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CHAPITRE XII

Laponie. — Étendue du pays. — Laponie suédoise et norvégienne. — Caractère de la contrée. —

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Espaces couverts de mousse. — La vie d'un Lapou montagnard. — Nombre de.; rennes. — Taille des troupeaux. — Honnêteté des Lapons. — Leur éducation sévère. — Dure existence.

— Structure physique des Lapons. — Beau climat de la Laponie. — Longue vie de quelques

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Lapons. — Nourriture. — Contentement des Lapons.

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Avant de continuer notre voyage vers le sud, nous allons donner

un aperçu général du pays habité par les Lapons et connu sous le nom

de Laponie, qui comprend la partie septentrionale de la Scandinavie;

on trouve aussi ce peuple au nord de la Finlande, et en Russie,

à l'extrémité la plus orientale de la péninsule de Kola, et jusqu'à la

mer Blanche.

En Norvège et en Suède, on trouve les Lapons au sud, dans les

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provinces de Heriedalen et de Jemlland, en Hedemarken et en

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Trondhjem, mais fort peu habitent ces deux grandes provinces norvégiennes. En allant vers le nord, leur nombre augmente, et on rencontre

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la population la plus nombreuse de Norvège clans les provinces de Tromsœ et de Finmarken. Les Lapons russes, selon Friis, ne sont pas

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nomades, en ce sens qu'ils errent avec des troupeaux de rennes, car

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ils n'en possèdent que peu; cependant, quoiqu'ils vivent dans des mai-

sons de bois ou de terre, chaque famille change de résidence trois ou

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quatre fois par an. Au printemps, ils vont dans leurs quartiers d'élé,

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LA LAPONIE SUEDOISE

qui sont situés près d'un lac ou de la mer; quelques-uns se mettent de nouveau en mouvement au milieu de l'été, pour se rendre à d'autres pêcheries sur les rivières ou les lacs. En août, ils partent pour de nouvelles stations, où, indépendamment de la pêche, ils chassent aussi le renne, les oiseaux, la martre, l'écureuil, la loutre et l'ours. Vers Noël, ils reviennent dans leurs foyers hivernaux, qui sont généralement dans de petits hameaux. Leur manière de vivre les empêche d'avoir beaucoup de rennes.

Ces Lapons s'appellent eux-mêmes Same. Les Suédois les nomment Lapp; les Norvégiens, à tort, Fin; et les Finlandais sont connus par eux comme Kvaen. Les Lapons ne ressemblent pas aux Esquimaux, et j'ai trouvé qu'ils diffèrent sensiblement des descriptions que j'en ai lues ; quoiqu'ils soient regardés par beaucoup comme des branches de la même souche mongole ou touranienne, je pense, avec Retzius, que les Lapons et les Esquimaux sont de races entièrement différentes, les premiers ayant la tête courte (brachyocéphale) avec les mâchoires droites (orthognathes), tandis que les Esquimaux ont le crâne allongé (dolichocéphale) et les mâchoires proéminentes (prognathes). Les Finlandais appellent la Finlande Suomi, et le peuple Suomalaiset. Ces deux mots ont une forte similitude avec les mots lapons et portent à croire que ces peuples sont de même origine. On dit que leurs deux langues ont de la ressemblance, mais physiquement ils ne se ressemblent pas; le Finlandais est beaucoup plus grand et semble s'allier plutôt aux races Scandinave et teutone, qu'il égale en intelligence. Mais, quels que soient les caractères différents de tous ces peuples septentrionaux (ce qu'il n'y a pas lieu de considérer dans cet ouvrage), le voyageur est surpris de trouver de temps en temps, et quand il s'y attend le moins, quelques-uns des mêmes traits chez les Scandinaves, les Allemands, les Écossais, et autres Européens, savoir : les pommettes hautes, le nez retroussé, l'intervalle entre les yeux plat, la face courte et ronde : ce qui prouve de la ressemblance avec le type mongol.

