‹ Un hiver en LaponieChapitre 30 sur 228 · KO = KO · texte numérisé non relu

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condition. Pour un commençant, la grande difficulté est de tenir les

deux pieds exactement parallèles et de les empêcher de s'enchevêtrer.

Sur une surface plane, le patineur ne peut pas se blesser en tombant sur

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la neige, grand avantage que n'a pas le patinage sur la glace. Le pre-

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STATION DE PERTINIEMI

mier jour, après une pratique de deux heures, je pus glisser pendant mille yards sur la Torne sans tomber. Il est très difficile de marcher sur la neige durcie sans beaucoup de pratique ; car les patins tendent à glisser trop loin, ou bien les extrémités supérieures et inférieures se recouvrent. On fait l'ascension des collines en zigzag, et c'est une rude besogne pour ceux qui n'y sont pas accoutumés. Mais le plus difficile est de descendre les côtes escarpées; c'est même dangereux dans les régions montagneuses où les blocs erratiques sont à nu ; cette descente n'est sûre que pour ceux qui ont pratiqué le patinage depuis leur enfance, car la vitesse est vertigineuse. J'ai souvent tremblé en voyant les Norvégiens ou les Lapons descendre les montagnes. Dans la descente, les deux patins doivent être tenus parallèlement et très rapprochés, tâche extrêmement difficile et presque impossible sur un terrain raboteux. Il faut avoir un grand et solide bâton pour s'en servir comme de gouvernail ou de balancier à droite ou à gauche, selon que l'exige l'occasion, et pencher le corps en avant. Je n'ai jamais été capable de descendre de cette manière. Celui qui ne peut imiter un Scandinave ou un Lapon, fera bien de se mettre à cheval sur un bâton, de s'appuyer dessus autant qu'il le pourra, en ayant soin aussi de tenir les patins égaux. Le bâton, en ce cas, agit comme un sabot et empêche d'aller trop vite. Je ne réussis pas la première fois que j'essayai cette manœuvre; je n'avais pas glissé plus d'un yard, que mes patins me quittèrent, s'en allèrent au fond du remblai, et je me trouvai assis dans la neige. Je n'avais pas assez penché le corps en avant. J'essayai de nouveau mais sans plus de succès. J'ai vu fréquemment, en Norvège, les enfants sauter avec leurs patins à neige. Parfois , lorsqu'un côté de la route était plus élevé que l'autre, ils bondissaient de l'autre côté, souvent d'une hauteur de sept à huit pieds, et cet exercice les amusait énormément.

Le dimanche, j'allai à la vieille église de Matarengé, construite en rondins, il y a deux cents ans. Il faisait si froid, que l'ecclésiastique lut le service et prêcha en vêtement de fourrure, et que chaque membre de la congrégation demeura emmitouflé jusqu'au nez.

Je quittai Ruskola avec le thermomètre à 34 degrés au-dessous de zéro. Lorsque le cheval fut devant la porte et que nos patins à neige eurent été attachés après le traîneau, Grape m'appela dans la chambre des invités. Il ouvrit alors une bouteille de vin vieux et lui

et sa femme burent à ma santé et à la réussite de mon voyage. Le brave garçon était triste de mon départ. Tout en avançant et en admirant les ombres merveilleuses des collines lointaines, je voyais de temps à autre une femme tirer un seau d'eau d'un puits ou sortir en hâte de la vacherie; ou encore un homme portant une charge de bois dans un hangar voisin de la ferme. Ces scènes d'hiver, qui animaient le paysage, me faisaient grand plaisir. L'atmosphère' sèche et fortifiante me donnait un surcroît de vigueur. Quel contraste avec celle des jungles empestées de l'Afrique équatoriale où la vie d'un blanc est constamment en lutte contre la mort!

