‹ Un hiver en LaponieChapitre 3 sur 228 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Noël. - Préparatifs de fête. - Veille de Noël. - Nourriture des oiseau*. - Les animaux reçoivent un surcroit de fourrage. - Le matin de Noël. — Étranges coutumes anciennes. —Le festival à Christiania. — Danse autour de l'arbre de Noël. — Distribution de cadeaux — fauteur n'est pas oublié. — La fin du premier jour.

Noël est la plus grande fête de la Scandinavie. Il n'en est point que jeunes et vieux attendent avec autant de plaisir que les jours de Yule (Nativité), jours que, dans l'antiquité, célébraient aussi les sectateurs de Thor et d'Odin.

Dans les villes, la Noël et les jours suivants sont regardés comme fêtes légales ; mais c'est à la campagne qu'il faut voir les réjouissances. Dans maints districts de Suède et de Norvège, chez les paysans et les fermiers, elles continuent pendant treize jours.

C'est le meilleur moment de l'année pour les fêtes, car les fermiers ont peu à faire, et il est nécessaire de rompre la monotonie d'un long hiver. Le grain est battu et les produits de la laiterie sont vendus. Il ne reste plus qu'à rentrer les approvisionnements de bois et de foin à se transformer en charpentier et en serrurier, à réparer les chars' et à raccommoder les harnais et les charrues. La besogne de la laiterie est plus aisée que l'été, les vaches ne donnant que peu de lait, et la somme de beurre ne suffisant qu'aux besoins du ménage. Les femmes continuent la routine journalière en tissant, filant, cardant et tricotant.

Pendant cette période on échange des visites, et, clans presque toutes les fermes, on donne une fête à laquelle on invite les voisins ; les jeunes gens projettent des divertissements et l'époque est considérée comme favorable pour les fiançailles. Plus primitif est le district, plus grande est l'allégresse. Parlout où j'allai après la première semaine de décembre, je ne vis que mouvement et préparatifs pour les fêtes et les danses.

A cette occasion on sort de leurs cachettes tous les ustensiles de ménage des anciens temps, vieilles poteries aux formes étranges, argenlerie, vases et cuillers — héritages de famille. L'étranger qui se trouve dans une région montagneuse et lointaine de la Norvège, et qui boit un skâl (une santé) dans un ancien hanap, peut parfaitement s'imaginer être parmi les Norses et les Vikings du temps passé, car plus d'un chef de clan, guerrier téméraire ou cbasseur, a bu dans cette même coupe; plus d'une orgie a eu lieu dans ces vieux murs, plus d'un gobelet d'argent s'est heurté contre un autre, lorsque, dans leurs libations, ces hommes, qui furent la terreur de tant de pays, se juraient une éternelle amitié. La même coupe a servi aussi à bien des fêtes de mariage, de baptême ou de funérailles. Quelques-unes sont montées en airain, d'autres en argent ou en or, d'autres encore sont dorées ; celles-ci ont des inscriptions runiques, celles-là n'en ont point; il en est de si vieilles que l'on ne peut en retracer l'histoire ; peut-être ont-elles été apportées par les hordes envahissantes de l'Asie. On en a trouvé dans des décombres, d'autres ont été retirées de la terre.

Tous les hameaux ou fermes sont occupés pendant deux ou trois semaines aux préparatifs de ce jour. On a grand soin de brasser l'aie de Noël plus fort qu'à l'ordinaire. La majeure partie du houblon qui a poussé dans un petit carré, près de la maison, a été spécialement réservée pour cette occasion; ou bien on l'a apporté longtemps avant, et la femme l'a soigneusement mis de côté. On brasse la bière en telle quantité, qu'il n'y a pas à craindre d'en être à court avant la fin des fêtes ; chaque ami et visiteur doit la goûter et on la lui présente dans un grand pot ou coupe en bois contenant un gallon et plus (environ quatre litres). Les hommes vont au moulin pour en rapporter de la farine; pendant plusieurs jours mères et filles sont occupées à cuire et les demoiselles, qui ont la réputation d'être de bonnes cuisinières sont très recherchées. On a gardé aussi pour ce moment du vin de gro-

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