La Laponie suédoise est divisée en districts nommés d'après les provinces où on trouve les Lapons. Le pays est extrêmement bien arrosé ; on rencontre des rivières et des lacs dans toutes les directions; les marais abondent et les forêts couvrent un espace de plus de 20 mil-

lions d'acres. De la chaîne de montagnes à l'est, des vallées de 150 à 200 milles de long descendent à la mer; les collines qui les séparent donnent un terme moyen de hauteur de 400 à 600 pieds, et, avec le terrain bas, sont couvertes de forêts et de marécages. La mousse de renne est abondante dans les endroits où les Lapons suédois se retirent pendant l'hiver.

Nous avons vu que, dans le vaste territoire occupé par les Lapons suédois et norvégiens, la loi et l'ordre régnent comme dans les autres parties du pays; la licence et le brigandage sont inconnus; les districts les plus sauvages et les moins habités sont aussi sûrs que tous les autres dans ce pays foncièrement honnête. Tous les Lapons appartiennent à de certaines paroisses auxquelles ils payent des taxes et des dîmes ; leurs enfants reçoivent l'instruction religieuse ; leurs naissances et leurs morts sont enregistrées, et l'on connaît le nombre de rennes qu'ils possèdent. Les espaces moussus doivent être soigneusement ménagés; il ne faut pas demeurer trop longtemps à une même place, et l'on doit en éviter d'autres pour permettre à une récolte de mûrir. Je me suis laissé dire que la mousse exige de sept à dix ans pour repousser, et plus longtemps encore dans certains districts. La mousse belle et saine a une teinte d'un vert blanchâtre; elle est douce et un peu spongieuse. Quand elle cesse de se développer, elle sèche. C'est sur le Palajoki que j'ai vu la plus belle.

Il y a maints districts montagneux en Norvège et en Suède, spécialement dans la première, où de grands troupeaux de rennes peuvent paître en été. Tous les ans, une famille ira errer sur le même terrain que ses ancêtres; elle y dormira, le dos appuyé contre le même bloc erratique ; elle y plantera sa tente près du même rocher, protégée en partie contre les intempéries de l'air.

Le temps du Lapon des Fields se passe à augmenter son troupeau ; sa famille et lui y consacrent toutes leurs facultés, car leur bien-être dépend du produij de ces animaux. Il est difficile de constater avec exactitude l'augmentation ou la diminution du renne selon les districts, parce que ces gens changent souvent de résidence; les années dernières, on a vu au nord une grande émigration de Lapons norvégiens sur le territoire suédois, notamment à Karesuando ; mais, en somme, la population et les rennes augmentent. Il y en a un plus grand nombre eu Nor-

HONNETETE DES EAPONS

vège qu'en Suède, grâce à la quantité de bônder (fermiers) stationnâmes et de Lapons maritimes, qui dépassent de beaucoup les nomades.

Avec ceux appartenant aux fermiers et autres, je crois que l'on peut dire avec certitude que le nombre des rennes est d'environ 400,000. — Les Samoyèdes ont les plus grandes et les plus belles races ; elles ne sont pas dénombrées parmi celles des Lapons. A Kautokeino, certains Lapons possèdent chacun 2,000 rennes ; à Sorsele, en Suède, l'un d'eux en possède 5,000, et d'autres de 1 ,000 à 2,000. Quelques Lapons des forêts en ont 1,000. En Lulea-Lappmark, on voit des troupeaux de plus de 2,000 tôles; en Finmarken, de 5,000, et quelques Lapons en ont possédé jusqu'à 10,000. Un troupeau de 2,000 à 2,500 rennes donne, dit-on, annuellement, de 200 à 250 veaux.