A la fin de la journée, j'atteignis la station de Pirtiniemi, où, en été, j'avais traversé le lac sur un bac pour retrouver le grand chemin. La nuit était superbe. Les jets de lumière de l'aurore boréale s'élançaient tout au haut du ciel, et les étoiles scintillaient comme des diamants sur ce limpide ciel bleu. Pirtiniemi était une station bien pauvre pour y passer la nuit. Toute la famille et les voyageurs se tenaient dans la cuisine, qui était loin d'être propre. Les uns avaient pris place autour du feu, fumant et bavardant; les autres dormaient sur des peaux étendues par terre, mais la couleur des couvertures et des lits était très sombre et peu appétissante. La femme savait parler le suédois, et, aussitôt après mon arrivée, il y eut un grand brouhaha; on prépara lé café et le meilleur souper qu'il fût possible d'offrir. La grande chambre pour les voyageurs était propre; on y alluma sur-le-champ un bon feu; cependant la structure n'était pas en parfait état, et l'épaisse maçonnerie ne s'échauffa pas ; car il n'y avait rien pour empêcher la chaleur de s'échapper par la cheminée. On approcha le lit du feu, et, quand il fut dressé, il offrit une bonne apparence. J'allais dormir entre deux belles et douces couvertures en peaux de lièvre, blanches comme la neige et l'on étendit encore sur moi d'autres tapis de fourrure. En dépit du feu, le mercure se tint dans la chambre à 18 degrés pendant la nuit. Le fermier s'excusa de la pauvre réception qu'il me faisait; sa maison était très vieille et il en bâtissait une autre. En effet, j'en vis une à moitié construite; « mais, dit-il, il faut que nous allions doucement. J'ai acheté cette ferme moyennant 900 rixdales, sur lesquels j'en dois encore 600; les temps ont été durs, et il faut payer tous les ans l'intérêt à cinq pour cent. »

A SATTAJARVI

Je dormis splendidement quoique, lorsque je me réveillai, le mercure marquât 15 degrés au-dessous de zéro dans ma chambre et 43 degrés dehors. La femme avait une sœur en Amérique et cette circonstance semblait former un lien d'amitié entre nous. « Tâchez de la voir quand vous retournerez là-bas, me dit-elle; dites-lui que nous allons tous bien et que Dieu est bon pour nous. »

La sœur vivait dans le Michigan ; cette femme croyait que cet État n'était pas plus grand que sa paroisse, et s'imaginait qu'à New-York chacun connaissait sa sœur. Lorsque je fus sur le point de partir, elle me dit : « Ne vous souvenez-vous pas de la fdle qui vous conduisit à la prochaine station, l'été que vous vîntes ici? Vous la reconnaîtriez à peine, maintenant qu'elle est devenue une forte femme. Qu'elle était heureuse, quand elle revint, de montrer la petite pièce d'argent que vous lui aviez donnée! C'était la première qu'elle eût possédée. Elle nous a raconté tout ce que vous aviez fait en chemin. Allez la voir, car elle parle souvent de l'étranger qui lui a donné de l'argent et elle se demande s'il reviendra ; elle répète bien des fois qu'elle aimerait à vous revoir. Comme elle sera heureuse ! Le garçon qui va vous conduire connaît le chemin de la maison; c'est une ferme à Korpilombolo, non loin de l'église. Adieu! Revenez bientôt, vous serez le bien reçu. Bon voyage! Ayez bien soin de vous, car il fait très froid à l'extrême Nord, et vous dormirez sur la neige. »

Lorsque je m'arrêtai à cette ferme de Korpilombolo et que j'en franchis le seuil, une grande et belle fdle vint à ma rencontre. Soudain un sourire anima ses traits, car elle me reconnaissait, bien que je fusse habillé comme un Lapon. C'était ma chère petite conductrice de l'année précédente, mais qui avait beaucoup grandi depuis. Aussitôt après mon arrivée, les voisins envahirent la maison. L'ecclésiastique, jeune homme vigoureux et bien portant, de naissance finnoise, vint aussi. Je le trouvai fort agréable. On me présenta un homme qui, l'été dernier, était revenu des États-Unis, où il n'était demeuré qu'un an; la nostalgie l'avait contraint de revenir au pays de ses ancêtres. Combien l'amour de la terre natale est fortement enraciné dans le cœur humain ! Aucun espoir de gain n'aurait pu faire rester cet homme en terre étrangère. Il aimait le pays du soleil de minuit; il rêvait des longs jours d'été et des longues nuits d'hiver de son foyer septentrional , de la

neige, et des forêts de bouleaux, de pins et de sapins. Plus il en avait été loin, plus la vision lui en parut belle; ses amis aussi lui devenaient autrement chers que les étrangers.

