‹ Un hiver en LaponieChapitre 117 sur 228 · TENTATIVE D'EXTORSION · texte numérisé non relu

TENTATIVE D'EXTORSION

de prendre un étranger pour mari; comme s'il n'y avait point de beaux gars dans notre paroisse ! »

Après avoir parcouru une distance de plus de 3 milles suédois, je touchai à Idre, pauvre hameau avec quelques fermes séparées l'une de l'autre. J'y trouvai l'ecclésiastique en train de faucher son foin, ses moyens no lui permettant pas de payer un homme 3 krohor par jour pour l'aider. Laissant là son ouvrage, il m'invita à entrer chez lui et me présenta à sa femme. Ils insistèrent pour me faire partager leur modeste dîner, qui me plut beaucoup. Ici finit la route carrossable, et le voyageur qui désire aller en Norvège doit suivre les sentiers des forêts et des collines.

Voulant retraverser la péninsule d'une mer à l'autre, je me décidai d'aller à Roros, ville connue pour ses mines de cuivre, et l'une des plus froides de la Norvège cmtrale. Les marais y sont nombreux ; on a posé aux endroits les plus dangereux des troncs d'arbre équarris et rabotés, pour que les chevaux'et les gens puissent passer. La première ferme que nous atteignîmes était située sur le bord d'un petit lac, VElzsio (lac Elk). Comme, pour atteindre la maison, il fallait traverser un courant étroit mais profond, mon guide héla un bateau; personne ne répondit et j'allais tenter le passage à cheval, lorsque nous vîmes venir une barque dirigée par une vieille femme de plus de quatrevingts ans, mais forte et bien portante; elle avait avec elle deux arrièrepetits-enfants confiés à ses soins. Je lui offris de ramer; elle refusa et donna des coups d'aviron avec une vigueur qui m'étonna. En arrivant à la ferme, elle appela, et une fille sortit du bois, elle l'envoya chercher un cheval. Ici mon guide d'Idre me quitta, et je continuai mon chemin à travers la forêt, franchissant beaucoup de marais. Au bout de deux heures, nous arrivâmes au Storbo-sio, dont les rivages plats sont couverts de roseaux. Un pêcheur consentit à me prendre dans son bateau pour passer le lac et me serra la main en me disant adieu quand je l'eus payé. Je me sentis heureux d'aborder et de quitter le bateau qui était vieux et faisait eau comme un tamis. Quelques pauvres fermes sont disséminées sur les Bords du lac; dans l'une, je trouvai deux enfants idiots et goitreux; c'était le second cas de ce genre que je voyais.

Au Floining-sioon pratiqua surmoiune tentative d'extorsion, chose

assez rare en ce pays. J'y passai la nuit et je n'eus pour souper qu'un bol de lait aigre; quand je demandai mon compte, le vieux Jonas me dit : « 1 dollar! » — Je refusai de payer, et, comme je lui reprochais son manque de délicatesse, il me répondit que, s'il avait demandé un prix exagéré, c'est qu'il me croyait tant d'argent que je ne savais qu'en faire, et il descendit de 1 dollar à 20 cents. Je dois dire que le propriétaire de la ferme n'était pas là.

Je passai la frontière de Norvège sans m'en douter, et j'arrivai à un pauvre hameau d'où part une route pour le Fœmund-sio. Le Fsemundsio est à 2,150 pieds au-dessus du niveau de la mer, et a 35 milles de long; son déversoir, la rivière Klar (claire), coule dans le lac Wenern. Cette belle nappe d'eau offre un aspect particulier que ne possède aucun lac de la Norvège ni de la Suède ; ses bords ne sont pas abrupts, et, en bien des endroits, ils portent quelques pins et de la mousse de rennes; l'eau, qui est très claire, contraste singulièrement avec celle des lacs foncés et obscurs que j'avais vus ; le lac fourmille de poissons. J'aperçus plusieurs rennes sauvages broutant sur ses rives. A 3 milles environ de son extrémité méridionale, on arrive à un hameau composé de quatre vieilles fermes, dont l'une a été brûlée jusqu'au sol, l'hiver précédant mon arrivée. Les gens y ont conservé les anciennes coutumes et ne savent que fort peu de chose du monde extérieur. Torbert Mikkelsen, beau vieillard, était le nabab du lieu; des favoris gris et touffus encadraient sa face vermeille ; il portait des culottes, des bas de laine blancs, un gilet croisé avec des boutons de cuivre el un bonnet phrygien en laine rouge. Berit, sa femme, avait aussi bonne mine que lui et offrait la fidèle image de la vieille matrone ; ses cheveux blancs étaient en partie cachés sous un petit bonnet de forme gracieuse, généralement adopté en ce coin du pays. La maison, grande et confortable, avait ses murs peints en vert, el dans un coin de la chambre s'ouvrait une immense cheminée. Sur un buffet on voyait des plats et des tasses en vieille porcelaine, héritage de famille; une lanterne pendait à l'une des poutres du plafond et une ancienne horloge était placée près du lit; des perches portaient de bon linge; une laide, deux ou trois chaises, une couple de bancs, un métier et un rouel constituaient le mobilier. — Ma chambre à coucher me parut étrange ; les murs étaient peints en jaune (évidemment le père Torberl aimait

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