‹ Un hiver en LaponieChapitre 150 sur 228 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Les provinces de Halland et de Bolmslân. — Rivières abondantes en saunions. — Halmstad. — Bolmslân. — Un ancien endroit Viking. — Les nombreux restes des âges de la pierre, du bronze et des Vikings. — Vastes pêcheries. — Places balnéaires sur la cote. — Sarô. — La vie à Sarô. — Marstrand.

Sur sa côte occidentale, la Suède a deux provinces, celle de Halland et celle de Bolmslân ; la dernière appartenait anciennement h la Norvège. Elles furent cédées à la Suède par le Danemark en 1658, lors de la paix de Roeskilde, conclue entre Charles X et Frédéric III. Avant cette paix, le seul territoire possédé par la Suède sur la mer du Nord consistait en une étroite langue de terre appartenant au Westergôtland, située entre les deux provinces.

Les rives de l'Halland sont baignées par le Skagerrack et le Kaltegat ; ces rivières abondent en saumons que l'on dit supérieurs comme goût à ceux des autres rivières de la Suède, surtout ceux que l'on pêche dans la Nissa. La plus grande partie du poisson est fumée par un procédé particulier qui lui donne un arôme très estimé des Suédois. On trouve sur la côte de nombreux villages de pêcheurs.

La ville maritime de Halmstad, sur les bords de la Nissa, peuplée de 8,000 habitants, est la capitale de la province. C'est là qu'en 1062 fut livré un terrible combat naval entre les Danois commandés par Seven, petit-fils de Canut le Grand, et les Norvégiens sous les ordres du

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roi Harold Hardrade, flans lequel ces derniers remportèrent la victoire. L'église fut construite vers l'an 1400; il ne reste plus que des ruines des anciens cloîtres et des fortifications.

Le Bohuslân était, aux temps anciens, une province où résidèrent beaucoup de Vikings ; ils avaient bien choisi leur demeure. Le bord est dentelé partout de fiords profonds ; d'innombrables îles de toutes

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Ports en bois, de l'église de Versas.

dimensions défendent la côte, la plus dangereuse de la Suède ; elles cachent à la vue les rivières et les baies où les chefs pirates assemblaient leurs flottes inconnues à leurs ennemis ; c'est de là qu'ils mettaient à la voile pour des terres lointaines, en quête de butin. En nulle autre partie de la Scandinavie, on ne trouverait autant qu'en Bohuslân de tombeaux des âges de la pierre, du bronze et du fer, avec leurs restes; on pourrait passer des mois à les examiner.

Les collines, rondes et nues, contrastent singulièrement en été avec

LE BOHUSLAN

le ciel bleu ; mais, en hiver, les vagues, poussées par les tempêtes, semblent chanter une triste et longue élégie sur la côte d'un gris foncé, qui a pris alors la couleur des nuages. Les îles agissent comme récifs, elles protègent les rivages et offrent un ancrage sûr. Quelques-unes sont habitées, et, dans les endroits protégés, on voit de vertes prairies et des champs de grains, de loin en loin un moulin à vent, une maison de

L'île de Toppo.

ferme peinte en rouge, ou une cabane de pêcheur couverte en tuiles. Du Bohuslân, en se rendant vers le nord, la vue est frappée par les rivages stériles de la Norvège ; la scène augmente de grandeur et d'âpreté et offre les caractères ci-dessus décrits. Sur la frontière se montre Fredrikshald, forteresse au siège de laquelle Charles XII trouva la mort. La ville la plus importante de la province, après Gôteborg, est Uddevalla, avec 6,000 habitants, à l'extrémité du fiord By, qui a 50 milles de longueur.

Sur la côte, il y a des stations balnéaires très agréables, au nombre desquelles il faut citer le village de Grebbestad, dans le voisinage duquel se trouve le vaste champ de bataille de Greby, parsemé d'une grande variété de pierres tumulaires, élevées, selon l'usage, sur les restes des Écossais, qui , après une expédition pillarde sur les lacs Bullar , furent défaits ici et tués par ceux qui les poursuivaient. La ville la plus

Le pont suspendu de Toppô.

au Nord sur la côte suédoise est Strômslad, qui renferme une population d'environ 2000 âmes. Lysekil est un autre village de pêcheurs où l'on va prendre des bains. Gustafsberg est un endroit charmant.

