CHAPITRE III
Départ de Ctastiama. - Brouillard sur le Miœsen. - Un petit traîneau. - Le départ d'un père e iarmlle. - Temps doux. - La Gulbrandsdal. - L'église de Dovre. - Tofttemoen - Une ferme historique. Souper à Tofflemoen. - Jour de l'an. - L'église. - Réception à lotte. - Généalogie triplement vénérable. - Une ancienne ferme et sa saga. Le roi Harald Haarfager à Tofte, en 860. Snefrid. - Les filles de Tofte. - Habitudes des fermiers de la Gudbrandsdal. - Fierté des bônder. - Anciennes coupes à boire. - Une surprise - Le treizième jour de Noël. - Hans. - Ferme de Selsiord. - Une société de demoiselles.' - Beautés de la Gudbrandsdal. - Une fille jalouse. - Réception à Skiena. - Rônog - Andres. — Fin des fêtes.
Mon but, en venant à Christiania, avait été de passer les fêtes de Noël parmi les fermiers de Gudbrandsdalen. Le 26 décembre au matin je pris le chemin de fer pour le lac Miœsen. Le vovage sur les chemins de fer norvégiens est très lent; nous mîmes trois heures pour faire quarante-deux milles. Un épais brouillard empêcha le steamer de partir a l'heure fixée; mais, quand le temps s'éclaircit, nous levâmes 1 ancre et en peu d'heures nous arrivions à Giœvik, à peu près à michemin, car plus loin la navigation est interrompue par les glaces. Une course de quelques heures m'amena à la pointe du lac Miœsen, à cent dix milles environ de Christiania. Il faisait très sombre et je n'osai pas traverser la rivière Logen sur la glace avec mon traîneau, car je ne distinguas pas le chemin et mon conducteur ne connaissait pas les endroits dangereux. Je frappai à la porte d'une petite maison et je demanda, au propriétaire de vouloir bien me faire traverser; je m'excusât de 1 avoir éveillé en disant que j'étais très pressé.
Après trois ou quatre heures de sommeil, je fis route vers le nord pour les Dovre-fields, par un chemin magnifique. Les traîneaux dont on se sert aux stations en Norvège sont parliculiers, mais aussi très incommodes. Ils ne peuvent contenir qu'une seule personne, et le siège ressemble beaucoup à celui d'une carriole, excepté qu'il est posé sur les brancards. Point de place pour le bagage, en sorte que, même avec une petite valise, il faut que le voyageur étende ses jambes le long des brancards. Cependant on dirige facilement ces traîneaux dans les chemins montagneux et étroits ; ils versent très rarement. Le postillon ou conducteur se tient debout derrière. De grandes bottes fourrées et
Partant pour un voyage.
deux paires de bas de laine sont indispensables pour que les pieds ne gèlent pas par les grands froids.
L'étranger qui voyage en Scandinavie pendant l'hiver, spécialement l'Américain, qui regarde comme peu de chose un voyage d'un millier de milles, est surpris des grands préparatifs que fait un honnête père de famille pour un trajet de quelques heures. Il ne peut s'empêcher de sourire en voyant l'anxiété de la femme pour la santé de son mari, ainsi que le respect et l'amour des enfants. Il ne faut pas que papa ait faim: on prépare donc avec grand soin le panier contenant le déjeuner; on y ajoute une petite fiole de spiritueux ou de vin pour le réchauffer pendant la route; préalablement, on lui sert un bon repas; par-dessus tout, l'on tient à ce qu'il soit bien garanti contre le froid. On choisit et l'on chauffe les mitaines et les bas de laine les plus épais, on brosse la longue