PATE DE BOIS POUR LE PAPIER
rhumatismes. On tient les fenêtres closes, et, pendant le dîner, toutes les ouvertures des salles à manger, qui communiquent entre elles, demeurent fermées, quoique le temps soit très chaud. Si, par mégarde, on laisse une fenêtre ouverte, immédiatement quelqu'un court la fermer. La confiance universelle dans l'honnêteté des gens règne ici. Quand on est prêt à partir, et pas avant, on va au club régler son compte; rien ne serait plus facile que de s'en aller sans payer. Il me semble que les visiteurs ne doivent pas être fâchés de quitter cet endroit, où la vie est certainement des plus monotones.
A Djupadal, maison, de campagne div baron Wrède, j'allai visiter une des usines établies depuis peu en Suède et en Norvège, pour la fabrication de la pulpe de bois qui sert à faire du papier. Comme cette invention cause, malheureusement, la destruction annuelle de millions de jeunes pins, les amants de la nature, qui redoutent la ruine des forêts, regardent cette nouvelle industrie avec des yeux alarmés. Si l'on y ajoute la réquisition du bois nécessaire aux mines, l'accroissement des demandes détruira forcément les forêts, à moins qu'une loi ne vienne empêcher de couper les arbres n'ayant pas atteint un certain diamètre.
En continuation d'une vieille coutume, tous les ans, le premier dimanche de juillet, des foules de campagnards vont à Ronneby. Beaucoup s'arrêtent pour coucher dans des fermes sur la route. Dans les faubourgs, des groupes de jeunes- filles, abritées sous les arbres, s'occupent à secouer la poussière qui couvre leurs vêtements et se coiffent, afin de faire leur entrée d'une manière convenable; des centaines procèdent à leur toilette, puis elles se parent de mouchoirs de soie qu'elles ont soigneusement tenus enfermés pendant la route. Lorsque je me trouvai à Ronneby, plus de 5,000 paysans étaient arrivés, et dans l'église, où ils allèrent d'abord, on n'aurait pu trouver de place.
Ce dimanche est considéré comme une sorte de jour de fiançailles; garçons et filles arrivaient avec des bottes de fleurs ; les gens venaienl pour y rencontrer leurs amis ; si, parmi les filles, un homme en voyait une qu'il désirait épouser, il lui en faisait la proposition en lui offrant un bouquet; si elle l'acceptait, c'est qu'elle consentait; mais cette coutume tombe en désuétude. Les hommes vus avec des fleurs
craignent le ridicule, et l'on peut dire que cette assemblée de gens à marier est virtuellement une chose du passé ; aujourd'hui, ce n'est plus que l'occasion d'une réunion joyeuse.
Le seul trait déplaisant dans la calme existence de Ronneby, c'est celui des samedis, quand les paysans et les ouvriers viennent au village pour y acheter leur provision de hrandevin; car alors l'ivrognerie se fait jour. Le droit d'accorder des licences pour la vente des spiritueux est laissé aux conseils communaux, qui, dans la plupart des villes, disposent de ce privilège en faveur de compagnies ou d'individus, lesquels payent une annuité fixe, et transmettent leurs droits aux détaillants. Dans quelques villes, cependant, il s'est formé des associations des principaux habitants, qui, désirant voir disparaître le vice de l'ivrognerie, prennent en mains la vente des spiritueux, payent pour en obtenir les licences, et, après en avoir tiré un suffisant intérêt, — généralement 6 pour 100, — versent le surplus dans la caisse municipale, pour être employé en faveur des pauvres, de l'hôpital ou de tout autre objet louable. La loi défend de vendre des spiritueux aux personnes ivres et aux mineurs. On reconnaît que ce système a déjà contribué à diminuer considérablement l'intempérance, car les licences sont limitées. En Norvège, il est défendu aux débitants de vendre du brandevin depuis le samedi à cinq heures de l'après-midi, jusqu'au lundi à huit heures du matin; le même règlement s'applique aux jours de fêtes religieuses. En Suède, on fabrique -le brandevin avec des pommes de terre et du grain, et, avant de le mettre en vente, il doit avoir été rectifié. La consommation annuelle de brandevin est, en Suéde, d'environ 3 gallons par tête; en Norvège, de 1 gallon et trois quarts.
Une des excursions favorites est celle qui conduit à Djupadal ; audessus, la rivière Ronne coule par un canal d'environ 120 pieds de long; les murs sont unis, et l'eau a une profondeur de 100 pieds. Sous l'usine, la rivière se sépare. Entre les murs est logé un immense rocher de granit, qui, selon la tradition, y a été apporté de la manière suivante : «Il y a bien longtemps, deux géants, Ronne et Morrum, résolurent d'ouvrir un passage jusqu'à la mer à l'eau des lacs supérieurs. Celui qui amènerait le premier l'eau à la mer devait avoir sa rivière pleine de poissons, tandis que, dans celle de l'autre, un être humain se noierait tous les ans. Ils travaillèrent chacun de son côté; mais, quand
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