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LES DORMEURS A L'ÉGLISE

deux ou trois semaines aux prairies. Après avoir traversé i'Elfdal sur un bac, nous quittâmes la roule pour passer dans une forêt et nous arrivâmes à une grande prairie clôturée tout alentour, avec plusieurs maisons en foin dont une appartenait à mon ami. Nous mîmes pied à terre juste à temps pour nous abriter contre la pluie, qui ne tarda pas à tomber à torrents. Nous dormîmes serrés les uns contre les autres, à cause du froid et de l'humidité; malheureusement le toit laissait passer l'eau. Les moustiques me parurent aussi abondants qu'en dedans du cercle arctique. Le matin, de bonne heure, nous nous séparâmes; l'homme et les femmes allèrent faucher les prairies, tandisque, Kirslin et moi, nous dûmes nous rendre à un fabod où l'on avait laissé les chèvres afin de les ramener pour donner du lait aux faucheurs. Nous trouvâmes là un vaste enclos avec parcs et maisons, et peut-être cent têtes de bétail. Toutes les filles de cet endroit dormaient sur le plancher dans une maison , et, le soir, Kirstin et moi nous fîmes comme elles. En revenant avec nos chèvres, nous nous dirigeâmes vers une hutte couverte d'écorce , dans une partie de la forêt l'approchée d'immenses prairies marécageuses. Les moustiques étaient si nombreux, que nous fîmes du feu et surtout de la fumée pour les chasser. Le lendemain matin, on me laissa seul au campement avec la petite Maria endormie, que l'on confia à mes soins. Ses parents n'étaient pas partis depuis une heure qu'elle se réveilla. Je réussis à l'amuser quelque temps ; mais elle se mit à pleurer et à appeler sa maman. Pour l'apaiser, je la pris dans mes bras et j'allai me promener dans la forêt ; J espérais lui faire croire que nous allions chercher sa mère et que nous reviendrions pour jouer ensemble. J'étais à bout de science et je ne savais plus comment amuser l'enfant, lorsque, par bonheur, la mère revint et s'étonna de ne pas la trouver endormie. Quand je lui eus raconté ce qui était arrivé, elle rit beaucoup et me dit : « Paul, vous feriez une bonne nourrice. »

Deux jours de celle vie monotone furent tout ce que je pus endurer; reprenant donc la grand 'roule, je trouvai Grund Olofolsson, qui revenait ce jour même d'Asen, selon noire convention, et qui m'attendait avec un véhicule pour me conduire à Sarna. J'arrivai bientôt a Nybodœ, fabod près du grand chemin, sous la garde de deux filles, Stin et Charlotte, la première déjà vieille et la seconde jeune et

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belle. Olof me recommanda aux soins de ces femmes el leur dit qu'elles devaient me montrer le chemin des fermes, puis me quitta. Charlotte jouait admirablement du cor, et, quand elle suivait le bétail, la forêt retentissait des airs qu'elle connaissait.

Je demeurai quelques jours à visiter les fermes solitaires de ces bois, afin d'étudier l'effet produit par cette existence retirée sur le caractère de l'homme. A une faible distance de Nybodœ, de l'autre côté de la route, j'arrivai à une ferme appelée Ras, entourée de champs et de prairies. Je ne pouvais inempêcher de penser combien la vie de ces gens était solitaire. Les vieillards ne se trouvaient pas chez eux ; mais une fille intelligente me reçut très obligeamment et me prépara à manger; elle ne me craignait pas, m'ayant vu précédemment avec Charlotte et Kirstin. Deux de ses frères étaient imbéciles.

Sarna est agréablement situé sur les bords de la rivière qui, ici, s'élargit en lac. — 11 y a une église paroissiale, une bonne auberge et une excellente école ouverte d'octobre à la fin de juin. Le pasteur y était établi depuis vingt-sept ans et me fit visiter la vieille église. En montant à la chaire, je vis à côté de la Bible quelque chose comme un bâton de policeman, au bout duquel était attaché un gros morceau de cuir, le tout rappelant un martinet. On s'en servait, il n'y a pas encore bien longtemps, pour réveiller les dormeurs; le pasteur frappait un grand coup sur la chaire et forçait ainsi l'attention. A côté se trouvait une longue perche arrondie au bout, dont le sacristain, paraîtil, se servait pour caresser les côtes des dormeurs. Ces deux ustensiles, inventés pour maintenir les congrégations en éveil, étaient généralement employés en Suède il y a vingt ou trente ans; le pasteur actuel en a fait cesser l'usage. Aujourd'hui, on offre une prise de tabac au dormeur, qui, après avoir éternué, ne pense plus à se rendormir.

Dans une localité où j'avais été particulièrement bien reçu, je pus me convaincre que les jeunes gens voient avec déplaisir les filles de leur endroit épouser des hommes d'une autre paroisse. Je faisais remarquer à Un de mes amis qui m'avait présenté dans une maison, combien la fille était jolie ; il me répondit : « Croi riez-vous, Paul, qu'elle va se marier avec un homme du Vermland, qui est venu ici pour gagner sa vie et qui lui a l'ait la cour en cachette? C'est honteux de sa part

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