Après avoir quitté Korpilombolo, nous prîmes la route d'hiver indiquée par des branches d'arbre; nous fîmes une légère coupure par des tourbières et des marécages gelés, par des forêts et des champs, et nous arrivâmes à la station postale d'Otanajârvi. Le temps était beau mais froid; la neige croissait encore en épaisseur, mais les amas devenaient plus rares. A Sattajârvi, je m'aperçus que quelqu'un m'avait précédé sur la route et que les habitants n'avaient pas oublié Paul; tous m'attendaient pour me souhaiter la bienvenue. La chambre de réception était pleine de monde. « Voici de nouveau Paul, disaient-ils en me regardant avec surprise; il a fait toute la route depuis Stockholm ! Avez-vous jamais vu pareil homme? Paul, où allez-vous? — En Norvège au cap Nord, vivre avec les Lapons et visiter les pêcheries norvégiennes. » Une acclamation formidable accueillit ces paroles. « Aller vivre avec les Lapons! C'est donc vrai? nous l'avions lu dans les journaux, mais nous refusions d'y croire. »

« Où est mon amie Christina? » dis-je. (Le lecteur se souvient peut-être de cette fille que ses parents avaient voulu me faire emmener en Amérique, lors de ma première visite. ) « Eh quoi! ne l'avez-vous pas vue? Elle demeure à Pirtiniemi. — Non, répondis-je, il faisait trop mauvais. — Paul, vous ne partirez pas aujourd'hui; nous ne vous laisserons pas aller ; il faut que vous restiez quelque temps avec nous. Nous savons que vous avez été en Amérique depuis que nous ne vous avons vu! — Oui, répondis-je, mais je n'y suis resté que quelques jours. » Ils me regardèrent avec plus d'étonnement encore. « Qu'allez-vous faire? Vous ne trouverez que des gens qui parlent le finnois ou le lapon, et vous aurez à faire un long voyage pour arriver en Norvège! — Oui, répondis-je, j'aurai du mal. Il est difficile de voyager dans une contrée si l'on ne peut parler avec les habitants. » On jeta une nouvelle brassée de bois sur le feu, on servit un repas, et nous continuâmes de causer jusqu'à une heure très avancée.

Le lendemain matin, on m'amena une jeune Finnoise. Les gens de Sattajârvi m'avaient donné un guide en été et ils voulurent m'en donner encore un en hiver. « Paul, me dirent-ils, nous vous amenons une

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SUR LA MUONIO

fille qui ira en Norvège avec vous. Elle y a déjà été et sait parler le norvégien que vous comprenez; elle pourra vous servir d'interprète. » Tous paraissaient heureux d'avoir trouvé quelqu'un pour me venir en aide. Ces honnêtes gens ne conçurent pas un instant l'idée que je pourrais trahir la confiance qu'ils mettaient en moi.

Eisa Karolina était une jeune et belle fille de dix-sept ans, qui avait perdu sa mère; son père demeurait à quelques milles de Sattajârvi, et vivait très pauvrement. Deux de ses sœurs avaient émigré en Norvège, où l'une s'était mariée ; elle-même en était revenue quelques mois plus tôt en franchissant les montagnes avec les Lapons jusqu'à Pajala, pour être confirmée ; car là se trouvait l'église où elle avait reçu le baptême et où elle devait obtenir le certificat nécessaire pour aller dans un autre district. Elle semblait heureuse de partir avec moi et voulait même me suivre en Amérique. Qu'elle était belle, la confiance de cette vie primitive, qui, dans sa simplicité, ne voit pas le mal, la trahison, la fourberie d'une plus haute civilisation! De quoi aurait-elle eu peur? Pourquoi ses parents craindraient-ils pour elle? J'avais promis qu'en quelque endroit où je débarquerais sur la côte de Finmarken ou de Norvège je m'arrangerais pour l'envoyer chez ses sœurs; ils croyaient en moi et cela suffisait.

