CHAPITRE XXXII
Linkôping. — Sa cathédrale. — Une voie liquide à travers le sud de l'Ostergôtland. — Arbres superbes. — Atvidaberg. — Un veilleur de nuit. — Le domaine d'Adelsnâs. — Un agréable accueil. — Le manoir d'Adelsnâs. — Les mines de cuivre d'Atvidaberg. — Gages des mineurs. — Maisons des mineurs. — Politesse envers les inférieurs. — La place de danse du village. — Une école pour les enfants des mineurs.
De Norkôping, une grande route conduit à Linkôping, très ancienne ville de l'intérieur (8,000 âmes), sur les bords de la rivière Stangan. La cathédrale, commencée en 1150, est du style roman et a vingt grands piliers en deux rangées qui soutiennent le toit. Une autre église, Saint-Lawrence (Sainl-Lars) date aussi du xn° siècle. Le château, construit entre 1470 et 1500, est un bâtiment massif assez laid. La vieille école élémentaire possède une bibliothèque de plus de 30,000 volumes, des médailles, des portraits et des antiquités.
De Linkôping, un intéressant trajet par eau fait traverser la partie restante de l'Ostergôtland, à une distance de plus de 100 milles. Un canal relie entre eux les lacs, et des steamers en font la traversée tous les deux jours. Pendant le voyage, on rencontre de grands domaines avec de beaux châteaux; entre autres, ceux de Slurefors, l'un des plus considérables de la province ; Sâby, sur le lac Lângen; Brokind,où l'on voit une belle collection de tableaux, une bibliothèque, et un parc qui occupe plusieurs îles.
MINES D'ATVIDABERG
En prenant un de ces grands chemins qui conduisent au sud de Norkôping, j'aperçus, à quelques milles de cette ville, le château de Lofsta sur une colline dominant la route, et im petit lac avec de beaux sites ombragés. Plus loin, après avoir dépassé Fillinge, j'entrai dans un bois splendide de pins et de sapins, l'un des plus beaux de la Suède et que la hache n'a pas encore touché. Soudain, un tableau pittoresque vint frapper mes yeux. Les champs de blé et de seigle reluisaient égayés par la pourpre des coquelicots, tandis que des boutons d'or et des dents de lion donnaient du relief à l'émeraude des prairies. Le temps était très chaud, mais il passa si rapidement pour moi au milieu de ces beautés de la nature, que, avant que je m'en aperçusse, nous atteignîmes la station d'Orsâter, où nous nous arrêtâmes pour faire reposer notre cheval.
En approchant des mines de cuivre et des hauts-fourneaux d'Atvidaberg, les collines éloignées apparaissent sombres et désolées; car la fumée sulfureuse, emportée tous les jours parlevent, a détruit toute végétation. Je vis sur un monticule la sépulture des barons d'Adelswârd. Peu après, j'arrivai à Atvidaberg, petit hameau consistant en une rangée de maisons blanches auxquelles sont attenants des jardins potagers. On y trouve un excellent hôtel, qui, comme toutes les maisons de l'endroit, appartient au domaine. Dans la vallée sont les fonderies, autour desquelles se groupent les maisons des ouvriers, le tout formant une rue de maisons en rondins, peintes en rouge, couvertes de tuiles, avec un square public et un étang où l'on a établi une maison de bains pour les habitants. A quelque distance du hameau, on arrive à une fonderie où l'on fabrique les tuyaux de fonte, et une forge dans laquelle on répare les outils. Le village était silencieux, car les habitants se livraient au repos. Par cette nuit splendide, les rayons de la lune se réfléchissaient dans l'étang; le clapotement de l'eau, en tombant du moulin, ajoutait sa note au concert nocturne, pendant que la fumée, sortant des hauts-fourneaux, s'arrêtait sur les hauteurs en panaches bleuâtres. Le son du cor du veilleur fonctionnaire que l'on rencontre encore dans les villages de la Suède' m'avertit que la cloche venait de sonner, et je l'entendis chanter :
Que Dieu préserve Les maisons et le pays Du feu et de l'incendie, Il est onze heures.
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Atvidaberg fait partie du vas le domaine d'Adelsnas, transmis à la famille du baron d'Adelswârd, el embrasse neuf paroisses ; cette partie, qui est seule dans l'Ostergôtland, contient plus de 41,000 acres; c'est une des propriétés les plus considérables et les plus précises du pays en raison de ses mines de cuivre. Le bâtiment où demeure la famille est à environ 2 milles du hameau, sur le bord le plus lointain don peUt lac. Lorscpie j'approchai de l'eau, une jeune fille de treize ou quatorze ans fit force de rames vers moi. Elle était propre et avenante, d'un beau teint complètement septentrional; ses cheveux blonds étaient tressés et noués derrière la tète, et elle avait les pieds nus. L enfant me déposa devant la maison. Deux dames et deux gentilshommes jouaient au croquet sur la pelouse el un autre gentleman était assis sur la piazza. J'échangeai un salut avec lui et, quand je lui eus présente ma lettre d'introduction, il me souhaita la bienvenue en excellent anglais. Son père, me dit-il, n'était pas à la maison, mais il me reçut avec la politesse d'un homme du monde ; j'appris ensuite qu .1 avait été pendant neuf mois en Amérique et qu'il avait parcouru presque toute l'Europe. Mon arrivée avait arrêté le jeu de croquet; on me présenta aux invités et aux membres de la famille, puis on servit des rafraîchissements pendant que la conversation s'engageait et devenait génêrale.La charmante hôtesse, modèle de simplicité, portait une jolie robe d'indienne qui lui allait comme un gant, avec un col blanc uni et un ruban retenu par une broche fort simple. Les autres dames étaient habillées de la même manière et sans ostentation.
Une atmosphère de sérénité planait sur cette demeure dont toute prétention était bannie. La vue dulac , une avenue ombreuse sous une rangée de grands arbres, des massifs de fleurs, de superbes chênes, des bouleaux aux troncs blancs, et l'herbe verte, donnaient un charme pénétrant à l'endroit. Auprès de la maison étaient les treilles et les serres, qui contenaient des abricots et des pêches sur espaliers, ainsi que des fraises, des cerises et des framboises. Une longue maison blanche a un étage et couverte en tuiles renfermait les chambres à coucher des
invités.
Au manoir, la vie s'écoulait simple et sans faste. Pendant les chaudes journées, on ouvrait les fenêtres du salon pour laisser entrer l'air balsamique et permettre à la mère ou aux domestiques de sur-
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