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LE MANOIR DE VALSIÔ

la Toussaint, les garçons et les filles viennent de très loin déposer à cet endroit des offrandes, consistant en menue monnaie, en croûtes de pain, .en œufs, etc. Cette coutume antique avait originairement pour but d'acheter la faveur des fées, que l'on croyait résider autour de cette source, et qui aidaient à conquérir le cœur des bien-aimés.

A quelques milles de Karlshamn, on arrive à un bel endroit, nommé Valhall, composé de blocs gigantesques empilés les uns sur les autres et formant une grotte. La montée en est escarpée, il n'est accessible que de deux côtés. A l'époque païenne, c'était une attèstupa, c'està-dire une place d'où les vieillards et les infirmes se précipitaient euxmêmes, car on considérait comme une honte de mourir dans son lit ou de vieillesse; les hommes devaient tomber sur le champ de bataille, d'où les Valkyries les emportaient vers le hall d'Odyn, le Valhall. De toutes les religions inventées par les hommes, nulle n'a jamais enseigné un plus complet dédain de la mort, ou conduit à des actes de bravoure plus indifférents, que celle des Northmen.

Au sud de la route se trouve le domaine de Elleholm, d'où l'on a une magnifique vue de la terre et de la mer; la petite ville de Sol'vesborg, l'ancienne résidence des grands vikings Solve, en est tout près.

Non loin de la ligne frontière qui sépare Blekinge de la Scanie, à peu de distance de Solvesborg, et près de la Baltique, est la maison de plaisance de Valsiô, qui a passé dans la famille du comte Trolle Wachtmeister, descendant de l'une des plus anciennes maisons de la Suède. De la route encaissée, comme c'est souvent le cas en ce pays, on ne se doute pas de l'existence de cette belle demeure, qui est cachée à la vue. Ayant une lettre d'introduction pour le propriétaire, je dirigeai mes pas vers le manoir, qui était enseveli dans les arbres. Je fus reçu avec une courtoisie que j'appréciai d'autant plus que j'étais étranger pour tous. La comtesse m'exprima son regret de l'absence de son mari.

Près du porche, une chaise de poste allait partir; mais mon arrivée inattendue retarda le départ des invités, un gentleman et deux jeunes clames. ses filles; c'était un cousin du maître de céans, portant le même nom et le même titre, gouverneur de la Karlskrona lân (province de Blekinge). Pendant le court instant où nous fîmes connaissance, il m'invita à l'aller voir à son domaine de Johannishus. Le manoir de Valsiô est petit et sans prétention; un grand bâtiment, il est vrai, ne

serait pas à sa place ici ; mais nulle fortune ne saurait lui donner des environs aussi exquis. C'est une perle que l'on peut compter au premier rang des plus belles résidences des bords de la Baltique. On n y voit point de vastes pelouses, ni de majestueuses avenues; mais, a une telle proximité de la mer, elles gâteraient l'effet du paysage. Les bois arrivent jusqu'au bord extrême de l'eau, et, quand le soleil darde ses plus brûlants rayons, on jouit de l'ombre de superbes hêtres, dont les branches s'étendent au loin. Un de ces arbres mesurait de 6 a 7 pieds de diamètre. Le terrain était tapissé de fougères, et de grands blocs disparaissaient sous une mousse épaisse, verte, veloutée, formant des coussins naturels, qui ajoutaient à la beauté de la scène. Par moments, on longe la Baltique, sur les bords de laquelle gisent des masses de granit nu, apportées par les glaciers. La comtesse était une admiratrice de la nature; elle aimait Valsiô pour ses beaux paysages et le préférait à son magnifique château de Liungby. Nous nous assîmes un moment à l'endroit favori où les membres de la famille viennent se reposer et d'oùl'on domine toute la côte. Peu après, nous arrivâmes a un autre point d'où l'on aperçoit la mer, les îles et le manoir ; pu.s nous nous plongeâmes dans un bosquet de hêtres splendides et parai, des rochers tapissés de mousses, jusqu'à ce que nous eussions atteint un promontoire de granit sur lequel nous nous assîmes pour jouir de la vue de la baie, mouchetée d'îles rocheuses et nues, avec un arnereplan de sombres forêts. Deux ou trois semaques de pêcheurs, aux voiles blanches et brillantes sous les rayons du soleil, se mouvaient lentement, car la mer était calme et pas une ride n'en troublait la surface. On ne voit de pareilles scènes que sur les bords méridionaux de la Baltique Nous continuâmes à nous promener sous de beaux arbres, et nous arrivâmes à des bouquets de bouleaux aux troncs blancs, vieux de plusieurs siècles, aux membres tordus et creux, recouverts dune mousse épaisse. Des prés et des champs de seigle nous séparaient d'un autre bois de bouleaux superbes, et, quand nous approchâmes de la maison, le parfum des roses en pleine lloraison embaumait l'air. Dans le jardin, les cerises mûrissaient et étalaient leurs belles couleurs

rouges. . .

Quand je présumai que le temps alloué par l'étiquette à ma visite était passé, je me levai pour prendre congé ; mais l'hôtesse me dit :

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