LE CHATEAU DE RABELOF
(1637), et les lettres H.W, et F.M.W, sont les initiales des noms des premiers propriétaires. Anciennement, le château avait deux tours qui ont été détruites par le feu ; presque partout ces vieilles maisons de plaisance ont été brûlées à une époque ou à l'autre. Quatre avenues de beaux arbres conduisent de la maison dans différentes directions. . L'hôte me reçut avec beaucoup de bienveillance. Il était de descendance écossaise et parlait remarquablement bien l'anglais, ainsi que l'allemand et le français. Il avait voyagé dans toute l'Europe, en Perse,
Église d'Ahus.
en Egypte et en Algérie. La baronne parlait admirablement le français '.
Ce manoir était meublé simplement; ni anciens portraits ni tableaux n'ornaient les murs, mais tout avait un air de confort. La façade de la maison donnait sur un grand jardin, défendu par une haie vive et embaumé du parfum des fleurs ; il y avait encore un jardin potager, une pièce d'eau, beaucoup d'arbres fruitiers, un pavillon et un nombre considérable d'arbres et d'arbustes. D'un côté de la route carrossable un espace sablonneux était ouvert, sur la crête duquel se déployait un immense marronnier avec un banc pour s'asseoir. A travers
t. En Suède, une femme titrée qui épouse un gentilhomme sans titres conserve sien, qu'elle ajoute au nom de son mari.
les arbres, on voyait le lac, et, derrière une petite pelouse, on apercevait une grange avec de spacieux bâtiments alentour. D'énormes piles de bois à brûler coupé ou scié, principalement du bouleau, séchaient au grand air; car, dans les maisons bien stylées, on ne se sert du bois de chauffage que quand il a été coupé depuis deux ou trois ans ; il brûle mieux et donne plus de chaleur. Les fenêtres de ma chambre s'ouvraient sur le jardin, et, la nuit, par moments, j'entendais le cor du veilleur qui se promenait autour des fermes pour avertir en cas d'incendie. Cette coutume régne clans tous les grands domaines en Suède. Le veilleur est tenu de demeurer sur pied jusqu'à quatre heures du matin ; il dort jusqu'à une heure de l'après-midi et travaille ensuite; mais, avant l'heure spécifiée, à cette époque de l'année, lorsque tombe le crépuscule, un gamin vient dans le jardin, fait du bruit avec un râteau de bois, et, de temps en temps, tire un coup de fusil. C'est pour effrayer les oiseaux qui sont excessivement nombreux. Le bouvreuil, la grive, le moineau, le loriot, et plusieurs autres espèces d'oiseaux chanteurs peuplent le bois qui est derrière le jardin et commettent des déprédations sur les cerises. On entend aussi le roucoulement du ramier.
Ce domaine est imposé de l'entretien de vingt-huit soldats, dont chacun a un cottage avec quatre acres de terres que le propriétaire doit cultiver. Certaines fermes sont louées avec la condition que le locataire travaillera annuellement sur la propriété pendant un nombre de jours déterminé. On fournit delà tourbe à tous les ouvriers; ce combustible est généralement employé, car les forêts sont rares au Sud. Le domaine occupe dans l'année environ 150 personnes; pendant la saison du grand travail, on en loue 4 ou 500 de plus. En sus du grand nombre de domestiques employés (et chaque ferme parait en avoir plus qu'il ne faut), on accorde une attention toute spéciale aux enfants des ouvriers, aux malades et aux pauvres.
Les lois concernant les maîtres et les domestiques sont strictement observées en Suède. Après avoir engagé un serviteur, le maître lui donne une petite somme d'argent — généralement 3 kronor — pour sceller le marché. Quand cet argent a été accepté, on ne peut le rendre, et le contrat devient irrévocable pour les deux parties. Un domestique une fois engagé, le maître doit le supporter, à moins qu'il puisse prouver que l'homme qu'il a engagé refuse de travailler. Si on le renvoie