras et -ie plus fertile. On peut la touiller impunément: vous creuserez jusqu'à dix mètres et plus de profondeur avant de trou^er le sable ou la pierre.

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-La plaine qui sTMcihI miiroi-nio of Acrfo , sans accidenl de Icrrain, sans clùluio, sans arbres qui arrêtent le regard, resseiiiltlc im peu ;i certaines -parties delà Brie. Avec ccl li(iii/on sous les yeux, assis dans ce confortable wji^oii consti'iiil en Ku- Fope et (|iii porte encore le nom de son l'abricanf de Birmingham , on ne se croirait pas assurément aux bords du vieux Nil, a (pielques lieues des Pyramides. Mais, de temps à autre, la perspective change: ça et là, sur la |)laine, s'clève un boiKpiel de palmiers; au milieu de leuis Ironcs élégants surmontés de panaches llotlauls. se dresse un niinarel dont la flèche aiguT- le^ domine; alenlonr, s'éleudei»! (pichpies construclions ■basses, tantôt grises, tantôt dun l)lanc éclatant, et qui de loin simulent des fortifications et des tours. C'est un village, avec ses pigeonniers blanchis à la chaux: et ce seul coin de tableau vous reporte en j)lein Orient.

Ces villages, du reste, c'est de loin tpi il lanl les Noir pour leur (louNer ipiehpie pittores{ine : de près, rien de plus misérable, de |)lus hideux. Les maisons sont eu britpies crues. Comme la

plupart n'ont point de toit , ces amas de huttes couleur de boue , avec leurs murs dégradés , leurs portes sans fermetures, font l'effet de villages incendiés où ne resteraient plus debout que des murailles noircies par la flamme.

Les pigeons sont mieux logés que les hommes. Ces hautes constructions qui ressemblent, comme je le disais tout à l'heure, à des tours, ou plutôt qui affectent la forme de ces grandes meules de foin qu'on voit dans certaines contrées de la France , ne sont autre chose (jue des fuies ou colombiers. Je ne crois pas qu'il y ait, en aucun pays du monde, autant de pigeons qu'en Egypte. On les voit \o\ev par myriades dans les campagnes. Jamais le paysan ne les tue; mais les Européens les tirent sans que personne le trouve mauvais. En réalité, ces pigeons ne sont la propriété de personne : ceux qui les logent , et pour les attirer chez eux leur bâtissent ces vastes colombiers, n'en retirent d'autre profit que celui de la fiente, (jui est un engrais estimé.

La population de ces villages paraît profondément misérable, et flétrie par le travail. Hommes

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et femmes sont à peine vêtus d'un lambenii de toile, sous lequel ils grelottent; car, malgré un soleil brillant, un vent froid -ouille de l'ouest.

A Damanhour, petite \ill(' assez pittoresque sur un des petits bras du Nil. le convoi s'arrête : nous prenons des voyageuis. (]e sont de pauvres diables (|ui ne voyagent pas pour leur plaisir : ils sont enchaînés deux à deux, et escortés de soldats. Ou les mené aux izaleres. \)c (|uel mi'fait sont-ils couj)ablcs? lis oui relus('' linipôl peutêtre, ou volé leur prochain sans asoir |)alente du vice-roi? Au |)ied du lalus sur lequel passe le chemin de l'er, un groupe de fenuuesest assemblé: ce sont les mères ou les femmes de ces malheureux. Rangées en cercle, elles poussent des lamentations lugubres, entremêlées de ciis aigus. Leurs cheveux tombent en desordre sur leurs joues. De temps en temps, elles iexeul les bras en I aii-, puisse laissent tomber sur les genoux en se pro- Pleruaul juscpTa terre, puis se relèvent en se fVapj)ant le sein , et i"econuneiiceiil leur chanson triste où éclatent de tenq» a autii' des cris rau-

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queset sauvages. Ost une scène à la fois ériiou- -vante et bizarre.

Le convoi a repris sa marciie. Tout à coup il s'arrête. Un accident est-il survenu? La voie estelle interrompue? — (]"est tout simplement un chien qui s'est échappé du wagon où il était renfermé. Il s'enfuit à tra^ers champs : deux Arabes courent après. Nous repartirons quand il plaira à Dieu ! . . .

Vers onze heures, on est à Dahari. Ici la voie est coupée pai* un grand bras du Xil , la branche lie Rosette. On y construit un pont; mais plusieurs années sont encore nécessaires pour son achèvement. En attendant, on passe le fleuve sur un petit bateau à vapeui*.

C'est ici qu'a eu lieu , peu après mon retour d'Egypte, l'accident étrange qui a coûté la vie à Achmet-Pacha, l'héritier présomptif du vice-roi. Le wagon où il se trouvait avec Halim-Pacha et toute leur suite, était poussé par des Arabes sur un ponton à \apeui-, qui devait le transporter sur l'autre rive. Il paraît (ju'un élan trop fort fut donné: le wagon, lancé par- dessus le ponton.

