‹ Un hiver en ÉgypteChapitre 5 sur 22 · C.NE KUE DU CAUiE · texte numérisé non relu

C.NE KUE DU CAUiE

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flèches aiguës et blanches percent le ciel; entre les deux , brille comme un dùnic de cristal. C'est le xMokatam, sur lequel est i)àlie la citadelle du Caire; c'est la coupole de la grande niosqure de Méhémet-Ali. A leurs pieds s'rtend une foièt de minarets, de dômes, entremêlés de hauts palmiers. La ville proprement dite se dérobe encoie à nos yeux: mais, sous les rayons obliciues du soleil qui commence à s'abaisser vers l'horizon, toute cette ville aérienne, si je puis dire, toutes ces flèches, toutes ces coupoles d'innombrables mosquées, tous ces minarets aux galeries légères et dentelées, empoui-prés |)ar le couchant et se détachant sur le bleu vif du ciel , furnienl un (U' ces tableaux ipii restent comme une xision lumineuse dans le souvenir du voyageur. On pressent la reine de l'Orient, la cité merveilleuse des contes arabes. J'axoue (|ue je ne pouvais me défendre d'une certaine émotion. C'était lOricut enliii (pie j'allais contempler, l'Orient après \v(\\n'\ je courais depuis ti'ois joui's, el dont je n'avais \u eneore (pie des lambeaux e|)ars ou des images altérées.

Nous étions impatients d'entrer dans la ville. Mais les ennuis du départ se retrouvent à l'arrivée : même désordre, mêmes tribulations; il faut livrer une nouvelle bataille. Heureusement pour nous, un officier français au service du pacha, et qui est venu avec nous de Marseille, prend pitié de notre embarras et nous vient en aide. Quelques mots arabes, vigoureusement appuyés de quelques coups de courbache, font prestement enlever nos bagages. Je commence à m'apercevoir que la courbache est véritablement- le fond de la langue arabe ' .

Pendant qu'on ciiargeait nos malles sur le dos de pauvres ânes qui disparaissaient sous le fardeau, nous regardions, non sans intérêt, sur la place qui est au-devant de la gare, des groupes d'Arabes et de chameaux couchés à l'ombre des sycomores. Je me souviens surtout d'un grand et

' La courbache est une longue cravache taillée dans la peau de l'hippopotame, souple comme un jonc, résistante comme l'acier. C'est une arme terrible, devant laquelle tremblent les pauvres fellahs : le premier coup enlève la

peau, le second fait jaillir le sang.

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beau jeune homme, du type juif le j)liis pur, de la physionomie la plus intelligente, qui se tenait debout, non loin de nous, accoudé sur son âne : coiffé d'un turl»;in blanc, drapr dans son ;un|)le manteau de laine brune, il avait dans la pose une noblesse naturelle, dans le regard une fierté pensive qui eussent fait de lui ini admirable modèle pour un peintre composant (incline scène biblique. Tout, sur cette terre auli(|ii(', se revèl de grâce ou de poésie ; tout , juscpraux choses les plus vulgaires, y parle à l'imagination!

L'hôtel où nous descendons est situé à l'entrée même du (^aire. Provisoircniciit installe dans une maison |)articuli(M'e bâtie |)ar (|ii('l(|ii(' liclic Le- \antin, cet hôtel a Ini-niéinc un caraclcir oi'icnfal (|ui déjà nous cnclianlc In jaidin d'orangers l'entoure; près de la porte, de grands hananiers balancent leurs larges éventails. L'a|)partement (péon nous offre, au rez-de-chaussée, est une immense salle, toute dallée en marbre blanc, avec des lambris pareils, une fontaine à cascades dans un des panneaux, et au milieu un bassin; le tout, il est vrai, \euf de ses ean\ iaillis>aiiles.

Malgré la séduction du premier moment, nous trouvons le logement un peu frais pour la saison; et nous préférons , au premier étage , une chambre dont les dalles sont couvertes de nattes de jonc. La maîtresse d'hôtel est Française, et l'ameublement tout européen : nous ne nous en plaignons pas; il reste, malgré tout, assez de ce qu'on appelle la couleur locale. Par exemple , vous chercheriez vainement dans tout l'hôtel un cordon de sonnette. Comme au temps des Mille et une Nuits, on frappe dans ses mains pour appeler les domestiques. Des fenêtres de notre appartement, nous avons vue sur de grands jardins. En face, le soleil se couche derrière un bouquet de palmiers: l'horizon est en feu, et sur le ciel embrasé se dessinent les silhouettes noires de ces beaux arbres.

Malgré notre impatience, il était trop tard pour faire, ce soir-là, une première promenade dans le Caire : le crépuscule est court , et l'on imagine })ien que l'éclairage des rues est ici chose inconnue. Je ne répondrais pas que dans vingt ans le gaz n y allumât pas ses candélabres; mais aujour-

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d'hiii, si l'on sori la nuit Aoniic, il tant poiler sa lanterne, comme faisaient il \ a cent ans les bons bourgeois de nos petites villes. Onnme nous sortions de table, deux jennes Français a\('c (|ni nous avions dîné, et (|ui allaient passeï' la soirf'-e chez le consul de France, donnèrent ordre (|n'on rit aj)procher leurs équipages : nous vîmes alors s'avancer au pied du perron deux ânes, précédés de leurs conducteurs (jni portaient cli.irnii une lanterne à la main, ('e sont là les fiacres du Caire.

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