LA NOËL
seilles fait à la maison — si les groseilles poussent dans le district. Sur les chemins de nombreux chars ramènent des barils de brârwin (liqueur spiritueuse) de la pointe des iîords et des villes où l'on peut s'en procurer. Le garde-manger est bien approvisionné : poisson, volaille et venaison sont mis en réserve ; on sert maintenant le meilleur mouton séché, ou des saucisses de mouton; on tue un veau ou un mouton, et, quand le grand jour approche, on fait des gaufres et des gâteaux. Le plus pauvre ménage veut se régaler à la Noël.
Dans beaucoup de districts de la Suède, le pasteur reçoit le reste de ses dîmes sous forme de farine, etc. Il y a quelques années, on pouvait voir, deux jours avant Noël, le pasteur adjoint, l'organiste et le sacristain faire la ronde avec de grands coffres, des paniers ou des sacs pour mettre les dîmes; mais cette coutume ne règne plus que dans les districts éloignés, le système de dîmes ayant été généralement aboli. Les petites boutiques de la campagne font de bonnes affaires en café, sucre, pruneaux, raisins et riz pour puddings; les filles achètent des bijoux et des mouchoirs de tête, et les jeunes hommes des chapeaux ou des écharpes. Alors les domestiques mâles et femelles reçoivent des fermiers les habits et les souliers qui leur sont dus et tous s'habillent de leur mieux pour la fête.
La coutume de donner une nourriture exceptionnelle aux oiseaux pendant les jours de Noël règne dans les provinces de Norvège et de Suède; on place des javelles d'avoine sur les toits des maisons, sur les arbres et les barrières pour que les oisillons puissent s'en repaître. Deux ou trois jours auparavant, des chariots bourrés de gerbes arrivent dans les villes ; le riche et le pauvre en achètent pour les mettre partout. Dans bien des districts les fermières et les enfants préparent les avoines pour la veille de Noël. Depuis le plus pauvre diable jusqu'au chef de famille chacun a économisé quelques deniers pour acheter une javelle d'avoine, afin que les oiseaux puissent fêter la Nativité. Je me rappelle a ce propos les paroles d'un de mes amis pendant que nous parcourions les rues de Christiania; il me dit avec une émotion profonde ; « Il faut qu'un homme soit bien misérable pour ne pas pouvoir économiser un centime afin de nourrir les petits oiseaux le jour de Noël ! » C'est une belle coutume et qui parle haut en faveur du cœur des Scandinaves. Ce jour-là, dans maintes fermes, le vieux cheval, le jeune poulain,
le bétail, les moutons, les chèvres et même les porcs reçoivent double ration de fourrage ; on leur en donne tellement que souvent ils ne peuvent tout manger.
La veille de Noël, dans l'après-midi, tout est prêt; la maison a été nettoyée de fond en comble, et on a répandu sur le plancher des feuilles de genévrier ou de sapin. Quand l'ouvrage est fini, la famille se rend dans le fournil, qui a été chauffé, et chacun se lave des pieds à la tête, ou se baigne dans une grande cuve, seul bain qu'ils prennent dans une année ; puis ils mettent du linge blanc et se parent de leur mieux. Le soir, ils se réunissent autour de la table, le père lit un chapitre de la Bible, puis on dîne copieusement. Dans certains recoins des montagnes, ils veillent toute la nuit et font bombance; des chandelles brûlent aux fenêtres, et, comme en Dalécarlie, tous se rendent à l'église une torche en main. Le service terminé, chacun se hâte de sortir de l'église, soit à pied, soit en traîneau, car un vieux dicton prétend que celui qui arrivera le premier à la maison rentrera le premier sa récolte. Le matin, de bonne heure, la voix perçante de la mère ou des sœurs éveille la famille en chantant :
Un enfant est né à Bethléem, C'est la joie de Jérusalem, Aile ! alléluia !
Le second jour, les jeunes gens s'empressent d'achever leur ouvrage ; puis ils se livrent à des plaisirs qui sont parfois dommageables; ainsi, pendant la nuit, ils clouent les portes et les fenêtres pour exaspérer les filles quand elles veulent sortir, ou bien ils leur cachent leurs souliers ; les demoiselles, de leur côté, jouent toute sorte de tours aux garçons. A la campagne, la Noël est la mieux observée des fêtes religieuses.
Dans quelques endroits on observe encore les anciennes coutumes. Le vingtième jour il arrive souvent que les jeunes gens se peignent ou se noircissent le visage, se coiffent de couronnes bizarres, se collent de . grandes étoiles sur la poitrine et s'arment de longues épées de bois. L'un d'eux tient un bissac, et ils vont visiter les fermes des environs en sollicitant des contributions pour un divertissement. S'ils soupçonnent un des leurs d'aimer une jeune fille, ils lui entonnent ce qu'ils appellent le vieux chant d'Hérode :