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alla faire le plongeon dans la riNJcic. H;ilim-Paclia seul a été San V(''. On ;i Wùi mit' ciuiiiètc; iiiiiis il a été officiellement déclaré qu'il ny avait «n r;iiilo de personne, le malheur élan! arrivé par excèsde zèle des Arabes, et par cette circonstance fortuite que l'employé chargé de les surveiller était absent dans ce inomenl... Il n'y ;i l'ion ii répondre à cela.

. Achmet était fds d'Ibrahim- Pacha. Il ne paraît pas que sa mort soit de nature à inspirer en Egypte de bien vifs regrets : j'ai entendu parler de Ini comme d'un homme avare et dur. Halim-Pach;i , (pii se trou\e par cet événement appelé a la succession du trône, est, comMic h' \ice-roi actuel, fils de Méhéinel-Ali : on s;iit qu'en Egypte le pouvoir n'est pas tiaiismis par ordre de primogéniture, mais (pi'il est toujours déféré au |)lus âgé des princes de la famille.

Nous traversons celte |)oinle du Delta (jue les Arabes, à raison de sa feconditc |)rodigieuse, ont appelée le Ve?i(t'e de la vache. Bien (|uc l'aspect géOjural du pa\s soit le même, c'est -a -dire plat cl

assez monotone, la végétation semble ici déployer plus de puissance encore : la terre se couvre de moissons plus épaisses; des champs de cannes à sucre ondulent au vent; les arbres deviennent plus nombreux. Aux palmiers s'ajoutent les acacias, les mûriers, les figuiers, les sycomores, les orangers et les grenadiers , tantôt plantés en lignes , tantôt groupés en masses serrées. Des canaux sillonnent le pays en tous sens, et çà et là de grandes nappes d'eau étincellent au soleil et forment comme de larges plaques d'argent sur ce manteau de riche verdure.

Après Tantah , villt^ importante où se concentre tout le commerce du Delta , le chemin qui courait à l'est change de direction et tourne au sud. Nous approchons du Caire. Bientôt sur la droite, entre des massifs d'arbres, nous apercevons au-dessus de lliorizon deux petits nuages triangulaires, diin gris pâle, nettement découpés sur les bords, mais se confondant presque avec la brume légère qui flotte dans le ciel : ce sont les deux grandes Pyramides de Ghizeh. On dirait deux montagnes, vues à vingt lieues de distance.

L'impression de cette première vue est profonde ; tous les voyageurs l'ont ressentie. Quelle grandeur ! quelle majesté ! Comment la main des hommes a- 1 -elle pu élever à de telles hauteurs ces masses (pii rivalisent avec les œuvres éternelles de la nature? Il faut avouer seulement qu'il y a un contraste bizarre et quelcjue chose qui heurte violemment l'imagination, à contempler ces antiques monuments des Pharaons, de la fenêtre d'un wagon enq^orlé à travers les plaines du Delta par une locomotive haletante. Quelle distance , quelle suite de siècles , entre ces deux merveilles, iiine de l'orgueil, l'autre du génie de l'homme!

On franchit encor(> luie fois le Xil. branche de Damietlc, mais {('tic lois sur un ponl. A peu de distance de là, à gauche, sur un monticule aride et sablonneux (|ui domine les rives du lleuve, un vaste ensemble de constructions iiiaclievées frappe les yeux, (^'est nn palais (piAbbas-Pacha a bâti, et dont il aUcclionnait le ^cjour. Lui mort, le palais a été abandonné : les fenêtres n'ont plus de vitres; les jalousies disjointes se penchent sur

leurs gonds et l)attent au veut le long des murailles. C'est déjà une ruine, et ce qu'il y a de plus laid, une ruine neuve. Ainsi se passent leschoses en Egypte. Tout pacha, en arrivant au pouvoii', se bâtit régulièrement un ou plusieurs palais, qui sont régulièrement, le lendemain de sa mort, abandonnés par son successeur, lequel se hâte à son tour d'en construire de nouveaux. Aussi est-ce une chose fabuleuse que le nombre de palais qu'on rencontre en Egypte. Il y en a partout; il \ en a même dans le désert: témoin celui qu'Abbas-Paclia lit l);Uir à moitié chemin du Caire à Suez, dan> iiu lieu ou il ny a ni eau, ni arbres, ni licrhc, ni luihit.itions d'aucune sorte.

Bientôt, en face de nous, se dressent, projetées du nord au sud, les crêtes dnne montagne aride. Apre, l)rûlée, complètement dépouillée de végé-tation, et dont les flancs rougeàtres sont tantôt sillonnés de ruisseaux de siiMc blanc, tantôt hérissés de roches noires. Sur la croupe de cette montagne qui s'abaisse brusquement vers le sud, on. dis.tingue des. fortifications.: deux longues

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