Les deux rendez-vous les plus fashionables de la Suède sont Sârô et Marstrand. Par une brûlante journée de juillet, je cinglai de la rivière Gôta vers Sârô; sur les îles nombreuses du Sud, des phoques se chauffaient au soleil, étendus sur les rochers, et des canards sauvages nageaient tranquillement, entourés de leurs couvées ; des mouettes

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SARO ET MARSTRAND

volaient au-dessus de nos têtes ou se reposaient sur l'eau, pendant que, sur quelques îles désertes, des moutons avaient été laissés pour brouter durant l'été. En août et en septembre, on fait ici de grandes chasses aux phoques.

Des coups de sifflet partant du steamer annoncèrent son approche aux habitants, bien que l'on ne vît rien que des rochers. Peu après, nous aperçûmes des arbres, puis nous arrivâmes au débarcadère de Sârô. Plusieurs dames en toilette d'été à la dernière mode, suivies de leurs enfants bizarrement accoutrés en costume de marins, attendaient leurs maris ou leurs amis. Sârô est une île reliée à la terre ferme par une jetée ; c'est un bain de mer tout particulier où aucune maison ne domine l'eau. À moins de 100 yards du bord, des bouquets de grands chênes, de 10 à 12 pieds de circonférence, et d'autres arbres aux branches largement étendues, forment un parc dans lequel sont disséminées de délicieuses villas de toutes dimensions, quelques-unes ne contenant que deux chambres entourées de jardins. Des sentiers conduisent dans des directions diverses; chaque rocher, chaque coin de terre, a été utilisé pour son plus grand avantage. L'existence y est fort tranquille ; on n'y fait point de bruit, point d'agitation, et on se sert très peu de voitures ; on loue les cottages pour la saison, et ils sont principalement occupés par les habitants de Gôteborg. En Suède, les dames et les messieurs ne se baignent pas de compagnie ; ici, ils ne se voient pas les uns les autres, les endroits respectifs étant séparés par un promontoire. La plage pour les hommes se trouve dans le creux d'une anse rocheuse où la mer est tellement claire que l'on peut en voir le fond à une grande profondeur. On ne porte point de costume de bain. L'eau étant à 73° Fahrenheit, je la trouvai trop chaude pour pouvoir m'y rafraîchir.

Marstrand est sur une île du Kattegat, à l'entrée du fiord By. On l'aperçoit de loin avec ses châteaux de Gustafsborg, Fredriksborg et Carlsten, que l'on considérait comme formidables avant l'invention de l'artillerie moderne. La ville a été fondée en 1220 par le roi de Norvège, Hakon Hakonson; au xvic siècle, elle devint une des places les plus florissantes du Nord à cause de ses pêcheries de harengs, mais aujourd'hui sa prospérité dépend de ses visiteurs d'été. Environ 2,000 personnes viennent y passer la belle saison et le nombre des dames

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dépasse celui des hommes. J'ai remarqué que les dames étaient mises plus élégamment que celles des autres villes balnéaires ; par le temps chaud, les toilettes sont presque toutes en mousseline blanche ou de couleur claire, avec de longues et larges écharpes en soie autour de la taille.

De gracieux chapeaux cachent en partie leurs yeux bleus et leurs

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Église de Husaby.

visage souriants ; pas une ne portail de robe de soie ; car, selon les principes suédois, le bord de la mer n'est pas un endroit convenable pour se vêtir d'étoffes coûteuses, que l'air salin détériore. Les hommes étaient en tenue d'été et me firent l'effet de gentlemen bien élevés.

La saison balnéaire dure du 1er juin à la fin d'août. Il y a des restaurants, des hôtels, et on loue les maisons pour la saison. On a établi ci une petite salle de bal et de concert où l'on danse deux fois par

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