Les bonnes gens du hameau de Sattajârvi se réjouirent quand ils apprirent que je reviendrais du Nord au printemps ; ils me dirent : « Vous resterez alors longtemps avec nous, Paul. » Depuis que j'avais quitté Pajala, on y avait bâti une grande et commode maison d'école ; un maître et sa femme vivaient dans l'établissement, et un beau piano ornait une des chambres simplement meublées.

Ici, nous trouvâmes la neige plus épaisse qu'àHaparanda. II en était tombé des quantités énormes qui avaient donné une couche de cinq à sis pieds dans les bois. Je pouvais aller en Norvège sur la Torne glacée, par Jukkasjârvi, et ensuite sur les montagnes, au fiord Ofoden. Cette route me privait de connaître une large étendue de pays vers le nord, où les Lapons sont le plus nombreux en hiver. Je décidai que je continuerais mon voyage en remontant la Muonio jusqu'au lac Kilpisjârvi dont elle est le déversoir, et puis par les montagnes, au fiord Lyngen, presque en face des îles Lofoden, et que je verrais ainsi le pays que je n'avais pas exploré en été. En hiver, la distance de Pajala à Muonio-

vaara est cle douze milles suédois. Il y a trois stations sur la route: — Kaunisvaara, Killangi et Parkajoki, à une distance de trois milles environ l'une de l'autre. La route d'hiver fait une légère coupure à travers des forêts et des marais, et il n'y a point de grand chemin. De loin en loin, nous rencontrions un convoi de forme bizarre transportant du foin, traîneau ressemblant fort aune caisse à claire-voie, avec des hommes vêtus de peau cle renne. Les chevaux semblaient aussi paresseux que leurs conducteurs et marchaient le plus lentement possible, en se servant de leur seule intelligence pour éviter les difficultés du terrain. Il me fallut réveiller ces hommes pour pouvoir passer.

A Kaunisvaara, petit hameau situé à mi-chemin entre la Torne et la Muonio, nous attendîmes pendant deux heures. Tous les chevaux étaient, ou dans le bois pour en ramener des solives, ou dans les champs pour prendre des chargements de foin qui avait été emmagasiné au loin. Les villageois s'occupaient à le rentrer dans leurs fermes, car, en été, on ne fait que fort peu de charrois. Notre route passait par une forêt de beaux sapins jusqu'à Arkavaara, sur les bord de la Muonio. Le propriétaire clu lieu et sa femme étaient des Suédois. « Vous feriez mieux de passer ici la nuit, me dirent-ils, et de continuer votre voyage demain matin. » L'invitation me parut si honnête, que je l'acceptai. On me donna un dîner substantiel, un excellent lit et surtout un accueil cordial. Le lendemain, quand je voulus payer, on m'arrêta surle-champ et l'on me dit que, si l'on m'avait invité à rester, c'était pour avoir le plaisir de ma compagnie. Souvent ces fermes sont des auberges et l'on ne sait jamais exactement ce que l'on doit faire ; il est donc bon d'offrir de payer. La route passe sur la Muonio gelée, et, moi seul excepté, on ne se servait que de rennes ; comme il s'y fait un grand trafic, la voie était très bonne pour un cheval. Les Finnois sont vêtus de drap tissé par eux, et ne portent la tenue laponne que quand ils voyagent.

Il était tard quand j'atteignis Muonionalusta ; mais des lumières brdlaient à travers les fenêtres, prouvant que les habitants du hameau ne dormaient pas encore. Les hôtes d'une des maisons sortirent et me souhaitèrent la bienvenue. Une société était justement réunie à l'intérieur. A notre arrivée, on jeta du bois sur le feu et on nous fit de la place pour que nous pussions nous chauffer; car la nuit était très

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