‹ Un hiver en LaponieChapitre 31 sur 228 · UNE AVENTURE DÉSAGRÉABLE · texte numérisé non relu

UNE AVENTURE DÉSAGRÉABLE

froide. Hommes et femmes fumaient et conversaient entre eux avant d'aller se coucher. La ferme appartenait à Lars Johanson. Ces gens semblèrent heureux quand je leur eus dit que je passerais la nuit chez eux. Les deux filles, Lovisa et Sophia, se mirent aussitôt à l'œuvre, et, pendant que nous causions, elles me préparèrent un plat de viande de renne; elles grillèrent du café, et le bon fermier Abraham apporta une autre brassée de bois. Les habitants de ce hameau consument énormément de combustible. Quand vint le moment de se mettre au lit, les voisins nous quittèrent et on fit tous les préparatifs pour la nuit. On ouvrit le sofa, on lira un tiroir, on renouvela le foin que l'on recouvrit de peaux de renne et de mouton; on étendit par terre d'autres peaux pour la famille. Tous ôtèrent leurs souliers et leurs bas et les suspendirent à des traverses près du plafond, à côté de la cheminée. Le père et le fils nous souhaitèrent une bonne nuit et se retirèrent. Eisa Karolina et l'une des filles couchèrent ensemble; la fille aînée dormit près de moi, avec son bon ami, en tout bien tout honneur, car c'était le jour des amoureux.

J'eus pourtant une aventure assez désagréable, la première depuis mon arrivée en Scandinavie. En passant devant une maison de belle apparence et bien peinte, ce qui prouvait qu'elle appartenait à une famille plus, raffinée que le commun du peuple, mon conducteur arrêta, descendit et me dit d'y entrer, car c'était la maison de sa belle-mère. A peine y fus-je introduit, qu'une vieille dame se présenta et m'accueillit de la plus charmante manière. Alors vint aussi ma petite conductrice de l'été précédent ; je lui donnai une bague d'or en lui montrant celle d'argent dont elle m'avait fait cadeau. La bonne hôtesse m'invita à dîner et à passer la nuit chez elle. Elle alluma des bougies, et, quand je lui fis des remontrances sur une telle prodigalité, elle me dit qu'elle ne pouvait voir trop clair pour connaître un Américain. En môme temps, mon compagnon avait disparu, et, quand il revint, il était gris, à mon grand ennui. Il me donna pour excuse qu'il s'était enrhumé et qu'il avait un grand mal de tête On servit le dîner et je venais de commencer à manger quand la porte s'ouvrit pour livrer passage aux deux filles de la maison; l'une d'elles me lança un si mauvais regard, que je vis tout de suite que je n'étais pas le bienvenu. Je la saluai, mais c'est à peine si elle me répondit; puis elle regarda son beau-frère d'une manière

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qui me prouva que le pauvre garçon ne jouissait pas de ses bonnes grâces. Elle enleva ses fourrures avec colère, entra dans la chambre voisine, prononça quelques paroles brèves que je ne compris pas, rentra en frappant les portes et comme furieuse. La fourchette me tomba des mains lorsqu'elle me dit: « Cette maison n'est pas une station. — Je le sais, Madame, répondis-je ; je suis venu ici pour voir une petite amie; votre beau-frère m'y a amené, et votre mère m'a invité à rester. — Vous ne pouvez coucher ici qu'une nuit; il n'y a point de chambre pour vous. » Je ne répliquai pas; je me levai de table en donnant l'ordre de préparer mon cheval. La mère et l'autre fille demeuraient muettes; elles semblaient effrayées. Alors elle reprit: « Ne voulez-vous pas rester ici cette nuit et vous en aller demain? — Non, repartis-je. » Je remerciai la mère, je donnai à la servante plus d'argent que ne m'aurait coûté un dîner à l'hôtel et je retournai chez mes amis. Le lendemain, ayant probablement senti l'inconvenance de sa réception, elle vint s'excuser en disant qu'elle serait satisfaite de me voir chez elle, mais je refusai. Telle fut la fin de cette ennuyeuse aventure, qui, sans doute, fut occasionnée par l'aversion de cette fille pour son beau-frère et l'état d'ébriété dans lequel il s'était mis; elle croyait peut-être que je l'y avais excité.

Muoniovaara n'était qu'à une courte distance, et je fus reçu palmes vieux amis de la famille de herrF... avec une franche cordialité. Le père était allé à Haparanda pour assister à la foire de Tornea, et tous parurent étonnés que je ne l'eusse pas rencontré sur la route; mais je fus bien accueilli par son excellente femme, ses deux aimables filles et ses deux fils, dont l'un était venu le jour même de Karesuando, où il résidait ; car il est le lansman du district. Quoique le père ne fût pas à la maison, ils me dirent qu'ils feraient tout leur possible pour me bien recevoir. Ils réussirent à merveille. On tua le dernier mouton, et je pus voir, par les préparatifs faits dans la cuisine, que ces gens hospitaliers entendaient me traiter grassement.

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