‹ Un hiver en LaponieChapitre 9 sur 228 · UN DÉPART DE CHEF DE FAMILLE · texte numérisé non relu

UN DÉPART DE CHEF DE FAMILLE

1 évite doublée de peau de loup ou de mouton dont le collet monte Par-dessus la tète et couvre presque la figure ; on nettoie les grandes bottes fourrées ; on tire de l'armoire la meilleure écharpe de laine, probablement le cadeau de Noël de l'un des enfants.

Après le repas, la mère et les enfants aident le père à s'habiller; il es laisse faire; il se regarde avec complaisance; il se dit qu'il est le maître du logis, et se sent heureux qu'on lui prodigue tant d'attentions. Un entoure sa taille d'une ceinture de laine; son col est soigneusement protégé; on lui met son chapeau, et on relève son collet de telle

Une drôle de scène.

sorte que l'on voie à peine sa figure. La servante veut aussi donner un

altlT; n le droit' n'est-ce pas? de P™dre P« à

laju t ment de monsieur pour le voyage. Pendant ce temps, le fils a attelé e cheval et, après un tendre adieu, le chef de la maison s'en va en se disant qu'il est délicieux d'être le père d'une grande famille Le second jour de mon excursion le ciel était si bleu et tellement

Si :zT,renTr j'éprouvai de n» ^

rompais pas Ce beau ciel devait être fallacieux: dans l'après-midi le mps devint de plus en plus doux. Les nuages s'amoncelèL e a a nuit, il plut a torrents. Je m'étonnais d'un temps si doux au milieu Huver dans une vallée élevôe de plusieurs centaines de pieds audessus du niveau de la mer. Vers le soir, la pluie redoubla de violence,

et la nuit devint si noire que je ne voyais plus mon chemin. Je laissai aller mon cheval. La pauvre bête avait fait déjà souvent cette route et la connaissait parfaitement ; aussi entra-t-elle d'elle-même, et malgré la nuit, dans la cour de la station de Skaeggestad.

Partout où j'étais connu on m'accueillait cordialement en me souhaitant une heureuse nouvelle année. Il était tombé très peu de neige, et la pluie avait si bien lavé la route que le voyage était aussi difficile en carriole qu'en traîneau. À ce moment de l'année, dans la Norvège méridionale, les jours sont très courts : il ne fait pas clair avant huit heures trente ou neuf heures du matin, et à trois heures trente on est dans l'obscurité. Onne peutvoirle soleil à cause delà hauteur des montagnes qui flanquent la vallée. A deux heures, le ciel d'un rouge jaunâtre nous disait que le crépuscule était proche. Les lourds nuages orangés, teintés des rayons du soleil qui flottaient sur la vallée et sur les sommets neigeux de Keeven et de Jetta, offraient un admirable spectacle.

Après un voyage de trois jours, l'église de Dovre apparut dans l'éloignement. La route atteignait une hauteur de quinze cents pieds et je touchais au terme de ma tournée. A quelques milles à droite du grand chemin, à la base des montagnes, sur une crête de colline, sont situées plusieurs fermes, les plus anciennes de la Gudbrandsdal. J'y reconnus celle de Tofte, ma destination. Je mis pied à terre à l'historique station postale de Toftemoen,pour serrerlamain à mon vieil ami Ivor, avant d'aller chez son frère Thord. Ivor n'était pas chez lui ; mais la ménagère qui gérait la ferme me dit qu'Ivor ne se plaisait plus à Toftemoen, qu'il préférait Hedalen et son importante ferme de Biôlstad, où il passait la plus grande partie de son temps. « Mais, ajoulat-elle, il faut rester cette nuit avec nous et voir nos voisins; demain il sera temps pour vous d'aller chez Thord. Ivor serait fâché s'il apprenait que vous ne vous êtes pas arrêté un jour ici. Nous aurons bien soin de vous; vous pouvez parfaitement passer le treizième jour de Noël avec nous. » Gomme la table était mise, elle fit celte remarque : « A Noël, nous mettons toujours une nappe. » Après le repas, les hommes de la ferme se réunirent autour du foyer pour causer, et tous reçurent un verre de vin. La conversation roula sur les fêtes du moment, sur les parties qui s'étaient faites et les farces en perspective. Puis on énuméra les noms des personnes qui s'étaient engagées et qui

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