‹ Un hiver en LaponieChapitre 170 sur 228 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

L'ile d'Oland. — L'église d'Alboke. — Restes d'anciens temps. — Le village de Borgholm. —

Ruines imposantes du château de Borgholm. — Karl Gustave. — La ferme de la Reine. —

La tière Karine. — Célébration de l'arrivée du printemps. — Chant de bienvenue du printemps.

À une faible distance de la côte suédoise, près de la province du Smâland, il esl une île appelé Oland, d'environ 80 milles de long sur 6 ou 10 de large, qui forme un beau détroit avec la terre ferme/ Une crête de montagnes, aux talus boisés, court le long de son rivage occidental, et, sur les sommets, on voit de nombreux moulins à vent qui ajoutent au pittoresque de la scène. Comme l'île, la crête est formée de pierre calcaire, et, au sud, elle repose sur une couche de schiste d'alun silurien. Souvent le calcaire rouge vient à la surface et, en ce cas, le sol est stérile. Outre l'approvisionnement domestique pour une population de 40,000 habitants, l'ile exporte annuellement de 300 à 350,000 boisseaux de grain, principalement du blé; elle est riche en pommes, poires, etc., et offre de bons terrains de chasse; elle exporte aussi de la chaux et des pierres calcaires. Autrefois, elle était célèbre pour l'élevage *\^< poneys, race éteinte aujourd'hui, plus petite que celle du Shetland : c'était le rendez-vous de chasse favori du roi de Suède, Charles- Gustave. Il reste bien peu des forêts de chênes si superbes dans le

/,oO UN HIVER EN LAPONIE

temps. Quelques-unes de ses églises soûl fort anciennes et de la forme appelée klôfsadek (forme de selle). Celle d'Albôke en est une. Un passage par le toit relie les deux tours dans l'une desquelles il y a des chambres avec le foyer primitif, c'est-à-dire sans cheminée pour laisser échapper la fumée. Dans les anciens temps catholiques, lorsque l'église possédait d'immenses étendues de terre, Oland appartenait aux couvents de Vadstena et d'Alvastra.

L'ile est riche en antiquités. Plusieurs formes de navires sculptés dans la pierre sont des modèles de vaisseaux des Vikings, ou peutêtre d'habitants plus anciens; on y trouve aussi beaucoup de tombes et une foule d'objets précieux contenant des ornements en bronze cl en or de la période romaine.

On rencontre des ruines d'anciens châteaux, dont les plus remarquables sont celles d'Ismanstorp. Il est certain que les Vikings ont habité l'île.

Le village de Borgholm, avec son port renfermant, une population de huit cent âmes, est la localité la plus importante de l'ile d'Oland. Lorsque nous fûmes entrés dans le port, nous allâmes nous amarrer le long d'une jetée qui sert aussi de brise-lames. 11 n'y avait là. aucun navire; le lieu était tranquille et quelques personnes seulement arpentaient les larges rues, où poussait l'herbe. La vieille église s'élevait au-dessus des bâtiments environnants. Les maisons me parurent confortables ; de loin en loin, une dame ou une demoiselle meltait la tête à la fenêtre pour voir quels étaient ces étrangers. Près du village, sur le bord d'une crête couverte d'arbrisseaux et descendant brusquement jusqu'à la mer, s'élèvent les ruines du château de Borgholm. La cour, carrée, est flanquée de sombres murs percés de nombreuses fenêtres jusqu'au troisième étage, encore intact; mais ses chambres n'ont plus de toit. C'est une triste image du passé. Cette grande place résonnait autrefois des bruits de la vie ; des hommes puissants et de belles femmes demeuraient alors dans ses maisons aujourd'hui désertes et croulantes. Ces ruines consistent en deux parties distinctes. Le vieux château est cité dès 1280, et ses fondations existent encore. Vers l'année 1212, il était occupé par le duc Waldcmar de Suède et son épouse, Ingeborg de Norvège, fdle du roi Erik (qui haïssait les prêtres) , lequel épousa Isabelle,