Tout propriétaire a sa propre marque brûlée sur les oreilles de ses rennes, et nul autre n'a le droit de prendre la même, attendu que c'est la preuve légale de propriété; s'il en était autrement, la séparation serait impossible lorsque plusieurs troupeaux sont mêlés dans les montagnes. Selon la coutume, personne ne peut créer de nouvelle marque : on doit acheter celle d'un troupeau éteint ; quand ces marques sont rares , le prix à payer aux familles qui les possèdent est souvent élevé; le nom de l'acheteur et la marque doivent être enregistrés au tribunal, comme ceux de tous les autres propriétaires. La taxe à payer est calculée d'après le terrain de pâture occupé.

Quelquefois des sentiments hostiles régnent entre les colons lapons et norvégiens dans les districts bien habités des fiords près de la côte, surtout dans la province de Tromsœ, en raison du dommage causé par les rennes aux prairies ou aux moissons. Des Lapons m'ont dit que, sur le fiord Alten, les fermiers, par les terres desquels ils doivent passer pour se rendre aux pâturages, leur demandent des prix exorbitants pour ce droit de passage. Il est à désirer que le Slorthing porte remède à cet abus, si la plainte est justifiée.

Le Lapon est si honnête qu'il laisse souvent sa kata sans personne pour prendre soin de la nourriture, du café, du sucre, des vêtements, de l'argenterie, etc., qu'il abandonne à la merci du premier voleur qui peut venir parmi eux. Mais le vol est très rare et l'on tient la tente comme une chose presque sacrée. Parfois on signale des voleurs de rennes et il faut les surveiller; ce sont généralement des Lapons

pécheurs, ou des bônder ruinés ; il leur est difficile de résister à la tentation d'en prendre dans un troupeau laissé à lui-même. Un jour, un fonctionnaire me recommanda deux hommes pour guides : j'appris en même temps que l'un d'eux avait été en prison pour avoir volé un renne, mais que, malgré cela, je pouvais me fier à lui. J'allai en sa compagnie dans tous les districts en parfaite sûreté. Je n'ai jamais eu le moindre désagrément avec aucun d'eux au sujet de la paye ou d'autre chose. Je me suis souvent amusé, à mon retour sur la côte norvégienne, à entendre les gens s'étonner de ce que j'osais aller seul dans les montagnes parmi les Lapons ; plus d'une fois on m'a cité les noms de personnes dont on n'avait plus rien entendu, afin de me prévenir de me tenir sur mes gardes ; mais ces craintes étaient sans fondement et mon expérience le prouve amplement.

Le Lapon, par la sévère éducation qu'il reçoit dès l'enfance, dormant sur la terre nue, ou se reposant contre une pierre, souffrant de la faim, exposé à tous les changements de température, peut résister vaillamment aux privations et aux épreuves. En été, il faut qu'il suive constamment son troupeau, lequel est en marche pendant la majeure partie du jour; car les rennes ne sont pas alors obligés de creuser pour trouver la mousse. Il est aussi forcé de passer par des marais et des tourbières, ou de traverser de profondes flaques de neige friable, de nager ou de passer à gué des rivières gonflées par la neige fondue ou l'épanchement des glaciers, comme je l'ai fait fréquemment : affamé souvent et obligé de traire un renne pour sa subsistance, lorsqu'il revient à la kata il est généralement brisé de fatigue, et, après avoir changé ses vêtements mouillés, il tombe dans un sommeil de plomb amené par l'épuisement. 11 erre habituellement sur un espace d'environ 100 milles, demeurant trois ou quatre jours dans un district, puis se transportant à 6 ou 7 milles plus loin. En hiver, il voyage dans des déserts lugubres, pendant de violents orages, souffrant de la faim et du froid; aux aguets nuit et jour dans la crainte des ours , des loups et des gloutons, il est parfois réveillé soudainement après avoir dormi une heure et appelé à protéger son troupeau contre des ennemis qui peuvent le disperser et le réduire lui-même à la pauvreté. Tout ceci fait du Lapon montagnard l'un des hommes les plus hardis, et sa structure physique

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