VIEILLES MAISONS
sur les planchers. Afin de prévenir l'entrée des rats et des souris, on élevait quelquefois ces maisons sur des pilotis ; de là les noms de stolpeboa et de stabbur, qui exigeaient des escaliers à l'extérieur. Les stabburs de la Norvège méridionale diffèrent de ceux des autres parties du pays ; leur forme particulière attire l'attention de l'étranger, et leurs murs, noircis et durcis par les siècles, parlent en faveur de leur ancienneté.
Avec le temps arrivèrenl les améliorations; on fit des additions à la maison à feu primitive et l'on appela celle extension ramloft, d'où les maisons encore existantes tirent leur nom.. Ce ramloft s'éleva à une extrémité sous forme de tour, avec des escaliers extérieurs conduisanl à une porte ouvranl sur le grenier, où se trouvait une chambre à coucher arrangée avec grand soin et de la même grandeur que celle de l'étage inférieur; la primitive maison à feu demeura ouverte jusqu'au toit. On en voit un certain nombre clans différentes parties du pays, mais elles sont le plus communes, quoique assez rares, en Lom.où je conduirai le lecteur dans le chapitre suivant.
En Hedemarken, sur la vieille ferme royale de Huseby, en Slange, il y a -un ancien ramloft qui a reçu des additions récentes. Ici, le ramloft était divisé par des cloisons en deux appartements dans l'un desquels on avait placé un petit foyer; dans l'autre, les murs étaient ornés de peintures représentant des tapisseries, en imitation de la coutume de suspendre des tapis aux murs dans les occasions joyeuses. Ces peintures donnent une assez juste idée de la manière dont on faisait cette ornementation : en liant sont de petites barres d'où pendent des aakiaeder (rideaux) de couleurs voyantes, dont les plis sont retenus par des cordons dans le coin supérieur; il n'y a pas beaucoup d'art dans eelte peinture, mais c'est un reste intéressant d'antiquité. Ce ramloflsal fait souvenir du premier chapitre de la saga de Sverre, sur le « beau loftsal » dont avaii rêvé sa mère, ou de l'histoire de Snorre sur l'amour et l'impatience d'Asta, lorsqu'on lui dit que son fils Olaf (le saint) était attendu d'un momenl à l'autre, de retour des pays étrangers; elle se leva aussitôt et ordonna aux hommes et aux femmes de tout arranger de la meilleure manière ; elle voulut que ses femmes apportassent des ornements dans la maison et la décorassent', ainsi que les bancs, avec des tapisseries.
On peut encore voir une maison à ramloft sur la ferme de Stemsrud, dans la paroisse de Grue, à Solor, dans la vallée de Glommen ; sur l'un des madriers de la charpente est gravée la date de 1324 ; depuis plusieurs générations, elle appartient à la famille Kolbjornsen qui la maintient en bon état.
En Osterdal septentrional, ou trouve une sorte particulière de bâtiment que l'on appelle' barfro . Cette forme est également fort ancienne et, si l'on enlevait la tour, la maison n'en demeurerait pas moins intacte ; c'est un type primitif, avec le foyer au centre. En face de la porte il y a un porche carré, quelquefois en madriers horizontaux, mais le plus souvent en poteaux, avec des murs en planches ; une suite d'escaliers conduit à une petite chambre carrée servant de resserre pour les habits et aussi de chambre à coucher; on appelle barfro cette partie de la façade. On peut faire remonter l'origine de ce mot à l'ancienne langue germanique, connue seulement aujourd'hui par les vieux manuscrits; ce nom y est écrit bercvrit ou berkvrit. La première syllabe se rapporte au norvégien bjerge (préserver, garder) ; la dernière est la môme que fred (paix). En France, on l'appelle aujourd'hui berfroit ou beffroi, d'où les Anglais ont fait belfry. L'usage de celte sorte de tour se répandit en Danemark et enfin en Norvège ; on ne la trouve plus qu'en Osterdal. Vopstuffu est la plus ancienne sorte de bâtiment en Trondhjem ; avec l'opstugu on trouve encore le rogstuer en Opdal. L'opstugu est la petite chambre au-dessus du porche, et la chambre à coucher du bas ressemble au ramloft, si ce n'est que l'escalier est en dedans du porche. On ne voit plus à présent cette disposition que dans les vieilles maisons et les anciennes fermes. On peut en apercevoir deux sur la grand'route de Christiania à Trondhjem et aux stations postales de Dnvstuen et de Rise. Le mur du porche où on a placé l'entrée est généralement fait à panneaux, avec des piliers de chaque côté de la porte, et donnant au hall de la lumière et de l'air.
On verra par les planches ([Lie l'opstugu ressemble au ramloft; la seule différence consiste en ce que l'escalier du dernier est à l'extérieur ; c est pour cela que le premier a dû être divisé en un hall et une chambre : tous deux sont construits à l'extrémité transversale de la maison, parce que le barfro est une tour entièrement extérieure, bâtie au milieu de la maison; en outre, le ramloft a des corridors et (\<>*