Scène d'intérieur à Rattvick
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DEPART DE RATTVIK
j'élais ici? Je l'ignore. Elle me dit : « Paul, il n'y aura personne jusqu'à la nuit et je n'ai pas voulu partir avant de vous donner quelque chose à manger. »
Certains jours, arrivaient des gens en assez grand nombre; ils ne s'arrêtaient qu'une nuit dans leur route pour se rendre aux herbages. C'est ainsi qu'une fois vinrent mes amis Backer Anna et son frère Hans, avec six chèvres; ils allaient à une prairie éloignée, chargés de faux et de la nourriture qu'ils avaient emportée pour toute la semaine. Les chèvres, qui devaient les pourvoir de lait, les suivaient comme des chiens. Nous convînmes de nous rencontrer dans quelques jours à Eskasen.
Un des fabodar appartenait à Aker Jonas Andersson de Rattvik, qui, au moment de ma visite, s'y trouvait avec sa femme, Brita ; tous deux y passaient leurs journées à faucher de l'herbe. Le bétail et la laiterie étaient confiés aux soins de leur fille et de Dunkol's Karin. Ces fillettes paraissaient jolies dans le pittoresque costume de leur paroisse, la première occupée abattre du beurre et l'autre debout devant le feu, faisant du fromage ou grillant du café, pendant qu'un énorme chaudron pendu au-dessus de la flamme bouillait à petit bruit. Quand vint le samedi soir, Aker's Brita suggéra l'idée d'aller passer le dimanche à la lerine de son père. La proposition fut acceptée, et, le dimanche, dés I aurore, nous nous mimes en route. Après une marche de quelques heures à travers des prairies marécageuses et des forêts, nous posâmes le pied sur une bonne route qui passait par un magnifique paysage agreste, et nous atteignîmes Aker eu Gulleraseh, où nous fûmes renis avec la bonne hospitalité daléearlienne.
Le coslume des femmes de Rattvik est le plus gai et le plus pittoresque de. la Dalécarlie. Le jupon est de couleur bleue avec bordure verte; le corsage, foncé; le tablier de laine est bigarré de blanc, de vert, de jaune ou de bleu. La robe courte laisse voir les bas, ou plutôt les longues guêtres brodées en dessins de couleur, comme celles que l'on porte en Norvège à Thelemarken et à Saeterdal. Le bonnet est très gracieux — noir avec des garnitures rouges, ou quelquefois en toile blanche avec deux bandes tombant sur le dos.
On passa l'après-midi eu amusements de société; je remarquai tel, comme en d'autres parties de la Scandinavie, la bonté des vieil-
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lards pour les jeunes gens. Souvent on voit un grand-père jouer du
violon pour ses arrière-petits-enfants qui adorent la danse.
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En quittant Rattvik, j'allai d'un fabod à l'autre; je marchais fréquemment tout seul, surpris de ne pas m'égarer chaque jour dans
les forêts, où des sentiers sans nombre ne conduisaient qu'à des prairies marécageuses. Le silence des bois n'était interrompu que par les
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voix aiguës des filles gardant le bétail, ou de temps à autre par le bruit d'un pic vert frappant du bec sur un arbre creux.
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Un samedi après midi je me trouvai au fabod d'Eskasen; le soir les gens arrivèrent de toutes les directions après avoir terminé le tra-
vail de la semaine; le dimanche malin tous avaient fait toilette comme
pour aller à l'église. Chacun de mes amis insista pour que je vinsse
à son fabod partager son repas; j'avoue que, si quelqu'un m'avait prédit
la quantité de lait et de crème que je boirais clans un jour, je ne l'au-
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rais pas cru.
Je ne manquai pas d'aller serrer la main de Skradder Amlers, et là
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je vis le berceau de bois où il avait reposé étant enfant et où ses ancêtres furent bercés avant lui; la date, gravée dans le bois, le faisait
remonter à plus de deux cent cinquante ans; j'allai ensuite visiter mes
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amis.
Ce fut un grand plaisir pour moi de dormir dans la grange, sur du
foin nouvellement coupé, de hoire delà crème et du lait; de partager le frugal repas de ces braves fermiers; je sentais que mon corps et mou
esprit se renforçaient à mener une telle existence.
A la fin de juillet, la plupart retournèrent dans leurs hameaux pour
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emmeuler le foin et récolter le grain. Après avoir dit adieu aux fabodar
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d'Orsa et de Kallvik, je repartis pour Orsa-Kyrkohy et de là pour la Norvège.
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