INSTITUTIONS POUR LES MINEURS
lui et la communauté eussent considéré comme une méchanceté, ne pouvait jamais être commis par le propriétaire du domaine.
Maintenant, quels sont les résultats de l'entretien d'écoles et d'un certain degré d'éducation donné aux ouvriers? A quoi peut tendre cette politesse de toutes les classes les unes envers les autres? Simplement à ceci : donner de meilleurs sentiments aux divers éléments de la société et produire une considération mutuelle. Quelques grèves ont éclaté en Suède, mais seulement dans ces dernières années; ordinairement, un désagrément ou des causes de dispute entre le maître et l'employé en sont les éléments; on n'entend ni menaces ni intimidations; on ne connaît ni incendie par malveillance, ni prise d'armes, ni meurtre, ni attaque par trahison ; on ne bat pas ceux qui ne se joignent point à la grève; on ne voit pas de bandes armées parader dans les rues et les districts, en jetant des regards de colère et de haine; point de huées, point de langage vulgaire, point d'imprécations qui avilissent ceux qui les entendent et dégradent plus encore ceux qui les prononcent.
Auprès de l'église, il y a une jolie place ombragée par de beaux vieux chênes, sous les branches desquels les ouvriers, leurs femmes et les gens du village se réunissent et s'assoient sur l'herbe pour écouter la musique. Tous les musiciens sont ou des mineurs ou des ouvriers. Une salle circulaire de danse a été aussi construite sur cette place par le père du baron, à l'usage spécial du peuple: acte qui prouve de quels bons sentiments il était animé. Le baron et sa famille manquent rarement de venir à ces réunions. J'ai remarqué la politesse et en môme temps la virilité des villageois, des mineurs et des ouvriers qui étaient présents; rien de l'obséquiosité des humbles envers les supérieurs dont on est trop souvent témoin dans d'autres pays; mais, en même temps, pas la moindre apparence d'autorité ou d'orgueil de la part des derniers, qui, par leur position, peuvent croire qu'ils ont des titres à recevoir l'hommage de ceux qu'ils emploient.
Une visite à l'école publique convainc de l'influence bienfaisante qu'elle exerce moralement, socialement, intellectuellement. Tous les enfants des mineurs sont attentifs à leurs études et bien tenus de leur personne. Les filles ont sur la tête un mouchoir en calicot de couleur, à la vraie mode suédoise, avec les cheveux parfaitement peignés et la figure bien lavée; elles suivent les classes trois jours par semaine
et aucune ne semblait fatiguée. Tous les garçons allaient nu-pieds; mais ces pieds étaient propres, car ils les lavent souvent dans la journée; ils paraissaient heureux, et évidemment les exercices de l'heure présente leur plaisaient ; on réglait par un coup de cloche les marches et les contre-marches. Dans une des chambres, on avait écrit de la musique sur un tableau noir et les enfants chantaient ces notes, que le maître leur désignait avec une baguette; ils apprenaient de cette manière à lire la musique à première vue. Une classe se composait de filles et de garçons ; les premières occupaient les bancs en avant et les garçons ceux en arrière. Quelques enfants de sept ans écrivirent sur leur ardoise sous ma dictée, et leurs yeux brillèrent de contentement lorsque je lus ce qu'ils avaient écrit.
Ce fut à regret que je quittai ce coin arcadien où les riches et les mineurs sont si amicaux. Je ne connais pas d'autre endroit au monde, soit dans un district minier, soit dans une contrée manufacturière, où l'on trouve des sentiments aussi cordiaux entre le maître et ses employés. J'en ai été vivement impressionné, et cette situation fait grand honneur à la noble et riche famille d'Àdelsvvârd. Puissent ses descendants suivre son exemple !
JHmHI
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