BORGHOLM

sœur du héros écossais Robert Bruce. Le château actuel fut construit par le roi Johau, qui régna de 1568 à 1592. Les Danois l'assiégèrent et le prirent plusieurs fois, la dernière en 1612, et! sa possession a été souvent l'objet de luttes entre la Suède et le Danemark. Sur les murs et les fenêtres, croissent des arbres qui donnent à cette majestueuse masse de pierres un aspect de désolation et de silence, rompu seulement par les croassements des corbeaux qui

Église de Voxiorp et son beffroi.

y nichent. D'en haut, la vue est belle, et le jour splendide rendait les ruines moins lugubres.

Entre le village et le château, on rencontre la ferme de la Reine. C'est une combinaison de jardin et de parc ; les haies sont formées d'arbres si bien entrelacés, qu'ils ressemblent à des murs. Des oiseaux se cachent dans leur épais feuillage, spécialement des rossignols; on en voyait dans tous les buissons, et, au crépuscule, ils remplissaient l'air de leurs mélodies.

Borgholm fut la résidence favorite de Charles-Gustave, fils aîné de Johan-Casimir, duc de Deux-Ponts et de Catherine, fille de Charles IX. Il demeura quelque temps fiancé à sa cousine Christine, la fille unique de Gustave-Adolphe ; et, quand elle eut renoncé à toute idée de mariage, elle le choisit pour son successeur au trône. Avant son avènement, il

passait la majeure partie de son temps dans ce château, qui, pendant sa résidence, atteignit au pinacle de sa gloire. Charles-Gustave aimait Oland fournie alors de forêts de chênes où s'abritaient des daims, et, ors de son couronnement, on servit de l'aie d'Oland comme salut a

son île bien-aimée. .

Une ancienne ballade vit encore dans la mémoire des gens du voisinage d'Ismanstorp et de Langlôte. Il y demeurait autrefois un homme fameux dont la fille, d'une grande beauté, était surnommée « la fière Karine ». Un jour, elle sortit avec ses suivantes, - quatorze jeunes filles, dont elle était la plus belle, - pour se récréer par des chants et des jeux. Soudain, arriva de la mer un navire portant un fils du roi des Danois. En abordant à terre, il entendit la voix de karine, qui lui sembla aussi douce que la musique d'une harpe d or; mais quand il entra dans le bosquet, sa beauté l'enchanta plus encore 11 l'invita à boire avec lui (manière de faire sa cour à celte époque) et gagna son amour. Il la prit alors dans ses bras, l'emporta sur son bord

et partit avec elle.

La fière Karine était la fille du jarl Àsbiôrn et épousa Harald, fils du roi de Danemark, Sven Estridson, neveu de Canut le Grand. Harald, malgré les dernières volontés de son père, et guidé par l'astuce et la puissance de son beau-père Asbiôrn, chassa du royaume son frère Canut , qui s'enfuit à la cour de Hallstan, roi de Suède, où il demeura jusqu a la mort d'Harold, en 1080. Canut avait beaucoup d'amis en Suède et en Scanie, mais n'était pas aimé des Danois. Quand il parvint au trône de Danemark, il soutint le christianisme par tous les moyens en son pouvoir ; cependant, la puissance séculière et la distinction qu'il accorda au clergé en l'appelant dans ses conseils, de préférence aux jarls et autres hommes de haut rang, suscitèrent contre lui 1 inimitié des plus influents personnages de son royaume. Toutefois, cette préférence ne lui aurait pas causé d'ennuis, car lepeuple en général était d'avis que les serviteurs de Dieu et ceux qui prenaient soin des âmes devaient, dans les matières profanes, être traités avec plus d'égards que les serviteurs du roi, qui n'avaient que la charge des affaires temporelles du pays; mais lorsqu'il imposa des dîmes et qu'il les fit toucher avec une grande sévérité, les paysans se soulevèrent et la rébellion fut bientôt en pleine furie. Le roi se retira à Odensô, où se rendit le jarl

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