‹ Un hiver en LaponieChapitre 162 sur 228 · LA MINE DE BERSBO · texte numérisé non relu

LA MINE DE BERSBO

veiller les enfants jouant sur la pelouse; les vacances étant venues, le précepteur des garçons et la gouvernante des filles allaient bientôt ' partir en visite chez leurs amis. Les rires joyeux de cette jeunesse frappaient agréablement l'oreille, et, de temps à autre, le demi-sourire de la mère prouvait qu'elle entendait et partageait le bonheur de ses enfants.

L'industrie fait partie de l'éducation d'une clame en Suède; on se laisse très rarement aller à des habitudes oisives, même chez les dames de l'aristocratie. Les devoirs de ménagère ne sont pas regardés comme étant au-dessous d'une personne de haute naissance ou riche. Souvent on les voit occupées à des travaux d'aiguille, ce qui ne les empêche pas de prendre part à l'entretien.

La table du dîner était ornée d'un magnifique vase d'argent dans lequel trônait un gros bouquet de fleurs; ce vase avait été donné par Gustave III à la famille du baron. Point de cérémonies, point de formalités; la conversation fut charmante et variée; rien ne manqua de ce qui pouvait embellir le repas. La gouvernante aussi avait sa place à table. Après le café, une course en voiture ou une promenade à pied termina la journée. L'hôtesse occupait la même voiture que moi. La bonne dame, ainsi que je l'appris, se munissait toujours d'un sac de menue monnaie pour les enfants qui ouvraient les barrières de la route.

La plus grande des mines d'Atvidaberg est celle de Bersbo, qui est profonde de 1 ,286 pieds; celle de Mormorsgrufvan atteint 1,360 pieds; c'est la plus importante de la Suède. Il y en a d'autres encore, mais plus petites.

Le baron me conduisit dans sa voiture aux mines de cuivre de Bersbo, à 6 milles anglais des fonderies; le minerai est transporté par un railway. Je refusai l'invitation de descendre à 1,200 pieds et je pris ma route dans les sombres galeries et les passages étroits. La mine occupe de 400 à 500 personnes dont les gages ont monté cette année à 40 et même à 60 kronorpar mois. Femmes, filles et jeunes garçons sont aussi employés pour assortir et trier le minerai avant de le fondre; ils gagnent de 3 à 6 kronor par semaine. Les femmes travaillaient pendant que leurs enfants jouaient autour d'elles ; quelques mères avaient laissé leurs bébés aux soins des sœurs aînées. Aucimerne

paraissait grossière ou malpropre. Environ deux cents femmes et autant d'enfants sont employés là; car, dans les plus pauvres classes suédoises, chaque membre d'un ménage contribue à son entretien. Outre leur paye, les familles reçoivent, tous les ans, chacune 10 cordes de bois et le logement gratis. Dans les cottages, les chambres avaient à peu près 18 pieds de long sur 14 ou 15 de large; un hall spacieux existe dans chaque demeure ; toutes les maisons ont un étage avec une chambre séparée servant de magasin pour le bois et les provisions. Dans toutes celles que j'ai visitées, les planchers étaient très propres, ainsi que tout ce qui se trouvait dans les appartements. Les machines à coudre y sont communes ; quant au mobilier, il est des plus simples : quelques chaises de bois, une horloge, un lit ou deux et un poêle, tel en est le modeste inventaire. Dans plusieurs maisons, je vis des métiers sur lesquels la mère ou la fille aînée tissent le drap pour la famille, quand elles en ont le temps. Aux murs de quelques chambres pendent des boîtes minces, servant à conserver les feuilles ou les fleurs cueillies par les enfants des mineurs dans leurs excursions botaniques, caria botanique est largement cultivée en Suède, Dans un cottage, une pauvre veuve tissait tranquillement, et, à côté d'elle, un jeune gars à l'air intelligent étudiait pour se préparer à entrer dans l'école supérieure de Linkôping; une portion du peu d'argent laissé par le père était consacrée à l'éducation du fils. Je fus frappé de la manière avenante avec laquelle chacun était traité. De temps à antre, une pauvre femme d'ouvrier, nu-pieds, venait faire une demande au surintendant; dès qu'elle lui adressait la parole, il se découvrait malgré le soleil, l'écoutait, prêtait attention à ses remarques et ne donnait aucun signe d'impatience; il répondait avec calme et politesse. Il serait bon que partout les hautes classes donnassent l'exemple de la politesse aux humbles. Jamais le baron n'entrait dans le cottage d'un mineur sans se découvrir, et il demeurait tête nue tant qu'il se trouvait sous le toit de son ouvrier. Quand les mineurs ou leurs familles tombent malades, ils sont soignés aux frais du baron, et, si un homme est tué, sa famille reçoit une pension. Lorsque je demandai au surintendant : « Ne renvoyezvous pas la femme et les enfants d'un mineur décédé, et ne les laissezvous pas se débrouiller comme ils le peuvent? — Certes, non! » me répondit-il d'un air «le dégoût, comme si un tel acte d'égoïsme, que

Page 1